Hérodote, Tt
2 Ibid., H3.
3 Zmd-Avesta, etc. , 2 vol. in-4", Paris, 1771. — Joignez-y le Commentane sur i'Yaçna , par Eugène llurnouf, in-4", Paris, 1833. I.' Varna, et tout le Vendidad-Sadé n'est qu'une suite d'invocations , de litanies, qui, comme les représentations égyptiennes, ne sortent guère au cercle de la nature: et encore, selon 11. Burnouf, ibid., p. 39, elles portent la trace d’un contact ancien avec le brahmanisme.
supérieur à celui du bœuf Apis et des autres divinités égyptiennes. Un premier principe, difficile à déterminer, peut-être le temps sans borne, Zervané Akerené; sous ses auspices, et né de lui, Ormusd , père du bien et de la lumière; Ahriman, père dü rtial et des ténèbres, leur lutte, la défaite assurée d’Ahriman, le triomphe d'Ormusd, avec les prescriptions morales de pureté, de tempérance, de courage imposées à l’homme pour parti iper à ce triomphe, voilà certes une théologie* meilleure que celle de l’Égypte; mais c’est une théologie, ce n’est pas encore une philosophie. .
La Judée, qui tient à la fois à l’Égypte et à la Perse, et qui a été tour à tour à l’école de ces deux pays pendant les longues années d’esclavage qu’elle y a subies à diverses époques, la Judée a donné au monde une théologie bien plus admirable encore. Qu’est-ce eneffetque Zoroastre auprès de Moïse, et les cosmogonies des Mages et des prêtres de l’Égypte devant la Genèse’! Là, l’unité de Dieu est hautement et nettement proclamée, et l’œuvre de la création exposée avec une simplicité et une profondeur qui étonnent la science moderne. On s’incline devant ce livre extraordinaire ; mais, la Genèse à part, on ne peut apercevoir dans l’Ancien Testament étudié sans préjugés d’aucune sorte le moindre vestige de culture philosophique, et, pour trouver chez les Hébreux d’autres philosophes que les prophètes il faut attendre des temps postérieurs, et nous approcher
t. Remarquez que le Boundehesch, où se trouve toute cette théologie, u’est donné par Anquetil lui-même que comme un ouvrage moderne, à peu près du septième siècle de l’ère chrétienne.
2. Il y a dans la Bible quelques écrits d’un caractère plus philosophique, mais ces écrits-là 6ont précisément ceux dont la date est trèscontroversée, tels que Job, l'Ecclésiaste, le livre de la Sapience, etc.
de l’époque de la domination romaine, où de toutes parts la philosophie commence à paraître dans le monde.
Au contraire, dans le haut Orient, en Chine, et surtout dans l’Inde, la philosophie avait déjà paru sous la forme qui lui appartient. On y compte plus d’un système conçu et exposé à la manière de l'Occident.
Ainsi, dans la Chine, après le règne des célèbres Kings, livres canoniques primitifs, purement mythologiques, Confucius a fondé une école qui, touten prétendant ranimer l’antique doctrine religieuse, l’a réellement réformée, et popularisé une doctrine nouvelle, déposée dans des livres devenus canoniques à leur tour, et qui offre ce caractère nouveau de s’appuyer sur la seule raison. Voilà donc une philosophie en Chine près de six siècles avant notre ère. Il est vrai que cette philosophie ne s’élève pas bien haut et n’est guère qu’un recueil de maximes morales, politiques, administratives et même économiques. 11 ne faut, ce nous semble, ni trop rabaisser ni trop élever Confucius. C’est un véritable sage , un législateur, un moraliste, mais ce n’est pas un métaphysicien : il n’appartient point à la famille des grands philosophes. Ceux qui l’ont mis en parallèle avec Socrate, avec Platon, avec Aristote, et les stoïciens, ont cédé à la ressemblance de quelques maximes, sans faire attention à cette profonde différence que, chez les grands esprits auxquels ils prétendaient comparer le prince des lettrés chinois, la morale faisait partie d’un vaste ensemble d’idées, tandis qu’tlleest toute la philosophie de Confuc us*. Si on s’obstine à chercher à cette phi-
I. C’est un Français, un père jésuite, le père Couplet, qui le pre-
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losophie quelque chose d’analogue en Grèce, c’est à celle des Gnomiques et des petits Socratiques qu’elle nous parait le mieux correspondre. En face de cette doctrine raisonnable et utile mais un peu commune, il en est une autre d’un caractère tout différent, dont le fondateur est Lao-tseu. Cette école a la renommée d’être aussi spéculative que l'autre est pratique ; malheureusement elle est encore ensevelie dans des manuscrits interdits aux profanes : elle en sortira, je l’espère ; mais enfin elle n’en est pas encore sortie. Nous devons à M. Abel Rémusat des vues ingénieuses sur ce syslème important*. Mais, si les amis de la philosophie ancienne ont reçu avec reconnaissance ces communications précieuses, il n’ont pu en faire un grand usage, réduits qu’ils sont ou à accepter de confiance et sur la parole de leur auteur ces aperçus presque personnels, ou à les négliger, faute de documents positifs qui les confirment1.
mier a fait connaître Confucius à l’Europe dans le grand et bel ouvra g»: Confucius, Sinarum philosophas, tire Scienlia sinensis, in-fol., Paris, 1687. Depuis, les divers livres du philosophe chinois ont été successivement traduits en français. Nous nous bornerons i citer 17nt'anab(« milieu, par M. Abel Rémusat, auquel on peut joindre la traduction latine de Mencius par M. Stanislas Julien.
1. Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-tseu, philosophe chinois du sixième siècle avant notre ère; Paris, 1823, et Mélanges asiaiques, t. 1", p. 88.
2. De bonne heure nous conçûmes de grands doutes sur les conclusions du mémoire de M Abel Rémusat, et, comme nous ne reconnaissions pas Socrale dans Confucius, de même nous nous refusions à voir dans Lao-tseu un philosophe platonicien et chrétien. Austi, dès lors nous nous adressâmes au plus habile disciple de M. Rémusat: nous suppliâmes M. Stanislas Julien de vouloir bien traduire intégralement Lao-tseu en y mêlant le moins possible les commentaires postérieurs, pour qu’enfln nous puissions juger dé sa vraie doctrine, non plus sur la foi d’un autre, mais d’après lui-même. U. Stanislas Julien a daigné se rendre à nos instantes prières, 1 1, après bien des essais laborieux,
Jusqu’à ces derniers temps, nous n’étions guère plus avancés pour la philosophie de l’Inde. On en raisonnait à perte de vue, sans aucune base solidement établie. Quelques savants en parlaient entre eux, pour ainsi dire, et encore sans avoir l’air de s’entendre, et nous demandions tout bas qu’on voulût bien faire de nos jours pour l’Inde ce qu’on avait fait pour la Grèce au seizième siècle, et qu’on donnât d’abord des textes, des traductions ou des extraits des philosophes indiens, sauf à en disserter plus tard. Enfin, après les essais utiles mais insuffisants de M- Ward1, M. Golebrooke vient de
la traduction si vivement attendue a paru en 1842 : Le lit re de la voie et de la vertu, composé dans le sixième siècle avant l'ère chrétienne par le philosophe Lao-tseu, etc. Grâce & l'autorité et à l’exactitude incontestée de M. Stanislas Julien, devant le véritable Lao-tseu s’est évanoui le fantème imaginé par M. Rémusat, et à la place d'un théisme platonicien et chrétien, il a été facile à tout le monde d'apercevoir, presque sans déguisement, un panthéisme mystique, trèsopposé à l’esprit chinois, et qui atteste déjà l'inlluence delà philosophie indienne. Voici, en effet, des maximes qui n’appartiennent pas plus à Platon qu’à Confucius, et qui sentent le Bagharad-Gtla et peut-être même le bouddhisme. Lao-tseu, chap. il : L'être et le non-être naissent l’un de l’autre. Le saint fait son occupation du non-agir. — Chap. v: Le saint n’a point d’affection particulière, il regarde tout le peuple comme le chien de paille du sacrifice. — Chap. xiv : Le Lao est éternel et ne peut être nommé. 11 rentre dons le non-être. — Chap. xvt : Celui qui est parvenu au comble du vide garde fermement le repos. — Chap. XLitl : Le non-être traverse les choses impénétrables, c’est par là que je sais que le non-agir est utile. — Chap. xux: Le saint n’a point de sentiments immuables. Il adopte les sentiments du peuple. Celui qui est vertueux, il le traite comme vertueux ; celui qui n’est pas vertueux, il le traite aussi comme un homme vertueux; c’est là ie comble de la vortu. — Chap. un : I -a seule chose que je craigne, c’est d'agir. — Chap. lxiv : Celui qui agit échoue, celui qui s’attache à une chose la perd. De là vient que le saint n'agit pas, c'est pourquoi il n'échoue point. 11 ne s’attache à rien, c’est pourquoi il ne perd point. 11 fait consister son étude dans l’absence de toute étude.
1. W. Ward, A. View of history , literature, and religion of Htndoos, 4 vol. Londres, 1817-1820.
remplir les vœux des amis de la philosophie. Laissant les dissertations prématurées, l’illustre président de la Société asiatique de Londres nous a donné des analyses étendues et détaillées des systèmes indiens, et par là nous a permis de les apprécier nous-méme. Nous déclarons donc que pour nous, qui ne pouvons lire les originaux, la philosophie indienne est tout entière dans les Mémoires de M. Colebrooke, insérés de 1823 à 1827 dans les Transactions de la Société asiatique de Londres ’Voilà l’autorité sur laquelle nous nous appuierons constamment.
L obstacle qui arrête et décourage lorsqu’on veut s’occuper de l’Inde, de sa philosophie ou de sa religion, de ses lois et de sa littérature, c’est l’absence de toute chronologie. Dans l'Inde, les différents systèmes philosophiques n’ont point de date certaine, pas môme de date relative*. Tous se citent les uns les autres, soit pour s’appuyer, soit, pour se combattre : ils se supposent tous, et on dirait qu’ils sont nés tous ensemble le même jour. La raison vraisemblable de ce singulier phénomène est que les différentes écoles de l’Inde ont sans cesse retouché les monuments sur lesquels elles
1. On peut voir les extraits qu’en a donnés M. Abel Rémusat dans le Journal des Sa tant*, décembre 1825, avril 1826, mars et juillet 1828, et on les trouvera réunis dans le t. Il des Nouveaux mélanges asiatiques, p. 331; voyez aussi un article de M. Rurnouf dans le Journal asiatique, mars 1825. Depuis on a recueilli en deux volumes, Londres, 1837, in-8*, les Essais de Colebrooke; et ceux qui regardent la philosophie indienne occupent de la page 227 à la page 419 du premier volume. Déjà ils avaient été traduits en français par M. Pauthier. in-8", 1833.
2. Voyez cependant les conjectures , encore très-hasardées , de M. Weber sur l’âge relatif des divers systèmes, dans ses leçons sur Vllistoire de la littérature indienne, Berlin, 1852, leçons traduites en français en 1859 par M. Sadous. Voyez surtout, p. 352, etc.
P EOXlèME LEÇON.
se fondent; et toutes ayant fait continuellfmentle même travail pour se tenir ou se remettre à l’ordre du jour, il en est résulté une apparente simultanéité de tous les différents systèmes, et par conséquent une extrême difficulté de déterminer lequel a précédé, lequel a suivi. Là, comme en toutes choses, il semble que l’Inde ait voulu échapper à la loi de la succession et du temps, et donner à tous ses ouvrages l'apparence de l’infinité et de l’éternité. On est donc réduit, quand on recherche l’ordre de développement des divers systèmes de la philosophie indienne, aux analogies qui se tirent de la comparaison avec les autres grandes époques de l’histoire de la philosophie, et aux inductions que suggère la connaissance des lois de l’esprit humain. Et certes l’analogie et l'induction fournissent de grandes lumières en histoire ; mais qui ose s’y confier comme à l’expérience elle-même? Quand 1rs faits manquent, il est sage de n’accorder qu’une autorité limitée aux inductions les plus vraisemblables et aux classifications chronologiques auxquelles ces inductions conduisent. Je vous prie donc moi-même de n’accorder pas d’autre valeur à l’ordre dans lequel je vais vous présenter les divers systèmes de la philosophie indienne. Portez surtout votre attention sur chacun de ces systèmes si nouveaux pour nous et sur le riche ensemble qu’ils composent. En effet, la philosophie indienne est tellement vaste que tous les systèmes de philosophie s’y rencontrent, et qu’on peut dire, à la lettre, qu’plie est un abrégé de l’histoire entière de la philosophie.
Ne nous lassons point de le répéter, la religion est le fond de toute civilisation : c’est la religion qui fait les
croyances générales et par là les mœurs, et par là encore, jusqu’à un certain point, les institutions. La religion contient aussi la philosophie 1 ; mais, ou elle la retient en elle, la foi enchaînant encore la réflexion, et alors il n’y a pas de philosophie ; ou déjà la réflexion s’exerce, mais seulement dans la mesure nécessaire pour régulariser et ordonner les croyances religieuses, présider à leur meilleure exposition et à leur enseignement, et alors il y a de la théologie; ou enfin la réflexion s’émancipe jusqu’à chercher la vérité en ne s’appuyant que sur la lumière naturelle, et alors naît la philosophie. Ainsi la religion paraît seule d’abord; puis de la religion sort la théologie, et de la théologie sort enfin la philosophie. Telle est la marche naturelle de l’esprit humain, et nous l’observons constamment dans toutes les grandes époques de l’humanité, dans l’Europe chrétienne, dans la Grèce, et d’abord ici dans l’Inde.
La religion des Indiens est renfermée dans des livres sacrés appelés les Védas. Ils ont pour auteur Brahma lui-même; c’est sur eux que repose toute la société brahmanique, avec ses institutions politiques1, ses lois civiles, ses mœurs et ses arts. Tout en vient et tout s’y rapporte. Ils possèdent une autorité sans limites ; ils commandent une foi absolue. Les Védas sont la Bible et le Coran de l’Inde. Ils se composent de quatre livres; le Rig-Véda, qui est le plus ancien et le principal, le
t. Voyez plu» haut, p. 34 et 35.
2. Sur les institutions politiques et religieuses île l’Inde, voyez le» Lois de Manou dans les traductions anglaises de William Jones, Calcutta, 1794, et Londres, 1796, et de Graves Chamney Haugton, LonJres, 1825, et dans la traduction française de Loiseleur Deslongehatnps, 1830 et 1833.
Véda par excellence; le ladjour-Vèda et le Sdma-Véda, deux recueils liturgiques presque entièrement tirés du Rig-Vèda; et l 'Atharva-Véda, qui est plus récent. Chacun de ces livres sacrés est une collection d’hymnes, d’invocations, de prières*. On dit que les hymnes des Védas ont des beautés lyriques de premier ordre, dignes du génie de la nation qui a produit les deux grandes épopées du Mahabarata et du RamayanaL
Mais l’esprit humain ne pouvait pas s’arrêter aux Védas. Comme ils sont obscurs et un peu énigmatiques ainsi que tous les monuments des vieux âges, la foi la plus vive est bien forcée de s’adresser de temps en temps à la réflexion, pour tâcher de comprendre, autant qu’il est en elle, ce qu’elle adore. De là des essais d’exposition qui développent le texte sacré pour le faire mieux entendre et se hasardent même à le présenter sous des formes qui semblent plus intelligibles. Ainsi l’on va de la religion à la théologie, et ce premier pas conduit à bien d’autres.
L’Inde est riche en commentaires théologiques qui sont aussi compris sous la dénomination des Védas et
1. Sur es Védas, voyez le travail spécial de Colebrooke, inséré on 1805 dans les Recherches asiatiques, et recueilli dans les Estais, 1. 1", p. 9-113.
2. Nous pouvons jusqu’à un certain point apprécier la boauté lyrique des Védas, depuis que M. Langlois nous a donné la traduction du Rig-Vrda ou Livre des Hymnes, 4 vol., 1848 1851. Les hymnes mythologiques sont du même genre que ceux qui nous ont été conservés de l'cpoque correspondante en Grèce et qui sont attribués à Homère; mais les hymnes qui célèbrent les grands phénomènes de la nature sont d’une beauté incomparable. C’est là qu'il faut chercher et goûier la poésie religieuse des Indiens dans sa naïveté primitive, dans toute sa grâce et dans toute sa magnificence. Voyez en particulier, dans la traduction de M. Langlois, l’hymne au Sole.l, t. I", p. 91 et p. 94, surtout les deux hymnes à l'Aurore, t. 1", p. 222; ceux à l’Ame suprême, t. IV, p. 421; à l’Ame, ibid, p. 265.
qu’on appelle particulièrement Upanishads commentaires plus ou moins relevés et dont peuvent nous donner une idée les divers traités dont se compose Y Oupnekhat, publié par Anquetil-Duperron J. Il y a toute une école d’interprétation qui professe une soumission absolue aux Yédas, mais qui y cherche, tantôt des directions salutaires pour la conduite, tantôt même quelques vues spéculatives. Cette écolesenommelaMimansa.
L’objet propre de la Mimansa est d'interpréter les Védas, d’en tirer la connaissance exacte des devoirs religieux et moraux. Les devoirs moraux n’y sont qu’une forme des devoirs religieux ; si bien qu’un seul mot, -dharrna, pris au masculin, désigne la vertu ou le mérite moral, et pris au neutre un acte de dévotion *.
La Mimansa a pour monument principal un ouvrage très-obscur, qu’on appelle Souiras ou Aphorismes. Leur obscurité vient moins de celle de la doctrine qu’ils renferment que de leur propre forme : ce sont des vers mémoriaux, qui devaient être accompagnés d’une explication immédiate, écrite ou orale. Ce nom de Soutras est d’ailleurs général : il y en a pour les autres systèmes, et pour toutes les sciences. Les Soutras de la Mimansa sont divisés en soixante chapitres ; chacun de ces chapitres est divisé en sections, et chaque section renferme différents cas de conscience ; en sorte que la Mimansa se résout en une casuistique. Comme toute casui; tique, elle procède avec l'appareil d’une méthode
1. Colebrooke, Essais, 1. 1", p. 92, dit que le mat Upanishad signifie la théologie elle-même, et le livre où elle est enseignée.
2. Oup.nkkhat, id es#J secretum Ugendum, coutinens antiquam et arcanam seu theologicam et pbilosophicam doctrinam e quatuor sacris Indorum litris ercerptam, 2 vol. in-4*. Argentorati, 1801.