ÉTAT DE L'EUROPE A L'ÉPOQUE DE LA RÉFORMATION
La Réformation du XVP siècle , en délivrant du joug de la papauté tant de peuples divers, fut un événement si heureux pour le genre humain , que nul protestant , digne de ce nom , ne doit consentir à en ignorer les circonstances essentielles et la marche générale. D'ailleurs nous vivons dans un temps où plusieurs prennent à tâche de calomnier ouvertement les principes de la réforme, tandis que d'autres les attaquent par-dessous main ; et il n'est que trop à craindre qu'il ne faille recommencer les batailles de la vérité contre le romanisme et contre des erreurs d'un ordre différent, mais qui se rattachent toutes à cette grande apostasie.
Pour apprécier à leur juste valeur les bienfaits de la Réforme, on doit se faire quelque idée de Tétat des nations de l'Europe au nfioment où elle prit naissance.
Pendant plusieurs siècles , Terreur et la superstition avaient accumulé leurs sombres vapeurs sur le monde civilisé , et la terre était couverte d'épaisses ténèbres. Quelques éclairs IrAversètent de tetnpâ en tempâ cette nuit, plus profonde que celle de TÉgypte ; mais ils n'avaient fait que rendre les ténèbres plus noires et plus insupportables, sans annoncer aux malheureux habitants du monde chrétien ^ l'approche d'un jour de liberté et degloire qui semblait ne devoir jamais revenir.
Durant le moyen âge , les Vaudois avaient fait une noble opposition aux erreurs et à la tyrannie romaines, mais, vers le commencement du XVP siècle, leurs restes épars ne formaient qu'une pauvre et chétive peuplade , cachée dans les misérables vallées du Piémont qu'enferment les Alpes occidentales.
La voix que l'immortel Wicklitîe éleva contre les usurpations du siège pontifical , contre les fausses doctrines et lés débordements de la papauté, s'était en quelque sorte éteinte dans le sang, ou du moins les clameurs intéressées d'un clergé corrompu réussirent à l'étotiffer.
Les confesseurs de la foi qui, sous la conduite de Huss et de Jérôme, avaient fait la gloire de la Bohême, n'étaient plus qu'une poignée d'individus obscurs et opprimés, trop insignifiants pour exciter de la part de Rome autre chose qu'un souverain mépris.
On ne luttait plus : la ruse et les stratagèmes, autant que l'exil, la prison et l'échafaud, avaient mis hors de combat les champions de la vérité. Rome, fière de sa
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Tictoire, appesatitissait son despotknM sur tous les royaumes de rSurope*
C'était la volonté divine de la Providence que le mal lui-même frayât, sans y songer, la voie aux réformes qu'un petit nombre d'esprits généreux avaient en vain voulu réaliser. Il est un point que la puissance du mal ne saurait dépasser sans provoquer une résistance tn« vincible ; et l'église romaine l'avait atteint, lorsque le héraut de la justice lui annonça que son heure était venue.
Assise en rehie au milieu des nations, elle disait dans son orgueil : Je ne serai jamais ébranlée. Mais elle recéf* lait en son sein les éléments de sa propre destruction. Ses pontifes avaient cessé de trembler devant ceux dont la voix appelait une réforme ; mais, avec cet aveugle* ment qui précipite si souvent la perte des coupables, ils avaient en même temps cessé de craindre les conséquen** ces de leur luxure, de leur orgueil, de leur avarice et de leur ambition. Tout semblait tranquille ; mais ce calme trompeur était celui qui précède les fureurs de la tem* pête.
C'est lorsque Rome se croyait le plus à l'abri du dan* ger, qu'elle était le plus sérieusement menacée. S'il n'y avait qu'un petit nombre de personnes qui comprissent tout le crime de son usurpation sur le souverain pasteur et évê<!pie des âmes, il s'en trouvait beaucoup, et parmi les princes et parmi les simples particuliers , qui , récla* mant hautement contre son despotisme, soupiraient après l'instant où ils pourraient briser le joug de fer sous lequel un ignoble esclavage les avait ret^us pendant plus de huit siècles.
On commençait à voir tout ce qu'il y avait eu de frawle, de violence, de cupidité, de politique mondaine dans les
décrets des conciles et des papes ; tout ce que les légats du Saint-Siège exerçaient d'arrogance, de tyrannie et de mauvaises manœuvres au sein des royaumes de l'Europe ; tout ce que présentait d'odieux la vie inutile et dissolue d'un clergé corrompu I c'en était assez^ à coup sûr, pour provoquer le mépris des hommes et la juste colère de Dieu.
Ce qui ne contribua pas médiocrement à jeter du jour sur les superstitions de Rome, sur sa tyrannie et sur son immoralité , ce fut la renaissance des lettres dans une grande partie de l'Europe. De mordantes satires vinrent à propos ébranler un pouvoir, qui pourtant ne devait céder qu'à des armes trempées dans le ciel. Le charme littéraire d'écrits tels que ceux d'Érasme les faisait lire avec avidité, et le monde apprenait à détester tant d'actes oppressifs, tant de superstitions aussi grossières qu'avilissantes, tant de dogmes également contraires au sens commun et à la parole de Dieu , tant de vices et de mœurs scandaleuses.
Mais les lumières avaient beau faire des progrès, elles rencontraient dans leur marche un mystère que peu de gens s'aventuraient à pénétrer. Le pape se donnait pour le représentant de Jésus-Christ sur la terre, son remplaçant et vice-gérant. Ce dogme ne s'offrait pas aux esprits cpmme une vaine spéculation ; c'était une forteresse inexpugnable, où le souverain pontife se re* tranchait en sûreté et d'où il défiait hardiment les ennemis de l'église ; et le pouvoir mystérieux qu'il s'arrogeait de la sorte, on ne songeait guère à le lui contester.
Quand on pense à ce que furent les papes qui s'assirent dans la prétendue chaire de saint Pierre au commencement du XVP siècle , on ne peut douter de l'ef-
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froyable corruption où Rome était tombée. Quelle ne devait pas être en effet l'abjection générale, pour qu'on se prosternât devant des hommes aussi destitués de toute vertu que le fut, par exemple, un Alexandre YI. Il est presque impossible d'imaginer un crime dont ne se soit souillé ce chef de l'église infaillible. Tous les ac* tes de son pontificat furent marqués par la perfidie, par la cruauté, par la licence des mœurs, par l'avarice et par la plus audacieuse impiété. Pendant onze années, de 1492 à 1505, ce monstre d'iniquité tint en ses mains les destinées de l'Europe, jusqu'à ce qu'il périt enfin de la mort terrible qu'il réservait à d'autres. Dans un festin que, de concert avec son fils, l'infâme César Borgia, il offrait à quelques cardinaux nouvellement élus, le poison qu'il leur destinait se trouva , par quelque méprise, versé dans sa coupe , et le jour suivant une horrible agonie termina sa coupable carrière. Ainsi finit cet Alexandre VI , regretté par les seuls entremetteurs de ses honteuses débauches, et qui n'en avait pas moins été le vicaire de Jésus-Christ, selon le dogme romain.
Son successeur Pie III, frappé de mort subite, jouit à peine un mois de la dignité pontificale. Il n'eut pas plus tôt rendu son âme à Dieu que, parla fraude et l'inlrigue, Julien de la Rovère obtint la triple couronne, qu'il porta douze ans sous le nom de Jules II. Cet homme, à la fois bigot et sanguinaire, ne se plaisait que dans les camps, et il fit de Rome, au sens le plus littéral et le plus redoutable , une église militante. On ne saurait voir en lui qu'un despote qui cherchait à étendre son pouvoir à main armée. Avec une habileté politique indigne au plus haut point de ses fonctions sacrées, il commence par s'assurer l'alliance de l'Empereur etdu roi de France,
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pour faire la guerre aux Vénitiens^ Non coatent de cela^ il met le siège devant Ferrare ; et foitnant enfin avec les Vénitiens, les Espagnols et les Suisses, une ligue ofi'en^ sive, il tourne ses armes contre le roi de France, son précédent allié, au mépris de tout honneur et de toute loyauté. Le pontificat de ce malheureux fut une longue scène de tumulte, de guerre et de sang. Foulant aux pieds les intérêts de l'humanité et de la religion tout à la fois, il revêtit l'autorité pontificale des sombres couleurs du despotisme militaire.
Je le demande encore» quel devait être l'état d'une église qui souffrait que son chef prit une position pa« reilie, à la face du monde dvilûié ? Ne fallait^il pas qu'elle eût complétem^t oublié la doctrine et l'esprit de Jésus* Christ?
Rome ai était venue à un tel degré d'insolence, que les princes humiliés ne pouvâi^it décidément plus lais* ser impunie cette ennemie de la paix des nations. Le monarque français, Louis XII, exaspéré de la conduite du pontife romain, prit la sérieuse résolution de porter là guerre dans ses Etats. Il fit frapper une médaille où Rome, désignée sous le nom de Babylone, était menacée d'une prompte destruction. Bon nombre d'ecclésiasdh* ques émtaents, et parmi eux quelques cardinaux, sympathisaient avec le roi de France. Sous son autorité et sous celle de l'empereur Maximilien, ils convoquèrent à Pise, en 1511, un concile qui devait réduire le pouvoir exorbitant du pape et mettre une borne aux superstitions et aux vices détesiables qui faisaient partout la honte du nom chrétien.
Furieux de cette ientative, mais plein de confiance en lttt4iiéme, l'orgueilleux pontife affecta de mépriser le
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conole réfeaetailM», tt le couTrît de moqteries et d'in^ ^ulte». Cepead»at, (rop to politique ppur le laisser pro* céder saiis opposjitioot il coii^voque eu 1512, d^ns le pfi^ lais de Latran, tin autre concile, où les décrets de celiiî de Pise tout condamnés et annulés ; et si la iport n'eût arrêté cet homme yindicatif, il n'eût pas manqué de lan* cer les censures de l'Eglise sur les souverfiins et sur l^s meni})res du clergé qui avaient eu l'audace de mettre en question l'autorité upiverselle et absolue de l'évéque de Rome. Mais, tandis que le concile siégeait, Jules II fut traduit devant Le tribunal du Seigneur, et ses desseins périreat avec lui«
Il eut pour successeur Léon X, de la famine des Médi* cis. hécix était fils de Laurent surnommé le Magnifique; et, comme alors tout s'achetait à Borne, il fut abbé à l'âge de huit ans et cardinal à treize. D'humeur moins belliqueuse que son prédécesseur, il prit sous sa protectiou les arts et les lettres ; mais, peu somieux des intérêts de la relj^ou, on le vit libertin, prodigue ; et, bien qu'assis daus la chaire de saint Pierre, il trouva moyen de se faire une réputation d'athéisme. Comme op pouvait l'attendre d'un tel personnage, il se montra plein de fsèle pour affermir la domination poutificajie et pour emp^ber toute amélioration daps l'état de l'Eglise. Il étendit encore les prérogatives de l'évéque de Rome, et supprima, partout où il le put, les vestiges de liberté qu'o^ rencontrait çà et là, dans un monde enchaîné d'ail* leurs sous ses lois, (.a diplomatie et l'artifice effectué* rent ce qu'il eût en vain tenté par des paroles hautaines ou par la fwoe des armes.
Mais la cupidité et l'ambition de Léon X contribuèrent puîssaaimeiit a ouvrir les yeu:;^ de l'Europe, et sur^
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tout de r Angleterre, sur ce qu'avaient d'e:rorbitant les prétentions du saînt-siége. C'était un joug douloureux et humiliant qu'on supportait avec une impatience de plus en plus grande.
Quaud'^nous considérons les usurpations politiques de la cour romaine et les exactions dont elle se rendit coupable à cette époque, nous ne saurions être surpris de voir enfin sa tranquillité sérieusement troublée. L'Europe entière devait se dépouiller pour fournir au luxe et aux pompes (te l'évêque de Rome, ou pour le mettre en état de faire la guerre aux princes. Par force ou par adresse, sous le prétexte de la religion et des intérêts de l'église, il tirait de toutes parts les subsides*^ qu'épuisaient ses prodigalités. Car, dans un siècle aussi profondément superstitieux, demander de l'argent au nom de la foi que tous professaient, devait être le sûr moyen d'en obtenir beaucoup sans heurter les consciences.
Ce fut alors qu'on se mît à soutenir ouvertement une doctrine qu'avait imaginée, au XP siècle, le pape Urbain II , pour entrahier aux croisades ceux que leurs crimes bourrelaient ; doctrine qui est en opposition non pas seulement avec le christianisme , mais avec la morale la plus ordinaire ; doctrine absolument destructive du salut, et, de toutes les inventions de Satan Tune des plus funestes : on comprend que je veux parler des indulgences. Voici quelle est cette monstrueuse théorie. Les mérites des saints, ou leurs bonnes œuvres, cumulées avec celles de Jésus-Christ, forment un trésor immense dont les clefs sont déposées entre les mains de saint Pierre et de ses successeurs, les pontifes romains. C'est dans ce riche fonds que se puise la justification des saints; mais du surplus considérable qui reste après
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cela, le pape et ses agents ont le pouvoir de remettre, à qui il leur plaît, la quantité«qu'on désire en acheter. Ces mérites d'ailleurs trouvent de diverses manières leur application, au' gré du vendeur et de ses misérables dupes. Ils servent ou bien à effacer les péchés qu'on a commis' soi-même , ou à retirer des flammes du. purgatoire quelque âme à qui Ton s'intéresse , ou même à autoriser durant un certain temps une habitude coupable. Que Rome réclame tant qu'elle voudra contre ce simple exposé de la doctrine des indulgences ; mais aussi longtemps qu'elle se glorifiera du temple métropolitain dont l'orgueilleuse coupole domine la ville étemelle, U sera permis de lui rappeler que Jules II et Léon X élevèrent ce magnifique édifice au moyen du trafic honteux dont nous venons d'indiquer les principaux éléments. C'est de l'histoire pure, et nul assurément ne saurait en contester le témoignage.
Au commencement du XVP siècle, la vente des indulgences versa des sommes énormes dans le trésor du pape , sans parler de celles qui restèrent entre les mains de ses agents. Mais ce fut pour le souverain pontife une heure néfaste que celle où il sanctionna l'impôt qu'on levait sur la crédulité des fidèles ; car rien n'avait proclamé plus haut son infamie, et ce fut là notamment ce qui réveilla l'énergie du grand réformateur de l'Allemagne.
Comme il était permis de s'y attendre, cette hideuse invention d'un siècle dépravé produisit dans les mœurs publiques upe corruption toujours plus effrayante. On avait mis les indulgences à la portée de toutes les bourses. Chèrement vendues aux riches , elles se donnaient aux pauvres pour peu d'argent : en sorte que, du
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prince au paysan, tous pouvaient s'affrwdiîr^de' leurs obligations morale» par autorisation suprême d'une église qui en était venue, dans son apostasie et son incxMicevable infatuation, à faire des âmes d'hpmmes une marchandise (1).
Cependant Topinion commençait à se répandre en divers royaumes, que les pontifes romains , bien que dignes d'un honneur particulier, ne devaient pas être réputés infaillibles, et que leur autorité souffrait cer« taines limites. Après les conciles de Baie et de Constance, grand nombre d'hommes éclairés, en Allemagne, en France et en Angleterre, se hasardèrent à dire que le pouvoir des papes était inférieur à celui d'un concile général, et que celui-ci avait, au besoin, le droit de les déposer. Des moines ignorants et des courtisans aveuglés par l'intérêt osèrent seuls attaquer ces saines doctrines. Partout se propageait et se manifestait le désir d'une réformation large et profonde , et l'on demandait à grands cris la convocation d'un concile qui s'occupât de cet important sujet.
Au point où en étaient les choses, on ne comprendrait pas vraiment que la portion éclainée et morale de la so^ ciété n'eût pas exprimé de tels vœux. Non-seulament les évêques de Rome semblaient avoir pris à lâche de se faire généralement mépriser, mais encore le clergé inférieur, n'imitant que trop bien ses chefs et vivant dans une honteuse indolence , ap{iiqijiait à la satis&efipn de ses penchants déréglés les richesses que lui avait confiées la charité publique. Dans tous les rangs de la cléricature il n'y avait que tyrannie et vexations sans nom- Ci) Apoc. XVm, 43.
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bre ; et, moins on était soucieux du salut des âmes, plus on exigeait d'argent en faveur de TEglise. Aussi les prêtres perdaient-ils tous les jours quelque chose dans l'estime générale, jusqu'à ce qu'ils devinrent enfin l'objet de la haine populaire.
Une immense multitude de moines fourmillaient par toute l'Europe au commencement du XVP siècle; et les hommes qui pleuraient sur les misères du temps, ne pouvaient voir dans cette excroissance du corps social, qu'une des causes les plus actives de l'inquiétude qui troublait la paix des nations. Ces émissaires de Rome, dont l'existence fht toujours assez malfaisante, avaient encore dégénéré de leur institution primitive. Plusieurs d'entre eux affichaient l'oubli des plus communes bien** séances, et ceux à qui leur règle permettait de possé* der des terres et des revenus, se livraient au désordre avec une insolence bien propre à leur attirer le mépris* Tels étaient entre autres les moines Bénédictins ; et bien que les ordres mendiants fussent entachés de moindres vices, ils avaient, comme le dit un habile historien, (1 ) perdu leur crédit par une autre voie : c Leur rusticité, leurs pratiques superstitieuses, leur ignorance, leur cruauté et la brutalité de leurs mœurs avaient généraien>ent ali^é les esprits et diminué de jour en jour leur influence^ Animés d'une haine barbare pour les arts et les sciences, ils ne cachaient pas l'aversion que leur inspiraient les boinmes éminents qui , s'efForçant d'ouvrir à une jeunesse studieuse les sentiers de la Siagesse, &vorisaient le ^lév^eloppement de l'esprit humain et attaquaient la barbarie de leur siècle ^ar leurs écrits et par leurs dis<-
(1) MosHSHi, Hklairê wilé^iuliqmy toI. iV.
cours. Pour preuve de quoi, il suffit de rappeler la œnduite des moines envers Reuchlin, Erasme et d'autres savants de cette trempe. »
De tous les ordres monastiques , il n'y en eut pas de plus digne d'être haï que celui des Dominicains, à rais(m de leurs basses intrigues, et des perfidies pleines de cruauté qu'ils exercèrent contre ceux qu'on suspectait d'erreur, La sainte Inquisition, cet horrible instrument de la tyrannie papale, avait été instituée au commencement du XIIP siècle par Innocent III, pour extirper les nombreuses hérésies qu'avait vues naître le sol de la Savoie et de la France. Le concile de Toulouse, tenu en 1229, par le cardinal de Saint-Ânge, légat du pape, érigea dans chaque ville un conseil d'inquisiteurs, composé de trois laïques, sous la présidence d'un prêtre. Quatre ans après, Grégoire IX révoqua ces tribunaux, confiant aux Dominicains la recherche et le jugement des hérétiques. De France, cette horrible institution se répandit en d'autres lieux. A l'instigation de Rome, les princes papistes y donnèrent leur sanction ; et c'est ainsi que partout une église sanguinaire fut mise en état de commettre les plus incroyables barbaries.
Outre leurs fonctions d'inquisiteurs , les Dominicains exerçaient, dans toutes les cours, celles de confesseurs, et ils s'en acquittaient avec une effrayante sagacité. Leurs yeux, pénétrants comme ceux du vautour, surveillaient tous les mouvements de l'ordre social, et si quelque ennemi des abus osait faire entendre de sages remontrances, il ne tardait pas à se voir à la merci de l'Inquisition. Ces mêmes Dominicains formaient en quelque sorte le conseil de Léon X, lorsque, plus tard, il prit le parti malencontreux de condamner Luther et ses écrits.