LUTHER
Se MORT. SON CARACTÈRE ET SES ÉCRITS.
Pour ne pas cçupcn* le fil de» éyénements, ncnis avons passé sous silence les dernières b^es du père ée la Réformation de l'Âlleniagne. C'est le momefit d'y revenir. .
^ ^ Heureusement pour lui» il entra dans 3<xi repos avant que le cpmcile de Trente: eût produit ses fruits Je» plus amers^ Habile à ^i^ dans . Ta^Kpir ^ il avait amionoé les tpstes éyéitements qui suivraient sa mortv Le jour de la ^int-Martin'l 545^ din^Ql. chez Itii. avec quelques amis intimeSy^lleur dîtàl^fiuiluTepâQ: «Tant que je vivrai, il
* n'y aura rien à craîûdipe, s'il pl^it k Dieu» et rAUemâgne Jouira de la paix« Qu^^d je iie setui plU5^ priez, car vous autez grand bespiiii idie supi^ieatioijs* NOB . enfanta se- ver* ront obligés de prQndrq l'épée, et leur pays les traitera QiaL Ç'e$t pourquoi, je voi^ ladist après ma mort, priez sans ce5se'(l). », ^^ " ^
C'esti di} Iqnd de $pn^cciï^«ir qu'il dafdoraii là dui^e :ext
(1) Pfizbr, Vie d$ Luther.
206 HISTOIRE DE LA RÉFORMATiON. LIV. I.
trémhé où Kintolérance romaîne poussait, rapidement les aihis4è la Réforme. Il ne connaissait, qiïaat à lui , d'autres armes que Ja Vérité, ni d*âUtres moyens de les • aiguiser que la prière. Les armes charnelles lui parais-*
. saient suspectes et redoutables ; il ne les estimait' guère propres-à faire triompher la Réformation spirifiiélle p'our laquelle il avait" tant ûOI]|l|)ia|4^ .^ c J'aurais beau vivre cent ans, » dirait-il, « et paria grâce de Dieu calmer les factions et arrêter les désordres^^tôt ou tard, je 1^ sai| ,l'harmonie finira par être troublée; "Satan n'a pas cessé de vivre et de régner dansJe cœur de l'homme naturel.
* C'est pourquoi je demande au Séîgriëul' de m'è retirer ^i paix, et je ne désire pas de rester plus longteinps dahs ce désert. Et xpus, nos enfants, griez par l'Esprit et Sondea tes* Ecritures n Côrtservéz tlièii 1ë èfeafrideliëi^ du âeighettr ef veillei^ sut votre ^liemi , ett Vôiis (êiiatit t<ttt-
» jobr& prêts kit^^mbat ; cat* il peut venii* à rhetirè que isons n'y peffsex pas , et tspéhw* ()é péhétrer dans tos éeb^eiiiies pour ^teftidre vbSre Irfteîèpe (î) > .
Comme Lutlïer l'avait .(Jéfei?é,'U H ^i* ^«è^ âàné le iéiniaîn tes luttes politiques *!éià JR^fô^inâtiori. jLa téi*riblë maladie qifî; le è«ridtiîsifc ^tt* pories âiï foiâbqpiu-t Ibrisqu'il éftîtîà'Sltiifcàld^éh'tSyf, lui lâisS* W^tât dé jaiMieese 4*>^t Une éé^emrt j((tâaië parf;^ilêmén^^ amis, juBteiàeiit^krftfës riitaieiA <^ôinb^^^^^ lëtît^
prièrespioi»r qu^l feuWfôt e<:^€W*é. Il8*se ' t^è^éS fefctàîé&t fqtiëlled séràmnit lés 'tintes cîiri^^iienices de la ii<èrt d'un; hcHniiii^.qtii oyait jusquê^là^ (]i()Ftë i'ét^ndé^d sui^ Ife champ de bataille. Celui qui'eijtend le» prïèï'ësr dte itoii peiipteiiafflig^r^(ei«dça^il0i€ri^tittàiiini^^^^^ d«è aiilliets^de
(1) Pfizer, Ft« de ItilAer. ' .î.'. rui'M
dHÀP.VI. twiflEtt. âO^
supplîàtifs , et réll^ft k'iim feëi*viteù^ les forces iàècés- ^âirés pour continuer encore quelque temps if'œiiTfe 4u'U avait s! glorieiisemënt commeiicée, «Il y à eu tant ' de prt4rës et tant de lartnes à mon sujet , * écrîvàït-il à sa femme , < qtfe Dieu a daigné me dôniiet* diî Soiilageflfieiiï èft que je itie sèiis rêvîvré. *
li Se peniît donc avec utié nouvelle vîguèiir à slés 6c- <}llt)atlcîfts' favoritbs, faissiiit une guerre ô^iinlÀtré au syétemb J^brtïîciéux (^uHf avait résolu de répousséf jusqu'à là racirt. Les neuf dfeniîères ahtiëès d*iine carrièi*é déjà i\ fehipliè , furétit éni'pldyées par liiî si ciiiîàolider VéAU fiiée doïiï il àVaîl j^osé de ses propices mains les fôhdémetiis/; alors que personne ne f aidait, sîHdri le Dîeû de iiii^é'fidôPd^ qal î*ayàît donné K rÉgtîfee. Atiîîtié d'un amour iiisàtiaplé pour la vérité , il ouvrit avec lès prihcijpatfx amis dé la réforme, eh divers lieux, une Vaste cdîTespoiidahce , âii moyen de laquelle il les eicîiaît a . démeurei^ férmeà dàrîs la càusé du Seigneur. S'adressant aux princes de la cMl'étîèntié connus pour Ikvorisêr lès intérêts du PrbtéstàÎMiàiiie , il li^s sollicitait de bien consfttférer dSns qtlel but la t^rovidence leur avaîl; confié le ^uvolr, et les siipidiait d*opp8sèr à là tyrannie de Rome tbuté leur influence , et fcela par pur amour pour la vérité dôrit régllse {Jàpisl'é aVàîl toujours diercKë la ruine. S'ils paHissaîetit s'art^êter, ou«seulemeht hésiter, îl né liiaiiquâfft pas de lès reprendre dkns lés termes hardis de rÉcrîturé. Par lui, pliisîeûrs universités s*itoprégiièrent clèîaÉ^orniatidn, et Vofi doùçbîi qtleï développement en reçUt ïa llibiière de TÈVangile. Il y eiit aussi bon liômbre Jfé cdi'pfe pBlliîques (ioiii* il gaJgna ï^appiiî. il écrivît des commentaires sur les portions de l'Ecriture qui lui fournissaient dés àrtftés cbhtré c lliotime dé péché. » Tel fut
20S Hï^tOIRÊ DE t^A ^DÉFORMATION. LIV. I,
son commentaire ^Ç rëpîtra.aijx, G^al^tes, dans lequel il aj^plique à la doctrine romaine du mérite de's œuvres-, la condamnation que Tapôtre prononce çoQjre Tesprit l^al des Juifs convectis. En un mot, l'on peut dîre que Luthçr ^ vécut, travailla et mourut pour le Protestantisme...
Vers la fin de Tan 1545, les amis de Lutheiv ^'aperçu-? rent ayec douleur qu'il décljuAit rapidement , .(pioiqu'il n'eût atteint que sa soixante-deuxième année. Lui-même il sentait ses forces s'en aller sous le poids : (^3 infirmités qui le faisaient souffrir depuis 9ilQngteipps.(l)* En 1544, il écrivait k\ 3on ami, l'électeur de Saxe.:; ir ^e suis bien, et mieux que ie ne le mérite. Si ma tête est faible .(quelquefois, pe n'est pas étonnante J'ai a^ttéint la vieillesse j et toujours «lie amène avec elle les infirmités et la-décrépitude, la faiblesse et la maladie. A force de s'en ' servir, 1^ cruche se brise sur la fontaine. J'ai assez ,^écu, et je n'atteixds plus qij^ l'heure bénie où Dieu recueillera mon triste corps avec ce.uxde mes pèregi Les temps où j'ai vécu «ont, je le crois, les flieilleurs ; tout mè pa- ' raît prendre un mouyemeçtt rétrograde. » • . *
Dans une des dernières leçons qu'il donna à Wittemberg,^ il s'exprimjiit en tes termes : <r Je'^s^uis . las du monde et le monde .çst las de moi ; il ne we sera donc pas plus pénible de partir qu'à, un voyageur qui swt de l'aubçrge pour rentrer sgus le toit domestique.* >
Les symptôiï^es |de mort prçchaina .qui se jmânifestaient chez Luther, pccasionnèî:*ent une joie follç parmi les Romanistes de touteâ conditions. Plus d'unfe fois ils répandireat la nouvelle prématurée de sa fi^, tant ils la désiraient ; et même ils n'eurent pas honte jd'impri-
CIIAP. YI. LPTHER. • 209
mer le récit de renlèvemeiit de son corps par le diable. Luther en eut connaissance, et ce qu'il dit à cette occa* siop, prouve qu^,4>ar la grâce du Seigneur, il ne craignait ni la mort ni Satan.
C'est une circonstance remarquable dans la mort du Réformateur , que la Providence Tait conduit au lieu même de sa naissance, pour y rendre le dernier soupir, entre les mains de son Sauveur et de son Dieu. Le 23 janvier 1546 , il partit de Wittemberg pour Eisleben. Le motif de son voyage^ bien que pénible, montre Teslime qu'on faisait de son jugement dans les affaires même de l'ordre civiK II existait, depuis longues années, une difficulté entre les ducs de Mansfeld, au sujet de certaines mines et de quelques pâturages. On avait jeté les yeux sur Luther pour accommoder le différend , et il avait accepté cette mission pour des raisons qu'il explique lui-même en ces termeç : c Bien que surchargé d'affaires, je me sens pressé de consacrer quelques jours à celle-ci. Je m'en irai en paix, si je puis voir mes chers princes réconciliés et les disposer favorablement pour notre cautie. i»
Son voyage ne se fit pas saiîs périls, attendu que les ^ ri¥ièï*es. étaient fort enflées par une abondante chute de n^gèt II avait avec lui ses trois fils et le docteur Jônas, ecclésiastique protestant de Halle. En traversant une de ces eaux rapides sur un petit bateau, ils faillirent être submergés. Au moment de débarquer, Luther dit à son ami dif ton auimé qu'on lui connaît : c Cher docteur Jonas, n'eût-c^pas été un grand triomj^he pour Satan, si vous et moi, ;^t mes enfants par-dessus le marché, nous avions péri dah^ ces" ondes. j> Les fatigues de la r<Jute l'éprouvèrent tellement qu'on en fut a se demander s'il au-
âltt' HIStOIRÉ DE LA RÉFORMATIDN. LtV. I.
rait ^sBçfÈ de force pour atteindre sa ville natale ; maïs sa bonne hniiieur ne l'abandonna jamais, et sa conversafîôti spirituelle, ses piquantes réparties embellirent constamment le Voyage.
En témoignage du respect qu'ils portaient à un homme dont le nom était si célèbre dans tout le monde civilisé, les dncô de Mansfèld vinrent à sa rencontre avec une nombreuse cavalcade , et ils faisaient au défi à qui Itii montrerait le plus de vénération et de confiance.
Ce fut avec enthousiasme que la foule salua son entrée à Éisleben. Du matin jusqu'au soir , son appartement ne désemplissait pas de personnes de toutes conditfons, jalouses de jëtfer au moins un regard sur le vénérable père de la Réforme. Tout faible qu'il était, il ne put résister au plaisir de proclamer le message de la libre grâce de Dieu dans le lieu de ses pères. Il prêcha quatre fois, administra deux fois la cène du Seigneur, et cotisacra deux pasteurs. Partout on recherchait et l'on api^réciait sa société. Jamais il ne parut plus q, son avantage. Ses conversations à table étaient fort animées, et son esprit, si brillant, le faisait chérir des jeunes gens . et des hommes d'une intelligence développée. Le Soir, il ne se séparait point de* sa société sans l'avoir portée avec lui, sur les ailes de la prière , devant' le trôtie Ae la grâce. La hauteur de sa dévotion et l'énergie de son fotigage étontièrent ceux qui prenaient part à ce culte. ^ Priez Dieu en faveur de. son Eglise, disait-il souvent, ear le concile do Trente est furieusement irrité contre nous.* Ainsi, non-geulement sa piété, mais .^core ses fa* cultes intellectuelles brillèrent de tout leur éclat, à là veille même de sa mort. C'est ce que firôuverit, eïrti*é autres, les letDres qu'il écrivit à sa fenàme , durant une
CHÀ^. VI. LtTHfeR. èli
séparation qui ne devait point avoir de terme. On y voit en même temps la gaîté naturelle de ison caractère et cette innocente disposition à la plaisanterie qui fit le charme de sa société privée. Le 25 janvier, il lui écrivait de Halle, immédiatement après avoir manqué de périr dans la rivière : « A la très-savante madame Catherine Luther, mon aimable fetnme, à Wittembet-g. Chère Cettî, nous sommes retenus comme des martyrs, et nous voudrions bien être avec vous , mais cela ne s'arrangera pas en huit jours , ainsi que je Tespérais. Dis à maître Philippe que j'aurai à corriger son sermon ; car i! n'a pas bien compris pourquoi, dans sa parabole, notre Seigneur compare les richesses à des épines. S*il était à cette école-ci, il saurait ce que le Seigneur a voulu dire , et je suis désolé que FEcriture soit partout d'accord à menacer ces épines d'être brûlées. C'est pourquoi , je me donne patience dans le désir de faire ici quelque bien. Vos fils sont toujours à Mansfeld. Nous recevons l'hospitalité la plus distinguée, et tout irait parfaitement s'il ne s'agissait pas de cette misérable contestation. »
Répondant à une lettre où sa femme lui avait exprimé de tendres inquiétudes , il la querelle à sa manière : « Vous voulez , il me semble , en apprendre à Dieu , comnie s'il n'était pas possible au Très-Haut de créer dix Luther , quand le vieux Luther viendrait à tomber dans laSaale. Ne vous troublez plus par tant de sollicitude, et ne me troublez pas moi-même. J'ai un protecteur qui vaut mieux que vous ou que tous les anges ; c'est celui qui dormît dans une étable à bœufs et sur le sein de la Vierge, mais qui est maintenant assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant. Ainsi donc, que la paix soit avec; vous. Amen. Je pense que' les diables se mettent tous en
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baade contre moi, tant Tafiaire est embrouillée et délicate. Et puis voilà qu'il y a dans une maison d'ici une cinquantaine de juifs. Priez, priez pour nous, afin que Dieu nous donne une bonne issue.Âujourd'hui, plein décolère, j'allais presque ordonner qu'on attelât ma voiture; mais j'ai été arrêté par la pensée de la détresse où je laisserais mon pays natal. Me voilà donc converti en légiste : ils eussent mieux fait de me laisser à ma théologie ; car , aussi sûr que je vis, je leur parlerai de manière à humilier leur orgueil. Ils se cpnduisenl vraiment comme s'ils étaient le Très-Haut. >
C'est sur ce même ton, moitié plaisant, moitié sérieux, qu'il composa la lettre suivante, que nous citons à cause de son originalité : t A pieuse, prévoyante , sage Catherine Luther , à Wiltemberg , ma chère et aimable femme, grâce et paix en Christ, très-pieuse dame ! Nous vous remercions tendrement du souci que vous avez de nous et qui vous empêche de prendre aucun repos , car depuis que vous vous livrez à tant d'inquiétudes sur notre compte , peu s'en est fallu que le feu n'ait consumé de fond en comble notre demeure; et pas plus loin qu'hier, en vertu sans doute de votre sollicitude, un rocher faillit nous écraser de sa chute. Je crains fort que , si vous ne cessez de vous effrayer , la terre ne s'ouvre pour nous engloutir et que les éléments ne fassent une grande conjuration contre nous. Priez , ma chère Cetti , et croyez que Dieu aura soin de nous ; rejetez votre fardeau sur le Seigneur. Nous sommes, grâce à Dieu, joyeux et bien portant. Seulement l'affaire ne marche pas çommj^ nous le voudrions , et s'il plaisait au Seigneur , nous serions fort heureux de nous retrouver chez nous. »
On ne saurait douter que , <lans l'état de faiblesse et