CHAP. VI. LUTHER
trône sur lequel il est assis comme r^aédiateur entre Dieu et les hommes ; et quand Tamour divin attire aux piedi^ de Jésus les pauvres pécheurs, voici le prêtre avec son regard sévère, et la consolation fuit ces âmes troublées : elles ont été blessées, mais non guéries.
»Rien n'est plus misérable^ ni plus contraire aux faits, que de représenter la Réforme comme la revendicatfon des droits de la conscience, Témancipalion de Tignorance et du despotisme, la délivrance de la tyrannie romaine, le retour à la raison, le gage de progrès ultérieurs. La Réformatiori fut tout cela , mais elle fut beaucoup plus que cela; et si elle n'avait pas été beaucoup plus, elle n'eût pas même procuré ces biens réels, mais toutefois secondaires D (1). . .
Pour s'expliquer la prodigieuse révolution qu'effectua la Réforme de Luther en Allemagne, il faut nécessairement recourir à l'intervention spéciale du Seigneur. Ce 'fut par son ordre que le moine de Wittemberg fît entendre les oracles divins , muets depuis tant de siècles ; et ce lut par l'efficace de sa force qu'au bout de si peu d'années la prédication de Luther renversa la tyrannie spirituelle, dans un pays où elle régnait plus que nulle part. Il s'acquitta de son message avec l'énergie irrésistible d'un envoyé d'en Haut , et bientôt la Parole du Dieu vivant remplaça les traditions humaines. Au lieu de messes latines, on entendit des sermons en langue vulgaire ; on traita comme elle le méritait la prétendue infaillibilité du pape ; les monastères et les maisons religieuses se vidèrent et l'on fit de leurs revenus un meilleur usage ; les moines et les nonnes renoncèrent au célibat ;
(1) Isaac Taylor , Introd. à la vie de Luther, par Pfizer.
ôii mit de côté Tin vocation des saints et le culte de la Vierge, comme blasphéQiatoires et profades ; au lieu dés sept sacrements de Téglise romaine , on s'en tint aux deux institutions divines que prescrit lé Nouveau-Testament; partout le peuple reçut l'instructioa religieuse p^ir le ministère d'hommes actifs et laborieux ; et , d'une foule de cbaires, où l'on n'avait su jusque-là que préco-niser, en des haran^es absurdes, les vertus de la pénitence et l'efficace des indulgences pontificales, on proclama les dpctribes vivifiantes de la grâce de Dieu, c Rome avait eu pour palladium le dogme faux de la justification du pécheur par ses œuvres, ou autrement par ses mérites ; c'était de cela que vivaient ses abus, c'était le vrai fond de son apostasie. Au lieu 3u renouvellement du cœur , elle n'exigeait que des actes et des sacrifices ei^ternes : l'église évangélique des Réformateurs exige au contraire la justice de la foi, et par conséquent une. régénération spirituelle que Dieu seul peut effectuer. C'est pourquoi elle adresse l'homme directement à Dieu luirméme, à ce Dieu qui s'est approché de nous en Jésus- Christ ; elle ne pef met pas que nous cherchions notre paix dans leâ choses du dehors, m^tis en notre âme même, oii Dieu veut faire toute son œuvre de grâce et la développer. Telle était la doctrine des apôtres, doctrine que l'église romaine avait abjurée (1). »
C'est ainsi que nous avons esquissé l'histoire de la Réformation d'Allemagne , depuis son aurore «n 1517 , lorsque Luther ouvrit la lutte contre Tetzel, jusqu'au célèbre traité de Passau, en 1552, où les princes protes-
(1) Barth, Hisl. Gén.
GHAP. VI.