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d'espérance , vie d'études et de travaux sans nombre. Vous ne sauriez y découvrir aucune immoralité » ni aucune habitude anti-chrétienne ; rien que la critique puisse à bon droit reprendre. En tout temps il eqt à cœur la paix et la bonne harmonie. Jamais U ne mêla ses propres intérêts , ni aucun intérêt étranger, aux grands intérêts de la Réformation ; jamais il ne chercha par l'intrigue et la ruse l'accroissement de son influence ou de celle de son parti. Il n'est pas au pouvoir de l'homme de produire une sagesse et une vertu si éminentes ; c'est un don de la libre grâce de Dieu » effets d'autant plus remarquables dans le cas présent, qu'on sait bien quelle était la violence naturelle et l'impétuo* site de notre cher docteur Martin Luther. Aussi que ne doit pas être notre douleur , et comment ne sentirions* nous pas celte perte I II a plu à Dieu d» retirer de notre société et d'enlever à notre affection un homme dont les talents étaient si remarquables , qu'une longue expérience et de constantes études avaient richement déve* loppé , et qui possédait à un si haut point les vertus morales du disciple de Jésus-Christ ; un homme que Dieu avait choisi pour édifier son Eglise, qui nous aimait comme un père et qui occupait une place si élevée dans la communauté protestante I Nous voilà donc orphelins, pauvres, faibles, sans protection, privés que nous som* mes d'un père tendre et ferme tout à la fois. »
Parmi le grand nombre d'hommes distingués qui furent les amis de Luther , il n'en e$t point pour lequel il eut plus d'abandon que pour Mélanchton. Les hautes facultés de son cher Philippe, sa science, son âmecan* dide et sa sincère piété le lui rendaient particulièrement cher; et Mélanchton à. son tour recevait les réprimandes
HISTOIRE Dfi LA ^ËFORMATIOIf. LIT. I.
de Luther comme Tatitâit Ihit tm fils respectueux. L^un et l'autre rendirent d'éminéuts services à )a Réfiar&iatton : Luther^ par son zèle ardefit et son courâige intrépide; Mélanchton^ par son savoir, sâ prudence, son génie et par la douceur qu'il apportait dans les discussions.
Sous le double point de vue de prédicateur et d'écrivain, Luther occupe uiie place distinguée entre tous. Il aimait la chaire et y exerçait une puissance plus grande que personne. < Il possédait, > dit un de ses biographes, c tous les dons qui font le prédicateur, si l'on s'attache surtout à ce qui est pratique , populaire et persuasif. li avait une originalité qui ne lui faisait jamais défaut, une inépuisable facilité d'expressions, un organe excellent et un débit plein d'animation. Il fut des temps où il prêcha tous les Jours , jusqu'à deux fois, d'abord à Yé^ glise, puis dans sa^ maison, et toujours avec la même chaleur et là même abondance d'idées. Ses sermons ne brillaient pas par l'ordonnance ni par la symétrie qu'y eût mises un rhéteur; mais ils avaient de la spontanéité , et partout s'y montrait une foi vivante et pleine d'un zèle admirable» Ils allaient droit au cœur. Sans courir aprèà la phrase , Luther exprimait nettement sa pensée. S'il descendait quelquefois à des détails familiers, il s'élevaît bientôt aux plus grandes hauteurs de la foi et de la charité. H ne recherchait pas la nouveauté, et cependant il avait toujours quelque chose de neuf à dire. Il approfondissait enfui son sujet sans fatiguer par des longueurs inutiles (1). *
Sauf un petit nombre d'exceptions, les écrits de Luther eurent tous pour objet la belle cause de la Réformation;
(i) PPlîeii, fie êe Luther. ^ . "
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ce sont des moûtiments â'vlne actÎYité cTespril; et d'urte puissance intellectuelle vraiment étonnantes. Outré ses Lettres latines, on a maintenant cinq cents ouvrages séparés qui sont reconnus comme venant de lui, et il est a *iV6ir s'il n'est pas encore sorti de sa plutne d'antres publications anonymes qui auraient échappé aux recherchas des bibliophiles. On a publié le recueil de ses œuvres, à Leipzig en vingt-trois volumes in-folio, à Halle en vingt-quatre volumès-in-quarto, et dernièrement à Erlanguen en plus de trente volumes in-octavo.
Prétendre qu'une collection si votomineuse d'écrits
comiposés pour la plupart à la hâte*, et roulant en général sur la controverse, ne sôtit mélangés d'aucune erreur, ce serait élever Luther au rang des auteurs inspirés, c Nul ^ doute, > dît un des écrivains les plus ingénieux de notre temps, «r que l'on ne puisse aussi signaler des erreurs dans les œuvres de Luther; njâis après tout c'est la vérité qui y domine et l'erreur n'y est qu'un accident. Tous ses écrits n'ont manifestement qu'une seule tendance, au lieu que danii ceux des Tères'de l'Eglise on en découvre aisément plusieurs; le lecteur ne voit pas toujours où ces derniers le mènçnt, ni sur quel bas-fond ils le feront échouer ; ils manquent à la fois de force motrice déterminante et de point d'appui : ils n'ont pas ije principeis souverains (1). ^^
«rSîFon en excepte sa traduction de la Bible, les écrits de Luther ne furent pas le fruit d'un travail long et opiniâtf e, mais plutôt , comme on l'a dit, l'émission sponlanée de ses pensées. Sans doute qu'il avait fait d'amples et de àdlides provisions par ses études générales; if
(1) Isaac Taylor, Introdnclit>n à la vie de- Luther , f^r P&z^,
entendait parfaîtemeiït les auteurs classiques, il avait bien eludié l'histoire de l'Eglise, et il était versé dans les sciences morales et naturelles ; il possédait ensuite une grande connaissance du mohd^» une logique puissante et une persévérance à toute épreUve; c'est pourquoi sa plume courait avec une extrême rapidité, chaque fois qu'il s'agissait de composer quelqu'un de ces écrits par lesquels il avertissait, instruisait et fortifiait ses ami^ , tout en terrifiant et en renversant ses adversaires X*)- *
Les'produclions de Luther, et surtcfUt la publication de sa Bible, ont £%it époque dans l'iiistoire littéraire de l'Allemagne, sous le point de vue même de la langue. Avant le Réformateur , tout s'écrivait en latin ; mais il appliqua d'une manière si heureuse l'idiome vulgaire à tant de sujets différents, que d'autres en grand nombre suivirent son •exemple , et c'est ainsi que la littérature allemande est devenue d'une richesse immense dans le sacré et dans le profane. Il n'est pas douteux d'ailleurs que Luther n'ait personnellemeint perfectionné et enrichi sa langu.e matertlelle , et qu'en l'employant conyne il le fit, il n'ait, par cela même, popularisé les doctrines de laRéformatioh.
Sa traduction de la Bible et ses cantiques survivront bien certainement à ses écrits de controverse. Ce fut une entreprise héroïque que celle d'une nouvelle version des Ecritures , au sein de l'exiF et comme emprisonné dans le château de Wartbourg. Mais qui n'y verrait une direction d'en Haut? A une époque postérieure, lorsque Luther s'occupait avec quelques amis à achever sa traduction de l' Ancien-Testament, il écrivait ces pa-
(t) Pfizer, Vie de Luther,
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rôles , où Ton voit combien i] sentait la difficulté de la ' tâche : < Nous travaillons maintenant à faire parler les prophètes en langue allemande. Mais que Dieu nous soit en aide ! Il y a un rudç labeur'à vouloir rendre en notre langue barbare l'harmonie de l'hébreu ; c'est comme si le rossignol devait échanger ses ravissantes mélodies contre la note monotone et fatigante du coucou. >i Les cantiques de Luther forment un des plus excellents livres de dévotion qu'il y ait en aucune langue. Quelquesuns de ses cantiques sont traduits du latin , les autres sont des compositions originales. Il est à regretter qu'ils ne soient pas plus connus hors de l'Allemagne.
Tout en admirant ce qu'il y avait d'excellent et de beau dans Luther, tel que la grâcô deDieu Favait formé. Ton ne saurait Se dissimuler les défauts de son caractère et les infirmités de sa foi. Comme il arrive souvent aux hommes d'un esprit original, il avait une impétuosité qui Tentraînait à se servir, dans la controverse, de termes durs ef peu civils. Mais < ses paroles étaient l'effusion même de son cœur, et nous scandaliserons-nous de voir ce cœur en proie aux faiblesses communes a l'humanité , surtout si l'élévation des idéçs qui réchauffaient, si l'ardeur et la sincérité de ses convictions, couvrent, comme d'un manteau, ce qu'il y avait de répréhensîble dans sa manière de s'exprimer ? Il n'est pas douteux que ce manque de mesure ne doive singulièrement contrarier ceux qui voudraient ne voir en lui qu'un saint; mais il est à peine besoin de remarquer combien peu Luther lui-même prétendait à cet honneur » (1).
(1) Pfizkr, Vie de Luther*
Si donc nous déplorons Taveuglement et •la.haine des auteurs catholiqueS^qui n'ont voulu voir en Luther qu'un démon , nous ne saurions partager non plus le fanatisme protestant, qui fait de lui un être surjiumain. Nous conviendrons en particulier que le ton dont il parle de ses antagonistes, n'est certes pas en harmonie avec la religion qu'il défendait.
Son plus grand tort est de s'être .montré si intolérant envers ceux qui, sur certains pqi|||;^, poussaient les principes de la Réformation plus avant que lui. Il est vivement à jdépldrer qu'il ait traité .les Réformatewrs suisses et ceux qui , dans son pays , partageaient leurs vues sur la Sainte-Cène, avec une âprcté et une hauteur qui n'eussent pas même été permises envers des. hommes coupables d'hérésie manifeste. C'est d'autant pïus triste que l'erreur était au fond du côté de Luther ; car on ne saurait disconvenir que, malgré sa grande intelligence de la Parole de Dieu , il n'ait conservé, jusqu'à la fin de ses jours, un reste du levain papistique en ce qui tient à la doctrine de la présence réelle. Il faudratît effectivement posséder plus de pénétration que n'en ont les anges , pour discerner la différence fondamentale qui existe entre la conmbsiantiation de Luther çt la transsubslaniiaiton des romanistes. Dans l'une et dans l'autre, on veut faire croire à un miracle que rien n'atteste; l'une et l'autre doivent donc être, rejetees par ceux qui ne veulent pas de Yopus operaium des sacrements , ce qui est l'arc-boutant du papisme et de tout système par lequel on s'efforce d'attribuer à l'Eglise une vertu mystique qu'elle ne possède point.
Qu'on n'infère pas toutefois de la dureté de Luther envers ses adversaires, que ce fut un cœur sans compas-
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sîon et sans support. Lorsque le misérable Tetzel, abandonné de tous ceux qui Tavaient fêté jadis, se mourait dans la double agonie des souffrances physiques et du désespoir, Luther courut à sa chambre solitaire et lui témoigna une sympathie digne d*une grande âme et d'un vrai disciple de Christ. Mais après tout, notre Réformateur était homme , et en conséquence il avait sa part d'imperfections.
Pour revenir à la doctrine de Luther sur la Cène, nous nous garderons bien d'amoindrir la gloire dont il jouit à si juste titre , parce qu'il a cru devoir en conscience retenfr un dogme que nous estimons erroné. Il fut dans l'erreur sur ce point , mais cette erreur même est honorable. Il crut voir chez les opposants une tendance tant soit peu rationaliste, et jamais il ne consentit à sacrifier aux exigences de la raison humaine quelqu'une des vérités du christianisme.
Plus nous méditons les événements qui signalèrent la vie de cet homme admirable , plus nous sommes forcés de voir en lui un instrument dont se servit la divine Providence ; instrument actif et dévoué sans doute, mais enfin un simple instrument, préparé pour les circonstances, et que des circonstances fort diverses secondèrent en ses desseins , par la volonté suprême du Très- Haut.
« La Réformation luthérienne, avec l'étonnante révolution qu'elle opéra, ne fut pas, * comme l'observe très-bien M. Taylor , < l'œuvre proprement de Luther. Ce qui la produisit , ce ne fut pas l'impatience avec laquelle l'esprit humain portait le joug de la servitude, ni^ la cupidité des princes qui se hâtèrent de mettre la main sur les biens de l'Eglise, ni le réveil des lettres, ni la dé-
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couverte de rimprimerie ; mais ce fut la proclamation des vérités mêmes du Ciel, vérités oubliées , qui , en se reproduisant , vinrent interrompre le sommeil de la conscience, ranimer dans les cœurs des espérances paralysées , annoncer le Fils de Dieu crucifié et toutefois ressuscité pour notre justification ; l'Agneau de Dieu et par lui seul la propitiation des péchés ; le Christ , notre seul intercesseur auprès du Père ; Christ, seul pasteur et évêque des âmes ; le Roi, le Juge et le Chef de l'Eglise.
» Pour les nations qui la reçurent, la Réformation fut comme le matin après la nuit, comme le printemps après l'hiver, parce que, au lieu d'un salut d'invention humaine , elle proclama le salut de Dieu ; parce que , semblable au soleil qui chasse la brume, « la justice de Dieu par la foi » dissipa les prétendus mérites par lesquels on estimait acheter le Ciel. En hiver comme en été , le soleil traverse tput l'horizon, et souvent au mois de janvier il brille avec autant d'éclat sur la neige qu'au mois d'août sur de jeunes moissons. Mais ses rayons obliques nous font peu de bien , les glaçons des gouttières ne fondent que là où il brille, et l'atmosphère ne se pénètre pas de sa douce chaleur. C'est que, dans les mois d'hiver, le soleil en sa course suit de trop près les frontières du globe terrestre , et presque comme s'il lui appartenait. Haut dans le ciel , et là seulement, est le siège de sa puissance !
p L'Eglise a eu son long hiver. Dans les écrits théologiques de ces temps sombres et froids , il est peu de pages où Christ nèi paraisse ; mais il n'y est pas de ma- ' nière à réveiller les âmes. Entre ses mérites expiatoires et la conscience agitée se placent des pénitences ; la Vierge et des saints en foule obstruent les abords du