‹ Histoire générale de la réformationChapitre 49 sur 80 · GHÀP. VII. LA SUISSE · texte numérisé non relu

GHÀP. VII. LA SUISSE

les Suisses supportaient sans trop d'impatience leur part (le la tyrannie romaine.

C'est un fait digne de mémoire, que, en Suisse comme en Allemagne , l'humiliation et la chute du romanisme eurent pour cause prochaine son effronterie même. Un moine dominicain, par le honteux trafic des indulgences, anima contre lui le Réformateur saxon ; un moine franciscain , faisant le même commerce en Suisse , éveilla l'attention de l'immortel Zwingle. Le nom du franciscain était Samson ; et si nous avons vu Tetzel s'avilir par l'impudence de ses mensonges , le moine Samson ne se rendit pas moins odieux par les siens. Les paysans se pressaient autour de ce missionnaire qui prétendait vendre la paix aux consciences. Prêtant l'oreille à ses doctrines merveilleuses, ils le croyaient dans leur simplicité. Ils apportaient aux pieds de ce misérable imposteur le fruit de leurs sueurs, çt se disputaient à qui aurait le premier la précieuse indulgence. Cependant Samson, comprenant bientôt qu'il n'y avait pas beaucoup d'or à recueillir auprès de ces pauvres montagnards, se tourne brusquement du côté des riches citadins et des négociants , en exigeant de leur part des sommes proportionnées à leur fortune. Puis, après avoir pourvu aux besoins spirituels de l'aristocratie, il rejoint les gens delà campagne et prend d'eux tout ce qu'ils peuvent lui donner.

Une âme noble et affranchie contemplait avec une émotion inexprimable cette œuvre de démoralisation, et s'effrayait de l'action puissante qu'elle exerçait sur des populations aveuglées. C'était l'âme d»Ulric Zwingle, qui, après avoir été curé à Claris, puis à Einsidlen, s'était assis parmi les chanoines de Zurich ; homme d'un

savoir profond et d'une sagacité peu commune, qui joignait à de beaux talents l'intrépidité et la résolution d'un héros. « Personne , * s'écria-t-il , « n'a le pouvoir de re* mettre les péchés, sinon Jésus-Christ, qui est vrai Dieu et vrai homme tout à la fois. Allez, si vous le voulez, et achetez des indulgences , mais soyez certains que vous n'en êtes point absous pour cela. Ceux qui vendent le pardon des péchés à prix d'argent, vrais ambassadeurs de Satan, sont semblables a Simon le magicien et à Balaam. » Cet homme, vraiment grand, avait, dès sa jeunesse, été choqué des superstitions romaines, et déjà l'an 1516 il commença d'expliquer au j^euple les Ecritures, et de relever, quoique avec beaucoup de prudence et de modération , les erreurs et les abus d'une Eglîfee dont il ne pouvait méconnaître l'apostasie. A une époque où Luther n'avait encore rejeté qu'un petit nombre des corruptions du romanisme , Zwingle s'était tracé un plan général d'émancipation qui renversait à la fois toute cette masse d'erreurs et de superstitions sous laquelle gémissait la chrétienté. « Luther ne se débarrassa que lentement des préjugés de son enfance , tandis que Zwingle s'en d'épouilla bien vite par la force de son esprit aventureux, par l'étendue de ses connaissances et sa perspicacité (1). » Avant même que le nom de Luther fût connu en Suisse, Zwingle avait ouvert au peuple le volume inspiré et avait mis en question la suprématie du pape ; mais, comme le Réformateur saxon, ce qui lui fit. positivement déclarer la guerre au papisme, ce fut l'indigne trafic des indulgences. Il vit dans cette nouvelle invention de l'Antéchrist une insulte à la révélation tout

(i) Note du D' Maglaine, sur Mosheim.

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