CHAP. VII. LA SUISSE
entière, et particulièrement aux mérites du Rédempteur, sans compter qu'il y allait de la ruine des âmes. PaS moyen de lui faire quartier. Aussi ne montait-il plus la chaire sans l'attaquer ouvertement , et tel fut le succès de ses prédications, que non-seulement Sandson quitta la ville, mais encore qu'il jugea prudent de se retirer entièrement du territoire helvétique.
En considérant ces faits , nous sommes frappé de Fobservation si juste de M. Merle d'Aubigné , dans son Histoire de la Réformation. « Ce ne fut pas TAllemagne qui communiqua la lumière de la vérité à la Suisse , la Suisse à la France , la France à l'Angleterre ; tous ces pays la reçurent de Dieu; de même que ce n'est pas une partie du monde qui transmet la lumière à l'autre, maïs que le même globe éclatant la communique immédiatement à la terre. Infiniment élevé au-dessus des hommes, Christî <r rOrient d'en haut , j> fut, à l'époque de la Réformation, comme à celle de l'établissement du christianisme , le feu divin d'où émana la vie du monde. Une seule et même doctrine s'établît tout-à-coup au XVP siècle , dans les foyers et dans les temples des peuples les plus lointains, et les plus divers; c'est que le même Esprit fut partout, produisant partout la même foi.
j> La Réformation de TAlIemague et celle de la Suisse, démontrent cette vérité. Zwingle ne communiqua pas avec Luther. Il y eut sans doute un lien entre ces deux ' hommes, mais il faut le chercher au-dessus de la terre. Ceïui qui du ciel donna la vérité à Luther , la donna à Zwingle. Ils communiquèrent par Dieu. « J'ai commencé » à prêcher l'Evangile, » dit Zwingle, «l'an de grâce 1516, » c'est-à-dire en un temps oii le nom de Luther n'avait 9 encore jamais été prononcé dans nos contrées. Ce
* n'est pas de Luther que j'ai appris la doctrine de » Christ, c'est de la Parole de Dieu. Si Luther prêche » Christ, il fait ce que je fais, voilà tout j» (1).
Les travaux de Zwingle portèrent si rapidement leurs fruits, que les émissaires de Rome en conçurent de vives alarmes. L'évêque de Constance fut chargé de mettre un terme à ce mouvement , dont les effets pouvaient être aussi désastreux qu'en Allemagne. Le conseil de Zurich fut convoqué dans ce but exprès ; mais la lumière avait déjà tellement pénétré les esprits , que les adversaires du Réformateur n'osèrent pas entamer la discussion dés points en litige. Cependant Zwingle parvint à conduire le débat sur les hommages i^lolâtres qu'on rendait à la Vierge, et il réfuta si vigoureusement , par la Parole de Dieu, les arguments des papistes, qu'un arrêté du conseil l'autorisa pleinement à continuer de prêcher l'Evangile comme il l'avait fait , en invitant d'ailleurs les pasteurs de Zurich à prendre les Ecritures pour seule base des instructions qu'ils donnaient au peuple.
Toute la Réformation était là-dedans. Le conseil eut pour issue la conversion de plusieurs romanistes et les progrès croissants de la vérité. Les autorités civiles, qui favorisaient le mouvement , protégèrent efficacement Zwingle contre la rage de ses persécuteurs. La Parole de Dieu commençait à exercer un tel empire que , de son propre chef, le peuple abattit le crucifix qu'on voyait à la porte de la ville , sans parler d'autres monuments de l'idolâtrie papale qu'il détruisit pareillement. Ces actes hardis, qui étaient de nature à soulever l'indignation des partisans- de l'anÇien culte, provoquèrent une conférence
(1) Meule d'âubigné, t. Il, p. 358.