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LA SUEDE ET LE DANEMARK

Luther n'eut pas plus tôt brisé le joug de Rome, que la liberté qu'il venait de conquérir à l'Allemagne se propagea dans les contrées voisines. Le premier qui fit entendre à la Suède la voix de la Réformation fut Olaus Pétri, disciple zélé du moine de Wittemberg, homme dont le dévouement à la cause de Christ ne se démentit jamais. Il entra dans son apostolat au milieu des circonstances les plus favorables. Le missionnaire protestant trouva, dès l'entrée, un chaud protecteur dans la personne de Gustave Vasa Ericson. Les Suédois l'avaient mis sur le trône, à la place de Christiern, roi de Danemark, prince cruel que sa barbarie priva d'une couronne usurpée. Pendant que. le tyran avait ravagé le pays et asservi le peuple, Gustave Vasa, exilé, gémissait dans une prison ; mais , s'étant échappé de là, il s'enfuit à Lubeck, où il fut initié aux doctrines de la Réforme. Son âme s'ouvrit promptementà la vérité. Il vit l'accord des enseignements de Luther avec ceux de la Parole de

Dieu, et en même temps leurs heureuses tendances sociales et morales.

Quand il fut élevé sur le trône de Suède, il évita d'employer la contrainte pour amener le peuple à professer la même foi que son monarque, persuadé qu'il était plus sage et plus conforme à l'essence de la vérité, de laisser la doctrine réformée se faire elle-même son chemin dans la raison et la conscience de l'homme, par l'influence de la grâce divine. Il ne laissa pas toutefois de déployer la plus grande énergie pour répandre la connaissance de la Bible. Il attira sur ses domaines beaucoup d'hommes à la fois savants et pieux, afin de le seconder dans l'exécution de ses pkns. Il encouragea Olaus Pétri à traduire les Saintes-Ecritures, et il les fit circuler abondamment parmi le peuple.

Malgré toutes les précautions qu'il avait prises pour laisser à ses sujets une parfaite liberté, il ne réussit pas à conjurer la jalousie et la colère de Rome. C'est pourquoi, l'an 1526, il résolut d'adopter une marche plus décisive, mais toujours parfaitement légitime. Un zélé défenseur de Rome, Pierre Gallius, travaillant avec une activité prodigieuse à contrecarrer les progrès de la Réforme, Gustave Vasa convoque à Upsal une conférence publique entre le champion du pape et celui de la Réforme , dans l'espoir que le peuple, en comparant les deux doctrines, verrait bien de quel côté se trouvait la vérité. La conférence eut lieu devant une immense assemblée, et le triomphe d'Olaus Pétri fut si éclatant que, dès cette heure, les doctrines de Luther jetèrent en Suède de profondes racines.

L'année suivante (1527) vit naître des événements bien propres à consolider la révolution qui s'était ojîérée

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dans les esprits. Les E^ts du royaume ayai^t éité réunis en Convention générale à Wesjeraas, Gustave plaida lui-même avec une telle éloquence la cause de la foi réformée, il parla d'ailleurs avec tant de sagesse, de zèleet de piété , que , malgré roppositfon violente <lu clergé et en particulier celle des évjèques , il fut résolu, d'un avis unanime, que la doctrine luthérieiwe aurait libre cours ^ur tout le territoire suédois. Gustave fit avec beaucoup de courage la profession de sa foi. Il alla jusqu'à se déclarer ppêt à déposer la couroDne et à sortir du royaume plutôt que de gouverner un peuple csclavç du pontife romain et honteusement mené par des prêtres ignorants et superstitieux. A parti;:* de ce moment, la chute du Romanisme fut décidée, et le Luthéranisme devint la religion publique et ofiScielle de la Suède. Ce fut un rude coup pour Rome, car nulle part au monde les revenus du clergé n'étaient aussi exorbitants. Les évêques possédaient de plus grandes richesses que le souverain ; ils vivaient en des châteaux forts, et jouissaient d'un pouvoir tout-à-fait indépendant ; aussi étaient-ils souvent le& auteurs de commotions politiques qui rendaient impossible la marche régulière du gouvernement.

En Danepfiark, comme en Suède, la Réformation s'établit de bonne heure, mais par de moins nobles moyens. On y voit d'autant mieux peut-être comment le Seigneur sait faire tourner à ses fins les pensées des hommes même les plus méchants.

Christiern II de Danemark, surnommé le Néron du Nord, régnait depuis l'an 1513. Farouche, fourbe et cruel au plus haut point , ses motifs ne pouvaient être

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d'une nature bien élevée. Cependant il vit que tout ce qui tendait à réduire la puissance excessive des papes, était propre à rendre aux princes leur juste autorité, tout comme à répandre au sein des peuples Tindustrie et la paix. Avec de telles vues et dans Tintérêt seul de son pouvoir, Christiern II devait se montrer ami de la Réformation.

Déjà l'an 1520 il fit venir de Saxe Martin Reinard, disciple de Carlostadt , et lui conféra la chaire de théologie de rUniversîté de Hafnia. Reinard étant mort Tannée suivante, le roi appela Carlostadt lui-même à le remplacer. Celui-ci desservit cette place pendant quelque temps ; après quoi il retourna dans son pays natal. Du reste, le méchant monarque se conduisit avec un tel despotisme dans l'administration du royaume, et il mit tant de violence à contraindre le peuple d'embrasser la Réforme, qu'en 1523 il se forma contre lui une conspiration, en suite de laquelle il se vit renversé du trône et chassé de ses domaines.

Son oncle Frédéric, duc de Holstein et de Sleswick , ayant reçu la couronne, se conduisit à tous égards d'une manière qui faisait un éclatant contraste avec son malheureux et coupable prédécesseur. Ami décidé de la Réforme, il ne voulut point l'imposer de force a ses sujets. Tout ce qu'il exigea, ce fut que les Réformateurs eussent pleine liberté de prêcher leur doctrine. Dans une réunion des Etats à Odensée, en 1527, il obtînt l'édit important par lequel chacun fut déclaré libre de s'en tenir aux dogmes du Romanisme ou d'embrasser ceux de Luther. C'est là tout ce que devaient désirer les amis éclairés de la Réforme. Ils savaient que la vérité est puissante, et qu'ayant Dieu pour elle, le triomphe lui

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