‹ Histoire générale de la réformationChapitre 57 sur 80 · LA FRANGE · texte numérisé non relu

LA FRANGE

De Calvin , donl Timinortel honneur sera d'avoir su imprimer à la cause de la Réforme une impulsion vi*^ goureuse , nous passons au pays qui donna le jour à ce grand seryiteur de Dieu. La France fut un moment toute |)énétrép de^ doctrines de la Réformation, bien que, durant la vie de Lutber et longtemps après, l^s Protestants y aient vécu sous la cruelle oppression de princes qui étaient incapables d'apprécier ce qu'ils valaient , et qui n'avs^ient aucune notion des droits de la conscience. Mais le sang des martyrs fut de tout temps la semence de l'Ëglise. I)e 1515, année où François P' monta sur le trôpe, jusqu'à Louis XVI , si l'on en excepte le r^e de Henri IV, les Réformés de France ne cessèrent d'avoir î\ souffrir des persécutions souvent atroces.

. Lies églises réformées de ce royaume se greffèrent en quelque sorte sur celles des vallées du Piémont, et por« tèrent de riches fruits , malgré les longues tempêtes qui les ravagèrent. Déjà l'an 1521, nous trouvons à Meaux

une nombreuse association de chrétiens évangéliques , qui suivaient dans les principaux points la foi réformée, et que Ton connaissait sous le nom de Huguenots. Ils jouissaient de la protection et des sympathies de Marguerite» reine de Navarre, princesse qui, malgré les décrets sanguinaires de son frère François P% leur rendit en toute occasion de grands services. D'une main, le roi de France offrait, par pure poUtique, son assistance aux Protestants de l'Allemagne , tandis que de l'autre il signait l'arrêt de mort des Huguenots ses sujets. Au travers de tous les dangers , ces intrépides témoins de la vérité , remarquables j^ar la simplicité de leur oilte et l'innocence de leur vie , se mul^lièrent rapidement dans les provinces. On ne pouvait leur imputer d'autre crime que celui de combattre les fausses doctrines et la tyrannie de Rome. Parmi eux il y avait beaucoup de personnages de haute naissance, et même quelques ecclé-

siastiques d'un certain rang. Sous les règnes de Fran* çois P' et de Henri H , ils périrent par milliers sur l'échafaud. Le dernier de ces rois, monstre de cruauté; en fit périr plusieurs dans les fêtes du couronnement de la reine, comme pour en amuser sa cour. Après la mort de François, l'infâme Charles IX, abandonnant les rênes du gouvernement à sa mère , Catherine de Bfédids , se mit à la tête du parti politique qui méditait l'extinction du nom protestant. Si la cause de ceux qu'on flétrissait du nom de Hi]^uenots fut chaudement épousée par le roi de Navarre et par le prince de Condé, la maison de Guise, de son côté, ne cessait de les persécuter impi^ toyablement. Le prince de Condé est assassiné de sangfroid. L'amiral de Coligny , brave officier qui marchait avec les Réformés , frappé une première fols de la maiti

qBAF, II. LA FRANCE. foS

d'im ti^trei ^t eulm massacro dsuas sa propremsMSOQ^ lesioir de h Saint-Bar ttiélemy. Pendant cinq jours d'un horrible carnage, et à Paris seulement» dix mille Protes-* tants succombent sous le fer des meurtriers. On évatue;^ soixante mille, quelques-uns miême à cent mille, le nombre total, des chrétiens évangéliques qui përir^ot ainsi daas toute la France, le 24 août 1&72 et les deu» mois qui suivirent. Tout ce sang fot vers^ ai Tin^tigatipn d'une femme appartenant à la même. faq^Ue que Léon X;. On conçoit qu'une tellemcçumulation de crimes ajt ;a|tira plus t^ sur ce royaume les jugements du Très-Haut^ /

Telles éjtaieirt r.effrayante déppavation de l'époque et la puissanee^ d^ l'^i^irit papiiMe, que Charles IX, reçut l^fs féUeitatiqns du Parlement, à raison du zèle qu'il avait si noblement déployé dan$ l'intérêt de la reljigion. L'on os*-* donna des processions annuelles en mémoire de ce trioniphe de la papauté. Pour conserver encore mieux le souvenir de faits dont la nature et la religi()n ont une égale horreur, le pape fit frapper une médaille -ayani pour exergue : jle massacre des HOGrENOTs. En recevont de Cathejcine de Médicis la tête' de Goligny, il ordonna des réjouissances publiques Rome , et il consacra ce, jour comme une des fêles de l'église romaine , délivrée de l'hérésie»

Les Protestants, toujours poursuivis, durent prendre des mesures poujf leur défense. Dans un siège de huit mois qu'ils soutiqrént à la Rochelle, on prétend que 25,000 Romanistes tombèrent victimes de leur propre intolérance. L'an 1575, la paix fut conclue par Henri JII^ successeur de Charles IX, Mais le duc de Guise ay^t^ Bi^ifesté son m^ccHitentement , les hostilités ^ntrA l6S paHvres Clug^enqts recomnieiîçèrent de U part du faibflq

mt>fiàr<^è. Cependant, fatigué de Torguei! et dé h dôik^inatioh de Guise, Henri le foit assassiner, et Ini-nlêine tùiAhk bientôt après sbùs fes coups d'un moine doittinieàm.

Ce (ut alors que Henri IV motita sur le trôné de France. Élevé dans la foi protestante, il lui avait voué soh' affection-; et d^ailleurs c'était au- parti de là Réforme qu'A devait la couronne. Mais il ne tai^da pas a abjurer la: pMfefeskm qu^il faisait de la religion évangéliqu^, sans cesi^ toutefois de se montrei* l'ami de ceul qui la sui* vateiat. Ils lui durent la célèl>re loi qui assurait aux Protestante et aux Gatholfques une égale liberté. Cet édit, signé à Naùtes le 15 avril 1598, fit le repos des î^rotestants jusqu^à la fin de Henri IV, qui mourut en 1610, assassiiié par un: papiste fanatique, nommé Ravaillac.

A peine la tombe eut-eHe reçu la dépouille mortelle de ce prince , qiiè les Protestants purent voir tout ce qu'ils avaient à craindre de leurs ennemis. Il y eut, dans l'édit de Nîmes et dans lé renouvellement de celui de Nantes, un air de liberté ; mais c'étaient de belles paroles seulement, car on ne laissa pas que d'opprimer et d'insulter les disciples de la Réforme. Tout cela cependant n'était que la sombre nuée qui précédé l'orage. Il était réservé à un prince qu'on a honoré du titre de Grand , de faire aux Protestante de France plus de mal que tous

ses prédécessétirs réunis. Louis XïV, homme Kvréà toutes les convoitises de son cœur et l'un des plus niéchants princes dés temps modernes, fit peser sur les Protestants toute làt puissance de sa main de fer. En 1683, cet odieux riïonarqûe révoqua l'édit de Nantes ; et quelle {dditaë* piVàrra retracer les niàlhëurs qui s'érisuîvit^nt ! Pour firir à la fois les convertisseurs elles dragons, tous

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ééûlx^JUi le ptti^ëiW'ife jW^ciï^itèrënf dâûâ lèS palySéfràngér§, et cei^ vhitkiiéà do despotisme romain dnretit liii asiïè à là coittpassioh de rAfigletèrre, de l'Ecosse, de ïà HoDàttde, de là Siiîsëe et de TAllemagiie. Cepiehdânt le plus grand notofere d'entre eux ne purent tromper la Tigilance de leurs ennemis. On plaçait une double garde devant leurs maisons ; les portes des villes leur étaient fermées, et Ton massacrait sur la place, ou Ton jetait au fond des cachots ceux qu'on surprenait dans leur ftiite. Tant d'exils, de massacres et de conversions extorquées menacèrent le Protestantisme d'une ruine complète.

C'est ainsi que, désolées et constamment opprimées, les églises réformées de France atteignirent la fin du siècle dernier. La révolution politique qui remua le royaume jusque dans ses entrailles vint, par un miracle inespéré, rendre aux Protestants quelque liberté de conscience. Mais l'esprit des anciens Réformateurs, le noble esprit des Huguenots s'était évanoui ; le Protestantisme avait perdu sa force vitale.

Sous la dynastie actuelle, les justes droits des Protestants leur ont été garantis par la constitution du royaume ; la foi primitive commence à se ranimer en divers lieux ; on y proclame de nouveau les doctrines de la Bible avec une grande force, et sous une forme nouvelle le Protestantisme semble vouloir reprendre sa place de jadis. Excité par ce retour à la vie, le clergé romain use de toute son influence contre les églises réformées. Bien que le Catholicisme ne soit plus la religion de l'État, il exerce une puissance qui rend le sort des Protestants assez précaire, malgré le texte des lois. C'est une situation qui doit émouvoir le cœur de tout chrétien. Il faut demander à Dieu qu'il se suscite un grand nombre de

fidèlçs témoÎDd dans cette France , que tant de martyrs qnt ^rosée de leur sang* Car ce n'est pas un Protestantisme froid et formaliste qui peut y changer la face de la spciété ; rien ne le fera, sinon la puissance vivifiante de l'Esprit de Christ et des vérités de l'Evangile.

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