LA POLOGNE
-oC«—
L'histoire de la Pologne est toute palpitante d'ititërèt* C'est un long drame dont nous avons vu, de nos jours, la douloureuse catastrophe et qui abmide en péripéties saisissantes.
Sous les Jagellons Alexandre, Sigismond et Auguste, de 1501 à 1572, Taristocratie exerça, sur le souverain non moins que sur les masses, une puissante influencé. Il n'y avait proprement en Pologne que deux classes de personnes : la noblesse, corporation considérable , et le commun peuple , réduit au vasselage le plus humiliant. Il n'y existait donc pas de classe moyenne. Le peu de commerce qu'on y faisait était entre les mains des Juifs, tribu errante qui n'avait rien de commun avec la société politique. Gomme tous les pays dont la population ne se compose que de nobles et de mendiants, sans intermédiaire pour les lier en un seul corps ^ la Pologne se vit exposée aux révolutions et aux convulsions sociales qui résultent nécessairement d'un tel état de choses. On ne
saurait repasser dans son esprit les vicissitudes de cette histoire, sans verser des larmes sur les destinées de ce Dialheureux peuple» et sans s'indigner contre les tyrans qui se jouèrent de ses droits et de son bonheur;
Le point brillant des annales polonaises est celui qui nous montre les progrès que la Réformation fît en ces contrées dès le commencement du XVI® siècle. La Pologne avait eu rhooniror d'offrjr un asile à bon nombre de frères Bohèmes , lorsqu'une cruelle persécution les chassa de leur pays et de la Moravie. Ce furent ces humbles disciples de Christ qui, pleins de zèle pour les doctrines évangéliques , en plantèrent les premiers le glorieux étendard sur le sol de la Pologne et préparèrent ainsi les esprits au grand mouvement qui se fit à l'époque de Lutlfôr. II n'est pa^ aisié de déterminer si ies frères ,de Bohème engagèrent des disciples de Luther à émi^rer en Pologne , ou s'ils y répandirent euis-mèmets sa éoctrine ; toujoui*s est-il qu'avant la fin de 1520 , les éot^ jia RéfcA*mateur saxon et plusieurs prédicateurs évastgéliques y avaient dé}à pénétré. Ge ne fut pas en vain qu'ils s'y mcoitrèreat. Beaucoup de ^eiis éo^mtèrent ou luirent avec un vif intérêt l'exposition de la vérité , et d^ teiMes parts on voyait céder à son action puissante les larreurs et les superstitions antiques. Nous avons dit préciédemment que Jean de Lasco était Polonais ; il y a tout lieu de croire que , s'il fit beaucoup pour édiajrer les Pays- Bas, il ne n^ligea pas sa patrie.
Cependant la Biéfermatfon eut èientèt à lutter contre deux ennemis redoutables : d'un côté les Jésuites avec leur zèle in&tigable et leur tyrannie ; 4b Ji'iautre» les tristes divisions qui déchîrènent le parti des ftéfi^omés. CenX'-là, semblables au ver qui s'attacbe à la radcie
CHAP; VIII. LA POLOGNE. ifùt
d'une plante, cberchaient à paralyser dans leur priècâpe les efibrts qui se faisaient pour étendre les doctrines de TEvangile. A Taide du confessionnal et des passions populaires, un clei^é cagot et intolérant put opposer au développement des convictions naissantes Tadresse et la ruse qui ne luifirent jamais défaut. Quant aux Réformés eux-mêmes, leurs divisions jetèrent une grande défaveur sur leur œuvre, et autorisèrent en quelque sorte les Romanistes à se glorifier de la prétendue unité de leur église. Il y eut malheureusement en Pologne, au temps de la Réformalion, quelques esprits inquiets et actifs, qui aspiraient tous à faire dominer leur point de vue ; et il s'en trouvait parmi eux dont les opinions étaient d^une tendance aussi fâcheuse que le Papisme lui-même. Ici c'étaient les Àntinomiens , qui , sous le nom d'Anabaptistes , propageaient les principes de la morale la plus relâchée, et se livraient, dans leurs assemblées publiques, à des turpitudes auxquelles le magistrat ne pott-<> vait demeurer indifférent. Là c'étaient les Sociniens qui, travaillant avec une ardeur infatigable à détruire l'es^ sence même de la doctrine évangélique, voulaient faire du christianisme un simple système de morale, et encore d'une morale froide et sans vie. Ailleuï-s venaient les membres de l'église grecque , heureux de voir com-' battre les arrogantes prétentions de l'évêque de Rome, pourvu que Ton consentit à baiser les pieds de leur patriarche. Enfin une foulé de disputeurs , ardents à attaquer les vices et les superstitions du Papisme, mais incapables de reconstruire, selon les Ecritures, un édîflbe solide quant à la doctrine et quant à la discipline.
Outre ces factions, composées d'hommes également étrangers à là vérité, il y avait, dans ce qu'on peut appe*-
1er féglise ëvangélique , trois partis distincts : d*abord , lesljithériensqui épousaient avec autant de zèle la doctrine de Luther sur Teucharistie , que sa haine pour les abus de l'église de Rome; puis les Réformés proprement dits , qui rejetaient la consubstantiation et se rattachaient aux Réformateurs delà Suisse plus qu'à ceux de rÀUemagne; enfin, les Frères de Bohéme^-qui tiraientleur origine de Jérôme et de Huss » ou , pour remonter plus haut^ de l'église vaudoise des anciens l^mps.
Sans doute que tout cela prouve combien la Pologne prenait d'intérêt aux questions religieuses et en outre combien la vieille superstition avait perdu de son empire ; il n'en est pas moins vrai qu'au lieu de travailler d'qn commun accord à étendre l'Évangile , les divers partis consumaient leurs forces dans leurs luttes mutuelles sur des points secondaires. Les Luthériens , les Réformés et les Bohèmes ne pouvaient assurément tendre une main d'association ni aux Anabaptistes , ni aux Sociniens , ni aux Grecs ; mais , même entre eux, ils ne surent pas tomber d'accord sur quelques articles fondamentaux qui leur eussent permis d'agir de concert. En 1570, cependant , les trois églises évangéliques s'unirent par le concordat de Sendomir. Dès ce momeut , elles eurent une confession de foi commune, et elles auraient dû comprendre la nécessité d'entretenir l'unité de l'esprit par le lien de la paix; mais c'est malheureusement ce qui n'eut pas lieu. Leurs divisions intestines, faisant la force de leur ennemi, facilitèrent au Papisme des empiétements successifs sur la liberté de conscience , et bon nombre de Protestants tombèrent victime^ de la persécution. Il est vrai que la diète générale de 1573 proclama l'égalité des droits entre toutes les