HENRI VIII ET SON FILS EDOUARD
Plus de deux siècles avant Henri VIII , FAngleterre avait eu des germes de Reformations et des germes d'une essence aussi pure et aussi spirituelle qu'on en avait pu voir chez d'autres peuples. Grosseteste au XIIP siècle , Wickliffe au XIV®, élevèrent contre Rome une voix puissante qui , même en ces jours de suprématie papale, fit trembler Sa Sainteté sur son trône. Cette voix porta ses échos en tout pays , et plusieurs de ceux qui l'entendirent, ne craignirent pas d'attaquer de front les superstitions dominantes. Mais l'Angleterre était alors le boulevard du Papisme, et les réclamations d'un petit nombre de fidèles serviteurs de Dieu y furent étouffées par les clameurs du clergé et par les foudres du Vatican. Ce pays appartenait si bien au pape, qu'il en retirait un revenu plus considérable que le monarque luimême. Celui-ci, tout comme son peuple , était l'humble
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esclave de la Babylone dont les enchantements avaient séduit toutes les nations de la terre (1).
Mais si Wickliffe et ses adhérents ne réussirent pas à gagner l'opinion publique » ils jetèrent ça et là des semences de vérité , qui , après avoir été longtempsi ensevelies dans un sol ingrat, devaient plus tard fournir de ri* ches moissons. La traduction que Wickliffe avait faite du Nouveau-Testament , ^t quelques-uns de ses écrits, agirent sur les âmes longtemps avant qu'il fût question de secouer le joug du pape. Il y eut par là beaucoupi de personnes qui vécurent d'une vie cachée en Dieu , et se réjouirent dans la lumière divine , à l'époque même où d'impénétrables ténèbres couvraient la face du pays.
Le nom et la fortune des LoUards occupent une aussi grande place dans l'histoire du règne de Henri VIII , que le désordre de ses passions et sa rupture avec la cour romaine. Au moment où ce monarque monta sur le trône, on poursuivait avec activité la destruction de cette classe de religionnaires, que, tout considéré, l'on doit envisager comme des disciples de l'immortel Wicklifie. En 1511, six hommes et quatre femmes furent traduits devant l'archevêque Warham, sous l'accusation d'avoir nié la présence réelle dans l'eucharistie , attaqué les cérémonies du baptême et de la confirmation, mal parlé du confessionnal et contesté aux prêtres le pouvoir d'absoudre les pécheurs. C'étaient évidemment des LoUards; et de ce qu'ils abjurèrent leurs prétendues erreurs , on ne conclura pas qu'il n'y avait alors en Angleterre que cette poignée d'individus qui éprouvassent du dégoût pour la religion dominante. Au contraii^e, on ne sau-
(t) Apoc. xviii. ,
raît douter qu'il n'existât sur divers points du royaume une foule d*hommes prêts à secouer, au premier signal, un joug que ni eux ni leurs pères n'avaient pu porter. Ces gens pauvres et persécutés mettaient un tel zèle à se procurer la Parole de Dieu, qu'il leur arriva de donner en échange de quelques pages du Nouveau-Testament, une somme avec laquelle on paierait maintenant cent exemplaires de la Bible complète.
Si un prince de la fin du XIV* sièfcle, si Richard II, par exemple, avait eu avec le pape des démêlés aussi graves que ceux de Henri VIII, il ne les aurait certainement pas terminés de la même manière ; et cela par la raison toute simple qu'il n'y avait pas, aux jours du roi Richard , le moindre levain de vérité dans la nation : tous se pliaient à l'abjecte servitude où les avait réduits d'homme de péché. »
Il restait donc en Angleterre quelques traces des nobles travaux de WickliflFe, lorsqu'à l'époque de l'avénement de Henri VIII, l'imprimerie y apporta les écrits de Luther et des autres Réformateurs du continent. Ce îut de cette manière que les hommes désireux de la vérité purent acquérir une idée plus claire du système ëvangélîque, et en particulier du dogme de la justification par la foi ; car Wickliffe avait mieux réussi à flétrir les erreurs et la corruption du jour, qu'à proclamer la doctrine qui est le grand antagoniste de la papauté , je veux dire celle du salut par les seuls mérites du Rédempteur. Mais il s'était dès lors ouvert , entre l'Allemagne et l'Angleterre, un canal où « le fleuve de la vie * versait largement ses eaux pures et rafraîchissantes.
A cette circonstance s'ajouta celle de la publication du Nouveau-Testament de Tyndale. L'accueil empressé