‹ Histoire générale de la réformationChapitre 74 sur 80 · MARIE ET ELISABETH · texte numérisé non relu

MARIE ET ELISABETH

Que Cranmer ait eu à cœur d'apporter dans la religion de profondes et de solides réformes, c'est ce qu'on ne peut mettre en doute après la lettre que Bullinger ëcrîvait aux fidèles exilés à Francfort : c Cranmer, ^ dit-il, c avait rédigé précédemment une liturgie cent fois lyeilleure que l'ancienne ; mais le bon archevêque ne put obtenir qu'elle fut mise en usage, parce qu'il avait à conduire un clergé dépravé, où il ne comptait que des adversaires. » Cranmer approuva de plus un projet de réforme ecclésiastique qu'avait dressé "le célèbre Bucer, alors professeur de théologie à Cambridge. Ce projet venait de recevoir la sanction d'Edouard , et il eût été certainement converti en loi, sai\s la maladie subite du jeune monarque, qui reçut la couronne céleste en 1555, à l'âge de seize ans. Ses dernières paroles, après avoir demandé à Dieu de défendre son royaume contre le Pa-

pismé, iytent : c Je sens qae je. m'en TaB. Se^gseur, ayeè pkië de mbi , et necevez mon esp#ît. >

A cet aimable et pieux jeune prince succédli la saii*gfaânaii:^ Marie, dont le règne s'ouvrit par la dépostiiqn et l'eiécnlJon publi<|ne de lady Jeanne Grey. Celle-di iut^ ayec son ;infortuné nùufi « iord Gnilfort , victime de raibbitiôn du duc de Nortfaumberland , son beauHpère» bie^ phis que ée son propre désir d'occuper le trôiie d'Angleterre. Fille de lôrd. Suffolk , elle avait beaucoup fréquenté la cour, et par sesitalents, par les charmes de son esprit comme par son ferpie attachement au ¥rotestantktme, elle comptait de chauds partisans parmi ceux qui désiraient tes progrès de la Réforme. On avait obtenu d'£douard mourant qu'il disposât de la ôou^ ronne en laveur de lady Jeanne sa cousine, et en con^ séquence elle 611 proclamée avec graiide pompe , aus^ sitôt après la mort du monarque. Hkàs son élévatbn ne fot pas de longue durée; car, au bout de neuf jours de mortdles angoisses , elle se vit prédpitée d'un trôÉe qu'elle n'avait point ambitioimé. Le peuple el ia no«blesse, irrités des prétentions orgueilleuses kIu duc de Northumberland, se prononcèrent en faveur de Marie, fîlléâeŒIenri Vlli; le duc fut décapité, lady Jeanne et sofl mari furent nris en jugement, condamnés pour crime de haute trahison et envoyés à la Tour. Après y avoir passé quelque temps, le conseil de la reine décida de les^faire iiKmrir. Lord Guilfort fut exécuté le premier ; .puis Jeanne Grey, pleatie de confiance en Dieu son Sauiveén*, moùta sur le Àième éohafaud , en déclarant per- BÎsier dans k^Moi protestante. C'éfeiit le là février 15&4* . Avec le règne de Marie commence une suiie d'actes tyiràn'niqiKeé ot de perséeutions sanglantes, qui n'4)iK pas

Jenrs pareils, dans toute Hiistonre d'Angleterre. L'année même où lady Jeanne fat exéoitée , la bigote Marie épousa Philippe d'Espagne, papiste non moins bigot qu'elle, événement qui fut également funeste à la nation et à la reine elle-même. Celle-ci fit revivre les lois de sang qui frappaient les héréticpies , et il s'ensuivit des scènes de violence dont le seul récit foit frémir d'horreur.. Elle avait promis de respecter la législation existante ; mais il n'y avait chez cette malheureuse femme, ni vérité, tii honneur, ni compassion. Le clei^é, prêt à se vendre au preipier venu, après avoir fait sem*- Uant d'embrasser la foi protestante pour conserver ses bénéfices, retourna volontiers au Romanisme, perséentMtt à outrance tous ceux qu'on accusait de retenir les doctrines de la Réformation. Bonner etGrardiner eqi particulier, deux misérables qu'il n'est guère possible de s»irpasser en. barbarie, furent les principaux agents dont la reine se servit pour livrer aux tortuies, à l'ignominie et au supplice, les hommes les plus illustres de ce temps. Heureusement que ler^ne de Marie ne fut pas long; mais durant les cinq années qu'elle tint les rênes du gouvernement , elle restaura le Papisme et ses lois in*

tolérantes. Dans une seule année, c'est-à-dire en 1555, elle fit brûler les trois évêques protestants, Hooper, Ridley et Latimer.

Le premier souffrit le martyre à raisonrdu refus qu'il fit de céder au bon plaisir de la reine , en rétablissant le Papisme. Déclaré hérétique obstiné et incorr^tble^ il donna courageusement sa vie à Glocester même, où «1 avait exercé avec tant de zèle et de fidélité ses fonctions épiscopales.

Rîdley et Latimer durent mourir sur le même bûchw.

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à Oxford, le 16 octobre 1<&55. GeluL^ct avait, il est vrai, rës%oé répiscopat lors de Tadoption des Six Articles de Henri VIII, et Ton n'avait jamais pu rengagera le reprendre ; mais ^ prédicateur aimé du peuple, sa seule présence était un embarras pour le parti papiste. Marie n'eut pas plus tôt ramené le règne de la ter-. reur, que les ennemis de Latimer montrèrent la soif qu'ils avaient de son sang. Passant un jour à Smitfield, lieu ordinaire des exécutions, il dit : < Cette placo me ré* dame depuis longtemps. » Quant à Ridiey, ce fut le (ordinal Pôle, l^;at du pape, qui, Tayaut traduit à sa barre, le condamna pour cause d'hérésie et le livra au bras séculier.

Tandis que ces vénérables serviteurs de Christ étaient entre, les mains des bourreaux et qu'on préparait les fagots qui devaient réduire leurs corps en cendre, La-* timer tourna sur son ami un regard plein décourage et de sérénité : c Aie bon courage, maître Ridley, 3 lui dit-il, < montre que tu es un homme. Nous allumons aujourd'hui en Angleterre un flambeau qui , je Tespère en Dieu, ne cessera plus de briller, ji Puis ces deux hommes, qtû avaient été jugés dignes de partager les tribulàtioas et la patience de Jésus-Christ, recommandèrent leur âme à Celui qui les avait rachetés, et ils expirèrent dans un saint triomphe au milieu des flammes du martyre.

Mab ces splendides h<docaustes oflerts à la rage de la papauté, ne satisfirent pas encore les vœux insatiables de Marie et de son conseil. L'année suivante , Cranmer dut rendre un dernier témoignage aux grands principes ée la Réformq. Il avait de bonne heure attiré sur lui les regards vindijpatifs de la reine. Avec Ridley et plusieurs autres , il s'était exprimé devant Edouard de manière à

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1^ déteraUner^ènfaTeûr de Jesume Grey, et dès que Marie fut sur lie trâne , elle fit intenter à Êraniner un procès , soas la quadruplé accBi^îoii de biasphème , de paiv juto, d^inecmtînenoe et d'hérésie. Comme 6a doit ai»^meât le côikipanendre, il ne manqua pas d'être condanmé. On le dépouilla de son offices; et , par une ifidigne tromperie y on lui fit eatreToir son pardon s'il rétractait ses principes et s'il exprimait quelque douleur del^ av^Âr embrassés.' Sftaiheureusement pour cet faomoie de bien , il eut lai ftiibiesse de cédera làtentatipn. L'on. con?dnt donc qu'il Urait lui-même sa rétracts^tion dans régSsé de SamteMMariev à Oxford. Les ennemis de k Réforme étaient ravis du triomphe qu'ils venaient enfin de remporter sur œt iliostre champion du Protestantisme , et tous attendaient avec iinpatsence l'aveu puUlîc qu'il allait faire de ses-errçurs. Mais la conscience avait repris ses droits , etim moment oii les regards îmfuietS'de la nnltitlide se portaient sur Cranmer^ on le vit supltlierardeminent le Tràs^Haut de lui pardonner son faorrîbte apostasie. Puas, se tournant vep:*s ses auditeurs , il les supplia de se garder des erreurs du Romanisnte \ les assurant que rien ne pouvait Ib tranquillisa sinon if espoir de réparer quelque peu son crime en subissant t'aârèux supplice qu'on lui destinait. Ce discours chakin^eux excita chez s^ persécuteurs une véritable fréiésîe. Il n'y eut sorte d'insultes et (feutrages qu'ils ne fiirent pleuvoir sur- lui. Suis, criant à l'apostiat et à l'hérétique, ils le traln^ent de la fiiçon la plus brutale devant le collège de Baliol , sur le bûcher qu'on avait érigé pour lui. Ce Ait avec une grande fermeté et d^n air plein d@ joie que le noble martyr approcha d^ l'échàfaud. Ses souil^ances furent extrêmes > mais Ha force qu'il reçut du Seigneur

GBAB. X. L'ANGLETERRE. 33B

ne lut paÀ moÎB&grande. Qoand les flamitaes eomiiMiBeè-' refii* à.le'dérarer, aa'le vit élever fia tnaû droite en ariaut devant toot le peuple : c Misérable mai» ! misera-^ Me main! » Elle avaiit signé sa promesse de rétracta^:

ûon CTétaik le 21 mars 15A6. Ainsi mimrut un homme

qui , malgré ses complaisances pour Henri VHI et l'hésitatif» qu'il mit souvent à suivi-e la voix de sa conscience, n'«» fiit pas moinâ^et par sa vie et par sa mort, un de ceux quk contribuèrent lé plus à: déjbuer les prétentions de BtÉBû , et à jeter eur Ànglelei're les fondranents de la Béformafâoa.

JUtatts y wmM ces pcélstta de T^liite anglicane , d'autres avaient déjà'sueeoinbé^sous le gtaivode la cruelle Slarie. : John Rogers , l'ami de Tyndale et de Go verdaite, chanoine de âaîntrPaul, avatt élé pendant douze meis enfermé dans un cadliot^dieNéwgaii^, confondu avecdia^ils criminels; pui& iliâil ^é SUIT un bûcher, où U'mourtttafvec joie le.4 févrii^ ld55. Ih prattsità fortement devant ses juges emh tre léft souillkires de i'^se! rcMttame et contre la messe en; pârticulieir..

Ledoctieur Bsowlapd Taylor, reoteur deHadley,; avait été chapelaia de. Crànmer. Doué d'uae âme ndble et d^un* caractère affiiUe , ce fidèles secvMeiir de Christ s^étaît entièrement consacré k la eauae de la Réfonnation. Il avait acqms uae gvande. influence dans le oooafitéde SuC-* felk , en poursruivant ku belle cmtvxe <|uierfiilney y avait commeaeéô. Sa paroisse étaiti une terre de fioacen, où cla Parote.dni Seigneur aaraift un libre eowrs et où elle était glorifiée. »/ Rc^wlané Ta^r pootait d'ailleurs un vif iniérèf) an bî^-ôtre temporol , oemme an bien spirituelle ses paroissiens. Ar^^eo j|»nt de vertus étianbde zèle pour la Béforcie , il ne ponmt.échappev Icmgtempa

308 HISTOIRE DB LA BÉFORMATION. LIV. lU

à b; TÎgîlance età la haine d'un Bonneret d'un GarcUner* Somme de comparaître devant ces hiunmeaimpitoyaètes, il fiit Diis emi prison , dorade de son office et finalement livré aux flammes^ dnq jours après Bogers. C'est nneides pa|fes de Thistoire lés plus hotiotables pçur l'humanité que celle qui noos raconte son courage , son calme ^ sa j oie et sa douceur^ maigre les provocations de ses ennemis et les souffrani;^s qu'il eut à endqrer. Au plus fort de son agonie;, on l'enteiklait encore s'écrier : € Bon peuple! je ne t'ai pas enseigné autre chose que la sainte Parole du Seignet^r, et je t'ai fidèlement transmis les leçons que j'avais reçues moi-même de la Sâint^*Bible , tpi est le le livre de Dieu. C'est ce que je sujs venu sceller aujoiu*d'huidç mon sang. ^

Du 4 février ib&y jour où John.Bogers soàffirit leniartyre, jusqu'au 10 novembre 155S , (^e cinq Pmtestants fur^ brûlés à CantCNrbiiry, l'on ne eom^pas moins de d^ïx cent quatre-vingts^ amiS' de là Bi^ornie envoyés au supplice par Marie et ses indi^s conseiUèrs. . Cornbien d'autres victimes la persécution aurait*elle fûtes ; si Marie eût vécu longtemps encore, c'est ce qu'il n'est pas possible de conjecturer, > dit un écrivain; moderne; c maiS'heùreùsement que ces jours de calamités publi* ques furent abrégés. Le 17 novembre mit fin à un r^ne qui ne ftit <|u'ttne suite uom interrompue d'infortunea na^ rtônales. Calais, qui avait appartenu à l'Angleterre depuis la bataille de Crécy^ et qU:^on envisageait cooMue le pliis beau fleuiron de la^cou^onney fut perdu, et perdu , selon toute apparence, parce quelle gouvernement n'osa pas convoquer les commutas , tant était grande son iib* popularité ; l'oti avait coqtracté d'énormes dettœ^, moisB popr&irefaeeaux dépenses publiques^ qite pour con-

iefai&r les Espagnols; un trésor épuisé, les savants mis ^i fuite/ les chaires des universités envahies par des suj^sdu roi Philippe 9 la corruption s'ét^idant de non*' veau sur le ï^oyaume , grâce au séjour douces étrangers^ et à la restauration du célibat, les condamnations capitales tellenient multipliées qu'en une seule session cffiqminte-deux personnes furent exécutées à Oxford ; une affreuse peste qui dépeui)]ait le pays au point de le priver de ses défenseurs contre l'invasion dont la France le menaçait; teUe était la situation de l'Angleterre à Ja mort de Marie > (1).

Cette situation , presque en entier le résultat du retour au Papisme , était affreuse en effet. L'on avait banni du royaume les savants étrangers qui professaient la doctrine r^ormée, et avec eux bon nombre de nationaux qui durent cherdiér un refuge en Suisse et en Allemagne. L'ordre social était profondément ébranlé. Toute con&tnce avait disparu. Personne ne pouvait plus comp^ ter sur sa vie ni sur ses j^opriétés. C'était une crise qui r^mdait la ruine imminente. Mais Dieu étenUît son bras en faveur d'une nation qui ccMiienàit une multitude de personnes dont le genou n'avait point fléchi devant les autels de Rome. Après avoir comblé la mesure de ses iniquités , Marie mourut comme elle avait vécu , trompée par ses prêtres et victime d'une misérable superstition.

• Les horreurs excessives d'un tel règne, et l'état où la fortune publique se trouvait réduite , pour ne rien dire des gémissements que le joug insupportable de Rome faisait pousser à des milliers de citoyens, furent extrê -

(1) BLUNt. ëkeick ofihe Reformalion in Englmd; p* 206.

330 HISTOIRE l^e, IiA AJSFOBMATiON. UV. li.

mëment faverable&aux prétendons 4-i^cabeth, sdewrde Marie. On la savait ^ii&posée à ÊivopÎBer une révolutioet dansiles aiffiaires religieuses, et Tod né; dûutaîl parque soa coumge et son énergie ne iîissent à la faabteor des cifconstaneies. < Les hompiesî modérés sre réviottatent à l'idée d'une rdiginn qui » se donnant poinr m^ doctrine de paix, avait répandu le sang oommut^Vezn; et tous les }>arti$ étaient las d'un régime de terreur, sens leqnd personne n» se sentait en sûreté » ( 1 ) •

filîsabeth iot donc proclamée reine avec lâs démonstrations d'une vive joie, nonobstant les efforts de œox qui euss^ut préféré qu*on brisât, ^i fafveur de Mairie Stoart, l'ordre régulier de la s»ceession. Barls^ vigueur de ses desseins> Elisabeth arrêta le torreosKi dxi Boinanisme, rétablit la confiance publique , et raidit au royaume sa prospérité. Il est permis de n'avoir que peu d'admiration pour le caractère d'Elisahetk, <i/«lever dœ doutes légitimes sur k pureté de sa foi, de condamner les troi* tements sévères qu^ellefit essuyer aux Puritains ; mais on ne saurait nier qu'elle n'ait répanda sor ses Etats une gloire à laquelle l'Angleterre n'avait pmais atteint. Si elle eut mieux compris et reçu les, doctrines de la Ré» formation, on ne l'aurait pas vue pai^kiper à lu messe le jour de son couronnement; et si elle s'^it formé une "ajuste idée de. la liberté de conscience , elle nreât pas interdit la prédication à une foule d'hommes pieux, par* la seule raison qu'Hs se faisaient scrupoie d^eKerœr leur ministère dans l'église natioimle teHie qu'elle yavrà oi^nisée. Sous la direction de Gecili, sa politique cet une telle ver salilité, que, i^ «elle n'avait pas expresséme^ré-

(!) Blunt, Sketch, etc., P- 2^* »

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vtoqué quel<|tfes^iiDS^s éfite lès plu» f^^séctttëtira d& la l^ifl^ Mftrie, on e6t pu igniorer ce qti'était au fond sa religion. C^est aîn^i qu-à son couronnemeni elle reçoit rhostie' de la messe, el qu'un mois après elte refuse d'a«^ster à 6e service*; elte cqûdaiiiiie Rome , mais en défendant aux Réformés de suppriitleir lë^ symboles de la yiëiUe superstition; eH6 reconnaît stn% ecclésiastiques ppDt9Btanis le droit de se marier, mais elle le fait ayec une pé{»tignanee qui équivaul presque à un refus ; en montant sur le trône , elle se déclare Piamie de la Réforme, et pourtant e)le conservé dans sa ehapçtte parèiculitoe des restes ào RomjaniBme que tout R^Èi^mé sincère eh eût certainement exclus. Il se peut que, par ces ntefifârescâroonspecies, elle voulût adoucir alternativement Fexttspération dçs deux partis ; mai^ sa oonduite n'en fut pas moins d'une souveraine inconséquence* Êtans son admiûiistitalîofi civile, on la vil à ia fois hardie, prttdentQ et heur^ise en ce qu'elle entreprit, bienqu^on puisse lui reprocher d'avoir fréquemment oublié la douceur qui convient à une femme ; mais ddins te maniement des^ affaires religieuses, elle ne sut pas respecter les cbraits de la Gonscicnce, et elle ik'eul que trop de penchant à remplacer la tyrannie papale par lia sieïkne propre.

A la {dernière session dû Parlement, deux graûdes lois éty^'eiit, sous ce rapport, le diroit public de l'Angleterre : la loi de Suprématie , et la loi d'IJmformilé. Par Fune, JBli^bethftit déckrée chef de l^Ëglise aussi bien que dSe l'Etat ; etparl'auire, il fut ordonné aux ministres, sotfs peine d'emprisonmemaoït et de defetitutioa, de suivre textuellement \^ litur^ <iui fixait le rituel^ anglican. * L'on déeiréta aussi des peines siçvèi^es (îoMre cevx qui

3d2 HISTOIRE DE LA fiÉFORMATION. LIV. U.

critiqueraiofit, dans leurs eoseigoëvieçtte 4m dstns leur prédication, les formes du culte officiel, et contre tout* individu qui refuserait d'assistaïf w service religieux 4e la paroisse» Pour rendre ce service mom^ odieux aux Romanistes^ parti dont la puissance politique était grande encore. On fit à la liturgie du roi Edouard des modifiea* tions considérables, dans le sens de l'ancien rituel. Gela n'empécfaa pas que le nouvel ordre dQ dioses ne chdssàt de leurs postes une multitude d'ecclésiastiques rcunains. Il n'est pas facile d'en évaluer le nombre précis. A en croire Strype, tous Jes ministres de paroisses, à l'exo^tioû de quatre-vingts, finirent par prêter le serment de suprématie et de ccmformité. U en fut. autrement des évèques: ils refusèrent tous, sauf un seul, de conserver leur charge. Grand nombre de doyens, de dianoines, de directeurs des collèges, en firent autant, et leurs places furent principalement occupées par les thëdogiens qui savaient dû fuir, sur le Continent, les mesura persécatrices de la reine Marie.

De ces diverses circonstanoes n$iquit en Angleterre un état de choses qui, tout en marquant de son cachet le règne d'Elisabeth, fut dès lors un des traits distioctîfis du Protestantisme britannique. Je veux parler delà lutte puritaine. Ce ne fut pas, comme plusieurs l'ont dit mal à propos, un misérable débat sur quelques épingles à arracher du taben^cle; c'était au contraire une Jii^te sérieuse entre l'Evangile et les prétentions du Papisme» jaloux de reconquérir la prépondérance. Les l]ipmmes. énergiques qu'on avait rappelés du continent et qui avaient savouré toutes les amertumes de l'intolérance romaine, ne se sentaient giière disposés à seconder la domination eigclésiastiqite dont Elisabeth et qudques-

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ufis dé ses>G0iifieîUêrs menaçateiit rAngteterr^. Durant ieap extU ils avaient étudié le Protestantisme à la lumière de^l'Evangile, et ils voyaient essentiellement dans la Réforme une proclamation de la liberté par laquelle Christ nous a rendus libres* En suite de leur rentrée au sem de l'Eglise, celle-ci comptait trois partis distincts : le parti papiste, qui se composait d'une masse d'ecclésiastiques qui avaient prêté serment à^la reine pour conserver des pensions, bien que leurs convictions ne se fussent giière modifiées (1) ; puis, le parti de la cour qui, sans^ vpuloir restaurer le Papisme, aspirait à façonner k religion de telle sorte qu'elle déplût le moins possible aux catholiques; enfin, le parti puritain, qui voulait demeurer en guerre ouverte avec Rome, et détruire tout ce qui était de nature à entretenir quelque sympathie pottr ses doctrines et pour ses cérémonies. Un auteur auprès duquel les Puritains ne sont pas en grande faveur, maïs qui, par l'étude attentive de l'histoire, a pu se faire une idée des services éminents qu'ils rendirent à la cause de la Réforme , le révèrent Blunt, est contraint de leur accorder des éloges d'autant plus significatijfe que d'ailleurs il ne dissimule point le fond de sa pensée* « L'opposition puritaine, toute violente et toute radicale qu'elle fut, racheta ce qu'elle eut d'extrême, eh ce» qu'elle purgea le royaume, et pour toujours, du Papisme qui circulait dans ses veines, et qui, sans l'emploi de de puissant antidote , eût pu infecter de nouveau les sourcesomémes de la vie* »

Parmi ceux qui, rentrés de leur exil, ftirent réintégrés dans leurs fonctbns sous le règne d'Elisabeth, il

(1) C'^st là sortout que se trouvait 1er bas clergé»

3â4 HlStOiaE W tA RÉFORMATTOM. LIV. II.

faut ili^Btî<»Hiei- Bontout jewd; Pilldiqftoti , Glrin^l, Pdrkhiâ'Sit, Gairtwrîghjt et Sainpwn, qui prirent ten^une grande partâusL afiaires en ces temps de vWe a^tation.

Jéwel, nomme é;vôque de Salisbury, était un lufmimfe {^ofondémaot savant, auquel sa longuerésâdrâce à Straibourg avait été fort prditable ; 11 possédait d'aiUetiFS un caractère càlme^ modéré et généreux. FîIkiDglaâ fut promu àrévé<;hé,de Durbam, Grindalà e^ui de Lcmdr^, et Parliburst à celui de Norwich. Ni les uns niles autres ne se souciaient de seconder rârchevôque Parà^r dans sa haine contre les Puritains. De leur côté » Gartwrigfat, Margaret» profesSieùr à Cambridge^ et Sampaein, doyen de l'église dite Gbrist-Cliurch, firent une (^position encesre plus tranchée au parti de la coiir . Ils ne visaient à rira de moiuB qu'à faire modifier la loi d'unUbrmité, de telle sorte que, tout en excluant les Pafdstes des charges ecclésiastiques, elle laissât une grâtide latîti^de en Êiv^ir de ceux qui adhéraient à la Réfœ'me, quelles qneiosSent leuFS opinions partictdi^es sur qertdins pmnts.

La malheureuse controverse qui s'éleva là^deséus, couvre d'un sombre voile toute l'hiatoire de la Rélsa^ mation en Angleterre, pendant le règne d*Hl^abeth et les trois règnes suivants. La chiimbre étotléé^et lahautecrâiinission furent chargées^ l'une et l'autre, de si«v veiller étroitetnentt le clergé puritain et de s'o{q[i&fier& tQuteespèee d'innovations; eft ily eiiti>eaucoup de théologiens appartenant à ce partiv qui 1 se vireilt privés de leur traitement, de leilr liberté et même de leur tie. Parker et Whitgjîft sotis EUsabefk, «Bancn^ au^ temps de Jacques I*^ , Laud enfin pendant le règne de Charles, se montrèrent les hardis cbampi<ms du despotisme dans

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l'Etat et 4anft TEi^ise; tandis qlie Jewel, Tilkingtcm, Grindal, Williams et quelques aqtres» s'efforçaient de faire prévaloir des principes mHig^s qui, plus en hârmonie avec TËvangile, cassent mieax servi les intérêts de la Réfoi^me« '

Hume blâme les Puritains de ne s'être pas ft»tnés en congrégations séparées ; mais il oublie la loi qui infligeait une amende de vingt livres sterling par mois , à qui* conque ne fréquentait pas le culte de la paroisse. Il oublie également que les Puritains se rattachaient de cœur à la religion établie, et qu'ils soubaitaiwt non de la renverser, mais de la réformer.

Il a été dit aussi que, dans ses mesures les plus sévères, Elisabeth songea plutôt à défendre sa couronna contre des agitateurs politiques^ qu'à violenter les consciences (1). Mais quand nous voyons cent ecclésiastiques, dans une seule année, chassés de leurs paroisses par arrêt souverain ; un ministre de Christ mourant en prison pour avoir omis certains articles de la liturgie du mariage; onze Anabaptistes hollandais condamnés aux flammes, et deux d'entre eux expirer effectivement sttr le bâcher ; dnquante-six Puritàitis jetés h la fois dans utie{H*isôn où ils meurent de faim, de froid et d'infection; trolîT tnfînfstres puritains, Barrow, Greenwood et P^nry, exécutée à Tybûrn avec des circonstances d'une barbarie incroyable; quand nous voyons enfin des hommes réspétf(àt)les fùyam par milliers en tèrt^ étrangère, non* lié 6aîH*iëns partager une opinion si flatteuse pour la mémoire d'Elifeabeth. Nul ne contestera qu'elle n^ait été yat gr^tid monarque. Son lîègne fut, entre les mains

(1) Jhmi^T, Sfcelt^, etc., p. 508.

336 HISTOIRE DE LA BliPORMATtON. LIV. it.

de Dieu, rinstrameiit de bienfaits édatants en feveur de TAn^eterre* Mais qu'elle ait fréquemment foulé slux pieds les droits de la conscience ; qu'elle ait sévi contre des hommes dont tout le crime était de ne pouvoir se conformer à sa^ religion , c'est un fait qu'il n'y a pas moyen de dissimuler.

En repassant dans notre esprit le règne d'Elisabeth, et en étudiant avec impartialité le caractère et les opinions des hommes influents de son époque , il nous est permis de nous demander ce que seraient devenues la Réformation et les libertés publiques en Angleterre sans l'opposition perî^évéranle des Puritains. Qu'ils aient été durs peut-être, pointilleux, trop préoccupés d'objets secondaires , cela est possible ; mais ils détestèrent cordialement tout ce qui tenait au Papisme. Ce furent en général des hommes d'une profonde dévotion , d'une vie exemplaire et d'un zèle apostolique. Ils occupèrent , dans l'œuvre de la Réforme, une place qui, si elle fût demeurée vide, eût probablement laissé libre carrière au retour des erreurs du Romanîsme.

Grâces à Dieu 1 malgré les difficultés les plus formidables , la Réformation de l'Angleterre , partie de commencements très-faibles , fit lentement la conquête des esprits, jusqu'à pe qu'enfin l'on vit tomber dans la poussière les fausses doctrines du Papisme , ses rites superstitieux et sa coupable intolérance. C'est une grande et vive lumière que celle qui brille maintenant sur le sol britannique ; mais que l'Angleterre n'oublie jamais à quel prix immense die a conqvis les privilèges de la foi protestante. Qu'elle demeure fidèle au:x vérités qui firent palpiter le sein de sas premiers Réformateurs ,. et qui ,

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s'emparant du peuple anglais , en ont fait une des nations les plus libres , les plus heureuses et les phis illustres du monde entier !

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