JUSQU'A LA MORT DU CARDINAL BEATOUN, EN
D*un caractère noble et intrépide, le peuple écossais, après avoir lutté vainement contre l'invasion du Romanisme, avait dû, comme les autres nations de l'Europe, en subir le joug humiliant. A l'époque de la Réformation, les richesses d'un clergé surabondant avaient corrompu la religion dans sa source ; et d'un autre côté, la faiblesse du pouvoir et l'ignorance des campagnards étaient telles, que le pays offrait le spectacle des crimes les plus odieux. Cependant il y eut, au milieu de la corruption générale, quelques hommes qui illustrèrent cette période, d'ailleurs si sombre, de l'histoire d'Ecosse, et qui, en se débattant contre une église déchue et persécutrice, méritèrent la palme glorieuse du martyre.
Au premier rang des Réformateurs de l'Ecosse, il faut placer Patrick Hamilton. Né du sang royal et doué des qualités les plus nobles, il s'est acquis à la mémoire de la postérité des droits plus réels que s'il fût monté
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sur le trône. Nommé jeune encore à la riche abbaye de Feras, il alla faire ses études à Rome. L'Eglise lui offrait tout ce qu'il y avait de plus propre à satisfaire son orgueil et à enflammer son ambition. Dans le cours ordinaire des choses, rien au monde ne semblait moins probable que de le voir souffrir un jour la mort pour son opposition aux doctrines romaines. Mais, après avoir observé Rome , il avait étudié à Marbourg, et il y avait pris connaissance des opinions de Luther. Par un examen approfondi, il se convainquit de leur accord avec la Parole de Dieu , et du devoir où Fon est , quand une fois on a découvert la vérité, d'en faire part à ceux qui marchent dans les ténèbres. C'est là qu'il vit le salut du monde , comme Luther l'y avait vu avant lui. Il était homme de prière , et Dieu lui donna de comprendre que l'église romaine avait empoisonné les sources mêmes de la vie spirituelle, en supprimant la doctrine de la justification par la foi seule, et en y substituant une théorie mi-partie de mérites divins et de mérites humains.
Le nouveau Réformateur ne fut pas plus tôt entré dans les fonctions de sa charge, qu'il se mit à proclamer avec une ardeur infatigable l'impuissance et la corruption du cœur de l'homme , la justification gratuite et complète par la foi aux mérites du Rédempteur , doctrines directement opposées aux erreurs romaines. La multitude, émue par les doctrines du jeune abbé, se pressait autour de sa chaire , et il y eut bien des âmes qui vinrent à la connaissance du salut. C'était un message tout nouveau pour ces pauvres gens ; et d'ailleurs, quelle différence entre l'accent animé de celui qui le leur apportait , et la froideur du formalisme ecclésiastique auquel ils étaient accoutumés !
Une attaque pareille contre les erreurs régnantes ne put se faire sans éclat. Hamilton ne tarda pas à être accusé de Luthéranisme, et le clergé se mit en mouvement pour conjurer un tel fléau. Il fallait cependant user de politique. Aussi l'abbé de Ferns fut-il simplement invité à conférer, au sujet des doctrines luthériennes, avec un casuiste nommé Alexandre Campbell, qui l'attendait à Saint- André. Sans éprouver aucune crainte, sans même se douter de ce qu'on lui destinait, Hamilton se rend à la convocation. Mais quelle n'est pas sa surprise de se voir au milieu d'une assemblée de prélats, qui, d'un air sombre, se préparaient bien moins à discuter les mérites de la doctrine luthérienne , qu'à prononcer une sentence de condamnation contre ses enseignements. D'entrée on le déclare hérétique; on l'exhorte vivement à rétracter ses erreurs ; de la persuasion l'on passe aux menaces, et, sans désemparer, ce tribunal clandestin condamne le jeune abbé à périr dans les flammes. Rien n'égala la trahison de Campbell que sa profonde hypocrisie. Dans un entretien qu'il avait eu préalablement avec Hamilton, il avait reconnu la vérité des doctrines de la Réformation, et nul toutefois ne l'accusa devant les juges avec plus de véhémence. Aussi, lorsque Hamilton fut sur le bûcher, il se tourna vçrs le traître, et lui cria du ton de l'inspiration divine : c le plus inique des mortels, toi qui condamnes des doctrines que tu reconnais pour vraies et que tu confessais il y a peu de jours, je le somme à comparaître devant le tribunal de Dieu. i> Ces paroles fulminantes du martyr de Jésus- Christ pénètrent jusqu'au fond de l'âme du coupable; sa raison s'altère , et peu après il meurt dans un accès de folie.
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La constance de Hamilton , constance que les flammes du bûcher ne surent émouvoir, la confession courageuse qu'il y fit des doctrines réformées, et la fin terrible du malheureux qui avait été le principal artisan de sa mort, tout cela produisit une profonde impression sur le peuple écossais. Quelques-uns de ceux qui hésitaient à reconnaître la vérité des opinions du martyr, les embrassèrent de tout leur cœur ; et , parmi eux , Alexandre Seaton , chapelain du roi , qui , bientôt , fiit contraint de fuir en Angleterre pour se mettre à Tabri des vengeances de r Eglise. De ce moment , le clergé romain se procura chaque jour la féroce joie de brûler les hérétiques ; et tel fut le zèle des persécuteurs , que , afin de vaincre les répugnances du roi , ils n'hésitèrent pas à lui abandonner une portion des biens de l'Eglise , moyen admirable en eflet pour calmer ses scrupules. Henri Forest , moine bénédictin , et beaucoup d'autres individus qui se rattachaient comme lui aux doctrines de la Réformation , sont envoyés au bûcher, après avoir subi d'horribles tortures. Dans l'espace d'un petit nombre de mois , deux moines dominicains, un capucin et un jeune homme âgé de dix-huit ans, rendent, au milieu des flammes, un courageux témoignage à la vérité de l'Evangile. Pendant les années 1558 et 1559 , la persécution devint telle , que le Protestantisme semblait menacé d'une complète ruine.
Ce fut alors que l'Ecosse se vit atteinte de la plus grande calamité qui l'ait jamais désolée. Je veux parler de l'élévation du cardinal Beatoun au siège archiépiscopal de Saint-André. Beatoun fut un homme qui, par sa froide cruauté , par son mépris de la justice , par sa suprême indifférence pour la religion et pour les droits
de la conscience, était bien propre à devenir la terreur de Thumanité, rinstiniment habile de Tœuvre ténébreuse de Rome et le type, en quelque sorte, des malices infernales. Rome avait besoin d'un agent de cette espèce pour dompter Tesprit fier et entreprenant des Réformateurs écossais. Elle revêtit Bealoun des plus hautes fonctions épiscopales du royaume , et lui conféra des pouvoirs vraiment illimités. Pour commencer, il fit au roi et à la cour 4e sévères remontrances sur ce qu'on traitait trop doucement les hérétiques , et il demanda que l'autorité recourût à des mesures de contrainte en rapport avec les difficultés de* la crise où l'on se trouvait. Si le roi avait écouté les clameurs de l'intolérance, un déluge de sang eût inondé l'Ecosse, et Jacques V eût transmis à la postérité un nom aussi odieux que la sanguinaire Marie, fille de Henri YIII. Mais la cour était moins altérée de sang que le représentant du Saint-Siège ; et malgré l'autorité colossale dont il était revêtu , il dut se contenter, pour ses victimes, de la prison au lieu de l'échafaud. Il usa largement de ce moyen de répression. Un grand nombre d'hommes honorables remplirent les cachots, et entre autres le célèbre historien George Buchanan , qui n'aurait pas manqué de payer de sa tête les crimes qu'on lui imputait , s'il n'eût échappé à la vigilance de ses geôliers.
On peut dire que l'Inquisition fut alors en plein exercice dans toute l'Ecosse. Sur le moindre soupçon d'attachement aux doctrines réformées, on se voyait saisi et jeté en prison, sans autre forme de procès. Partout, une multitude d'innocents gémissaient au fond des cachots, ignorant le sort qui les attendait. Que ces victimes de la haine insatiable de Beatoun fussent destinées
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à passer de la prison à l'échafaud, c'est ce qui n'est que trop évident ; mais ils durent probablement leur exisr tence aux représentations que Henri VIII fit faire à scm neveu Jacques V . C'était le moment où le monarque anglais avait son différend avec Rome, et il tremblait pour l'honneur et la sûreté du roi d'Ecosse , dominé comme il l'était par l'orgueilleux primat de Saint --André. NoBr seulement Henri supplia Jacques de favoriser la cause de la Réformation et de retirer le secours qu'il s^ocordait à Beatoun, mais encore il lui Ht sentir de quel profit serait pour le trésor public l'humiliation du haut clergé, La Grange, premier ministre de Jacques, et bon nombre de ses nobles, étaient très-disposés à écouter les conseils du monarque anglais. Le roi lui*même, s'il ne portait qu'un médiocre intérêt à la réforme religieuse, ne voyait pas d'un œil indifférent la cupidité et l'insolence des évêques, ni l'avantage qu'il y aurait à réduire leurs revenus.
Cependant les négociations qui se traitaient entre les deux princes n'échappèrent point à la jalouse vigilance de Beatoun. Avec une politique d'une admirable dextérité, il parvint à dissuader le faible monarque d'écouter les conseils de son oncle, en s'engageant à prendre, de concert avec les autres évêques, les mesures iiécessaires pour remplir le trésor royal. Jacques, cédant à la voix séduisante du cardinal, s'embarrassa dans une guerre désastreuse, et mourut de douleur. « En recevant la triste nouvelle de la déroute de son armée, le roi, 9 dit un historien, « entra dans une profonde mélancolie^ Se faisant de son palais de Falkland une sombre retraite, et fuyant toute société, il se laissa vaincre par le désespoir que lui causaient les malheurs de son royaume el le dé-
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clin des affections de sa noblesse. Sans être positivement malade, ses forces déchurent rapidement. Quand on lui apprit la naissance de sa fille Marie, il ne put que se lamenter sur le sort qui Tattendait , «et c^est ainsi qu'il mourut dans la trentième année de son âge > (1).
Le malheureux monarque eut à peine fermé les yeux, que de violentes disputes s'élevèrent au sujet de la régence. Si Ton en croit Buchanan, Beatoun suborna un prêtre nommé Henri Balfour, qui fabriqua un écrit qu'on fit passer pour le testament du roi défunt. Il donnait au cardinal, conjointement avec les comtes de Huntley, d'Argyle et de Murray, le gouvernement absolu de l'Ecosse durant la minorité de la reine (2). Par ordre de Beatoun, lecture publique en fut faite à Edimbourg le lundi après la mort du roi. S'il avait réussi dans son indigne dessein , les amis de la Réformation auraient couru bien d'autres dangers que les précédents ; car il eût fait servir à leur destruction la puissance combinée de l'Etat et de l'Eglise. Mais son ambition était si bien connue, que l'opinion publique se souleva généralement contre lui. Le peuple frémit a la pensée qu'un homme si dépravé et si cruel tint les rênes du gouvernement, et les nobles, peu désireux de favoriser l'élévation d'un tel personnage, résolurent d'appeler à la régence un membre de la famille royale. Ils jetèrent donc les yeux sur Jacques Hamilton, comte d'Arran, le plus proche héritier de la couronne, homme de qualités aimables, mais qui manquait de la résolution de caractère qu'eussent réclamée ces temps d'agitation politique et religieuse.
(1) Hiitory of thê RefDrmaiûm in SeoUand, etc., par George CooK, D. D. vol. I, p. 216.
(2) EM»ANAN, li V. XV, sect. i .
Henri, qui d*abord peut-être avait eu la pensée de conquérir l'Ecosse, change alors de politique. Faisant tout son possible pour apaiser les esprits des vaincus, il leur propose de fiancer Mario avec son fils Edouard, d'envoyer la jeune reine en Angleterre pour y être élevée, et de le charger lui-même provisoirement de l'administration de l'Ecosse. Contre toute attente , la noblesse et lé régent ne se montrent point hostiles à ces ouvertures. Mais c'était rompre l'alliance française , et le cardinal , comprenant quel échec ce coup porterait au Romanisme, forme, avec la reine douairière et bon nombre de seigneurs, une ligue contrôle parti anglais. Afin de paralyser son influence, le régent se décide à jeter Beatoun en prison, sous prétexte qu'il avait invité le duc de Guise à envahir l'Ecosse, et il convoque un Parlement où toute l'affaire devait être décidée.
Il ne serait d'aucun intérêt pour cette histoire de raconter les intrigues auxquelles tout ceci donna lieu. Il peut nous suffire de rappeler que le traité de mariage fut conclu ; mais qu'il le fut sous la réserve expresse que Marie recevrait son éducation en Ecosse, et que ce royaume continuerait d'avoir une existence indépendante.
Durant le cours des négociations, les Protestants jouirent d'une assez grande tranquillité. Il faut même dire que les premiers actes administratifs de la régence semblèrent leur présager de meilleurs temps. Arran ne s'aveuglait pas sur les erreurs du Romanisme, et il connaissait quelque peu les doctrines réfdî'mées. Ses chapelains se montraient opposés à la suprématie du pape. Ils prêchaient avec véhémence contre les désordres de l'E* glise. Les gentilshommes que Henri VIU avait faits pri-
sonniers à la bataille de Solway, notamment le comte de Cassills , s'étant rencontrés avec Cranmer et avec les autres Réformateurs anglais, avaient rapporté dans leur pays natal des idées plus saines en fait de religion. Par de fréquents entretiens avec le régent , ils encouragèrent son affection pour la cause protestante. Lord Maxwell, un des seigneurs revenus de Texil, avait fait de si grands progrès dans la connaissance de la vérité, que, lorsque le Parlement délibéra sur les propositions de Henri VIII, il demanda la suppression des entraves qu'on mettait à la lecture de la Parole de Dieu. Le régent y ayant consenti, la motion de lord Maxwell devint la loi du pays, et dès ce moment il fut entièrement permis au peuple écossais de posséder la Bible en langue vulgaire. On se figure la stupéfaction du clergé. Il protesta contre cette loi hérétique ; mais ce fut en vain. Deux jours après que le Parlement se fut séparé, il y eut une proclamation du régent qui annonçait à TEcosse la faveur signalée dont elle allait jouir. Et pour que le peuple en sentit plus vite tout le prix, il fit venir d'Angleterre des Bibles que chacun put acheter et lire. Ce fut un pas immense.
Le peuple triomphait du nouveau privilège qu'il venait d'acquérir ; et d'après ce que nous dit le docteur M^ Crie dans sa vie de Knox, cela se conçoit aisément. Jusquelà, il avait fallu que plusieurs familles s'entendissent pour posséder en commun un exemplaire de la Bible.
« Pendant les sombres heures de la nuit, quand tout le monde dormait, les copropriétaires se réunissaient chez l'un d'entre eut ; on retirait de sa cachette le volume sacré, et tous écoiitaient dans un profond silence la lecture qui en était faite. De cette manière, la connaissance des Ecritures se répandit en Ecosse, avant même
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que la vérité y fût prèchée publiquement. » Aussi quelle ne dut pas être la joie générale lorsqu'on apprit que désormais chacun pourrait puiser librement à la source des eaux vives, jaillissantes en vie éternelle !
Tout en se montrant plein de bienveillance pour les intérêts de la Réforme, le régent, soit par principe, soit par crainte de compromettre la tranquillité du royaume, ne se laissa point entraîner à prendre des mesures violentes contre le clergé, ou à s'emparer des biens de l'Eglise, comme le lui conseillait Sadler, le chargé d'affaires de Henri VIII. Cela n'empêcha pas que le clergé ne se montrât fort mécontent de la marche libérale qu'on avait adoptée. Beatoun en particulier cherchait par tous les moyens possibles à regagner l'autorité qu'il avait perdue. Grâce à la protection de la reine douairière, sœur du duc de Guise, il obtint son élargissement ; et dès qu'il fut hors de prison, il n'eut rien de plus pressé que d'exploiter la jalousie nationale contre le traité de mariage fait avec l'Angleterre. A l'entendre, l'amitié de Henri VIII était plus dangereuse que ne l'eussent été ses armées; l'Ecosse, réduite à n'être plus qu'une province anglaise, tomberait dans le plus grand avilissement et l'alliance française était de beaucoup préférable h celle du monarque anglais. Des matelots écossais ayant dû relâcher sur les côtes de l'Angleterre, Henri VIII eut le tort grave de confisquer leur cargaison. Ce fait vint donner une grande force aux menées de Beatoun. Ce qui ne le servit pas moins, ce furent les écrits que le roi théologien publia contre quelques principes de la Réforme ; en sorte que les Protestants écossais commencèrent, non sans cause, à se défier extrêmement de son appui.
Encouragé par ces événements, Beatoun rappelle de
France le comte de Lenox en lui faisant espérer la main de la reine douairière, et par ce moyen, la succession éventuelle à la couronne, outre la régence qu'il se disait sûr de lui procurer. Puis il persuade au clergé de remettre entre ses mains une portion des revenus ecclésiastiques, dont il voulait se servir pour gagner les nobles que Henri VIII avait achetés par ses largesses. Profitant enfin d'une occasion favorable, il prend de vive force le palais (le Linlithgow , oii, de concert avec Huntley et Lenox , il s'empare de la jeune Marie, et l'emmène au château de Stirling, qui appartenait à la reine mère.
Toujours timide et irrésolu, le régent ne pouvait, au milieu de tout cela , que faire fausse route. Il voyait sa popularité s'affaiblir, tandis que celle de Lenox grandissait ; et comme il n'avait jamais été pleinement dévoué à la cause des Protestants , il ne lui fut pas trop difficile de s'unir à leurs ennemis pour sauver sa propre fortune. Il avait d'ailleurs un frère , abbé de Paisley, qui exerçait une grande influence sur ses opinions. Revenu de France avec Lenox, il soutenait de toutes ses forces, contre l'Angleterre , le parti français et catholique. Arran, cédant aux circonstances plus qu'à ses convictions , congédia ses chapelains et fit à l'infâme Beatoun des offres de rapprochement. Il y eut encore de sa part, depuis ces ouvertures , quelques démarches en sens inverse , démarches qui pouvaient faire douter de ses vrais sentiments, lorsqu'enfin, l'an 1543, nous le voyons abjurer la foi protestante dans l'église des Franciscains, et recevoir l'absolution des mains de ce même homme que , peu de jours auparavant, il déclarait traître à la patrie. C'est à ce prix , hélas ! qu'il acheta la conservation du titre de régent ; mais il ne fut plus que l'instrument des volontés du
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cardinal et du conseil papiste que celui-ci avait institué. Quant à Lenox, lorsque Beatoun en eut fait ce qu'il avait voulu , il ne songea plus qu'à s'en débarrasser ; et le malheureux comte j indignement joué par les intrigues de cet ambitieux , se jeta dans les bras du roi d'Angleterre , qui l'accueillit avec le plus grand empressement.
Bien que Beatoun ne fût point le chef du gouvernement, il en eut tout le pouvoir. Le Parlement se réunit au mois de décembre, et sur la proposition d'Arran , il rompit le traité qu'on avait conclu avec l'Angleterre , et prit des mesures pour l'extirpation de l'hérésie. On peut juger par ces mesures mêmes des progrès que la Réforme avait faits en Ecosse. L'édit se plaint du nombre croissant des Protestants ; il les dépeint comme des gens qui professent des opinions danmables ; il invite enfin les évoques à faire une soigneuse recherche des suspects , pour les punir selon les lois de l'Eglise , en promettant d'ailleurs que le régent leur infligerait les peines dont ils seraient jugés dignes. Pour seconder les eflets de cet édit de persécution, et pour empêcher le mariage projeté entre la reine d'Ecosse et le prince de Galles , il vint de Rome un légat qui rendit d'éminents services au parti papiste, et reçut en retour de grands honneurs de la part du primat et de ses collègues.
Une scène également triste et burlesque , qui eut lieu à cette occasion, montre sous ses vraies couleurs ce qu'était le clergé papiste et les prétendus successeurs des apôtres. Beatoun ayant accompagné le légat dans la visite qu'il Ht à la ville de Glascow, il prétendit qu'en sa qualité de primat d'Ecosse, il avait le pas sur l'archevêque, même dans sa propre cathédrale. Celui-ci résista positivement à cette prétention ; et il s'ensuivit une lutte vio-
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lente dans laquelle la croix qu'on portait devant le primat fut jetée par terre. Il fallut toute rautorilé du régent pour rétablir la paix entre les rivaux.
Cependant, soit par prudence politique et pour laisser endormir Tattention , soit parce que Lenox s'avançait avec une armée afin de venger les affronts qu'on lui avait faits, la persécution ne commença pas tout de suite. Mais les armes de l'Ecosse ayant eu le dessus , le cardinal ne retarda pas plus longtemps la boucherie qu'il avait si habilement préparée. Accompagné du gouverneur, il fit la tournée de son diocèse , avec l'intention de répandre la terreur parmi les Protestants et de les contraindre d'abjurer. A Perth, on condamna quatre hommes à la mort , l'un, pour avoir interrompu un moine qui prêchait F impossibilité d'être sauvé sans invoquer les saints ; les trois autres , pour s'être moqués de certaines reliques et avoir mangé de la viande en temps défendu. Arran confirma cette horrible sentence. Il donna pareillemement sa sanction au martyre d'un individu dont tout le crime était d'avoir dit qu'il partageait les sentiments des quatre autres. Bien pfus , la femme de l'un d'entre eux fut noyée , parce que , dans le travail de l'enfantement , elle avait refusé d'invoquer la Vierge Marie. Et ce qui aggrava son crime , au gré de ses bourreaux, ce fut le désir qu'elle exprima de mourir avec un mari qu'elle aimait tendrement. Ni la vue de son enfant nou* veau-né et de ses innocentes caresses , ni la protestation qu'elle fit de sa foi en Jésus-Christ , ne purent fléchir l'esprit altier et cruel de Beatoun.
Chaque jour amena des scènes aussi tragiques. A Angus et à Mearns , beaucoup de gens furent expulsés de leur pays pour avoir lu la Bible ; et si Arran n'eût été
retenu par la honte d'envoyer au supplice des hommes qui se réclamaient de la loi même qu'il avait proclamée , nul doute qu'ils n'eussent payé de leur vie ce crime , énorme aux yeux de l'Eglise- Une de ces victimes, John Koger, prédicateur actif des doctrines réformées, après avoir été jeté dans les prisons de Saint-André, lut en quelque sorte assassiné au fond de son cachot.
Mais il n'y eut personne dont le sang excitât plus vivement la soif horrible de Beatoun et des autres prélats , que Georçe Wishart, homme dont l'histoire touchante est étroitement unie à celle des premières luttes de la Réforme en Ecosse. Issu d'une ancienne et honorable famille du comté de Mearns, il avait, dès sa jeunesse , contracté un vif attachement au Protestantisme. Après avoir quelque temps voyagé sur le continent , il fit des études à l'Université de Cambridge , où il devint répétiteur dans un collège, et se mit en relation avec les savants qui avaient épousé les principes de la Réforme. De retour dans son pays natal , il se déclara l'antagoniste de l'église dominante , et l'on peut dire qu'il remporta contre elle des succès éclatants. Le rang qu'occupait sa famille , l'étendue de ses connaissances , l'agrément de sa personne, le pouvoir de son éloquence, sa piété fervente, et par-dessus tout l'habileté avec laquelle il plaidait en faveur des doctrines de l'Evangile, lui donnèrent, dans l'estime du public , une place que n'avait encore occupée aucun des prédicateurs de la Réforme. Il exerça d'abord son ministère dans les villes de Montrose et de Dundee , où des milliers de personnes, altérées des eaux vives, s'attachèrent à lui. Quelque part qu'il se présentât , on voyait le peuple abandonner ses anciennes superstitions. Les fruits de ses prédications, si fidèles et si pressantes.
rappelaient vivement ceux de la première Pentecôte. Beatoun, avec son œil d'aigle, ne le perdait pas de vue ; mais il n'osait mettre les mains sur lui , sans plus de façon qu'il n'en avait fait en cas pareil. Il imagina donc d'invoquer, dès l'entrée , l'intervention du pouvoir civil. Â son instigation , les magistrats de Dundee se rendent au lieu où Wishart prêchait , et ils lui défendent, de la part du régent et de la reine , de continuer son ministère dans cette ville. Le prédicateur reçut l'interdiction avec la dignité et le calme convenables à un ministre du ciel ; et bien que le comte Marischal et d'autres seigneurs le sollicitassent de demeurer à son poste , il crut devoir plutôt suivre l'ordre de Jésus-Christ : « Quand on vous persécutera dans un lieu, fuyez dans un autre.» De Dundee il alla donc du côté de l'Ouest, et son ministère y produisit les mêmes effets. Mais la jalousie des Catholiques ne l'y laissa point tranquille, et l'archevêque de Glascow résolut de le retenir prisonnier. A ce moment critique , le comte de Glencairn , prenant vigoureusement le parti de Wishart, lui offrit de le placer dans la chaire même d'où l'archevêque se disposait à dénoncer son hérésie ; mais l'esprit paisible du Réformateur répugnait aux mesures violentes : plutôt que de se mettre en opposition avec les lois , il se transporta sur la place du marché, où il fit entendre à la multitude les doctrines du salut. La douceur et l'amabilité de son caractère, en le rendant cher à ses amis, exaspéraient ses ennemis. Ces derniers se fussent estimés heureux d'avoir, dans sa conduite, quelque prétexte pour le livrer aux mains de la justice. Mais telle était sa charité, et tel aussi son courage quand il s'agissait de remplir un devoir, que, sur la nouvelle d'une maladie contagieuse qui ravageait la
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ville de Dundee, il y accourut de son propre mouTemenI; et, pour consoler les malades et les mourants, il affronta les plus grands dangers. Par cet acte d'abnégation de lui-même, il se concilia toujours mieux la population d'une ville à laquelle il avait rompu le pain de vie, et où son ministère remporta ses premiers triomphes.
Qu'un homme si aimable, si doux et si inoffensif, qu'Un homme dont la vie se consumait à faire du bien, ait été l'objet d'une surveillance inquiète et malveillante ; qu'il se soit vu traiter en ennemi par des ministres de Jésus-Christ et des successeurs des apôtres ( au moins à les en croire ) ; c'est un des phénomènes les plus remarquables de turpitude morale que nous présente l'histoire de l'humanité. George Wishart fut chassé de lieu en lieu, comme une perdrix qu'on poursuit sur les montagnes. L'animosité qui s'acharnait contre lui devait aller jusqu'à l'assassinat, et l'assassin fut un prêtre. Un jour que l'homme de Dieu descendait de la tribune où, sans rien dire qui ne respirât la plus parfaite bienveillance pour tous les hommes, il avait supplié ses auditeurs de se réconcilier avec Dieu, son doux regard rencontre, au pied de la chaire, les yeux ardents d'un individu qui paraissait agiter les plus sinistres desseins. C'était un ministre des autels qui cachait sous sa robe le fer qu'il se préparait à plonger dans le cœur de Wishart. Mais à l'instant même où le malheureux fait briller son arme, le paisible messager de la Bonne Nouvelle lui arrête le bras et l'empêche de porter le coup fatal. La froide intrépidité d'un homme dont la douceur était proverbiale, confond d'étonnement le lâche qui voulait l'assassiner. Il tombe à ses pieds , confesse son crime et demande miséricorde. Le peuple, exaspéré au plus haut point
d'une telle perfidie, menaçait d'en tirer vengeance sur rheure, lorsque Wishart, toujours plein de l'esprit de Jésus-Christ, entoïire de son corps le misérable, suppliant qu'on ne lui fasse aucun msd et remerciant Pieu qui levfiit tous ses doutes siir ce qu'il avait à attendre de Rome.
Ce ne fut pas, en effet, la seule occasion où l'on complota contre sa vie et oii le Seigneur intervint pour le protéger. Dans une visite qu'il fit k Blontrose, théâtre de ses premiers travaux, il reçut, d'un ami éloigné et malade à la mort, l'invitation pressante de l'aller voir. Wishart se met aussitôt en route avec quelques amis; mais bientôt il s'arrête et dit à ses compagnons de voyage : « Dieu me défend de continuer. S'il en est parmi vous qui veuillent aller jusqu'au bout, ils verront, j'en suis sûr, qu'il y a un complot contre ma vie. * Là-dessus, il retourne à Montrose, et les autres, poursuivant leur chemin, trouvent en embuscade, à l'endroit même que Wishart leur avait marqué, soixante cavaliers qui étaient là pour attendre leur proie.
Au lieu de reconnaître dans ce fait une intervention directe du Seigneur, il n'est pas impossible , j'en conviens, de n'y voir que le résultat de causes toutes naturelles. Les temps étaient difficiles ; Wishart savait qu'on en voulait à sa vie ; le primat redoutait son influence plus que celle d'aucun homme ; la forêt dont il était proche lorsqu'il se résolut à rebrousser, offrait toutes sortes de facilités pour un coup de main ; en de telles circonstances, il se peut que Wishart se soit persuadé, par l'effet même d'une imagination frappée, que Dieu lui défendait d'aller plus avant. Mais serait-il absolument incroyable que, dans une rencontre aussi critique, le Seigneur eût
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paiié à ykpe de son serviteur ? Y a-t<-U une \im\e bien tra^nçh^e entre ce que nous appelons les causes napi'^ relies et les voies surnaturelles î Et sll faut éviter d'être crédule, ne devons-nous pas éviter tout autant de mettre des bornes à la puissance et à Tactivité du Saint d'Israç) 1
:^n voyant Vinjinitié profonde qui animait BeatouQ contre les partisans de la Réforme et copire lui en particulier, ]ii¥is^rt cony^renaitbien qu'un miracle seul pouvait garaii|ir sa vie sans cesse menacée. D'un autre c^té, la douceur même de son esprit lui inspirait comme une horreur instinctive contre un homme qui ne sen^^^ait altéré que du sang protestant. Âus$i» malgré son extrême bienveillance, ne savait-il voir en Beatoun qu'un démon incarné, qui joignait aux vices les plus honteux la ruse et la malignité du prince des ténèbres. Mais au plus fort de ses craintes personneljes, il ne cessait d'envisager le triomphe définitif de la Réformation dans sa patrie , comme une chose parfaitement assurée. Rome, pensaitil, se prépare, par sa tyrannie même, une ruine inévitable et prochaine. Il savait d'ailleurs avec quelle profusion la semçnce des vérités divines s'était répandue de son temps* Aussi, quand son esprit s'arrêtait sur ce sujet, il avait coutume de dire à ses amis : « Âpres moi, ce royaume jouira de la lumière de l'Evangile, autant qu'aucune autre contrée, depuis le jour des apôtres. *
Le moment vint enfin où les tristçs prévisions de Wiçhart devaient se réaliser. Il avait prêché à Haddington avec beaucoup de larmes, larmes qui lui étaient arrachées par l'opposition que l'Evangile y rencontrait dans les coeurs. L'immortel Jean |(^nox l'accompagi^it ; mais Wishart, apercevant la tempête qui se préparait, suppjyi^ son compagnon de voyage de retourner auprèis
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de leurs amis ; car, lui dit-il, de ce ton affectueux qui lui était propre : c il suffit d'une victime. * Après s'être séparé de Knox, il se rendit au château d'Ormistofl, dans la société du maître de la maison et de quelques amis. La soirée se passa de manière à laisser de profonds souvenirs. Avec une ardeur angélique , il supplia ses hôtes de demeurer fermes dans la cause de Jésus-Christ ; il leur parla du bonheur des trépassés, comme quelqu'un qui va le goûter bientôt ; et il finit par les recommander au Seigneur dans une prière où l'on vit son âme lutter, comme Jacob, avec l'ange de l'alliance. Il s'était à peine retiré pour prendre quelque repos , lorsqu'une bande de soldats, conduits par le comte de Bothwell, s'approche d'Grmiston, cerne le château et demande que Wishart lui soit délivré. C'est à quoi le propriétaire du manoir fit d'abord un refus positif; mais Bothwell , shériff du comté, lui représenta l'inutilité de toute résistance, puisque le régent et Beàtoun, bien déterminés à ne pas laisser échapper Wishart, étaient, de leur personne, dans le voisinage. Après donc que Bothwell eut solennellement promis de protéger son prisonnier contre toute espèce de violence, Ormîston le remit entre ses mains. Pour ce qui est de Wishart, à la première nouvelle de ce qui se passait , il prononça cette seule parole : c Que la volonté de Dieu soit faite. j> Mais lorsque Bothwell entra dans sa chambre pour le saisir, il lui dit avec une grande dignité: t Milord, je bénis Dieu qu'un aussi galant homme me reçoive aujourd'hui des mains de ces seigneurs ; car je suis assuré |que, dans l'intérêt de votre propre réputation, vous ne souffrirez pas qu'il me soit rien fait de contraire aux lois. Ceux qui en Veulent à ma vie ne parlent de la loi que pour la tordre et pour en couvrir
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leurs vengeances contre les saints du Seigneur. Je ne l'ignore pas ; mais je crains moins de mourir sur Téchalaud que d'être assassiné clandestinement. » A ces toi^ chantes paroles, Bothwell répliqua : c Non -seulement je . préserverai votre corps de toute violence, mais encore je vous promets , en présence de ces gentilshommes et sur mon honneur, que ni le gouverneur ni le cardinal ne vous feront la moindre insulte. Je vous garderai en mon pouvoir, jusqu'à ce qu'il me soit permis de vous rendre à la liberté, ou de vous ramener à l'endroit même où l'on me confie votre sort. »
Hélas ! Bothwell promettait plus qu'il ne pouvait tenir ; mais n'eût-il pas dû exposer sa vie , plutôt que de violer de tels engagements. Lorsqu'il Ait en présence de Beatoun, il perdit toute conscience et tout courage* Il se laissa séduire par les discours trompeurs de la reinemère; et deux jours après avoir, dans les termes les plus forts, engagé sa foi auprès de Wîshart , il parut devant le conseil papiste et consentit à livrer son prisonnier au gouverneur ou à toute autre personne qu'il désignerait. Ce fîit ainsi que Wishart , tombant entre les mains de ses ennemis , fut conduit au château de Saint-André , où le cruel Beatoun put se repaître à son aise du spectacle de la victime qu'il avait si longtemps convoitée. Sans perdre de temps, il convoqua une assemblée d'évêques, et sa passion contre Wishart lui faisant oublier d'autres ressentiments, il y appela aussi l'archevêque de Glascow. Mais ce prélat comprit à quelle haine nationale s'exposerait un clergé qui enverrait à la mort un homme tel que Wishart , et il proposa de remettre cette odieuse lâche à une commission de laïques. Le cardinal n'y consentit qu'à regret , parce qu'il était
persuadé que si les évoques se déclaraient contre Thérétiqiue, le régent n'hésiterait pas à prendre sur lui la responsabilité de son supplice. Des laïques furent donc investis de celle affaire ; mais ils la déclinèrent avec indignatiop, et même ils obtinrent du régent la promesse qu'on ne s'écarterait point des formés régulières de la justice. « Je ne consentirai a la mort de Wisharl , > dit Arran, c qu'après un procès régulier ; ef si la chose se
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passe autrement, je saurai redemander a qui il convien-
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dra le sang du prisonnier. »
On* peut se figurer tarage de Beatoun en entendant cet arrêt. Le délai seul pouvait être funeste. Wishart avait une multitude d'amis, dont plusieurs appartenaient aux meilleures familles du royaume ; et si roh ne se hâtait d'en finir, la populace pouvait songer à le. délivrer par ïa force. Le cardinal donc, aussi hardi que méchant , résolut de braver Fautorité civile et de procéder à la condamnation de Wishart par la seule puissance ecclésiastique. Le dernier jour de février 1546, on lui fit un simulacre de procès dans î'eglise de l'Abbaye. Comme ôii pouvait s'y attendre, les évêques admirent l'accusation sur tous les points; et un homme dont l'Ecosse aura toujours lieu de se glorifier, fut condamné publiquement à être brûlé comme hérétique. Pendant l'interrogatoire, on le traita avec une excessive dureté , et lorsqu'il voulut exposer les doctrines qu'il avait enseignées à ses concitoyens , on l'interrompît brusquement. Voyant qu'il lui était impossible de procéder à sa défense, il en appela du tribunal inique des hommes à la justice impartiale du Maître de l'univers, et il fut reconduit au château de l'Abbaye , pour y attendre les souffrances et la joie du martyre.
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II passa les derniers joura de sa vie dans la commu*nion non interrompue de son Dieu. La parfaite sérénité de son àme, et sa conversation édifiante, produisirent la plus heureuse indpression sur le gouverneur du château, qui, avec sa famille, reçut , le matin même de Texécu-* tion, la cène du Seigneur, des mains de son prisonnieri Le sôus*prieur, homme bien disposé , et qui était convaincu de rinnocence de Wishart , hii avait offert la communion telle que Rome Tadmiàistre , mais sa conscience né fui permit pas d'accepter.
Deux linoines vinrent lui annoncer le moment de l'exécution , en Texliortant à se confesser. Il reçût avec joîe cette nouvelle et supporta, plein de patience, toutes leurs insultés; mais il refusa d'entrer en conférence avec eux. A l'heure fatale, le doux et aimable Wishart fut conduit par les bourreaux au lieu du supplice. C'était la coût du château qu'on avait choisie pour cette horrible exécution. Craignant l'indignation du peuple, Beatoun avait fait pointer les canons de la forteresse sur l'échafaud, afin d'écraser ceux qui oseraient tenter d'en arracher le martyr. Celui-ci était revêtu d'une chemise blanche, à laquelle on avait suspendu de petits sacs de poudre, dont l'explosion devait hâter là mort du patient et prévenir d'autant mieux toute pensée d'enlèvement. Les préparatifs étant achevés , Beatoiln et les autres prélats se placèrent en un lieu élevé pour mieux jouir du spectacle que leur cruauté s'était ménagé. Quant à Wishart, arrivé sur l'échafaud, où il monta d'un pas ferme , il commença par se recommander au Dieu de son salut et par implorer la grâce d'En- Hatit pour en recevoir ]a force dont il avait besoiti. Puis il se tourna vers la multitude, l'exhortant à ne pas abàn-
donner les vérités qu'il lui avait enseignées et à ne pas se laisser intimider par les souffrances qu'il allait endurer ; car, ainsi que lui, chacun pouvait être puissamment soutenu à l'heure de l'épreuve. Après quoi il se remit en prières; et l'instant ensuite, le bourreau mit le feu aux matières combustibles qui l'entouraienl. L'explosion de la poudre ne se fit pas attendre ; et toutefois le patient continua pendant quelque temps encore à donner des signes de vie. Au milieu de souffrances qui devaient être atroces , on n'entendit pas cette douce victime de l'impiété proférer un seul murmure, et son courage ne se démentit pas un instant.
Ainsi mourut Wishart, homme d'un zèle et d'une pureté vraiment apostoliques, qui, dans ces temps si mauvais, contribua puissamment, par sa prédication et par son caractère, à jeter les bases de la Réformation en Ecosse. Malgré la rare sainteté de sa vie , ses ennemis, ennemis aussi de Dieu , se sont efforcés de ternir sa réputation par deux endroits à la fois. Ils lui reprochent d'abord avec amertume d'avoir administré le sacrement de la Gène , le matin de son exécution , bien qu'il n'eût pas été consacré selon les rites de l'église ; et c'est à leurs yeux une grande impiété. Mais qui ne voit que , célébrée en de telles circonstances et par un tel homme , cette sainte cérémonie dut être plus agréable au Seigneur, que si elle eût été solennisée, avec les pompes de la superstition , par un prêtre sanguinaire ?
Le second crime dont on accuse Wishart est d'une nature plus grave ; mais heureusement qu'on n'a jamais pu le démontrer. Buchanan, et d'autres avec lui , rapportent que, du haut de l'échafaud , et regardant vers la tour où Beatouu s'était placé , Wishart s'écria d'un accent
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prophétique : c Celui qui, plein d'orgueil, nous contemple de là-haut , subira , dans peu de jours et en ce même lieu , une ignominie égale à sa vanité. ^ Or, on a conclu de ces paroles du martyr, qu'il était au fait de la conspiration qui se tramait contre la vie du cardinal , et qu'il
avait trempé dans cette œuvre atroce que rien ne saurait justifier. Mais comme Knox, l'ami intime de Wishart et celui qui raconte avec le plus de détail son supplice , ne dit absolument rien de cette prophétie , il est pernus de douter qu'elle ait été réellement prononcée. Voici , d'après Knox , le discours que Wishart adressa au peuple de dessus l'échafaud , et l'on comprend qu'après l'événement on ait pu l'entendre comme on l'a fait, c Je vous en supplie , mes frères et mes sœurs , exhortez vos prélats à étudier la Parole de Dieu , afin du moins qu'ils sachent rougir du mal et faire ce qui est bon. S'ils se refusent à revenir de leurs coupables erreurs , bientôt ils tomberont sous le poids de la colère de Dieu , et ils ne pourront y échapper. > Le seul fait d'où il y ait moyen d'inférer que Wishait connaissait la consph*ation , c'est une lettre du comte de Harcourt à Henri VIII. Mais d'abord ce document ne se trouva point là où les ennemis de Wishart dirent qu'il était déposé ; et ensuite , d'après leurs propres indications , il serait de deux années antérieur à la mort du cardinal. £n sorte que, si cette lettre exista jamais , elle aurait été écrite avant que Beatoun eût manifesté la moindre haine contre Wishart et qu'il fftt entré dans l'esprit de qui que ce soit d'attenter aux jours du cardinal.
Au surplus , le caractère bien connu de Wishart nous garantit qu'il fut incapable de conspirer contre Beatoun. On se rappelle de quelle douceur il fit preuve envers l'in-
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digne ptètre qui tenta de Fasdassitier. D'ailletfrd il est in* contestable qae, bien différent des hommes de son temps, il ne se mêla point de j^olitique, heilrefùx de prêchei* là Parole de Dieu et d*y consacrer tous ses instants.
Le stipplice de cet éminent iKéfbrmaieûr et les événements qui le Suivirent , attestent , côtiime tant d'autre^ faits dé même i^atnre , tout ce qu'il y a dé folie k èrc^il-e qu'on ptiisse , dans tous les cas , arrêter de yiVe fôk^ee les progrès de la Vérité. Beatôùn s'était tâih'ettiëiit prbnift que la mort de Wishart intimiderait les Protestants et qu'elle ruinerait leur cause. Au lieu de cela , ellene fit que ranimer leur courage et redoubler contre lui la haine d'une portion de la noblesse , depms iototg^etup^ fatiguée de ^on intolérable despotisme. Il venait de fout'nir à ses ennemis plus qu'un prétexte poui* mettre enflii des bornes à son ambition. C'était bien , hélas ! une loi dU pays qu'ion fit mourir les hérétiques ; mais Beatoùn prit sur lui d'en faire l'application , nialgt'é la défense formelle du régent. Il était donc réellement coupable de meurtre sur la personne d'un des hommes les plus distingués de l'époque, et Ton eût pu, en suivant les formes ré^gulières de la justice , le convaincre du crime de haute trahison.
Mais il y avait dans le gouvernement trop de faiblesse et dans beaucoup d'esprits trop d'impatience, pour qu'on se confiât à l'action lente de la loi. Eh ces temps malheureux , on ne s'était que trop accoutumé à touteb sortes de violences. Le 29 mai 154^, une bande de conjurés, sous les ordres de John Leslie , frère du comte de feothes, envahissent le château de Saint-André , résideh'ce du càrdhial , pénètrent dans sa chambre à coucher, et l'y massacrent impitoyablement, malgré les promesse's (Qu'ils lui avaient faites de lui accorder vie sauve s'il les laisi^t
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eiiti^er. Unie Scène dé cette natufe ne saurait être d'aiiciitie nîafiière justifiée aux yeux du chrétien. Qu'il y ait eu \k tîn jugement de Dieu sur un méebant homme, sur un ennemi acharné des saints du Souverain , c'est ce qu'on ne saurait nier ; toujours est-il que les instruments de la vengeance divine commirent un meurtre horrible, également réprouvé par la loi des hommes et par celle de Dieu. Melville et d'autres purent se persuader qu'ils accomplissaient une œuvre de patriotisme et de religion tout à la fois ; mais ils se trompèrent étrangement , et sur la nature de leur acte et sur ses fruits , car il ne pouvait qu'entretenir les mauvaises passions de ce siècle et empêcher les progrès de la Réformation.
Pour remplacer Beatoun dans sa haute charge de primat d'Ecosse , le régent désigna son frère naturel , John Hamilton , qui , par le consentement des chanoines et du pape, fut revêtu de cet ofiSce. Cela fait, le souverain pontife demanda avec instance une réparation éclatante de l'attentat dont Beatoun avait été la victime. Quelques hommes puissants, tels que le comte d'Angus et sir George Douglas , entrèrent volontiers dans les vues du pape. Le nouvel archevêque y déploya beaucoup de zèle ; et , à son instigation , le régent mit le siège devant le château de Saint-André où les conspirateurs s'étaient enfermés. Grâces aux secours qu'ils demandèrent à Henri VIII et qui leur furent accordés , ils tinrent ferme pendant plus de trois mois. Au bout de ce temps le conseil d'état consentit à ce que le régent entrât en pourparlers avec les rebelles. Des deux parts fut signé un traité en suite duquel les hostilités prirent fin ; mais en se retirant du château, les amis de la Réforme se livrèrent à des excès déplorables que leurs plus chauds
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avocats ne sauraient soi^er à pallier. Us se conduisirent comme le fait un parti victorieux , et ils oublièrent, dans le triomphe , ce qu'ils devaient à la cause dont ils se disaient les défenseurs.