‹ Histoire générale de la réformationChapitre 80 sur 80 · SITUATION ACTUELLE ET AVENIR DES ÉSLISES RÉFORMÉES · texte numérisé non relu

SITUATION ACTUELLE ET AVENIR DES ÉSLISES RÉFORMÉES

Il eût été naturel de penser que les églises qui reconquirent leur indépendance spirituelle, à Tépoque glorieuse de la Réformation , auraient , à Tenvi les unes des autres , retenu fortement les doctrines sur lesquelles se fonda leur séparation d'avec le siège de Rome? Mais, sans compter le grand nombre de cas où la lumière qui s'était répandue dans les ténèbres fut aussitôt éteinte qu'allumée , il lui arriva bien souvent aussi d'être trop faible et trop vacillante pour ouvrir les yeux d'une multitude assoupie. En Italie et en Espagne, nous avons vu la Réformation naître au milieu de rudes combats, pour expirer en quelque sorte au moment de sa naissance. Ailleurs, ' elle s'écarta bientôt des doctrines évangéliques d'où elle tirait son origine ; et, quoique fortement implantée dans le sol, elle ne produisit pas la riche moisson qu'elle sem- Uaît promettre. Tout en continuant de protester contre le despotisme ecclésiastique de la papauté, la Réforme, dépouillée de l'esprit vivifiant des Luther, des Zwingle et

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des Calvin , ne sut plus renouveler les peuples ; et c'est ainsi que demeura presque stérile Tarbre que les Réformateurs arrosèrent de leurs larmes et de leur sang.

Quand TÂllemagne eut, par sa longue lutte, assuré rindépendanee de l'église protestante, on vit une froide orthodoxie succéder au zèle fervent des premiers jours. Le plus déplorable formalisme fraya la voie aux écarts de doctrine qui firent du pays de Luther le centre du néologisme et du scepticisme transcendental. Si les fondateurs de la Réformation allemande se fussent moins appuyés sur le pouvoir de l'homme et sur jcelui des symboles humains, il est permis de penser que les grandes doctrines soutenues par Luther auraient eu plus de puissance réelle , et que le protestantisme ne se serait pas souillé en acceptant quelqueç-unes des plus graves erreurs qui aient iqfesté l'église chrétienne.

Ghacqu s^it avec quelle facilité nous passons d'un extrême à l'autre. Délivrée du vasselage humiliant où la retenait une église qui interdit la liberté de penser, l'Allemagne eut à peine retrouvé cette liberté , qu'elle en fît l'abus le plus criant. Adoptant un système relâché d'interprétation des Ecritures , elle se laissa envahir par le socinianisme, et se lança dans cette critique latitudinaire qui dépouille la Bible de son autorité et en métamorphose les doctrines an gré d'un orgueilleux et profane rationalisme, c Se disant sages, > ses théologiens c sont devenus fous. » Ils oublièrent.la doctrine de Christ crucifié, et c Qieu leur envoya efficace d'erreur, > en sorte qu'ils s'égarèrent dans, leurs propres pensées. Tout hérissés de science , ils employèrent les effortjs de la critique et df l'exégèse sacrée à offusquer ou à détruire la vérité de Dieu ; jusqu'à ce que l'Allemagne , jadis le glo-

rieux foyer de la lumière évaqgélique , inenaça de deve» nir le fléau de la chrétienlé.

Sauf quelques exemples d'une honorable fidélité au milieu de la défection générale , tel fut Tétat de l'Allemagne protestante jusqu'à ces dernières années. Le néo* logjsme, héla^ ! n'en a pas disparu. La science allemfinde, aussi profonde que yariée, ne s'est pa^ encore généralement consacrée au service de la croix. Mais on est heureux de sayoir qu'une grapde révolution s'opère dans la littérature biblique d^ l'Allemagne , et que plusieurs de ses hommes les plu^ érudils s'efforcent, nop sans de beaux succès, à redresser ses habitudes de scepticisme, à purifier l'enseignement de ses écoles , à réformer la prédiQati<m de ses chaires et à restaurer les doctrines vivantes de s€is premiers Réformateurs. Oh ! si l'Allemagne, avec les hommes de g^nie dont elle est sifière, se mettail à l'qeuvre pour effectuer une seconde Réformation, comme de précieux symptômes semblent l'annoncer, quelle impulsion n'en recevrait pas la cause de l'Evangile , et sur le continent de l'Europe et parmi les peuples encore païens! Quelques-uns de ses esprits les plus éminents se sont donnés de tout leur cœur aux missions évangéliques , et déjà leurs propres âmes , aussi bien que celles des membres de leurs églises, en ont recueilli de richei» bénédictions. Le temps n'est pas éloigné, je m'assure, où beaucoup de leurs frères suivront ce bel exemple, et c'est alors que l'Allemagne se montrera digne d'avoir été le berceau de Luther. En attendant, nous a'oublierons pas que, à cette heure même, elle peut se glorifier de posséder des hommes qui, par leur piété comme par leur savoir, font l'ornement du Protestantispiei; et c'est de tout notre cœur que nous implorons

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la grâce de Dieu'sur les travaux auxquels ils se livrent, pour imprégner d'un nouvel esprit la théologie de leur pays.

Si de l'Allemagne nous passons à la ville de Calvin , a cette cité qui exerça , par lui , tant d'influence sur la Réforme , nous nous voyons obligés de céder à de sombres pensées. Genève , autrefois le flambeau des églises réformées , s'est hélas ! écartée sensiblement de la foi. Les pasteurs de cette antique église se sont laissé séduire par l'esprit d'erreur. Là où Bèze et Calvin passèrent les meilleurs jours de leur vie , où ils présidèrent une académie orthodoxe , et instituèrent des congrégations évangéliques, on sent partout le froid brouillard de l'hérésie socinienne, du système mortel qui, arrachant au christianisme ses parties vitales, ofire aux coupables le salut sans le Sauveur, et le pardon sans la grâce. Avec les doctrines caractéristiques de l'Evangile , a disparu d'un même coup l'esprit vraiment évangélique ; en sorte que, sous la conduite d'un clergé qui se nomme protestant, Genève se distingue à peine des parties du continent où l'irréligion frappe le plus péniblement les yeux du voyageur chrétien.

En France pareillement , l'esprit de la Réforme s'est éteint au sein de l'église protestante. Fils dégénérés des martyrs huguenots , les Réformés français ont fait naufrage quant à la foi. Il est des hommes an milieu d'eux qui soutiennent l'erreur fatale par laquelle on c renie le Seigneur qui nous a rachetés. > D'autres ont c conservé la forme de la piété, mais ils en ont renié la force. > Sans doute qu'il y a eu , de tout temps , des exceptions ; mais un historien véridique est obligé de dire que l'église protestante de France a < abandonné sa première charité, »

et qu'il lui faut se repentir et faire ses premières oeuvres, si elle ne veut pas que le chandelier lui soit enlevé.

c A présent , > dit un écrivain bien informé , en parlant des lieux où la Réformation s'était le plus acclimatée ; c à présent , il existe à peine cinq mille Protestants (h nom y dans cette contrée (leBéarn). Affranchis également de la persécution et du patronage (1), et privés de toute excitation du dehors, ils sont tombés dans une déplorable tiédeur. Çà et là , un ministre plein de zèle prophétise aux os secs , et Ton ne peut nier qu'il ne s'y fasse un mouvement. Mais le caractère français ne se plie pas volontiers à la position humble d'une secte , au milieu d'une église de la majorité. Il lui faut le brouhaha de la foule, ou , à défaut de cela, certaines distinctions extérieures. Je ne dis pas que s'il se faisait quelque part en France , et avec un certain éclat , ce qu'on pourrait appeler un coup de religion , cet événement ne retentit au loin. Tout comme , si l'on pouvait y élever de magnifiques temples protestants , semblables à leur prototype de Gharenton, je pense que bientôt ils se rempliraient d'auditeurs. Mais ces considérations mêmes doivent faire sentir la nécessité de redoubler d'efforts dans l'œuvre missionnaire qui , grâce à Dieu , se commence actuellement sur plusieurs points du royaume. Ces dernières années , il s'est formé des églises protestantes à Avignon, à Reims, à Tours et en d'autres lieux ; congrégations faibles encore, mais qui ne laissent pas d'être les anneaux de la chaîne où peut se propager un jour l'étincelle électrique, de manière à éclairer toute la France...

(1) L'auteur oublie le patronage de l'Ëtat. {Traducteur.)

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» Au sud-ouest , dans l'ancien Béarn , en particulier , le caractère de la population et divers souvenirs historiques semblent appeler d'une façon spéciale les travaux des amis de l'Evangile. Le soleil , en se couchant, a laissé un sol encore chaud. Puisse-t-il se lever de nouveau et demeurer sur l'horizon, non pas seulement comme dans un été polaire, ainsi que cela eut lieu jadis , mais jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de temps (1). >.

Quand nous pensons combien de de sang les martyrs ont arrosé le sol français, nous ne pouvons qu'y présager de beaux triomphes à l'Evangile, c Dans aucun pays peut-être, > dit M. Hartley, « on ne fit de plus grands efforts pour détruire la religion du Sauveur. C'est là que le Papisme a porté ses plus terribles coups. Il a immolé un million d'Albigeois , détruit les Yaudois, milliers après milliers , massacré cinquante mille individus à la Saint-Barthélémy, chassé par la révocation de l'Edit de Nantes six cent mille Protestants sur toutes les routes de l'Europe , et le plus célèbre de ses défenseurs félicita son souverain de ce qu'il avait heureusement extirpé l'hérésie. C'est aussi là que l'incrédulité s'est le plus agitée. Elle avait adopté pour son mot d'ordre : « écrasez l'infâme, i» Tout ce que la France eut de plus illustre parmi ses littérateurs, s'était formé en confédération impie pour détruire le christianisme ; et lorsque, sous leurs inspirations, un déluge de sang inondait la république , on nia officiellement l'existence de Dieu , et l'on proclama que la mort est un sommeil éternel ! Mais quels ont été les effets de tout ce travail de la terre

(1) Notices of the Re formation in ihe soulh-weU provinces of France, by Robert Francis Jameson» p, 205.

et de Tenfer contre le Christ et sa Parole ? Non-seulement il existe en France près de deux millions de protestants , dont cent vingt mille se trouvent dans un seul département; non-seulement on compte plus de six cents pasteurs nommés et salariés par le gouvernement, mais encore T Evangile est prêché avec succès dans toutes les directions. L'église protestante se réveille, à n'en pouvoir douter. La parole de Christ , si longtemps l'objet d'attaques furieuses et de persécutions acharnées, se répand abondamment sur tous les points de la France. Partout on y rencontre des évangélistes ; et, bien que j'aie vu la vie chrétienne se manifester de nos jours en plusieurs pays, je ne sache pas qu'il y ait nulle part plus d'amour pour Jésus-Christ , plus de fidélité dans la prédication, ni des résultats plus magnifiques. Loin donc que le christianisme soit écrasé en France, c'est là surtout que s'accomplit cette prophétie du Seigneur : c Les cieux et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point (1)...»

> La France est entièrement ouverte à l'Evangile, Ce l'on s'étonne que l'Angleterre ait si peu pris garde à ce * fait important. S'il fut un temps de trop longues ténèbres pendant lequel, par ordonnance royale, il n'était pas permis au c soleil de justice > de briller sur cette belle contrée, toutes les barrières sont maintenant abolies. Vous pouvez aller librement de Paris à Lyon , à Marseille , aux frontières de la Belgique, au pied des Pyrénées, et partout proclamer les « insondables richesses de hrist. > Oui, au sein de ce pays où le démon de la per-

(1) Continental Sermons; or nine Discourses, adressed to Congrégations on the conlinenty by J. Hartley. etc. p. 198-200.

sécutîon s'imaginait avoir étouffé la voix de la vérité dans le sang de ses disciples, cette vçix se fait entendre de nouveau. Elle parle haut et ferme dans Tenceinte de ce même Louvre oii tomba Coligny, et dans cette même église où le grand persécuteur, Louis XIV, rendait son culte idolâtre. Déjà la France a eu ses Nœff, ses Pyt et d'autres ministres du Nouveau-Testament, qui n'ont cessé d'inviter au salut leurs concitoyens, avec un zèle et un talent qui ne forent peut-être jatnais surpassés.

> Ce n'est pas en France seulement que le réveil des églises protestantes sollicite notre coopération. En Prusse et en d'autres endroits de l'Allemagne, bien des ministres de Dieu se montrent fidèles à prêcher la grande doctrine de la croix, et, dans les universités inêraes, plusieurs chaires de théologie sont occupées par de pieux et savants serviteurs de Jésus-Christ. A Genève, oii nous avons passé trois années, une minorité courageuse fait une noble résistance contre l'hérésie ; et, en dépit de l'esprit socinien qui règne généralement, il s'y déploie , pour la cause du Christ, un zèle aussi grand que nulle part ailleurs. Dans le canton de Vaud, où l'on trouvait à peine, il y a quelques années, un ecclésiastique d'un zèle quelque peu prononcé, il h'est presque pas d'église maintenant qui ne retentisse des vérités de l'Evangile et qui ne voie quelques âmes se réveiller. Zurich aussi, ce canton si grand à l'époque de la Réforme, et qui semblait comme perdu pour l'Evangile, vient de montrer dans sa population tout entière un zèle admirable pour le maintien de la pure Parole de Dieu... *(1)

(l) Continental Sermons, etc., by J. Hartlky.

Te} est le témoignage qu'un témoiii oculaire rend de l'état actuel des églises réformées du continent: Il est manifeste qu'elles se réveillent de leur long sommeil. Si l'aurore de cette Pentecôte offre un tel spectacle , il est permis d'espérer que « l'homme de péché > n'est pas loin de recevoir une blessure mortelle, dans les contrées m^mes où il a si longtemps maintenu son sceptre de fer. D'Allemagne , de Suisse et de France , les doctrines glorieuses de la Réformation pénétreront en Espagne et en Italie, et Babylone tombera pour ne plus se relever > (1).

Cependant, on comprend que l'auteur doive vouer un intérêt particulier à l'état présent et à l'avenir des églises réformées de sa patrie. C'est une grande grâce de Dieu que la lumière de l'Evangile se soit propagée avec tant d'abondance dans le pays des Wickliffe et des Knox. Après Dieu , l'Angleterre doit au Protestantisme sa vraie grandeur ; c'est ce qu'on ne peut mettre en doute un seul instant. A dater du XVP siècle, la Parole du Seigneur a eu son libre cours parmi notre peuple ; et cette précieuse semence, jetée dans le sol britannique, a poussé de magnifiques jets, et produit une riche moisson. De tous les pays oii la Réforme a pénétré , il n'en est pas qui ait retenu avec plus de force les vrais principes. Ici, l'œuvre

(1) Si le traducteur n'accompagne d'aucune note cette portion du livre, comme il y avait d'abord songé , c'est qu'après tout il ne lui a pas paru que cela fût nécessaire. Nos lecteurs connaissent assez l'état religieux du continent pour compléter ou redresser eux-mêmes le tableau qu'on en fait ici, et qui , dans ses grands traits, ne manque p3$ ^c véir^té.

a progressé, bien loin de rétrograder. Notre Protestantisme est plus vigoureux qu'il ne Tétait au temps d'Elisabeth. Mais il ne faut pas oublier que la Réformation en Angleterre a eu pour principe conservateur l'esprit de la religion évangélique. Toutes les fois que cet esprit s'est affaibli , l'on a vu le Protestantisme décliner ; triomphail-il , la tendance papistique disparaissait. Il n'y a rien là qui doive étonner ceux qui sont au fait du vrai caractère de la Réformation protestante. Elle ne fut pas une simple répudiation du Papisme, avec ses fausses doctrines et ses coutumes superstitieusejs ; elle résulta de ce qu'on avait retrouvé la vérité et qu'on en était revenu à Christ et à ses apôtres. Ce fut l'esprit évangélique de Luther, de Zwingle, de Calvin, de Latîmer et de Knox, qui détrôna la formidable tyrannie du XVP siècle. En Fabsence de cet esprit évangélique , il pouvait se faire une Réformation , mais cette Réformation aurait contenu tous les éléments du Papisme. Un accident eût suffi pour lui faire perdre le terrain et la replonger dans le sein de la grande apostasie.

Le réveil de la religion évangélique dont l'Angleterre a été le théâtre dans ces cinquante dernières années , offre contre les empiétements du Papisme un meilleur boulevard que l'appui des lois. Celles-ci seraient bientôt annulées, si l'esprit évangélique venait à s'éteindre; mais tant que cet esprit dominera, le Papisme aura beau se donner du mouvement, il ne saura trop en quel lieu poser le pied. Il fut une époque de notre histoire où « l'esprit d'engourdissement > était tombé sur nos églises. Les grandes doctrines qui renversèrent jadis le pouvoir papal n'allaient plus à des oreilles devenues chatouilleuses. On ne voulait que de beaux discouts de morale, ou

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des paidoyers en faveur des hautes prétentions du clergé. La Réformation courut alors des dangers tr/èsréels, et mille causes imprévues eussent pu la détruire. Grâc^ à Dieu , ce triste temps est passé. Une foule de prédicateurs fidèles annoncent la croix de Jésus-Christ. L'œuvre des missions occupe toujours davantage Tactivité des chrétiens évangéliques de l'Angleterre. La réaction religieuse de ce siècle est le meilleur préservatif contre le retour du Romanisme, par quelque porte qu'il veuille entrer.

Que la foi protestante ait de quoi concevoir maintenant quelques alarmes , c'est ce qu'on ne saurait contester. Mais si les amis de l'Evangile se montrent comme ils le doivent , toutes ces apparences lâcheuses tourneront au profit de la Réforme.

Parmi les signes fâcheux , il faut mettre en première ligne l'activité toute nouvelle que l'église romaine déploie sur le sol britannique. Qù que nous allions, nous voyons des chapelles et des cathédrales papistes s'élever comme par enchantement. Si nous entrons dans ces temples , nous y trouvons de nombreuses assemblées. La statistique actuelle du Romanisme, comparée avec celle de 1800, présente un accroissement hors de proportion avec les temps antérieurs. Après quoi , l'on ne saurait se dissimuler les vastes plans que forment nos adversaires, ni la hardiesse qu'ils portent dans l'exécution. Ce n'est pas sans succès qu'ils ont recours à la voie de la presse. Ils distribuent gratuitement parmi le peuple une masse d'écrits de diverse nature, et il n'est pas douteux qu'ils n'aient fait beaucoup de prosélytes d'entre les Protestants de nom. Mais ce zèle même du clergé romain a provoqué une nouvelle lutte en faveur des

grands principes de la Réforme , et nous n'avons pas à en redouter l'issue.

Chaque fois que Rome a bien voulu sortir de Fombre mystérieuse dont elle s'enveloppe , il est rare qu« , à tout prendre, le Protestantisme n'en ait pas profité, il faut, semble-t-il, l'activité des Romanistes pour nous faire apprécier à leur juste valeur les principes de notre foi. Si nous ne savions que par l'histoire ce que sont leurs doctrines, nous serions tentés de croire que c'est une vieille question sans intérêt personnel, ni pour nous, ni pour nos enfants. Mais quand nous voyons ce constant ennemi de l'Eglise chercher partout à regagner la domination ; quand nous le rencontrons à notre porte , jaloux de nous enlever nos lumières et notre liberté, pour nous ramener aux ténèbres et aux désordres du moyenâge, il y a là de quoi nous faire souvenir de notre devoir envers les grandes vérités pour lesquelles tant de martyrs versèrent leur sang, et que nous ont léguées ces hommes intrépides qui , pour les défendre, exposèrent tout ce qu'ils avaient de plus cher au monde. C'est ainsi que les efforts même de Rome tourneront contre elle, en aguérissant les chrétiens évangéliques et en les amenant sur le champ de bataille. Rien ne serait plus déplorable que des doutes sur la stabilité de la foi protestante. Le Protestantisme ne saurait s'écrouler que par la nonchalance et l'indifférence criminelles de ses amis. Si la Réformation valait la peine d'être faite , elle vaut la peine d'être conservée et défendue; et puisqu'elle repose sur les grandes vérités de la Parole étemelle, aucune arme forgée contre elle ne saurait la détruire.

Mais si l'arche sainte de la Réforme est au-dessus des attaques de l'Église romaine, il se manifeste quelquefois,

au sem du Protestantisme , des ten^boces |)a{iistiqpes mille fois plus redoutables que le Romanisme lui-même. Un ennemi qui se cache fut toujours dangereux. Si malheureusement le parti de Laud avait triomphé jadis , il y a longtemps que le Papisme eût reconquis son empire au milieu de nous ; et toutefois Laud était un évêque protestant. Rien n'est à redouter comme un Protestan* tisme papiste ; un je ne sais quoi , qui s'appelle Téglise réformée et dont toutes les tendances aboutissent aux principes fondamentaux de la papauté. N'y a-t-il pas , de nos jours, beaucoup d'hommes qui portent Thabit Protêt* tant^ qui officient dans les temfdes protestants, qui président des universités protestantes , qui vivent aux dépens des fcHids protestants, et qui répudient évidemment les principes les plus chers aux illustres défenseurs de la Réforme ?

Je ne crains pas d'apjdiquer aux théologiens d'Oxford CQtte observation , et il est manifeste que, s'ils venaient à exercer dans notre pays une prépondérance q-ui oc pourrait être que funeste, les vrais PrcAestants se verraient obligés de se lever en masse pour demander une seconde Réformation. Que ces hommes, d'ailleurs si respectables et si savants , symbolisent avec Rome , bien qu'assis dans la chaire des Réformateurs, c'est ce qui ne peut faire le moindre doute dans l'esprit de ceux qui ont suivi leurs efforts insidieux pour façonner l'église a^li* cane sur le modèle équivoque de l'église chrétienne du concile de Nicée. Us renient , il est vrai , toute relation avec Kome ; mais quand on voit ce qu'ils entendent par une église réformée, il est clair qu'il n'y a guère de rapporta entre eux et les Réformsiteurs du continent ou de la Grande^retagne. S'ils rejettent les énormités du Pa-

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pisme, ils inclinent vers ce qui en fait Tessence, et ils voudraient que leur église s'en pénétrât. A la place de rinfaillibilité romaine, ils nous donnent leur subtile théorie de l'indéfectibilité de l'Église ; au lieu de la règle de foi papiste, ils ont la Bible, mais la Bible expliquée par l'antiquité et prenant sa force dans l'autorité de la prélature anglo-catholique. En échange de la messe , ils ont l'efficace des sacrements, destinés, pensent-ils, à régénérer et à justifier quiconque les reçoit par des ministres régulièrement établis. Us ne voient rien au-dessus du concile de Nicée, et c'est à nous ramener verscette époque qu'abgutissent leurs plus beaux rêves. Ils recommandent le célibat des prêtres, s'ils n'en font pas encore une obligation. Les reliques , à leurs yeux , peuvent n'être pas inutiles comme aides à la dévotion. C'est avec beaucoup d'hésitation qu'ils osent se prononcer contre les prières pour les morts. Quant à la doctrine de la justification par la foi, doctrine que professent toutes les églises de la Réforme et qui fut comme un coup de massue pour le Romanisme, ils l'abandonnent complètement. A les entendre, il ne faut pas trop parler au peuple de l'expiation ; l'on ne peut jamais être sûr du pardon des péchés commis après le baptême ; et tous ceux qui vivent hors du giron de l'église anglo-catholique , sauf pourtant les Papistes , n'ont aucune garantie quelconque de leur salut.

Il est impossible d'envisager les fauteurs de cette nouvelle théologie comme de sincères Protestants. Au fait, ils se plaignent amèrement des Réformateurs, et ils condamnent la Réformation elle-même , non pour n'avoir pas assez fait, mais pour avoir été beaucoup trop loin. Il est sûr que, s'ils réussissaient selon leur gré, l'Angle-

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terre se reverrait bientôt dans les fers de Rome. Maïs parviendront-ils à réaliser cette audacieuse entreprise ? Les Protestants anglais apprécieront-ils assez peu les bienfaits de la Réforme, pour se laisser ramener au moyen-âge, par des hommes que rien ne distingue de leur génération , si ce n'est le zèle qu'ils déploient à dépouiller leur pays d'un héritage conquis par le sang des martyrs ? Ils en appellent à l'opinion publique , mais d'autres qu'eux éclaireront l'Angleterre , et l'antidote y circulera, j'espère, mieux que le poison. Les misérables efforts qu'ils font pour inoculer à une université protestante l'esprit du Romanisme, réveilleront le génie de la Réforme et rendront attentif au choix de leurs succèsseurs. On commence à ouvrir les yeux sur la gravité et la nature malfaisante de leurs erreurs ; et quand le public vena le fond de cette affaire , on demandera , d'un ton significatif, que le Papisme ne s'introduise pas au sein de la nation sous le manteau d'une académie protestante.

Déjà la controverse à laquelle ont donné lieu les publications d'Oxford, a ramené des milliers de personnes aux premiers principes, et les a conduites à peser sérieusement les signes du temps. Il en est sans doute qui sont tombées dans le piège ; mais le plus grand nombre < s'est informé des anciens chemins, pour y marcher et y trouver le repos de leur âme. » Un fait surtout a singulièrement éclairé les esprits : c'est que les armes dont on est obligé de se servir pour combattre la nouvelle hérésie, sont précisément celles qu'il faut employer contre Rome. Sans en conclure que les deux systèmes soient absolu*ment identiques , il en résulte tout au moins qu'on ne saurait attaquer l'un sans attaquer l'autre , et c'est un

grand eaconragement pour ceux qui prennent ui^e part active à cette controverse.

Nous sommes donc fort loin de nous laisser abattre» quand nous regardons à Tavenir. Les principes de la Réforme opt une force vitale qui leur garantit tôt ou tard la victoire. Toujours est-il qu'il importe d'inviter les Protestants évangéliques à se liguer contre Tennemi commun. Il faut que ceux qui voient dans TEcriture uner^le de foi parfaitement suffisante, qui reje^ent la tradition, qui veulent le maintien du libre examen , qui retiennent pour chef Jésus-Christ , qui reçoivent la doctrine de la justification gratuite par la foi en la justice de Christ, qui enfin détestent les erreurs et les abominations d'où sortit la grande lutte du XVP siècle, oubliant les points secondaires , se réunissent en un seul corps et marchent vers le même but.

Les divisions des Protestants sont Topprdbre de la foi réformée, et rien ne sert mieux les intérêts de l'ennemi. Si nous étions unis , nous pourrions défier Rome avec toute sa puissance et nous prémunir sans peine contre les embûches d'un faux Protestantisme. Pourquoi notre commun attachement aux grandes doctrines de la Réformation ne nous unirait-il pas pour ne faire qu'un cœur et qu'une âme? Pourquoi ne rallierions -nous pas nos forces , afin de propager les principes qjie tous estiment vrais ? Les prétentions exclusives de certains Protestants ne sont pas moins à déplorer que le bigotisme et l'intolérance de l'église papale. Soutenir qu'on est , soi seul, dans l'ordre ecclésiastique voulu par le Seigneur, c'est garder un levain de cette infaillibilité qu'on attaque avec tant de force, quand elle parle du haut du Vatican. Parmi les principaux Réformateurs de l'Angleterre, de l'Ecosse,

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de rAllelnaghe, de la Suisse, de Genève, et de Iaï*rànce, il n'y en eut pas un, nous Taffirmons sans crainte , non, pas un qui ait prétendu que les ordres conférés par tine certaine église étaient seuls valides, à Texclusion de tous les autres. Oh à beau lancer, avec le tk\e d'un Réformatëtir, ses anathèmes contre la suprématie du Pape , si Ton est soi-même conduit par Tes prit de secte qu'on reproche au Romanisme, l'anathème s'émousse et demeure sans force. Il faut ôtèr le papisme du milieu de nous, si nous voulons pouvoir corriger l'église romaine de son papisme.

Pour que tiotre foi soit la lumière du monde , qu'elle soit donc elle-même lutnîère et vie. Ce n'est pas un Protestât tisme froid, mort, formaliste, sectaire et gouvernemental, qui sera capable d'achever la Réformation. Il faut, je le répète, que les églises réformées se rattachent fortement au principe de leur existence , et qu'elles soutiennent la foi protestante en laiiisant de côté les divergences d'opinion qui ne sont qu'accessoires. Attaquons Rome avec les armes auxquelles jamais elle ne sut résister. Tout en exposant ses erreurs, tout en humiliant l'orgueil de ses prétentions j traitons avec respect et avec bienveillance les personnes , et faisons en sorte que les Ëomahistes n'aient plus à souffrir aucune injustice politique. La vérité repoussa toujours l'assistance de moyens étrangers à sa nature céleste* Plus nous voyons, d'ailleurs, le danger que les âmes courent dans la communion de l'église romaine, plus nous devons aVoir compassion de ces victimes de l'erreur» Que le Protestantisme montre qu'il est le Chriâtiahi^me , la religion de là charité ; et s'il ne peut tolérer des doctrines qui sont la subversion de la Parole de Dieu et la ruine des hommes,

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qu'il déploie son énergie dans l'esprit de Celui qui pleura sur la ville où il allait se voir crucifier.

Nous ne savons pas quel est le sort que, dans la grande crise oii c l'œuvre de chacun sera manifestée , » la souveraine administration du Seigneur réserve aux diverses formel^ du Protestantisme; mais une chose est certaine , c'est que le Romanisme doit tomber, car la bouche de l'Eternel a parlé. Qu'il lui soit réservé de relever momentanément la tète, afin de châtier et de purifier le Protestantisme sans cœur qui ne prévaut que trop généralement , c'est un point qu'il n'est pas donné à un aveugle mortel de prédire ; mais que Dieu veuille enfin jeter dans la poussière la puissance de l'Antéchrist , qu'il se propose de c le détruire par l'Esprit de sa bouche et de le rendre impuissant par l'apparition de son arrivée, > c'est ce qu'il nous est permis d'attendre avec une parfaite confiance. Rome c a fait ia guerre contre l'Agneau , et l'Agneau la vain-

> cra , parce qu'il est le Seigneur des seigneurs, et le » Roi des rois. »

€ J'entendis comme une grande voix d'une foule nom-

> breuse dans le ciel , disant : Alléluia ! Le salut , et la

> gloire, et l'honneur, et la puissance sont au Seigneur

> notre Dieu ; parce que ses jugements sont véritables et

> justes ; parce qu'il a jugé la grande prostituée, qui cor-

> rompait la terre par sa fornication ; et qu'il a vengé le » sang de ses esclaves le redemandant de sa main. Et

> ils dirent une seconde fois : Alléluia ! et sa fumée

> monte aux siècles des siècles (1). >

c Faire avec détails l'histoire des temps à venir , en

(1) Apoc. XIX, 4-3.

s'appuyant sur les prophéties non accomplies, serait une entreprise bien présomptueuse, » dit un auteur au nom duquel se rattache un vif intérêt, c Mais il est un certain nombre de prédictions fondamentales qu'il y aurait un crime à rejeter. L'espérance que nous entretenons de voir un jour le monde se convertir , ne saurait être une illusion. Le règne de Jésus doit devenir un règne universel. Le prophète qui a décrit les quatre grandes monarchies, Babylone , la Perse , la Grèce et Rome, déclare en termes exprès que l'empire du Christ leur succédera. En étudiant le septième chapitre de Daniel , nous trouvons ce fait annoncé de cinq manières différentes. Les obstacles qui s'opposent maintenant aux progrès de l'Evangile seront écartés. Babylone tombera. L'incrédulité descendra de son trône. Les vérités du salut franchiront toutes les distances. Ni les hauteurs des montagnes, ni la profondeur dç l'Océan ne les pourront arrêter dans leurs conquêtes. Elles se mêleront aux masses compactes des populations de la Chine ; elles entraîneront aux portes du ciel les nombreux millions qui habitent l'Inde. Alors aussi l'Europe chrétienne deviendra vraiment chrétienne. La France sera le séjour de la foi et des mœurs. L'Espagne et le Portugal , l'Italie ellemême, après s'être si longtemps conjurées contre l'introduction dans leurs frontières de la pure Parole de Dieu ; oui , la fière Rome, durant des siècles la ruine du monde et le fléau de l'Eglise, sera comptée, avec l'Espagne et le Portugal, au nombre des heureuses provinces du royaume de Jésus -Christ. Un jour, le monde sera chrétien, c Les ennemis de Jésus doivent

> lui servir de marchepied. * c Le règne et la do-

> mination, et la grandeur des royaumes qui sont

464 HlStOIRE DE LA RÉrORMATION. COMCL.

h SOUS tous les deux ^ seront donnés au peuple des

> saints du SouTerain. Son royaume est un royaume

> éternel et tous les empires lui seront assujettis et lui » obéiront (1). »

(1) Hartlby's Ccnltnenlûl Sermmiy 204.

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