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CHAPITRE I

EFFETS RELIGIEUX, POLITIQUES ET LinÉRAIRES DE U RÉFORMATION.

« Vous les connaîtrez à leurs fruits. » Telle est la pierre de touche par laquelle le divin Auteur du christianisme veut que ses disciples jugent des mérites de tout système religieux. Je ne fais , pour ma part , aucune difficulté d'appliquer cette règle à la grande Réformation du XVI* siècle.

Sans vouloir défendre tous ceux qui eurent à y jouer un rôle, ni toutes les mesures qu'ils jugèrent convenable d'adopter , on ne doit pas craindre d'affirmer que , après le christianisme lui-même, la Réforme a été la plus grande bénédiction que Dieu ait accordée au genre humain.

Par l'influence religieuse, politique et littéraire qu'elle a exercée sur les destinées de l'Europe, elle s'est acquis une gloire qui ne s'efticem jamais.

A dater du IIP siècle, et par un progrès insensible mais constant , ce qui se nommait TEglise avait mis en oubli la doctrine et la discipline des temps apostoliques, jusqu'à ce que, d'erreurs ep. erreurs, ses traditions eussent anéanti c la foi qui avait été confiée aux saints ; > et c la Vierge, fille de Sion, * devint, selon les prophéties, « la mère des prostitutions et des abominations de toute la terre. > Elle prétendait être la seule dépositaire de la foi primitive , et , sur le tronc vivant du christianisme, elle avait enté une foule de doctrines aussi absurdes que superstitieuses , et enlevé à la religion son caractère sublime de vérité et de moralité.

Chaque siècle la voyait , fîère de sa prétendue antiquité, entasser les innovations ; si bien que le culte ordonné d'en Haut, dépouillé de sa simplicité première, n'offrait plus qu'un amas d'erreurs , de superstitions et d'idolâtrie.

Ce serait un travail plein d'intérêt et d'exécution facile, que de suivre les progrès de l'apostasie romaine, depnis l'instant où ses nombreuses hérésîps commencèrent en quelque sorte à bourgeonner, jusqu'à leur entier épanouissement au XYI® siècle. Ce fut alors que Je Gouverneur suprême des nations versa Tnpe des fioles de sa colère sur une communauté qui avait indignement asservi l'esprit humain et perverti la yérké de Dieu.

Les églises apostolique^ et les Pèreis des cent quatrjSvîngts premières années de l'ère chrétienne ne connurent pas d'autre règle de foi que les paroles dij Saint-Esprit, telles qu'elles sortirent des lèvres ou de la plume des hommes divinement inspirés. JWais, <?ès le IIP /et le IV® siède , il se manifesta une certaine tendanpe à mettre en doute la légitimité dn iuj^ement mdiyidnel dans l'étude

(J/ç 1;^ P^ole ^e pieu. jL'Eglis/s leut h fatale idée de se poser cofpfpe l'inte^^prète liégitime de ia poncée diyinç et de requérir pour ses commentaires une soumission ex-plicite. A la règlie supri^me de la foi , l'on ajouta certaines traditions dites apostoliques ^ dont les P^res des ^eu'^f. premiers siècles n'avaient jaoïais fait ijnentîoo. Pès Iprs, p^pes et copciles prirent sur eux la redoutable respoQS^ajbijiité de dicter au monde chrétien oe qu'on devait croire et professer conime venapt du ciel.

Puis vinjt au IV® siècle un usage que sanctionna, quatre cents ans plus tard, le second concile de l^icée, je veux dipe l'usage des reliques et des images^ avec les spperstitîons qui se rattachent au s^ne de la croix. Telle fut Torigine de Tidolâtrie révoltante qui règne daps les pjiys papistes, de cette idolâtrie qjj'on retrouve chez tout romaniste sincère et qu'on justifie p^r les arguments mêpçies djp^t se servaiept les païeps pour défendre les s^i^tues qu'ils érigeaiept à leurs divinités.

Vers la tin de pe siècle , après que plusieurs Pères eurent préconisé les mérites iixfînis du célibat, le pape Gyricîus en fit une loi pour le clergé , loi que la bulle de Grégoire VU confirma puissamment au ]^P siècle. Cette doctrine pernicieuse , qui souilla TEurope de tant de cripies et rendit les prêtres ]^ terreur des familles honnêtes» ne fut, après tout, qpa'un rejeton de Tascétismedes gnostiques. D'abord, on avait yanté le célibat como^e up état de sainteté particulière. Bientôt une ioixle d'enthousiastes voulurent se couronner d'uijie auréole si belle et si pure. Mais comment ne pas revêtir Ip clergé d'un honneur que tant de simples particuliers s'étaient procuré. Ainsi naquit la loi par laquelle l'église romaine défend aux [^tres de se marier, et qui est un

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des traits auxquels on peut reconnaître la grande apostjtsie décrite avec tant de détails dans la première épître à Timothée (1).

Le VIP siècle est plein des inventions et des nouveautés du Romanisme. Ce fut alors que Tévèque de Rome , après avoir longtemps et vainement aspiré à la prééminence , obtint le titre orgueilleux d'évêque universel, et, par suite, le monstrueux privilège de Tinfaillibilité. L'infaillibilité! prétention inouïe de la part d'une église qui a manifestement erré sur presque tous les points de la doctrine et de la discipline , formulées par le saint livre de Dieu. Ce fut aussi dans ce siècle que Ton contracta la coutume de célébrer le culte public en langue étrangère, usage qu'a maintenu dès lors l'église romaine , en dépit des prohibitions les plus formelles de l'autorité apostolique.

A ce siècle ténébreux se rattache encore l'invention lucrative du purgatoire et des prières pour les morts ; invention qui reçut, l'an 1140, la sanction positive du pontife romain , et devint un article formel de la foi catholique par décret du concile de Trente, au XVr siècle. Si l'on pouvait faire le compte des sommes que cette imposture a fait couler dans les trésors de l'église, il n'est pas d'homme sensé qui ne détestât l'avarice du clergé romain. Il dispose, à l'en croire, du monde invisible, et il refuse de faire le moindre acte religieux pour retirer un frère des flammes du purgatoire , si , au préalable , on ne lui paie, selon le tarif, le prix de ses services!

L'an 787, le second concile de Nicée définit et sanc-

(1) Chap. iV.

tionna une doctrine que deux siècles d'enseignements erronés n'avaient que trop bien préparée : c'est la doctrine de la présence réelle dans l'eucharistie. En 1215, le concile de Latran érigea cette doctrine en article de foi.

Au XP siècle, déjà, l'on avait fait un pas considérable dans cette mauvaise route. Les laïques s'étaient vus privés de la coupe , par le prétendu motif qu'on recevait le Seigneur tout entier, au moyen du pain ou de l'hostie. Malgré de longues et de vives oppositions de la part des fidèles , cette manière de voir et de procéder fut confirmée par le concile de Constance, au XV' siècle.

Vers la fin du XIP siècle , l'Eglise , abusant de Tignorance et de la crédulité de ces temps , fit accepter le dogme des œuvres surérogatoires , celui de l'absolution par le prêtre et les sept sacrements. La première de ces doctrines engendra les indulgences; la seconde mit le prêtre à la place de Jésus-Christ ; la troisième, enveloppant d'un sombre mystère les actes les plus simples du culte chrétien , les ensevelit comme sous un voile funèbre. Mais la tyrannie du clergé romain y trouva son compte , car rien n'était plus propre que ces inventions à lui concilier l'aveugle vénération des peuples.

Au XIIP siècle , les conciles de Florence et celui de Latran mirent en quelque sorte la dernière main au dogme de la transsubstantiation, en instituant le sacrifice de la messe, et l'adoration de l'hostie, ou de l'oublie consacrée. Us sanctionnèrent en même temps le culte de la Vierge , l'invocation des saints et la confession auriculaire.

Il semblait qu'il n'y avait plus rien à ajouter au mystère d'iniquité, lorsque le concile de Trente vint le consolider,;

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en rassemblant dans iln seul code tant de lois ânti-éTângéliques et en frappant d'anathème ceux qui se refusaient à c adorer rimâge de la bête et à prendre son signe eh leur front, i Bien plus , dépassant tout ce qui avait été fait jusque-là, il déclara que les apocryphes, la tradition et la Yulgate latine étaient d'une autorité égale à telle des Saintes-Ecritures , oracles vivants du Seigneur.

L'église dé Rome se vante sans cesse de son antiquité; mais les faits justifient-ils cette prétention ? Nous le nions hardiment. Elle n'a eu son formulaire complet qu'après le concile de Trente. Telle qu'elle est donc, elle ne compte que trois siècles d'existence, et le Protestantisme est , sans contredit, son aîné. Le syhibole du pape Pie VI, auquel tout catholique romain est actuellement tenu d'adhérer, est de quarante-quatre ans plus jeune que la confession d'Augsbourg , confession qui renfermé les points essentiels de la foi protestante.

Si l'église de Rome demande fièrement aux Protestants où était leur religion avant Luther, ils peuvent , en réponse , lui demander où était la religion romaine avant le concile de Trente , concile qui ajouta doute nouveaux articles à la foi exprimée par le symbole de Nicée. Où plutôt , prenant la chose de plus haut , nous l*épondroni^ aux Romanistes : Notre religion était où ne fut jamais la vôtre ; dans la Parole de Dieu , < laquelle vit et demeure à toujours. *

La gloire même de la Réforme consiste à s'être franchement rattachée à l'ancienne vérité apostolique , par opposition aUx nouveautés et aux corruptions de onze cents années de révolte manifeste et persévérante contre la vraie foi en Christ. Le Protestantisme ne fUt pas une innovation ^ mais plutôt une réaction vigoureuse contre

CHAP. i. EFFETS RELiGIÈÙX , POLITIQUES, ETC. 431

des ihliôVatioiià aûs^i nombreuses c[ùe hardies. Il ne vînt pas proclattiët^ une nouvelle dbfctriné , tndis « cotnbattrd pôiir la foi confiée utie fois âlix saints. > En quoi itiohtrat-U qil'il voulait dû nôiiveâûî Est-ce eli attaquant les indillgenfcës , pratiqué dotii on n'avait pas entendu parler avant le XI® siècle? Est-ce en niant au pape une suptéiliàtie qu'il n'osa lui-même réclamer que six cents ans après les apôtres? Èst-cë en réclamatit pour le peuple le droit et lé devoir de sonder les Ecritures, ce qde les Pères déS trois premiers siècles de 1 EgUfee, pour né rieri dire de Jésus-Christ et des apôtrés , île cëssèreiii de faire? Est-ce en rejetant là tradition , comifie règle de foi, tandis qu'il ne Rit pas -question de îtli attribuer cette autorité , dans lé tettipS même on il eût été possible d*en constater la teneur? Est-ce en dévoilant ce qu'à de ihonàtruëux la prétention de ÈOhie à 1* infaillibilité , doctrine qui ne pût être mise en circulation qu'après que le pape se fiit proclamé ëvèquë de l'univers, au Vit® siècle? Ést-cë lorsque les Protestants dévoilèrent les turpitudes dd célibat des prêtres, qu'ils se montrèrent avides de iiouveautésî Mais celui que l'on donné comme le chef dé l'épiscopat romain, l'apôtré Pierre, était marié ; mais Padl déclare expressément que c le mariage est honorable entre toiis ; » mais un des sigtiés dé l'apostasie romaine prédite par la Bible, c'est if qu'on défendra de se marier ; » mais enfin , p<^^dànt trois Cents atiS , ce dogme impur fut igiioré dé l'égliSë Chrétîeiiné. Est-ce pour avoir iiîé les feux du purgatoire, qu'on noûS lâxe de novateurs , quand nulle trace dé cette doctriiie ne se trouve réellement tii dàilk la Pabole dé Dieu , ni dans les écrits des doCtëùt-s Chtétietis durâht les six premiers Siècles? Est-cë pour àVoir rejeté là tnesse et l'adoration de l'hoâ-

lie, inslitutions du concile de Florence au XIIP siècle ; ou le culte des images, Tinvocation des saints et de la vierge Marie , les prières pour les morts , corruptions ignorées jusqu'au lY® siècle et dont quelques-unes datent seulement du XIIP ? Serait-ce peut-être parce que les Réformateurs ne firent aucun quartier à l'absolution donnée par le prêtre et à la confession auriculaire, ces institutions immorales dont on n'eut connaissance qu'au XIP et au Xin® siècle? Serait-ce parce qu'ils réclamaient des liturgies et un service en langue vulgaire, lorsqu'on sait que le rituel latin ne devint obligatoire partout qu'au VIP siècle ? Ou parce qu'ils reprochèrent au pape le crime qu'il commettait, depuis ciqq siècles, en dérobant la coupe aux laïques ? Enfin , peut-on les accuser d'avoir voulu des nouveautés , quand ils réclamaient contre les cinq sacrements ajoutés depuis peu aux deux cérémonies instituées par Jésus-Christ; et la Réforme se rend-elle coupable d'innovation , lorsqu'elle retranche de la Bible ces livres apocryphes qui n'y furent introduits que par le concile de Trente, au mépris de la pure révélation du Seigneur?

On peut donc l'affirmer sans crainte d'être démenti , tout ce que Rome a conservé de l'antiquité , en fait de choses essentielles , les églises réformées le retiennent de concert avec elle. Les points princi{laux de doctrine et de discipline contre lesquels nos Réformateurs protestèrent, étaient de pures innovations dont l'histoire a conservé fidèlement la date. Les Réformateurs ne proposèrent aucune doctrine de leur invention. Ils se bornèrent à demander le redressement d'abus plus on moins modernes. Au lieu de s'arrêter à moitié chemin , sur le terrain douteux d'une antiquité intermédiaire, ils

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se portèrent de plein saut dans le siècle même de l'inspiration, dans ce siècle où la vérité coulait pure et abondante de sa source divine.

Ce mouvement religieux de la Réformation fut donc un grand pas que Dieu fit faire aux consciences vers la vérité primitive , tfop longtemps égarée. Dans chacune des contrées de TEurope, il rappela des milliers d'individus à la seule vraie règle de la foi. Il instruisit les hommes à douter de l'infaillibilité du pape et des conciles pour ne recourir qu'à la Parole écrite. Ce fut comme le souffle d'une vie nouvelle dans le cœur d^une multitude qui, durant des siècles, avait substitué à la foi véritable et à l'obéissance spirituelle, une masse confuse de misérables cérémonies. Par là se rompit le prestige qui environnait la personne du prêtre ; les hommes apprirent à penser chacun pour soi , et à déployer leur activité individuelle ; la conscience reconquit la liberté dont elle doit jouir dans les choses de Dieu ; enfin, et par-dessus tout, la doctrine des mérites du Sauveur, ou autrement la doctrine de la justification pleine et gratuite par la foi au sang de Christ et en sa justice, répandit son antique lumière et fit disparaître, comme d'impurs brouillards de la nuit, tout ce cérémonial si humain , si compliqué , si onéreux , par lequel le Romanisme aviit obscurci ou plutôt étouffé la gloire de la croix.

Après quoi , l'on ne saurait étudier l'histoire avec impartialité, sans reconnaître l'influence salutaire de la Réforme sur les destinées politiques des pays qui l'embrassèrent. Elle fut pour eux une vraie rénovation. En brisant les chaînes de la tyrannie ecclésiastique , elle

repdit l'éminent service d'ébranler les prétentions du despotisme civil.

Quand Luther commença son attaque. contre la supriématie spirituelle du pape , celui-ci était en posses^on de fouler à ses pieds toutes les tètes couronnées de TEurope. Â diverses occasions» excitant les sujets à se révolter contre les princes qui refusaient d'être les swviles instruments de son ambition, il avait traité avec la dernière indignité les plus grands potentats de l'Europe. Pour preuve, qu'on se souvienne de Jean d'Angleterre, de IJpnri IV d'Allemagne , de Frédéric Barbei^ousse et de IfQuis II de France.

Presque sans apcune e:^cepiiQn, le Piapisine^sieniKMiitra toujours l'ennemi des gouvernements libres et le fidèle allié des tyrans. Il ne faut pas juger de ses tendances poétiques par son état, actuel , car la lumière et les institutions du Protestantisme ont pénétré la société moderne tout entière, et Rome elle-même n'a pu qu'en subir l'influence. Pour savoir à quoi nous en tenir sur ce point , il faudrait remonter aux beau^ jours de la papauté, quand ^lle avait à ses pieds tout le monde civilisé, quand; 1^ nations européennes professaient unanimement le Rpmanjsme , et que les plus fiers monarques se prostern^iient devant le pontife. Dans quelle abjection n'était pas alors la société politique ! G<^ame le pouvoir absolu régnait sans contestation ! La liberté n'était qu'un vain mot, et le monde chrétien se flétrissait sous le double opprobre de la tyrannie de l'Eglise. et du despotisme des pripces.

Cependant la déformation vint enseigner auic hommes à réfléchir sur leurs droits , si longtemps et si cruellement usurpés. En leur révélant la. tyrannie s-ous une de

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ses formés, elle leur apprit à la dévoîler sous beaucoup d'autres. A mesure qu'elle posa les pieds dans les Etats de l'Europe, elle améliora par degré la science de l'administratiou, et, grâce encore à quelques circonstances favorables , elle jeta les fondements de la liberté civile et religieuse qui honore maintenant une grande portion de l'ancien monde. Ce qui empêche que cette liberté ne prenne tout son élan , c'est , il faut le dire , l'influence que l'esprit papiste n'a discontinué d'exercer en Espagne , en Italie , en Autriche , et en d'autres lieux du continent européen.

Si, dans l'antagonisme des principes, Rome elle* même s'est quelque peu modifiée , il n'y a pas lieu de s'en étonner. La politique seule et la force des circonstances devaient produire cet effet; mais il n'en est pas moins vrai que, partout où le Romanisme prévaut, la liberté civile ne jouit que d'une existence précaire.

Un système qui forgea les chaînes de l'Inquisition et en creusa les cachots ; un système qui instruit ses adeptes à envisager comme voués à la perdition tous ceux qui ne sont pas dans le giron de l'Eglise , quelles que soient leurs relations intimes avec Christ ; un tel système ne saurait engendrer la liberté, dans le sens vrai de ce mot. S'il est un fait qu'on ne doive jamais perdre de vue, c'est que les plus grands défenseurs de la liberté de conscience, furent tous des hommes aussi qui arrachèrent leur pays à l'esclavage politique. Voyez les Réformateurs de l'Allemagne , de la Hollande, de Genève, de l'Angleterre et de l'Ecosse.

Il est vrai que les premiers Réformateurs ne comprirent qu'à moitié la liberté de conscience, objet de leurs luttes, et que par conséquent ils laissèrent, sous ce rap«-

port, leur œuvre inachevée; mais, prenant les choses au point où ils les avaient laissées , leurs successeurs entendirent mieux les vrais principes; et c'est à eux, sans contredit , que nous devons la liberté dont nous avons le bonheur de jouir maintenant.

Dans ce résumé des effets généraux de la Réformation, nous ne saurions oublier l'impulsion puissante qu'elle sut imprimer à Tesprit humain. Ce fut le siècle des grands travaux littéraires et des âmes fortement trempées. La tempête que suscita la lutte à laquelle on dut se livrer pour reconquérir la vérité , fut comme le berceau où le génie, le savoir et les hautes pensées sucèrent un lait vigoureux. Les beaux-arts , il est vrai, la peinture et la sculpture surtout, essuyèrent quelque perte ; car c'étaient les superstitions romaines qui avaient été leurs soutiens; mais la littérature et la science, dans toutes leurs branches, puis les arts usuels virent se lever pour eux un nouveau jour.

On peut, sans faire tort à la Réforme, accorder qu'elle ne fut pas seule à produire ces résultats. Si l'on n'eût pas découvert l'imprimerie, les Réformateurs n'auraient pas eu la même facilité pour répandre au loin leurs doctrines. Il faut ajouter la fabrication du papier, invention récente qui permit de vendre les livres à un prix incroyablement peu élevé. La boussole, en facilitant le commerce des peuples ; la prise de Constantinople , en disséminant sur toute l'Europe les savants de la Grèce , vinrent l'une et l'autre faciliter les progrès des sciences et des lettres. Mais , après tout , il fallait , pour «tiliser ces heureuses circonstances , quelque mobile puissant qui ramenât l'esprit humain entraîné et ahruti par le

despotisme politique et la tyrannie spirituelle. La Réformation protestante fut ce mobile. Les controverses qu'elle engendra servirent d'une manière merveilleuse à aiguiser les esprits. Ce fut un débat remarquable par sa publicité ; et, tandis que les savants docteurs de ce siècle y jouaient le principal rôle , le peuple prenait part à la discussion , tout au moins comme auditeur , et Ton y apprenait à penser et à manifester ses convictions. L'université deWittemberg, et plus tard l'académie de Genève , devinrent des foyers de lumière pour toute l'Europe. C'est dans ces salles réformées que le jargon de l'école reçut le coup de mort , et toute une génération de jeunes gens, avides de liberté et de connaissances, fut bientôt en état de répandre une instruction digne de l'époque.

Voilà comment les ténèbres qui couvraient la face de l'Europe , lorsque Luther entra dans la carrière , commencèrent à se disperser. Car Rome avait, autant que possible, fait la nuit tout autour d'elle. Elle possédait quelques savants dont elle pouvait se glorifier; mais elle ne permettait pas que leur science sortit des murs du Vatican, ou des cellules d'un cloître. Son clergé, comme Bellarmin lui-même est obligé de le reconnaître , avait subi la double dégradation de l'ignorance et du vice. Or, l'adage dit : t Tels prêtres, tel peuple, » et la vérité de cet adage se montrait d'une manière effrayante dans les pays qui subissaient le joug de la papauté.

Cependant, les fruits que porta l'arbre de la Réforme n'atteignirent pas tout d'un coup à la maturité. La lutte fut d'abord trop vive. La pensée humaine ne sortit pas de sa prison sans que les passions s'en émussent. Mais quand l'orage eut déchargé ses tonnerres, un jour d'une

brillante clarté se leva sur l'Europe. Avant le XVP siècle, la littérature était arrivée au dernier degré de décadence dans le sein de la chrétienté. Partout où Ton permit aux doctrines réformées de pénétrer, il y eut un retour à la vie littéraire.

Soit donc que nous envisagions la Réformàtiôn comme Fère d'une nouvelle existence religieuse pour les peuples, ou comme le point de départ d'une grande époque de liberté et de science, nous devons voir en elle la source des plus riches bienfaits qu'une miséricordieuse Providence ait daigné verser sur les énfiints des honmaes, dans ces derniers temps de l'Eglise. Ne pensons jamais à cet événement admirable , sans nous sentir pénétrés d'une vive reconnaissance envers le donateur de tout don parfait et de toute grâce excellente. Dans son amour . infini et dans sa commisération pour uh monde aveugle et opprimé, il fit briller sur lui une nouvelle aurore ; et, par des voies inattendues, il opéra dans l'état de la société une révolution intellectuelle et morale dont l'action se fait encore sentir sur les âmes. Et cette action se continuera jusqu'à ce qu'on ait vu disparaître la dernière •trace de l'homme de péché, et que les nations qui maintenant languissent et périssent sous son sceptre de fer , rentrent triomphantes dans la lumière et dans la liberté qui se trouvent en Jésus-Christ.

Nous nous devons à nous-mêmes , et nous devons aux générations futures de nourrir l'esprit de la Réforme et de ïe maintenir vivant. Il s'agît de poursuivre notre hilie contre la puissance de l'Antéchrist, jusqu'à ce qu'il n'existe plus aucun symbole de la papauté, et qu'une foi j^ure et vivifiante ait répandu ht santé et le salut sut les

pays qui sont encore ensorcelés par les enchantements de la Babylone mystique. La victoire, il est vrai, ne semble pas prochaine; les difficultés s'entassent sur notre chemin comme des montagnes ; mais nous avohs la prophétie pour nous ; nous avons pour nous la Providence ; nous avons rheureuse expérience des temps passés et la li^ berté politique de notre époque. Le zèle même du Romanisme q^oi se réveille vient à notre aide ; et enfin nous avons pour nous toute la Bible , et l'Esprit de Dieu est avec nous. Déployons donc une énergie toute nouvelle dansTintérét de la vérité. Efibrçons^nous, par tous les moyens qu'avouent la morale et TEcriture, de briser les chaînés qui unissent les membres de l'église papale à un clergé infatigable, dont le sceptre prend sa force dans les terreurs de l'ignorance, et dont la domination cessera dès que la lumière des vérités divines aura percé le» ténèbres qui recouvrent tout cœur catholique.

Mais dans cette guerre contre des géants, il ne faut pas se reposer s\w le bras de la chair. C'est l'épée à deux trand^nts des vérités célestes qu'il s'agit de sortir du fourreau. Rejetons toute autre am^ , afin de pouvoir d'autant mieux manier celle-là. Si Luther ne désespéra pas du succès, lorsqu'il avait le monde entier contre lui, certes les Protestants de nos jours ne doivent pasi céder au découragement. Avec la Bible, la presse et la chaire à leur disposition, qu'ils marchent en avant dans l'intérêt do Protestantisme ; et discms-nous bien qu'il n'y a tîen^de fafît encore, tant que des millions d'êlres humlains sont sous la domination fatale c de l'homme du péché. > Ne mettons pas beaucoup de confiance dans le cours des événements politiques, mais attendons tout de la puissance de l'Evangile. Ce qui assura le premier triomphe

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de la Réforme , est assez fort, par la grâce de Dieu, pour renverser les forteresses de TAntechrist dans le monde entier. L'esprit du Papisme , ductile de sa nature , sait parfaitement se plier aux circonstances diverses de Tordre social. Il est difficile de le suivre dans sa marche, tortueuse comme celle du serpent ; plus difficile encore d'attaquer ses batteries si bien masquées, et de deviner sa tactique si variable. Mais la vérité toute simple de Jésus-Christ et de Jésus-Christ crucifié , la doctrine de la justification par la foi aux mérites du Rédempteur , cette doctrine à laquelle tout se rattache et de laquelle tout dépend ; voilà ce qui est suffisant pour démanteler les erreurs romaines, et dérouter les stratagèmes de Tennemi. Il y a là de quoi mettre en poudre tout ce système si compliqué d'inventions charnelles et de mérites humains.

Que les vrais Protestants soient sur leurs gardes contre la nouvelle méthode qu'on emploie de nos jours pour défendre le Romanisme ; méthode qui a pour principe de taire ce qu'il offre de plus révoltant, ou de l'interpréter de manière à lui donner quelque ressemblance avec un certain Protestantisme. Enlevez le léger voile dont la philosophie de quelques écrivains (1) a voulu recouvrir le Romanisme du moyen-âge, et vous retrouverez làdessous toutes les abominations de l'Antéchrist. Qu'importe à un Protestant éclairé que , grâce à votre talent de casuiste, vous parveniez a dissimuler pour le vulgaire les traits réels du Papisme , si en définitive vous laissez

(1) L'auteur cite le D' Wiseman. A ce nom Ton pourrait ajouter quelques noms illustres dans le monde littéraire de la France.

{Traducteur. )

subsister, jusqu'à la dernière, les erreurs de ce système destructeur! Vu sous son aspect le plus favorable, le Romanisme ne laisse pas d'être l'ennemi déclaré du salut , tel que Dieu l'a établi. Il rejette la doctrine de la justification pa,(jafoi, sans les œuvres de la loi. Il construit à la place un salut qui consiste en partie dans l'œuvre du Rédempteiu* et en partie dans les mérites humains ; avec cette différence caractéristique qu'il importe de ne pas oublier , savoir que la foi exigée par le Romanisme est quelque chose de vague et d'indéterminé, tandis qu'il définit et gradue avec une grande précision les œuvres qui concourent à racheter une âme.

Le Romanisme est, dans ses traits essentiels, d'invention purement humaine ; il donne la paix aux consciences sans les purifier. Sous une forme subtile et perfide, il combine tous les phénomènes que l'illusion peut produire , et toutes les erreurs que recèle le cœur corrompu de l'homme. Les symboles par lesquels il figure les réalités du monde spirituel et invisible , que sont-ils en effet , sinon l'idolâtrie même pour laquelle le genre humain montra, dans tous les siècles, une si funeste inclination et contre laquelle le Ciel fit constamment entendre ses menaces ? Que sont les cérémonies dont il charge le ^ culte, sinon un moyen de satisfaire le désir qu'a l'homme de se présenter devant Dieu avec une justice qu'il doive à lui seul? Que sont les prétentions du clergé romain, depuis le souverain pontife dans ses hautes fonctions, jusqu'au moine le plus chétif dans son humble ministère , si ce n'est une lamentable imposture dont l'effet est de mettre à la place de Christ un faillible mortel , et d'enseigner à se reposer sur les offices de l'Eglise, plus que sur les mérites du grand souverain Sacrificateur de no-

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tre profession ? Que sont enfin les Dresses , les prières pour les morts , l'invocation des saints et le culte de la Vierge , sinon la répudiation flagrante d^ Tunique offrande de Jésus^ChrisC? Fait-on autre chose par là que de substituer à Tefficace divine et immédiate de son sacrifice , une médiation qui partage , e^tre te prèti^e officiant dur la terre et les maints qui règnettt dans le Ciel , la gloire de sauver le monde?

Que les Protestants travaillent donc au renversement du Papisme , non pas seulement parce qu'il contient beaucoup d'erreurs , mais parce qu'il vicie le système chrétien tout entier, et qu'il est incompatible avec le salut des âmes. Le Papisme, dans ce qui le caractérise , ne peut! sauver personne. Quelqùes-u^s de ceux qui le professent Valent mieux que lem* foi , je n'en fais nul doute ; toujours eât-il que, envisagé comme système, il se place entre le pécheur et Jésus-Christ, et lui dit de mettre sa confiance en des mérites qu'il faut ajouter à ceux de l'Agneau sans défaut et sans tache, comme s'il n'avait pas fait toute l'expiation des péchés.

^ Notre Protestantisme, » observe un écrivain plein de force et justement célèbre, « notre Protestai^tisme ne fut pas le passage d'erreurs logiques à des erreurs irrationnelles, du despotisme à l'anarchie, de la terreur au relâchement , de Fhabileté à la folie , d'une politique hypocrite à une absurde jonglerie, ou d'utt fanatisme sans chaleur à un fanatisme dépourvu de sincérité* Pour nous, lé Protestantisme signifie tout autre chose que celû. Nous ne saurions désigner sous* ce tma^ que le passage de la feligîàn inventée par l'hortimé, à la religion» révélée dé Dieu. Et si l'on veut retrôUrveir Cette dernière religion, il ne faut pas remonter an VF siècle, ni au V*, ni au

lY®, ni au IIP, ni au IP; non, pas même au teinps des Pdy carpe et des Ignace, ou, le dirai-je, au temps de Pa« p6Cre saint Jean ; mais il ikut aller à la soUrce même , au dépôt de la religion révélée, je veux dire au Livre de Dieu...

... Non-seulement le Protestantisme ne renversera pas réglise romaine, s'il se borne à l'attaquer sur le terrain de l'argumentation, mais encore il ne conservera pas son propre terrain s'il s'obstine à s'appuyer d'un pied sur la sainte Écriture , et d'un autre sur le christianisme de Nicée. Bien plus, se maintenir dans cette position, c'est manifestement perdre le poste avancé que les Réformateurs occupèrent. A moins qu'il n'y ait promptement une réaction prononcée contre certaines tendances (1), la Réformation se verra compromise par ses enfants, puis délaissée, puis enfin condamnée; et nos fils s'estimeront très-modérés, en disant que Luther, Cranmer et Jewel furent des hommes honnêtes mais imprudents, dont il faut peut-être excuser le zèle indiscret et la conduite schismatique, en considération des abus accidentels qui s'étaient attachés à I'Église durant le moyen-âge (2) 1 *

Il y a beaucoup d'énergie et de vérité dans ces observations. £n effet , ce n'est pas du Protestantisme de nos jours , Protestantisme relâché et en transactions continuelles avec l'erreur; ce n'est pas de lui qu'on peut attendre le renversement des forteresses du Papisme

(1) L'auteur fait allusion aux doctrines d'Oxford, dites puséiles. Plût à Dieu que ses réflexions, si justes, fussent sans application dans les églises réformées du continent ! (Traducteur,)

(2) tntroductory Etsay lo Pfizer's lAfe of LulheTy by the aulhor of nalural Hislory of Enth., etc , PP. XXX, XXXI.

444 HISTOIRE DE LA RÉFOBMATION. CONGL.

qui sont encore debout. II faut que Fesprit de Luther soit rendu à l'Eglise. Alors seulement les inventions et l'autorité de rhomme en matière de foi, feront place à Tautorité de Dieu et aux seuls mérites du Sauveur , ou en d'autres termes, au christianisme primitif.

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