CHAPITRE XII
1. La question des Rites. — Rôle de la Société des Missions-Étrangères.
— II. M. Maigrot. — Une erreur de Voltaire. — Mandement de M. Maigrot.
— M. Charmot à Rome. — III. Division de la Chine en Vicariats apostoliques. — M. Quémener. — Nomination de Vicaires apostoliques de la Société. — rv. Bref du Pape Innocent XII à M. Maigrot et au Séminaire des Missions-Étrangères. — Opinion de Bossuet, de Fléchier, et billet de Madame de Maintenon sur la question des Rites. — Lettre du Séminaire au Souverain Pontife pour lui demander une décision sur les Rites. — Mémoire des directeurs du Séminaire. — Opinion de M. de Cicé. — V. Persécution en Cocbinchine sous Minh-Vuong. — M. Langlois arrêté. — Nouvelles persécutions, an*estation et souflVances de MM. Langlois, de Capponi, de Sennemand, Féret, Gouges, d'Estrechy.
La question des Rites est certainement la plus célèbre de celles qui furent agitées dans les Missions d'Extrême- Orient; elle passionna de vigoureu.x esprits, elle souleva de longues polémiques, et hélas! elle stérilisa bien des dévouements. Elle restera comme une des grandes preuves du soin apporté par Rome à Tétude des procès théologiques de Tardeur qui saisit et entraîne des hommes et de foi dans les débats sur la pureté de la doctrine catholique. La Société des Missions-Etrangères n'a pas joué le premier rôle dans cette affaire ; plusieurs de ses membres y furent néanmoins activement môles; d'autres attendirent patiemment la décision des autorités ecclésiastiques. Nous n'exposerons pas la discussion dans tous ses détails, Rome l'a tranchée ; un très long récit n'aurait qu'un médiocre intérêt et nulle utilité, il nous ferait
même sortir du véritable cadre de notre histoire. Nous uous bornerons à dire en quoi la question consiste et la part qu'y prit la Société par les écrits et par les actes de ses missionnaires en Chine et des directeurs de son Séminaire en France. Nous citerons également quelques documents inédits trouvés dans nos archives et signés de noms illustres.
Cette question portait sur trois points principaux : le culte de Confucius, les honneurs rendus aux morts ^ les noms doimés à Dieu parles Chinois.
Le pliilosophe Confucius^ est depuis des siècles entouré d'une vénération universelle dans l'empire du Milieu ; il n'est pas adoré, il est révéré comme un saint; dans chaque ville, il a son temple où, sur un autel, repose sa tablette avec cette inscription eh caractères d'or : Siège de l'âme du très saint et très excellent grand maître Confucius.
Deux fois par an, on lui offre un sacrifice solennel auquel prennent part tous les lettrés, et que préside le gouverneur de la ville assisté par ses officiers ; des victimes choisies sont immolées, le sang et les poils sont placés devant la tablette et offerts au Maître ; les chairs sont ensuite distribuées entre tous les assistants ; c'est le culte solennel. 11 y a le culte simple, celui que les mandarins rendent au philosophe à l'occasion de leur entrée en charge, et les lettres à l'époque où ils prennent leurs grades.
Le culte des ancêtres n'est pas, chez les Chinois, une simple habitude inconsciente, il a ses racines dans la philosophie nationale qui enseigne que la mort est le passage d'un état à un autre, et que le défunt garde une personnalité, des sentiments, un intérêt dans sa postérité, une action sur les choses du monde.