Né vers Tan 551 et mort vers Ton 4*29 atont J.-G
Les cérémonies en Thonneur des ancêtres ont beau coup d'analogie avec celles qui sont réservées pour Confucius. On distingue également les deux sortes de cultos. Le culte solennel se pratique à trois époques différentes : avant la sépulture, en face du cadavre exposé dans la salle des ancêtres ; tous les six mois dans la salle particulière de chaque maison; enfin, aux jours anniversaires, sur les tombeaux.
La famille se réunit tout entière pour la célébration des cérémonies solennelles ; son chef fait Toffice de sacrificateur, il choisit les victimes, les fait immoler, les offre, boit le vin, gage de tous les biens et de toutes les prospérités, et adresse des prières aux défunts.
Pendant ce temps, il fait brûler des parfums devant les tablettes, et s'adresse aux ancêtres pour leur témoigner qu'il attend d'eux des faveurs. Alors tout le monde s'agenouille trois fois de suite, les ministres du sacrifice reprennent les tablettes, les reportent à leur place ordinaire et les couvrent d'un voile de soie. On distribue ensuite les viandes aux assistants. Le maître des cérémonies donne à haute voix l'assurance que le sacrifice obtiendra à ceux qui l'ont offert la protection des aïeux, le sacrificateur répète les mêmes paroles.
Chaque maison possède, soit dans la pièce principale, soit dans un oratoire spécial, connu sous le nom de salle des ancêtres, des tablettes ornées de cette inscription : <( Tr(Mie ou siège de l'àinc ou de l'esprit d'un tel. » Le culte simple est célébré dans ces salles, il consiste à réciter des prières et à offrir des sacrifices devant les tablettes, soit au moment des funérailles, soit aux joui's indiques comme propices par les calendriers officiels du tribunal des mathématiques de Pékin.
Pouvait-on pennettre aux chrétiens d'observer ce culte et de prendre part à ces cérémonies? Les temples de Confucius et les salles des ancêtres étaient-ils autre chose
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€juc des lieux de réunion sans caractère religieux? la distribution et Tacceptation des viandes une simple participation à un festin très licite de sa nature? Plusieurs missionnaires le crurent et autorisèrent les chrétiens à pratiquer, sinon toutes les cérémonies, du moins la plupart. Us s'appuyaient sur Topinion d'un certain nombre de lettrés, qui affirmaient que tous ces honneurs, purement civils dans le principe, avaient conservé ce caractère parmi eux, et que le peuple seul y avait attaché plus tard des idées superstitieuses.
D'autres, se basant sur ce que Ton disait être renseignement même de Confucius, sur les récits de ses commentateurs, sur l'opinion générale du peuple, pensèrent que tous les honneurs rendus au grand philosophe et aux ancêtres avaient un caractère superstitieux et idolàtrique, et qu'on ne pouvait les tolérer sans danger pour la foi des fidèles.
Le troisième point de la discussion était la dénomination convenable à adopter pour désigner le vrai Dieu dans la langue cliinoise.
Le mot Tien^ employé pour indiquer le ciel, signifiaitil le ciel matériel ou TÊtre suprême? Pouvait-on se senir, pour nommer Dieu, du mot Chariff-ti,^ Seigneur d'En-Haut? Etait-il permis d'adopter le mot Kinylien , adorez le ciel , ou devait-on exclusivement se servir des mots Tien-fchou^, Seigneur du ciel, que beaucoup de missionnaires et de chrétiens avaient acceptés? Presque à l'origine de la prédication du christianisme en Chine par les Jésuites, il y avait eu des divergences sur ces trois points entre les prêtres du même ordre, aussi bien que d'ordres différents. En général, les religieux de la Compagnie de Jésus tenaient pour la tolé-
4 . Los missionnaires portugais écrivent Xang-ti^ les français Chanç' li ou Chang-ly, 2. On écrit aussi Tien-chu,
rance des cultes solennel et simple de Confucius et des ancêtres; pour désigner Dieu, ils employaient le seul mot Tien y et dans leurs églises, ils avaient gravé l'expression King-tien. Les religieux de Saint-Dominique et de Saint-François étaient presque tous d'un a>is contraire.
On ne saurait les blâmer de cette conduite ; tant que TEglise ne s'est pas prononcée sur une question, il est loisible aux théologiens d'exposer leur opinion et de chercher sans aigreur à la faire prévaloir. Dans les points non enc|)re définis, chacun, selon la pensée de saint Augustin, garde sa liberté, indubuslibertas, à condition de respecter celle de ses frères et de faire dominer, au-dessus de toutes les divergences d'école, la charité du Christ, in omnibus charitas.
Les missionnaires avaient d'ailleurs recouru au pasteur suprême. Innocent X en 1643, Alexandre VII en 1636, Clément IX en 1669 avaient donné des règles de conduite, mais sans trancher cette question complexe et délicate. Plusieurs ont pensé que la mort de Mgr Pallu fut, en de semblables circonstances, un événement funeste pour Téglise de Chine. Administrateur général de toutes les Missions, étendant sa juridiction sur tous les missionnaires réguliers et séculiers, ayant des pouvoirs pour régler un grand nombre de points de discipline, habitué aux oppositions, habile à en triompher par la patience plus que par la force, peut-être en effet l'évoque d'Héliopolis eût-il pu amener les esprits à un accord ou du moins adoucir la discussion. Il mourut trop tôt pour faire cette œuvre.
Le vicaire apostolique du Fo-kien, M. Maigret, essaya d'arrêter les contestations par un mandement. Voltaire, qui touchait à tout et parlait de plusieurs choses qu'il
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ignorait, s'occupa de M. Maigrot et de son mandement, et trouva moyen de les juger en quatre lignes qui contiennent à peu près autant d'erreurs que de mots. Plusieurs auteurs de dictionnaires ont reproduit les appréciations de Voltaire, c'est pourquoi nous en parlons : « La cour de Rome' envoie un Français, nommé Maigrot, qu'elle fait évêque imaginaire d'une province de Chine pour juger le différend. Ce Maigrot ne sait pas un mot de chinois, l'empereur daigne lui faire dire ce qu'il entend par King-tien ; Maigrot ne veut pas l'en croire et fait condamner à Rome Fempereur de la Chine. »
La vérité est que M. Maigrot ne fut pas envoyé par Rome pour juger la question des Rites ; il partit en 1681, comme simple missionnaire, il n'était ni évêque, ni évêque imaginaire quand il écrivit son mandement, mais vicaire apostolique sans caractère épiscopal, il savait le chinois presque aussi bien que Voltaire savait le français, et enfin il était mort depuis douze ans lors de la condamnation dernière des Rites.
Les quatre dissertations que M. Maigrot a composées sur cette question sont un véritable monument d'érudition * .
Dans la première qui a pour titre : De la religion chinoise^ il examine l'autorité que l'on doit accorder aux livres chinois et à leurs divers interprètes, chrétiens et païens.
Dans la seconde, il étudie les figures, fondement des principes de la philosophie cliinoise, et dont on attribue la composition aux empereurs Fo-hi et Yu; il précise l'opinion de Confucius sur Tusage et l'utilité de la divination selon les Chinois, et sur les cinq éléments, principes de toutes choses; il expose ensuite les notions générales de la philosophie de Lao-tseu.