‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 129 sur 218 · On écrit également Kin-licfi · texte numérisé non relu

On écrit également Kin-licfi

« cariât, qui ont un grand désir de voir cesser la division « non seulement dans les sentiments, mais dans la pra- <( tique et dans l'usage sur des questions si importantes, « nous ont demandé nostre avis en qualité de vicaire « apostolique dont nous remplissons la place quoyqu'in- « digne, et qu'ils nous ont souvent et très instamment « supplié de faire un règlement par provision pour les « délivrer des peines, des scrupules et des perplexités « continuelles qui embarrassent et qui inquiètent leurs a consciences, mais l'importance de la matière nous a « obligé à délibérer longtemps avant que de répondre à « leurs désirs. »

A la suite de cet exposé, M. Maigrot, arrivant aux faits en discussion, déclare qu'en vertu de l'obligation où se trouvent les Vicaires apostoliques de pourvoir à tout ce qui concerne le culte divin, la doctrine et les bonnes mœurs dans l'étendue de leur juridiction, il prescrit à tous les missionnaires placés sous ses ordres d'observer les articles de son règlement, jusqu'à ce que le Saint- Siège en ait autrement décidé.

Nous allons citer textuellement ces articles dont on ne connaît plus guère aujourd'hui que le nom :

« Premièrement, nous ordonnons que puisque les termes dont on se sert en Europe pour exprimer le nom de Dieu, lorsqu'on les écrirait, ou qu'on les prononcerait en chinois, auraient toujours je ne sais quoi de barbare ; on se servira pour signifier Dieu du mot chinois Tien-chu qui est depuis longtemps reçu par l'usage, et qui veut dire le Seigneur du ciel; en sorte que ces deux autres termes chinois Tien, c^cst-à-dire le Ciel et Xang-ti, le Souverain empereur soient tout à fait rejetés et qu'il soit encore moins permis de dire, que ce que les Chinois entendent par ces deux mots Tien et Xang-ti soit le Dieu que nous autres chrétiens adorons.

« En second lieu, nous défendons expressément d'expo-

ser dans aucune église un certain tableau où sont écrits ces mots chinois : King-tien, Cœlum colilo : Adorez le ciel, et nous enjoignons de les ôter, dans deux mois, de tous les lieux où ils seront exposés, aussi bien que tous les autres tableaux et les vers qui auraient le même sens et où les termes de Tien et de \ang-ti seraient employés pour exprimer Dieu, parce que nous sommes persuadés que ces tableaux, et surtout celui qui contient ces deux mots King-tierij ne peuvent être excuses d'idolâtrie.

« Mais quand la chose ne serait pas aussi certaine qu'elle nous le parait, le soupçon du danger, où se mettraient les ouvriers évangcliques, de placer l'abomination de la désolation dans le lieu saint, nous doit détourner de Tusage de ces tableaux, d'autant plus que l'expérience nous apprend que les missionnaires de notre licariat, qui n en souffrent point dans leurs églises, n'en sont pas moins propres que les autres à prêcher l'Evangile, et ne retirent pas moins de fruit de leurs travaux.

« Troisièmement, nous déclarons que l'exposition, qui a été faite autrefois au Pape Alexandre VII, sur les points controversés entre les ouvriers de cette mission ne dit pas la vérité en plusieurs choses et qu'ainsi les missionnaires, pour permettre le culte qui est en usage dans la Chine à l'égard de Confucius et des morts, ne peuvent pas se prévaloir des réponses que le Saint-Siège a faites, quoi qu'elles aient été rendues très sagement et conformément aux circonstances exprimées dans les doutes proposés.

« En quatrième lieu, nous défendons que les missionnaires, pour quelque cause et en quelque manière que ce soit, permettent aux chrétiens de faire la fonction de sacrificateur, d'exercer aucun ministère, ou même de se trouver dans les sacrifices ou oblations solennelles qu'on a coutume d'offrir deux fois l'année à Confucius et aux

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anct>tres morts, lesquelles nous déclarons imbues de superstition.

• Cinquièmement, nous louons extrêmement les missionnaires, qui, dans les lieux où ils prêchent l'Évangile, ont eu le zèle d'abolir l'usage des tableaux exposésdaiis les maisons particulières en l'honneur des morts, et nous les exhortons à continuer d'en user de même à l'avenir. Et dans les lieux où il serait trop difficile d'ôter cet usage, nous voulons qu'on prenne du moins ce tempérament d'ôter les caractères King-chu et King-ouij et Lingouy, et de se contenter d'écrire dans le tableau le nom du mort, et que tout au plus on y ajoute la lettre Ouy. De crainte, cependant, qu'on ne prenne d'une manière superstitieuse ce tableau, que nous ne condamnons pas tout à fait, quand il sera mis dRus la forme que nous venons de dire, jusqu'à ce que le Saint-Siège en ait porté son jugement, nous ordonnons que dans l'endroit des maisons particulières où ces tableaux sont ordinairement exposes, on mette aussi en gros caractères une déclaration qui marque quelle est la créance des chrétiens sur les morts, et quelle doit être la piété des enfants envers ceux qui leur ont donné la vie. Nous avons mis la forme de cette déclaration à ta fin de cette présente ordonnance, et néanmoins nous ne défendons pas d'en faire quelque autre, pourvu qu'elle ait le même sens, et qu'elle ait été auparavant approuvée de nous.

<i Ensixicmclieu,ayant remarqué qu'on publie de vive voix et jïar écrit de certaines choses qui induisent les peuples en erreur, et qui leur ouvrent le chemin à la superstition, comme par exemple :

Il Que la philosophie dont les Chinois font profession, si on l'entend bien, n'a rien de contraire à la loi chrétienne ;

" Que par l'expression Tay-k'ie, les plus sages des an-

oiens ont voulu définir Dieu, cause première de toutes choses;

« Que le culte que Confucius a rendu aux esprits a été plutôt un culte politique que religieux ;

« Que le livre que les Chinois appellent YeKing est un abrégé ou une somme d'une excellente doctrine sur la physique et sur la morale.

« Toutes lesquelles propositions et autres semblables, nous défendons expressément de publier dans tout noti'e vicariat, comme étant fausses, téméraires et scandaleuses.

« Septièmement, nous recommandons aux missionnaires de prendre bien garde qu'aucun des maîtres chrétiens qui lisent et expliquent les livres chinois dans les écoles, n'inspirent à ceux qui vont les écouter l'athéisme et les diverses superstitions dont ces livres, tant dans le texte que dans leurs commentaires, sont remplis, et de les avertir de réfuter les erreurs à mesure qu'ils en rencontreront ; prenant de là occasion d'enseigner avec soin à leurs disciples ce que la Religion chrétienne nous apprend de Dieu, de la création et du gouvernement du monde, comme aussi de les faire souvent ressouvenir de ne rien mêler dans leure écrits, ainsi qu'il arrive aisément, de ce qui est tiré des principes de l'Ecole des lettrés qui soit contraire à la loi chrétienne. »

A la fin de ce mandement ou plutôt de ce règlement, M. Maigrot protestait ne pas condamner les missionnaires qui jusqu'alors avaient tenu une conduite différente.

u Nous ne prétendons pas néanmoins par cette ordonnance, disait-il, blâmer ceux qui ont eu jusqu'ici d'autres sentiments et qui ont suivi un autre usage que celui que nous ordonnons de suivre désormais; car il no doit pas paraître étrange que dans ces sortes de choses tous les missionnaires n'aient pas été de même avis, et

que chacun ait embrassé la pratique qui lui paraissait selon Dieu, la plus conforme à la vérité. »

Tel est le mandement qui fut pendant plus de trente ans le sujet de tant de controverses; quoiqu'il ne tranchât pas la question de principe, il était cependant d'une extrême gravité ; c'était en effet la première fois qu'une condamnation officielle était portée pa,r le supérieur d'une mission contre les Rites. Les tçtmçs étaient précis. Tordre d'obéir formel, la question se posait par là même plus au grand jour et exigeait une réponse décisive. Aussi la discussion devint-elle plus vive, et on alla jusqu'à contester la juridiction des Vicaires apostoliques. Maigrot crut devoir renouveler son ordonnance et interdire dans toute l'étendue de sa juridiction les prêtres qui n'accepteraient pas de s'y soumettre. L'émotion fut grande dans le peuple. Deux missionnaires portugais, en résidence à Fou-tcheou, ayant refusé d'obéir, se trouvèrent en interdit pendant la semaine de Pâques. Les chrétiens prièrent le Vicaire apostolique de lever la peine; celui-ci refusa; « et le coup une fois porté, remarque justement Mgr Luquet, il ne pouvait réellement plus le faire à moins de li\Ter son autorité au mépris ^ .» Irrités de ce refus, quelques catholiques se portèrent envers lui à des excès attristants; ils l'injurièrent, le frappèrent, le renversèrent à terre; ils maltraitèrent également un religieux dominicain survenu pendant cette scène de désordre.

Le lendemain, M. Maigrot quitta Fou-tcheou et se retira dans une petite chrétienté située à quinze lieues de cette \'ille. Généralement les chrétiens chinois s'apaisent vite. Les coupables sentirent bientôt l'énormité de leur faute, et vinrent faire leurs excuses à leur supérieur, qui, pour le bien général, crut bon de relâcher un peu de

i. Lett.sur la Cong. des M,-É., p. 133.

ses droits et rendit leurs pouvoirs aux deux missionnaires.

Cependant la surexcitation causée par Tordonnance ne se calmait pas. Maigrot porta la question au Souverain Pontife et lui fit présenter son mandement par Quémener que MgrLaneau, nous l'avons dit, avait envoyé à Rome défendre la cause des Vicaires apostoliques et par là même celle de la Société des Missions-Etrangères; il demandait une solution définitive bien difficile à donner en ce moment. Afin de la Mter, il députa à Rome, M. Charmot, le prêtre de la Société, qui peut-être a le plus écrit, le plus parlé et le plus agi pour la condamnation des Rites chinois; il n'a presque rien publié, mais ses lettres et ses mémoires comprennent huit volumes de cinq à six cents pages d'une écriture fine et serrée. Il y raconte toutes ses visites, ses conversations, ses démarches, il cite les paroles de ses adversaires aussi bien que celles de ses amis ; il dit ses espérances, ses craintes, ses joies quand il croit avoir réussi, ses tristesses qui ressemblent à des colères quand il a échoué.

Avant de concentrer son attention sur la question des Rites, Innocent XII termina raffaire, pendante depuis six ans, de la juridiction des Vicaires apostoliques et du partage de la Chine en plusieurs Vicariats. Le Pape avait laissé voir ses sentiments dès le début de son pontificat (1691) en nommant M. Pin Vicaire apostolique du Tche-kiang et du Kiang-si ; il admettait souvent Quémener en audience particulière et écoutait ses plans pour Tévangélisation de l'empire.

Le procureur des Missions-Etrangères à Rome était un homme pieux, circonspect, d'une ténacité toute bretonne et de vues assez larges; il marchait lentement, mais il marchait toujours, ce qui est utile partout. 11 voulait la division de la Chine en treize vicariats apostoliques. Le Pape ne s'y opposait pas, et lui disait de

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[)atienter. Quéinener patienta sans perdre jamais l'occasion de reparler de son projet. En I69G, Innocent XII jugea le moment d'exécuter ses desseins; il ne divisa pas la Chineen autant de vicariats, qu'on le lui demandait ; mais il commenta cette division que ses successeurs ont continuée. Par une bulle du Iti octobre, il détermina la juridiction des évoques portugais de Pékin et de Nankin, nommés par Alexandre VIII, et qui prétendaient que leurs pouvoirs s'étendaient dans tout l'empire. A l'évôché de Pékin, il laissa les provinces du Pe-tche-li, du Chan-tong et duLeao-tong; à ievéché de Nankin, la province du môme nom et le Ho-nan.

Cette élimination faite de la juridiction des Portugais dans le reste de la Chine, il institua par une bulle d'octobre 1G96, Maigrot évoque de Conon, Leblanc Vicaire apostolique du Yun-nan sans titre épiscopal*, etparune autre bulle du 12 décembre de la même année , de Lionne évoque de Rosalie, Vicaire apostolique du Su-tchuen,

II s'occupa également des pays voisins de la Chine. En 1697, Martincau ' fut nommé coadjuteur de Mgr Laneau, .Marin Labbé * coadjuteur de Mgr Pércz en Cochinchine, et Quémencp évoque de Sura; ce dernier reçut un induit spécial pour sacrer les nouveaux élus. M. Martincau étant mort, Ferreux ^ fut nommé à sa place avec le titre d'évêque de Sabula ^.

En même temps, sachant Mgr Maigrot très attaqué,

). Par lu môme bullp, H.Bt-lot aTî»it éW nommé condjuteur de Mgr de Bourgps nu Tonkin.

2. 1) Angers, parti le 22 décembre 1618, mort en mer, pris de l'Ile de H»-Nan le 23 août 1695. — 12 nns.

3. fie la UêliTrande, parti le 22 décembre 1678, Ëvâque de Tilopolis, mort le 2t mars 172:1. — 15 ans.

i. De VesDul, pnrti IclS .ivriU680, mort le II Junvier 1698, mort avant d'être sucré. — 41 ans.

5. D'nutrts vicariats apostoliques (urcnt également créés, mais eonfiés h des prêtres qui n'étaient pas membres de la Société des Missions- Ëtronglres; e'r-it pourquoi, nous n'en parlons pus : c'étaient ceux du Tciic-kiang, kiang-9i, Hou-kouang, Cban-si, Cben-sl, Kouy-tcbeou.

Innocent XII lui adressa un bref d'encouragement i, le félicitant de son zèle à répandre la foi chez les infidèles et de son ardeur à en maintenir la pureté parmi les nouveaux chrétiens; il l'engageait à faire tous ses efforts pour ramener Tunion entre les prédicateurs de l'Evangile.

Le Séminaire des Missions-Étrangères avait souffert des rumeurs répandues sur le rappel des Vicaires apostoliques , le Pape le réconforta par un bref du 15 janvier 1697 « :

€ Mes chers fils, salut et bénédiction apostolique. Quoique nous soyons persuadé que vous attendez de Notre-Seigneur la récompense des peines, que vous prenez à étendre sa religion et à procurer le salut des âmes rachetées par le sang de son fils unique, ayant néanmoins été chargé par la bonté infinie de ce Prince des pasteurs de la conduite de son troupeau, nous avons jugé à propos de vous témoigner par ce bref combien vos soins et vos travaux nous sont agréables. En effet, puisque le Sauveur nous assure par son Apôtre, qu'il veut sauver tous les hommes, et les amener à la comiaissance de la vérité, il n'est pas possible qu'il n'agrée l'application que vous apportez depuis longtemps à former des ministres capables de répandre la parole de Dieu et de dispenser ses mystères, afin que ceux à qui il n'a point encore été annoncé ouvrent les yeux, et que ceux qui n'ont point entendu parler de lui commencent à le connaître. Sans parler ici des Prélats et des vertueux ecclésiastiques, qui, après avoir été élevés dans votre Séminaire, conservent et augmentent la piété de leurs pères dans l'Eglise gallicane dont ils sont de grands ornements, c'est de votre maison que sont sortis tous les

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