‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 131 sur 218 · IV · texte numérisé non relu

IV

Les élections de Vicaires apostoliques et le bref adressé au Séminaire affermissaient la Société et ses Missions, mais la question des Rites toujours pendante n'était pas sans entraver sa marche.

Après le règlement des questions administratives, Innocent XII tourna son attention vers cette grande affaire. En 1699, il nomma pour l'examiner une congrégation composée des cardinaux Casanata, Ferrari,

Noris et iMappscotti, qui se rcunircnt pour ia première fois le 18 avril et prirent des mesures, afind'obtenir des éclaîreissenients sur le véritable état des difficultés.

La discussion était plus vive que jamais. Des écrits par centaines étaient lancés en français, en latin, en italien, en portugais, en espagnol. Dans la Biblioleca siincn, M. Cordier cite 1 19 ouvrages traitant uniquement de la question des Rites, nombre de ces ouvrages ont plusieurs volumes, et il en existe encore d'autres. Les docteurs de Sorbonne avaient donné leur avis, les théologiens, les philosopbes, les littérateurs et les rares journalistes de l'époque étaient descendus dans l'arène ; plusieurs évéques avaient émis leur opinion; Bossuet eut dans un de ses sermons quelques mots contre ceux qui prétendaient trouver en Chine de nombreuses traces de la religion chrétienne.

o Etrange sorte d'Église, s'ccria-t-il, sans foi, sans proniesse,sansalliancc,sans sacrements, sans la moindre marque de témoignage divin, où l'on ne sait ce que l'on adore et à qui l'on sacriGcc, si c'est au ciel ou à la terre, ou à leurs génies, comme à celui des montagnes et des rivières, et qui n'est après tout qu'un amas confus d'athéisme, de politique et d'irréligion, d'idolâtrie, de magie, de divination et de sortilège. "

Fléchicr, consulté par les directeurs du Séminaire, leur écrivit une lettre qui laisse de côté la question de principes pour exprimer le désir de voir cesser toute discussion ' :

« J'ai déjà répondu, Messieurs, à une lettre du R. P. de la Chaise du 13 septembre au sujet des contestations sur le culte de Coiifucius, et sur le retardement de la décision que nous attendons du Saint-Siège, Je vois, comme tous les autres prélats, les mauvais effets que

t. Arrh. H.-Ë., toI. 15, p. 820. Lettre âa i octobre 1102.

produit dans l'Eglise un différend poursuivi avec tant de chaleur par deux partis qui font également profession de piété, et qui vont faire des prosélytes et gagner des âmes à Dieu jusqu'aux extrémités du monde. Il aurait été à souhaiter que ces disputes n'eussent point fait tant d'éclat et que la vérité, jointe à la charité, les eût étouffées par une bonne foi, un aveu réciproque, dans le pays où elles sont nées. Mais enfin l'affaire a éclaté et le Saint-Père en est le juge. Je connais comme vous la conséquence qu'il y a qu'elle soit bientôt décidée pour la gloire du Seigneur, pour l'avancement de sa Religion, pour le repos des ouvriers évangéliques, et pour l'édification des peuples qu'ils entreprennent de convertir. Cependant puisque Sa Sainteté, qui connaît mieux que nous l'état de l'affaire et l'importance de la décision, diffère son jugement, je la crois plus sage que moi et je ne doute pas qu'elle n'ait ses raisons pour le différer, autres que les sollicitations et les affections particulières que je ne crois pas capables d'affaiblir son zèle ni sa justice.

« J'avoue qu'il faut désirer la fin de ces divisions, qu'on doit en gémir devant Dieu et supplier humblement le pape de les terminer par un décret décisif auquel je ne doute pas que tout le monde ne se soumette. Mais comme il y aurait de la mauvaise foi et de l'injustice à tâcher par des délais affectés de retarder ce jugement, on pourrait manquer de respect et de discrétion en voulant le trop presser par des sollicitations qui semblent donner la loi à celui à qui on la demande.

« Pour ce qui regarde les nouveaux convertis, Messieurs, je ne réponds que de ceux démon diocèse qui sont pourtant en assez grand nombre, je n'ai pas remarqué qu'ils aient fait attention à ce qui se passe à la Chine ou à Rome sur ce sujet, pour s'en prévaloir et en tirer quelque avantage contre l'Eglise catholique. Us ne sont

guère touches de ces affaires éloignées, qui ne les bâtent d'aucune espérance de rétablir celles de leur secte. En tout cas, lorsqu'on a parlé devant eux ou qu'ils ont parlé devant moi de ces contestations et de la décision qu'on en attendait, on s'est bien aperçu qu'ils étaient plus mal édifiés de la discorde des missionnaires que des lenteurs de la cour de Itome.

« Je n'ai pu refuserde rendre simplement ce témoiema^e à la vérité, et la charité, qui ne pense pas le mal, m'a fait présumer qu'on ne devait et qu'on no pouvait pas même en faire un mauvais usage; je ne puis que faire des vœux pour la pais et la prospérité des Missions , et vous assurer eiî même temps qu'on ne peut être avec plus d'estime et de cousidération que je le suis. Messieurs, votre très humble et très obéissant scniteur. Esprit, Évéçtic de Nhties.

La grande préoccupation des directeurs du Sémiaaire était moins encore de connaître l'opinion des évêqucs les plus distingués de France, que d'obtenir de Rome une solution définitive, qui mit un terme au conflit et rendit aux ouvriers apostoliques la paix nécessaire à l'évangélisation.

Écrivant au Souverain Pontife à l'occasion du réta- Idissement de sa santé, ils lui disaient ' :

« Quoique des derniers parmi vos enfants, nous avons rté grandement attristés de votre maladie, de l'ajournement qui s'en est suivi dans le jugement de la cause (finnoise, ainsi que des dangers qui résultaient de cet HJoumemcnt.

* En apprenant que la Providence a si généreusement délivre Votre Sainteté d'un péril si imminent, à peine

t. Arch. M.-É., vol. fi., p. 303.

pouvons-nous contenir notre joie. Les consolations divines ont succédé aux douleurs qui nous accablaient et ont rempli nos cœurs de joie.

« Plût au ciel qu'Innocent XII. fût immortel, ou du moins que Dieu le consen-ât sain et sauf durant de lon-^ gués années. Qu'il se remette parfaitement et le plus promptement possible.

« Qu'il reprenne le gouvernement de l'Eglise et qu'après avoir expédié sans retard, selon les desseins de Dieu, la cause des Chinois, il jouisse longtemps de la \ie qui lui a été accordée comme par miracle. Il réunira ainsi à la gloire étemelle, qui lui est réservée, la gloire constante de son pontificat. »

Ils firent solliciter cette décision par les personnages influents, et ce n'est pas sans intérêt, que nous avons lu, dans les archives des Missions-Etrangères, le billet suivant adressé par Madame de Maintenon à M. de Brisacîer ^.

« Je donnerai à M. le comte de Toulouse le mémoire que vous m'envoyez. Le Roy ne parle point sur les affaires que vous avez avec les ministres, il ne désire en cela qu'une décision du Saint-Siège pour finir des disputes qui blessent la charité. Quant à moi qui ne dois être comptée pour rien, surtout en pareille matière, je garde le silence qui me convient, mais si j'avais à prendre parti, vous ne pouvez douter que ce ne fiU le vôtre. »

En 1700, les directeurs du Séminaire écrivirent leur plus important mémoire sur cette question et le présentèrent au Souverain Pontife. Il est intitulé : Lettre au Pape sur les idolâtries et les superstitions chinoises *. Après avoir déclaré que « ni les coups secrets, ni les bruits désavantageux, ni les faux récits, ni les libelles injurieux » ne leur ont paru des motifs suffisants pour

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