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CHAPITRE II

Fondation des Sociétés religieuses ot apostoliques. I. Fondation de la Société des Missions-Étrangères. — Supplique pour rétablissement d'un Séminaire. — Sacre de Mgr Fallu. — II. Bref d'Alexandre VII à Monseigneur Fallu pour déterminer rétendue de sa juridiction. — Fourquoi les nouveaux é?êques sont nommés Vicaires apostoliques. — Monseigneur Gotolendi. — III. Instructions de la Fropagande aux Vicaires apostoliques. — IV. Appel au clergé. — Le Séminaire et ses Directeurs.

— Mgr de la Motte Lambert nomme ses procureurs. — Associations de charité. — Départ de Mgr de la Motte Lambert par la route de terre.

— V. Mgr Fallu fonde une Compagnie commerciale. — Il forme les premiers missionnaires. — Départ de Mgr Gotolendi. — Frocuration et départ de Mgr Fallu.

Une société religieuse ou ecclésiastique est la réunion d'hommes consacrés à Dieu, unis entre eux par des règles communes pour travailler à leur sanctification personnelle et à la sanctification du prochain, sous l'autorité de supérieurs légitimes.

L'histoire nous apprend que ces Sociétés ne se fondent pasd*une manière uniforme, TEsprit Saint agit sur elles comme sur les individus, par des grâces très diverses. Souvent, elles naissent tout organisées de la tête et du cœur d'un de ces hommes auxquels Dieu a destiné le rôle fécond et glorieux de fondateur; celui-ci a préparc son œuvre dans le silence de la prière et de Tétude, puis il a réuni des compagnons autour de lui, les a soumis à des règles précises, et les a envoyés dans toutes les directions, sous son commandement unique, travailler pour Jésus-Christ et pour TÉglise.

Le nom de ce fondateur projette ses rayons de gloire pendant toute Texistence de l'Ordre et sur tous ses membres, il est Tétendard autour duquel on se rallie, le signe d'espérance qui brille aux jours d'orage, et parfois le dernier vestige d'une antique splendeur.

D'autres Sociétés, au contraire, se fondent peu à peu, parle concours de plusieurs volontés tendant à un même but; à leur origine elles offrent de grandes lignes et de larges assises, elles s'organisent mais lentement, et pour ainsi dire pièce par pièce, elles comparent les résultats, elles choisissent, acceptant ou rejetant selon le succès ou l'échec, les principaux rouages de leur administration ; à mesure que de nouveaux besoins se font sentir, elles créent de nouvelles institutions sans néanmoins sortir de leur cadre premier ni de l'idée qui présida à leur naissance. Au lieu d'être des monuments grandioses, commencés et achevés dans un moule unique et qu'un changement briserait, ce sont des édifices qui vont toujours s'élevant et s'agrandissant selon un plan indéfini, dont les circonstances ou plutôt la Providence est l'architecte.

La Société des Missions-Etrangères est de ces dernières, elle n'a pas de fondateur unique, pas d'organisateur et d'administrateur unique, elle se forme peu à peu, elle appelle l'expérience à son aide, elle agit, d'abord, elle décrète ensuite ; les principes de son administration ne sont pas fixés au premier jour et ensemble, ils sont introduits avec le temps, et les uns après les autres.

La nomination des évoques lui donnait sa base première, puisque sans eux elle n'aurait pu atteindre le but

pour Iccjuel elle était suscitée : la formation du clergé indigène et la constitution des Églises. D'autres institutions s'adjoindront à celle-là et la rendront viable.

La prudence la plus élémentaire défendait aux Vicaires apostoliques de s'élancer dans l'inconnu, sans ressources et sans hommes, sans laisser derrière eux des aides et des soutiens.

En première ligne, des collaborateurs leur étaient nécessaires ; le présent en exigeait et Tavenir également ; il fallait les instruire, les préparer, et garantir leur recrutement de telle sorte que la perpétuité de Tœuvi'c fût assurée.

Même avant d'avoir reçu le bref qui les nommait évoques, les Vicaires apostoliques pour\'urent à cette nécessité en demandant à la Propagande Tautorisation d'établir « un Séminaire pour la conversion des Infidèles » « dans lequel seront formés ceux qui se destineront aux missions. »

Ils présentèrent une réquête en leur nom et au nom de Mgr de Laval, le même qui avait été désigné par Mgr Bagni pour être envoyé eu Extrême-Orient ; il venait d'être nommé évêque de Pétrée et vicaire apostolique du Canada et se disposait à recevoir la consécration épiscopalc^. De Caen où il s'était retiré après récliee des propositions du Nonce, de Paris où il était ensuite revenu après sa nomination, il avait entretenu des relations fréquentes avec M. Pallu. Il n'était pas à Rome à ce moment, affirme son biographe, mais il y avait eu, sans nul doute entre lui et les autres postulateurs, une entente préalable qui leur permettait de l'adjoindre à eux dans

{. Fmni^ois de. Hontmorency-Layal de Montigny, plus connu sous le nom de François de Laval, naquit à Montigny-sur-Ayres, diocèse de Chartres, le 30 avril 1C22. Le décret de la Propagande qui le nomma Vicaire apostolique au Canada est du 11 avril 1658. L'approbation du décret est du 13 avril. Le sacre du 8 décembre 1658. Vie de Mgr de Laval, par Tabbc Aug. Gosselin, vol. 1, p. 1, 119, 127.

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cette démarche. Plus tard, nous aurons à raconter de quel grand secours lui sera la maison dont il sollicite la création.

La supplique résuma les raisons qui militaient en faveur de rétablissement d'un Séminaire.

Êminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

FiLv:<içois DE Laval, Pierre Lamhert,

François Pallu,

et autres prêtres français,

c( Représentent très humblement à vos Eminences qu'il se trouve en -France plusieurs ecclésiastiques savants, de bonnes mœurs et déjà expérimeptés, animés du désir de coopérer à la convereion des infidèles, qu'il est nécessaire, pour la conservation et l'accroissement des Missions, de commencer au plus tôt l'œuvre du clergé indigène dans le Canada, la Chine, le Tonkin et la Cochinchine, suivant Tordre de Sa Sainteté, et conformément aux décrets de vos Eminences; il sei*ait donc bon qu'il y eût toujours <[uelques sujets totalement disposés à être envoyés au secours des autres missionnaires ou à commencer d'autres Missions, si la Sacrée Congrégation le jugeait à propos.

« C'est pourquoi, non seulement il est convenable, mais encore nécessaire de fonder un Séminaire qui ait pour sou unique fin la propagation de la foi auprès des infidèles et dans lequel puissent être admis tous les prêtres afin d'éprouver leur vocation, et de les préparer par tous les moyens convenables à quelque Mission que ce soit.

« Mais les suppliants, reconnaissant qu'ils ne peuvent exécuter ce pieux dessein sans l'autorisation et la protection de vos Eminences, les prient humblement de vouloir bien leur accorder les pouvoirs et les privilèges

nécessaires pour rétablissement du Séminaire, cette grâce étant digne de la grande piété de vos Ëminences. Les suppliants espèrent que vos Éminences seront favorables à leurs désirs, et ils promettent d'être des ministres fidèles sous la prudente direction de vos Eminences que Dieu ait en sa sainte garde * . »

Au bas de cette requête, on lit sous la date du 1*"" juillet 1638. — Sera pris en considération. — Et audessous à l'adresse des signataires. — « Qu'ils exposent les conditions, le plan, les exercices et le gouvernement de ce Séminaire, l'engagement de ses membres par serment ou par promesse au service des Missions, les revenus, les fondations, la situation et la disposition de la maison. »

Nous ne connaissons pas la réponse à ces différentes questions; si elle fut faite immédiatement, elle ne put être que fort générale, puisque l'organisation du Séminaire était impossible sans la présence en France des nouveaux évêques; elle ne tardera guère d'ailleurs à être donnée explicitement et appuyée sur des faits.

Le 17 novembre 1638, afin de témoigner sa particulière bienveillance aux Vicaires apostoliques, et sans doute aussi afin de montrer à tous jusqu'à quel point leur œuvre était sienne, la Propagande voulut que le sacre de Mgr Fallu fiU fait à ses frais et par son chef, le cardinal Antonio Barberini, dans la basilique de Saint-Pierre.

L'évêque revint ensuite à Paris, où Mgr de la Motte Lambert, parti de Rome au mois d'août, avait déjà réalisé la fondation des revenus nécessaires aux deux évêchés.

Quelques mois plus tôt, afin de faire cesser toute opposition, il avait, nous l'avons vu, établi cette fondation sur sa fortune pereoimelle. Renouvela-t-il cet acte, ou s'etfaça-t-il devant Madame d'Aiguillon qui tint abso-

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