‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 146 sur 218 · Arch. M.-Ê., Vol. 19, p. 337etsiiiv · texte numérisé non relu

Arch. M.-Ê., Vol. 19, p. 337etsiiiv

« A peine le missionnaire est-il arrivé dans une bourgade qu'il s'y fait un concours extraordinaire de chrétiens. Leur intérêt spirituel particulier leur fait aisément oublier le général, et sans discerner si leur zèle est dévot ou indiscret, ils se font les innocentes causes que ce missiomiaire vient à être découvert. Mille allées et venues de jour et de nuit d'un grand nombre de fidèles publient assez clairement ce qu'on eng-asspe à tenir secret. Les gentils s'informent du sujet, les femmes et les enfants ne peuvent garder le silence. Les parents n'ont rien de caché. Le désir d'accroître l'Église faict que plusieurs découvrent enfin l'affaire et qu'elle passe jusqu'aux oreilles des soldats, des officiers et des gouverneurs. Pour lors, les riches chrétiens, sachant par leur propre expérience que cette connaissance suffit pour les dépouiller de leurs biens, commencent à prendre peur.

(( Qu'arrive-t-il? L'église est dépouillée de ses images, l'autel est enlevé, les chapelets et médailles cachés et le missionnaire obligé de se retirer en solitude dans quelque lieu écarté, où, pour l'ordinaire, il a si peu de liberté, qu'il faut qu'une petite chambre, n' offrant guèi*e de différence du jour à la nuit, lui ser>'e de tout, c'est son jardin, sa cour et sa chapelle quand il y peut dire la sainte messe, et si quelquefois son écolier ou quelque autre chrétien luy rend visite, il faut qu'ils parlent à voixbien modérée, estant obligés de se captiver dans le cracher et le tousser. Dans cette solitude, privé de toute consolation de la terre, il ouvre son cœur à loisir à sou Dieu.

« 11 y a deux jours, accablé de travail, il ne pouvait trouver un quart d'heure pour se recueillir et faire un peu d'oraison. Et aujourd'huy voylà les jours et les nuits entières qu'il a pour prier sans pouvoir ti*availler un moment au progrès de TEvangile. Sa sancti-

fication particulière luy demanderait de rester toujours eu cet état, si le salut du prochain qui le pousse sans cesse y ne lui faisait souhaiter son élargissement. Dans cette solitude, il désire la conversion de royaumes entiers et particuUèrement celle de ses ennemis.

a Le démon, plus subtil dans ses attaques, se sert adroitement de ce temps de retraite, pour ]e dégoûter de sa vocation; notre bon Dieu a permis qu'il fût conduit dans ce désert, il l'éprouve par une apparence d'abandon, qui étonne tellement le pauvre missionnaire, qu'il se croit à tout moment perdu. 11 se figure des crimes où il n'y a pas même d'imperfections, il craint d'avoir consenti où la délectation n'a pas même trouvé d'entrée. Dans cet état d'âme, il jette sa vue sur les hautes montagnes pour y chercher du secours à son affliction que Dieu seul peut guérir, Notre-Seigneur ne manque pas de le secourir à temps ; un seul rayon de la miséricorde fait ouvrir les yeux au missionnaire qui, à cette belle lumière, reconnaissant son aimable Jésus, s'adresse aussitôt à lui, se plaignant amoureusement, comme fit autrefois sainte Catherine, dans une même occasion. Et « où étiez-vous, mon Dieu, quand le démon, dans le dessein de me perdre, me faisait une si cruelle guerre? hélas! mon très bon Maître, que son empire est tyrannique et qu'il exerce de cruautés sur ceux qui sont en son pouvoir. Votre divine Majesté m'ayant laissé seul, il s'est emparé de tous mes sens et par mille ressorts que je ne saurais expliquer, il m'a si cruellement affligé que j'ai cru être son esclave. »

Des exemples corroboraient ces enseignements, on citait les travaux des Hainques, des Brindeau, des Leblanc, l'emprisonnement et les soufifrances des Deydier,des de Bourges, des Laneau, la mort sanglante des Genoud et des Joret. On montrait par des faits, toujours plus touchants et plus probants que des consi-

dérations, le courage et la vertu solide des ouvriers apostoliques ; et tels que des fils élevés dans le souvenir des belles actions de leurs ancêtres, les aspirants du Séminaire des Missions-Etrangères brûlaient du désir d'entrer à leur tour dans la lice, de conquérir des âmes, d'obtenir la palme immortelle et la couronne des niartvrs de Jésus-Christ.

Page 1