‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 147 sur 218 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

1. Rôle du Séminaire des Missions- Étrangères dans la Société. ~ Évangélisation des sauTagcs du Canada, de l'Acadie, de la Louisiane. ~ Incendie du séminaire de Québec. — Conseils du Séminaire de Paris au séminaire de Québec. — II. Diplomatie. — Séminaire et baptême d'enfants de païens à Siam. — III. Emprisonnement des missionnaires du Tonkin. — Leur exil. — Ugr de Bourges à Juthia, sa mort. — Rôle des seconds Vicaires apostoliques. — IV. Leblanc et Danry au Yunnan. — Basset et de la Baluère au Su-tchuen. — Annonce de persécucutions en Chine. — La patente impériale.

Le Séminaire de Paris est le centre des Missions; c'est vers lui, en effet, que convergent les renseignements qui les concernent, à lui qu'aboutissent presque toutes leurs affaires avant d'être portées aux pouvoirs civils ou religieux, aux congrégations romaines ou aux ministres de France ; sans qu'il ait sur elles aucune autorité, cette position centrale et cette connaissance de tous les événements importants lui permettent de juger de leur marche et parfois de leur donner quelques conseils. Ces conseils n'ont évidemment d'autre force que celle d'indications offertes par le zèle ou la prudence, ils n'en sont pas moins excellents et propres à déterminer les cvêques ou les missionnaires à entreprendre de nouvelles campagnes.

Dans les immenses contrées que la Société avait à évangéliser, les sauvages du Canada ne tenaient qu'une petite place : les directeurs du Séminaire l'avaient

cependant remarquée. Dès avant la finduxni* siècl'*, i avaient engagé le séminaire de Québec à tourner î*». ses efforts vers cette portion du troupeau encore éloîîr.: du bercail, et afin de les décider plus facilemeiiL' cette entreprise, ils leur avaient promis d'augmenter ^ était possible le nombre de leurs collaborateurs. Us furécoutés. Avec Tassentiment de Mgr de Saint- Valier. i séminaire de Québec chargea en 1684 M. Thury de f a r une exploration à l'extrémité orientale du Canada, sur rive droite du Saint-Laurent, dans la province actuelit? '. Nouveau Brunswick. Le voyage achevé, M. Thury pr posa d'établir trois missions : la première à RiVt' gouche au fond de la baie des Chaleurs, la seconde ^u• les bords de la rivière de la CroLx et la troisième diir:> rUe Royale ou Ue du Cap-Breton.

Le séminaire de Québec fut d'avis de fonder d'abori un poste près de la rivière de la Croix, parmi les sanvages appelés Crucicntaux. Ce nom leur venait de U vénération qu'ils témoignaient au signe de niotre salut. depuis qu'un vieillard de leur trilîu leur avait racontt le songe suivant :

Pendant une famine, après avoir longtemps et vainement imploré le secours des dieux adorés des sauvage^, le vieillard avait vu durant son sommeil un jeune homme qui lui avait prédit la fin de la disette et lui avait montré trois croix : la première, lui avait-il dit. doit vous ser\'ir dans les calamités publiques, la seconde dans les délibérations, la troisième dans les voyages et les peines.

Dès lors, les sauvages tracèrent une ci'oix à chaque extrémité de leur canot, une sur leur poitrine, et ils eu firent placer dans leur cercueil et sur leur tombeau.

Les directeurs du séminaire de Québec reçurent de M. de Fronsac, lieutenant pour son père dans toute l'étendue du golfe de Saint-Laurent, trois lieues teiTain

Vin

li^^ur la rivière de la CroLx, en un Heu appelé Skinoubon- /„ iiche.

,, Thupy s'y fixa ; d'autres missionnaires vinrent lui prê- ,, er leur concours et de chez les Crucientaux, rayonnè- ^ *ent au nord-ouest chez les Micmacks et au sud chez les , AJjénaquis, entre les rivières Saint-Georges et Kenne- , beck.

Tous sont unanimes à nous représenter ces peuples cloués d'un naturel doux, hospitaliers, rarement polyjfames, mais perdus par l'alDus des liqueurs fortes; de près, ils sont faciles à diriger : « Sont-ils sous les yeux de leurs prêtres, on les prendrait pour des saints, ce sont des anges à l'église par leur modestie,, dociles et soumis à ce qu'on leur dit; » de loin, ils sont légers, inconstants, oubliant vite les enseignements plusieurs fois répétés.

Les apôtres eurent non seulement à convertir les sauvages, mais encore à leur enseigner les principes d'une vie régulièrement ordonnée. Us durent employer leur autorité pour les faire consentir à défricher la terre, leur apprendre le maniement des instruments aratoires, puis, à l'époque de la moisson, obtenir que le blé ne fût pas vendu ou consommé aussitôt que récolté, mais déposé dans un magasin commun. Peu à peu, après s être assez difficilement plies à ces innovations, les hal)itauts les trouvèrent si utiles qu'ils les propagèrent chez leurs voisins.

M. Thury mourut en 1699 à Pentagoet dans la tribu des Kanibas près de la rivière Saint-Jean. Les Indiens qui le révéraient lui firent de solennelles funérailles et l'enterrèrent à Chibouctou. Le tombeau qu'ils lui élevèrent était, d'après Diéreville, u une enceinte ovale formée de longs pieux et couverte d'écorces d'arbres, le corps reposait au milieu sous une couche de cailloux propre ment et symétriquement rangés. »

444 HISTOIBE Gl5tRAU DE LA SOCIÉTÉ

Encouragés par ces premiers succès et looj nus par le Séminaire de Paris, les directeurs de ijn- ■ cn-èrent des {K>stes en Acadîe, aujourd'hui X«:»tt»?.- Ecosse. Située à ennron 300 lieues de Québec eïiti> baie de Fundy, le golfe Saint-Laurent et l*Atlaiiti*r TAcadie avait été plusieurs fois prise et reprise par ! - Français et les Anglais. Sa population se groupait ^r ..ralement autour de quatre forts qui la protéseajKL' Beauséjour, Port- Royal, Beaubassin et les Gasparre^ :. elle était bien différente de celle du Canada.

Les premiers Canadiens semblent en quelque sortt . population d'un de nos cantons transplantée en Aiu-rique; le fond dominant fut toujours une importation ■'.paysans français, paisibles, laborieux, régulièremoi. organisés sous leurs seigneurs, avec Taide plus ou nmiL.^ sérieuse et efficace du gouvernement.

Les Acadicns ne furent guère qu'un composé de }Wcheurs, de soldats et d'aventuriers; les unions a\». les femmes sauvages furent beaucoup plus fréquenteparmi eux que chez les Canadiens; et s'ils deWnreu* plus pacifiques avec le temps, ils conservèrent néanmoins toujours quelque chose de leur caractère primitif.

Au point de vue matériel, la vie des prêtres on Acadie était dure; la rigueur de l'hiver, la longueur dt»N distances, rinsuffîsance de la nourriture étaient leui-s principales épreuves.

L'un d'eux, M. Pelmenaud, avait une paroisse de 27 lieues de long, il voyageait une partie de Tannée, portant sa chapelle sur ses épaules quand il allaita pied, et ramant avec un compagnon sll montait ou descendait les rivières dans son canot d'écorce. Après avoir achevé le^ fonctions de leur ministère, les missionnaires se faisaient maîtres d'écoles , enseignant à lire et & écrire aux jeunes gens de bonne volonté. Ils étaient d'ordinaire

Icurgement récompensés de leurs peines par raffoction, le respect et le dévouement de leurs paroissiens.

« Le premier arbitre du village, dit un des historiens lie l'Acadie*, était le missionnaire ou le curé quand le groupe des associés était assez heureux pour en avoir un àt sa portée. On le consultait sur tout, sur des entreprises générales et sur des intérêt particuliers, sur la conduite <lc la famille et sur la direction de la société. On suivait SCS conseils, on se soumettait à ses jugements. Son titre de père spirituel n'était pas pour les Acadiens un vain mot, il exprimait au contraire une idée parfaitement définie par tous et par tous acceptée. C'était son caractère de curé qui faisait son autorité et Tobéissance de ses paroissiens. On Taimait, on le vénérait comme un père, parce qu'il était réellement, véritablement aux yeux de tous, le représentant et le ministre de notre Père qui est aux cieux. »

C'est au sujet des travaux de ces prêtres modestes, mais pleins d'une persévérance à toute épreuve qu'un écrivain protestant a fait la remarque suivante : « Les actes splendides de dévouement des anciens missionnaires Jésuites ont leurs annales, les contestations messéantes des évoques et des gouverneurs ont leurs archives ; mais les patients travaux des curés missionnaires restent dans l'obscurité où sont ensevelies d'âge en âge les meilleures des vertus humaines. »

L'Acadie ne renfermait pas seulement des Européens, des sauvages s'y trouvaient également, entr'autres les Souriquois, sur la côte nord-est, en face Tlle Royale. Le missionnaire Gaulin, du séminaire de Québec, commença à évangéliser en 1706, soutenu par le gouverneur de l'Acadie, de Subercaze.

Dans une délibération du conseil de lamarine de 1718,

Page 1