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CHAPITRE IV

I. L*Extrême-Orient, description physique, état politique, social et religieux. — IL Mgr de la Motte Lambert attaqué à Siam par les Portugais. — M. de Bourges envoyé à Rome. — Résultats de ses négocia* tions. — Persécution au Tonkin et en Cochinchine. — IIÏ. Assemblée des ÉTéques et des Missionnaires. — Le livre des Inslructiones ad munera aposlolica. — On décide la fondation d'un Séminaire à Siam et la nomination d'un procureur. — IV. Projet d'une Congrégation apostolique. — Départ de Mgr Pallu pour Rome.

Les pays soumis à la juridiction de Mgr Pallu et de Mgr de la Motte Lambert, et par conséquent confiés à la Société des Missions-Etrangères, s'étendaient du Saghalien au Mékong; ils comprenaient la Corée, la Tartarie» la Chine, le Tonkin et la Cochinchine, alors désignés sous le nom d'Annam ; c'était donc, hormis les royaumes de Siam et du Japon qui devaient y être ajoutés plus tard, tout cet Extrême-Orient, aujourd'hui enfin ouvert par les armées européennes, mais alors politiquement solitaire, isolé, connu seulement des missionnaires, de rares voyageurs et de quelques marchands.

Ces immenses contrées, traversées par de hautes montagnes, arrosées par de grands fleuves et sillonnées d'innombrables rivières, abondent en productions les plus variées, inférieures sous plusieurs rapports cependant à celles d'Europe : arbres utiles, fruits savoureux» grains excellents, parmi lesquels toutefois manquent

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presque totalement nosdeuxgrands produits occidentaux : le froment et la vigne ; elles ne sont privées ni de parfums, ni d'épices; elles possèdent une faune qui ne le cède en rien à la flore ; elles sont riches des minéraux les plus précieux répandus dans les vallées et dans les montagnes, houille, fer, cuivre, étain, pétrole, sel, marbre, or, argent; à ne considérer que cette énumération, on supposerait aisément que TExtrême-Orient est un paradis terrestre , il n'en est rien, et il suffit, pour s'en convaincre , de voir ses campagnes desséchées par un soleil brûlant, inondées par des eaux débordantes qui amènent la ruine presque aussi souvent que la prospérité, ses forêts vierges inexplorées et malsaines, ses montagnes dénudées, ses viHages composés de maisons basses et pauvres, construites en paille, en terre sèche ou en briques, ses villes aux rues étroites et sales, ses routes rares et mal entretenues ; on comprend vite alors que toutes les richesses animales, végétales, minérales de ces pays sont loin d'être mises en valeur, et que par suite de la mauvaise administration, de la paresse et de la faiblesse de ceux qui les possèdent, elles restent inutiles dans la terre comme le diamant dans sa gangue.

Ces contrées sont habitées par des peuples civilisés : thibétain, tartare, chinois, coréen, annamite, cambodgien, et par des tribus sauvages laotiennes et miao-tze, toutes douées des mêmes caractères physiques : formes correctes et un peu grêles, teint mat ou olivâtre, yeux fendus en amande, pommettes saillantes, nez épaté, lèvres épaisses, visage arrondi; possédant presque au même degré les mêmes qualités et les mêmes défauts : la patience, la sobriété, la douceur, le respect de l'autorité, la vénération des aïeux, généralement le mépris de la femme et de l'enfant, la crainte du fort et le dédain du faible, la fourberie, le talent de l'imitation plus que le génie de l'invention.

Chez toutes ces nations, excepté parmi les peuplades sauvages, les institutions offrent, dans leur organisation savante, de frappantes analogies. Le principe fondamental du gouvernement sort de la nature même, c'est l'autorité religieuse et paternelle dont un seul homme est le dépositaire. Le roi, Fempereur est le mandataire du ciel et son représentant, il est en même temps le père de son peuple.

Les ministres, les gouverneurs de province, tous les mandarins ^ont les délégués du maître, et leur autorité participe des qualités de sa puissance souveraine.

Ces monarchies, en apparence fort absolues, sont appuyées sur des lois, des idées et des mœurs très démocratiques. Aucun emploi n'est héréditaire, la noblesse, au Japon excepté, n'existe pas; chacun est le fils de ses œuvres et l'artisan de sa fortune. La science mène à tout, et des examens brillants permettent d'arriver à, toutes les charges.

Les codes se transmettent de génération en génération, augmentés par les leçons de l'expérience, mais trop souvent hélas ! réduits à n'être qu'une expression verbale passant rarement dans la pratique.

Si les institutions changent peu ou point, les gouvernements sont loin d'être immuables. La Chine actuellement gouvernée par les Tartares-Mandchoux, compte vingt et une dynasties, elle avait pour chef, en 1662, le plus illustre de ses souverains, Kang-hi.

L'Annam, sous l'autorité des Le, compte huit dynasties sans parler des dynasties usurpatrices; il offre cette singulière anomalie d'un royaume uni en droit et séparé en fait. La dynastie des Le étend, en efiPet, son autorité des frontières de Chine au Mékong ; mais, faibles et indolents, les rois régnent sans gouverner et laissent le pouvoir à deux familles puissantes, qui se partagent le royaume : au Tonkin, la famille des Trinh est maltresse souveraine.

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et la famille des Nguyen commande dans la Cochinchine. Les membres de ces deux familles, placés à la tête des affaires, portent le nom de Chua ^.

Le Cambodge, sous le roi Neac-ong-chan, après avoir subi plusieurs défaites, ne peut empêcher les Cochinchinois de s'emparer peu à peu de ses riches provinces méridionales.

Siam voit la plupart des règnes ensanglantés par le meurtre des fils ou des frères de ses rois ; mais les révolutions n'ont jamais pour objet des réformes gouvernementales ou administratives, elles sont simplement le fait de conquérants, d'ambitieux qui aspirent à la fortune et aux honneurs * .

La civilisation littéraire et artistique de l'Extrême- Orient n'égale pas celle de l'Europe, elle n'est cependant pas sans mérite.

Les histoires, les encyclopédies, les œuvres d'imagination foisonnent. Les écoles sont partout, de môme que les théâtres qui jouent des comédies, animées d'un esprit satyrique parfois fort aiguisé et trop souvent immoral, des tragédies, représentations ou récits des exploits amplifiés des héros et des rois.

La religion ou plutôt la superstition tient une large place dans la vie de ces peuples.

La Chine et l'Indo-Chine possèdent , avec des différences accidentelles, les mêmes théogonies, les mêmes symboles, les mêmes rites, les mêmes castes sacerdotales; leurs cosmogonies et leurs légendes offrent à robser>ateur une essence commune, un même sentiment confus et irréfléchi du divin, un même fonds de vérités à demi

i. A cette époque, le roi Lé-than-tong règne sur rAnnam; le Chua Trinh-thac gouverne le Tonkin et le Chua Nguyen-hiùn-Tuong gou Terne la Cochinchine.

2. Nous ne parlons pas du Japon que la Société des Missions-Étrangères évangélisera seulement au xix' siècle.

voilées, innées ou héréditaires : l'immortalité et la vie future, la loi et le besoin d'expiation; mais partout les mêmes folies et les mêmes erreurs défigurent la vérité religieuse.

Tous les habitants, sans distinction de race et de nationalité, adorent les génies, esprits tutélaires des villages, des bois, des fontaines; tous vénèrent leurs ancêtres par des offrandes et par des prosternations faites sur leur tombe ou dans Tintérieur de la famille.

Le Bouddhisme, en pénétrant chez eux, a apporté des erreurs nouvelles , mais aucune idée fondamentale ^ capable de transformer leur état social et inteUectuel, et c'est lui-même qui a subi une transformation et est en grande partie devenu ce que les Siamois, les Annamites, les Chinois, les Coréens ont voulu le faire.

La Chine et tous les peuples formés par sa civilisation mettent, au premier rang de leurs religions, le culte du ciel, qui a pour pontife le chef du gouvernement. Vient ensuite le culte de Confucius, purement cérémonial, dont les sectateurs n'adorent pas Confucius comme un Dieu, mais le révèrent comme un saint.

Le taoïsme, que son fondateur, Lao-tseu, avait essayé d'étaljlir sur des principes dogmatiques, est tombé dans les incantations magiques et dans l'astrologie. Toutes ces religions sont entachées de nombreuses superstitions. Oii la vraie foi n'existe pas, la superstition s'étend, semblable à ces végétations parasites qui absorbent la fécondité d'un sol abandonné par la culture.

Pratiquement d'ailleurs, ces religions sont observées et louées indifféremment comme des manifestations d'une même vérité, preuve irréfragable que leurs sçcta* leurs n'ont point la notion exacte de la Vérité absolue, de la Justice absolue, du Bien absolu, de Dieu.

A l'époque où la Société des Missions-Etrangères se présente dans l'Extrême Asie pour y asseoir plus solide-

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ment la puissance de l'Église, la foi prêchée par les Jésuites, les Franciscains Jes Dominicains, les Augustins, pénètre lentement et péniblement cette masse énorme de trois cent millions d'hommes. En Chine, les cathohques atteignent, selon les uns, le chiffre de cinq cent mille et selon Jes autres à peine celui de deux cent mille ; en Ânnam, ils ne dépassent guère cent mille; partout, ils ont été plus d'une fois frappés et dispersés par la persécution.

Tel était l'état social, politique et religieux des pays, dans lesquels la Société des. Missions-Étrangères allait déployer ses forces vives.

Le royaume de Siam, où les Vicaires apostoliques s'étaient arrêtés avant de passer dans leurs missions respectives, était alors le rendez-vous de tous les commerçants du monde ; il comptait dans ses villes principales et sur ses côtes des représentants de quarante-trois nations; il recevait des Portugais, des Anglais, des Hollandais, des Grecs, des Arméniens, des Chinois, des Indiens qui venaient à Tenvi y tenter la fortune ; il donnait asile à quelques centaines de chrétiens annamites et japonais chassés de leur pays par les persécutions. Il n'était pas encore soumis à la juridiction des Vicaires apostoliques, et Mgr de la Motte Lambert n'avait l'intention d'y séjourner, que le temps nécessaire à la préparation de son voyage en Chine ou en Cochinchiue.

L'évêque, nous l'avons vu, arriva à Siam avec Jacques de Bourges et Deydier, dix-huit mois avant Mgr Pallu ; il y fut en butte, comme à Rome, à la haine du Portugal, et c'est chose triste à dire que ses premiers combats furent livrés contre les sujets du roi Très Fidèle.

Les Portugais, en efiPet, n'ayant pu fermer TExtrême- Orient aux missionnaires français, tentèrent de les en chasser. La première réception qu'ils firent au vicaire apostolique fut bonne cependant, mais elle dura peu. A peine de la Motte Lambert avait-il, avec ses prêtres, achevé la retraite de quarante joui's qui inaugura son ministère, que les Portugais jetèrent dans le public mille bruits injurieux contre lui, révoquèrent en doute son titre d'évôque, ses pouvoirs et même son identité : « Les lettres reçues de Rome et de Lisbonne, disaient-ils, ne parlent pas de ces prétendus envoyés du Saint-Siège ; qui prouve qu'on n'a pas affaire à des aventuriers, à des espions, même à des hérétiques se parant de titres usurpés pour couvrir leurs mauvais desseins? »

Les choses en vinrent à ce point , qu'un grand vicaire de Goa, de passage à Siam, somma l'évêque de lui montrer ses pouvoirs. Mgrde la Motte Lambert s'y refusa avec une modestie pleine de fermeté, il se retrancha derrière la défense du Pape et l'impossibilité d'enfreindre ses ordres sanâ porter atteinte aux droits du Saint-Siège; il ajouta que, n'étant ni sujet du roi de Portugal ni soumis à la juridiction de l'archevêque de Goa, il n'avait pas à obéir au vicaire général. Par cette première et très explicite réponse, il allait au fond de la question, et prenait immédiatement sa vraie position de défense ; néanmoins, afin d'adoucir ce que ses paroles pouvaient avoir de dur, et pour le bien de la paix, il offrit de laisser voir ses lettres d'institution au grand vicaire seul, en qualité d'ami. Celui-ci accepta, mais cette concession ne détendit pas la situation, et les Portugais poursuivirent leur campagne.

En fait, ils ne doutaient nullement de l'identité du Vicaire apostolique et de l'authenticité de ses bulles, ils ne voulaient qu'un prétexte plus ou moins plausible de l'attaquer. Ne pouvant plus se servir de celui-là, ils en

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inventèrent un autre, ce qui n'a jamais passé piur très difficile, et ils déclarèrent les bulles nulles et subreptioes. parce qu'elles n'avaient pas reru à Lislxmne l'exequatur royal. Les esprits s'échaulfêrent, et lévèque apprit, sans l>eaucoup d'étonnemeut. que sa vie était menacée; atiu d'éviter un crime à ses ennemis, et de ne [>as s'exp<>ser inutilement, il accepta l'hospitalité que lui otfrit le chef du comptoir hollandais: l'hérésie pmté^ea les missionnaires contre les sujets du roi Très Fidèle. Dans cet asile. il célébra en grande pompe les fêtes pascales, puis, ayant trouvé une jonque chinoise dont le capitaine consentit à le recevoir, il s'embarqua le 16 juillet 1663 pour la Chine: jeté par la tempête sur les côtes du CanilKKlsre où sa barque se brisa, il revint par terre à Siam et se fixa dans un village composé d'Annamites, situé à une lieue de Juthia^. 11 y était à peine installé que les Portuerais essayèrent de se défaire de lui par une attaque directe. Un soir qu'il causait tranquillement avec ses missionnaires, un hidalgo, nouvellement arrivé de Lisbonne, et qui se vantait avec jactance d'être parent du roi, se pivsenta à la maison, accompagné d'une nombreuse escorte, et d'un air insolent : — « Qu'on avertisse l'évêque que je veux lui parler, >» dit-il. — Celui-ci parut avec ses deux prêtres, et l'invita poliment à s'asseoir. — « Je ne viens pas vous faire une visite, mais vous sommer de me montrer la permission que le roi, mon maître, vous a sans doute donnée pour passer aux Indes ; faute de quoi, je vais en ce moment vous saisir, vous et vos prétendus missionnaires, pour vous conduire aux pieds du trône. » — Un canot attendait, en effet, prêt à les emporter. Heureusement, des Annamites avaient entendu les menaces, ils avertirent leurs compatriotes qui accoururent armés de sabres et

!. Ce sont ces Tillagps que dans leurs relations, les Vicaires apostoliques et les missionnaires de cette époque appellent des Camps.

de lances ; un de lenrs chefs se jeta sur Thidalgo et lui aurait fait un mauvais parti , sans Tinter^'ention des missionnaires.

La leçon ne fut pas complètement perdue, et les Portugais ne se livrèrent plus contre les prêtres français, du moins dans la ville de Juthia, à aucune voie de fait, mais ils continuèrent de déverser sur eux le mépris et la calomnie.

Cependant cet état de choses, qui compromettait la mission des envoyés du Saint-Siège, ne pouvait éAidemment se prolonger. Mgr de la Motte Lambert résolut d'envoyer en Europe un de ses prêtres afin d'exposer ses difficultés au Pape, et de demander pour les Vicaires apostoliques des pouvoirs plus étendus, entre autres la juridiction sur le royaume de Siam, dont la situation géographique et la tolérance envers les chrétiens seraient d'un puissant secours.

De Bourges fut chargé de cette négociation. C'était un homme pieux, savant, modéré dans sa conduite et dans ses paroles, « un de ces esprits bien tournés à qui rien ne fait de peine, a dit son biographe, et qui n'en font à personne » ; tout ce qu'il a écrit est calme, plein d'une clarté transparente et d'une grande justesse de termes. 11 partit pour Madras, fit le tour de l'Afrique, arriva le 20 juillet 1665 à Londres, où il fut reçu avec la plus grande bienveillance par la Reine-mère, par le duc d'York, et se rendit ensuite à Rome. Ses démarches furent en partie couronnées de succès. Par le bref E siiblimi Sedis Apostolicœ^ le Pape accorda à Mgr Pallu et à Mgr de la Motte Lambert le droit de choisir un missionnaire qui recevrait la succession de Mgr Cotolondi ^ . Il promit d'user de tout son autorité pour affermir

1. Un décret de la Propagande du 21 mars 1663 avait déjà été rendu dans le même sens.

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la mission des Vicaires apostoliques et pour réprimer les <*fforts de leurs adversaires; la question de la juridiction sup Siam fut réservée ^ .

Cependant, Mgr Pallu avait rejoint Mgr de la Motte La^mbert et tous les deux se préparaient à gagner la Cochinchine et le Tonkin, lorsqu'ils apprirent, par des lettres des Pères Jésuites et par des chrétiens venus se réfugier à Siam, que la persécution désolait le royaume a.iinaniite.

Les catholiques se montraient vaillants, et ce fut une consolation pour les évêques d'apprendre la générosité de leurs fidèles. Ils ont rapporté dans leurs lettres les faits qui les touchèrent le plus :

En Cochinchine, une veuve, Marthe Phuoc, de famille riche, après avoir eu tout le corps brûlé avec des lames ardentes, avait été décapitée, neuf autres chrétiens avaient péri du dernier supplice. Au Tonkin, un édit foudroyant épouvantait les fidèles, il chassait à perpétuité les missionnaires du royaume , il prescrivait aux mandarins et aux chefs de village de rechercher et de brûler tous les chrétiens, enfin il ordonnait à tout le peuple de dénoncer les catéchistes et de les livrer aux tribunaux.

Les Vicaires apotoliques jugèrent avec raison que dans ces circonstances critiques, leur présence ne serait pas sans danger et pourrait causer un redoublement de persécution. Mais le salut de leurs chrétiens leur était trop cher pour ne pas chercher un autre moyen de le procurer. Dans Tespoir qu'un prêtre passerait plus facilement inaperçu qu'un évoque, Mgr de la Motte Lambert envoya le plus pieux de ses compagnons, M. Chevreuil, recon-

i. M. de Bourges obtint encore, en date du 13 janvier 1665, d'autres décrets : sur le change d^s viatiques des missionnaires, sur les ordinations par les Vic4iires apostoliques sans lettres dimissoriales des vicaires généraux portugais de San Thonié, de Macao, etc., sur la purification du calice et des doigts du prêtre avec l'eau seule. Voir Colleclanea constitutionum, etc. N- 140, p. 83; n« 790, p. 330; n» 450, p. 219,

naître l'état des choses en Coehinchine ; Mgr Pallu écrivit aux fidèles tonkinois, une lettre pastorale très forte, les exhortant à confesser généreusement Jésus- Christ mort pour eux sur la croix, les avertissant que participer aux superstitions païennes serait trahir leur conscience, se rendre coupable d*apostasie et s'exposer à la damnation étemelle. Ce témoignage de sollicitude donnée à ses fidèles ne satisfit pas Tévêque : « Me sentant pressé, écrit-il, du désir ardent de secourir au péril de ma vie cette église, vers laquelle j'étais envoyé, et qui me paraissait avoir un si grand besoin de la présence de son évêque, ne pouvant résister aux justes mouvements qui m'animaient alors, je crus qu'il était de mon devoir de faire tous mes efforts pour entrer au Tonkin et de m'abandonner sans réser>e à la Providence de Dieu qui m'avait amené à travers tant de dangers si proche du lieu où je devais consommer mon sacrifice^. » Il con<;ut le projet de se rendre aux Philippines, espérant trouver un navire à Manille, qui était en fréquentes relations commerciales avec le Tonkin.

On le prévint du danger de se hasarder chez les Espagnols, assez mal disposés pour les missionnaires français. Le conseil était bon et la crainte fondée ; l'avenir le prouvera. Il résolut alors, malgré la longueur et les dangers du chemin, de passer par le Laos. Un voyage k travere cette large bande de terre inconnue, que nos plus intrépides explorateurs n'avaient pas encore osé entreprendre il y a vingt ans, n'effrayait pas Mgr Pallu; mais le gouvernement siamois, redoutant les complications politiques qu'engendrerait la présence d'un Européen, lui refusa l'autorisation; force fut donc aux deux Vicaires apostoliques de rester k Siam ; ce contretemps servit plus qu'il ne nuisit à leur ministère.

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