‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 50 sur 218 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1. Etat et esprit da Séminaire des Missions-Étrangères en 1665. — Conseils de Mgr Pallu. — Adresse au clergé de France. — II. Union du Séminaire des Missions-Etrangères de Paris et du Séminaire de Québec. — III. Effet de l'arrivée de Mgr Pallu en Europe. — Mgr Pallu à Rome. — Bref de Clément IX à Louis XIV. — Projets coloniaux de Mgr Pallu. — Ses espérances de lapostolat par la France. — IV. Mort de M. de Meur. — Différence d'opinions sur les vœux. — Mgr Pallu et M. Gazil à Rome. — Appréciation des vœux par le cardinal Bona. — La Propagande refuse d'approuver les vœux. — Approbation des Instructions ou Monita. — V. Pouvoirs accordés aux Vicaires apostoliques. — Juridiction sur Siam. — Mgr Pallu faussement accusé de Jansénisme. — Son départ.

Le sort de la Société et la prospérité des Missions qui lui étaient confiées dépendaient en grande partie de l'état du Séminaire ; si cet établissement avait des élèves nombreux et bien formés, s'il trouvait des ressources pour soutenir les Vicaires apostoliques et leurs collaborateurs, la Société s'étendrait et s'aUermirait, les Missions seraient plus vite et plus solidement organisées ; les directeurs le comprirent et s'attachèrent à leur œuvre avec zèle et persévérance.

Tout séminaire est une maison de prière, de méditation, de hautes études, de sobriété, de simplicité, de solitude bénie et aimée qui ouvre à l'âme les perspectives des combats futurs de la vie et des mystères redoutables de l'éternité ; c'est dans cette demeure que le lévite apprend à s'armer, à se façonner, à devenir un être à part détaché du monde, respirant aux pieds des autels l'atmosphère des forts. Le Séminaire des Missions-Etrangères devait

DES M1SSI0NS-ÉTBANGÈRES ioS

être tout cela et quelque . chose de plus encore. Sans doute, les séminaristes qui entraient dans cette maison étaient préparés, puisque, dès avant leur arrivée, la plupart d'entre eux étaient prêtres ; mais des vertus sacei'dotales ordinaires, un zèle ordinaire, faciles à entreienir dans un pays catholique, ne suffiraient pas dans des contrées païennes, en face de périls plus pressants et de difficultés plus ardues. Il fallait donc perfectionner cette préparation première, remplacer Tenthousiasme, flamme brillante et passagère, par le feu concentré et durable d'une volonté longuement'et savamment exercée. « La fin principale du Séminaire des Missions, a dit un écrivain du xvin® siècle, est d'inspirer à ses élèves Tesprit apostolique, je veux dire qu'il est particulièrement établi pour former des ecclésiastiques qui renoncent à toutesles liaisons du sang et de l'amitié, à tous les agréments de la vie, à toutes leurs espérances tem porelles et à leur patrie ; des ecclésiastiques qui se sacrifient sans réserve à la prédication de l'Evangile et au salutdes âmes, qui, au premier commandement du Pape ou des autres supérieurs, volent aux extrémités de la terre pour y travailler à la conversion des peuples, dont la cruauté fait souvent périr ceux qui cherchent à les sauver; des ecclésiastiques qui ne tiennent point à la terre , qui portent le désintéressement jusqu'à ne rien demander, ne rien recevoir de ceux qu'ils enrichissent des trésors du ciel, qui ne vivent d'aumônes que par nécessité, ou pour pratiquer la pauvreté dans toute sa perfection et qui mettent leur gloire et leurs, délices dans une vie pauvre et laborieuse; des ecclésiastiques qui ne craignent ni les glaces du septentrion, ni les ardeurs brûlantes du midi, ni les fatigues, ni les dangers dans les voyages par terre, ni les écueils, ni les tempêtes sur les mers, ni les prisons, ni les chaînes, ni le glaive, ni les gibets, ni les flammes, ni la mort parmi

les barbares; enfin, des ecclésiastiques qui, par leur charité, leur courage, leur détachement de toutes choses, leurs travaux et leurs souffrances, fassent revivre en eux le zèle des Apôtres, et soient toujours prêts à combattre et à mourir pour Jésus-Christ*. »

Les conseils de Mgr Pallu n'étaient pas sans contribuer puissamment à la direction générale du Séminaire, A Tacquisition et à la conservation des qualités et des vertus exigées dans les séminaristes, w Au nom de Dieu, dit-il dans une de ses lettres 2, que le principal soin des directeurs soit de bien établir l'intérieur des séminaristes par l'exercice de l'oraison, des lectures spirituelles, des conférences, afin qu'on ne manque jamais d'y donner iout le temps ordonné dans les règles. Qu'on fasse cas, pour la matière de tous les exercices, des conseils du Fils de Dieu et du divin Evangile tels qu'on les voit dans le Chrétien intérieur. Si vous voulez faire des missionnaires, il faut faire des saints; ils trouveront toujours des moyens admirables de se sanctifier davantage, et quoique travaillant pour eux-mêmes, ils travailleront très utilement pour la formation des infidèles ; autrement, chose certaine, ils décherront bientôt et il est à craindre qu'à la fin ils ne viennent à se perdre. »

Aux préceptes, on joignit la pratique. Plusieurs fois chaque année, des directeurs, accompagnés d'une partie des élèves, donnaient des missions à Paris ou dans les provinces, principalement en Beauce, en Bretagne, en Bourgogne, en Berry, en Champagne. Les séminaristes préludaient à ces travaux par des conférences faites devant les directeurs, qui appréciaient le fond et la forme de leurs discours, le ton, le geste, la tenue. De préférence, on choisissait pour leurs prédications les villages

i. Hist. lie Pr, de la Rel, chrét, aux Indes orient, (inan.}, p. H. 2. Arch. M.-É., vol. 101, p. 373.

DES ]liSSIO?iS-ÉTRANGÈRES lo5

les plus abandonnés et « non pas ceux où était la plus brillante compag-nie ». Arrivés aux lieux désignés, ils s'enquéraient des coutumes des habitants, ils visitaient les malades, instruisaient les enfants, puis ils commen- (paient à prêcher. Lorsqu'ils recevaient la visite des ecclésiastiques des communes voisines, ils avaient avec eux de longues conversations sur l'administration et sur le retour des pécheurs à Dieu; la régénération des chrétiens de France devenait ainsi une préparation à la conversion des païens de rExtrêmc-Orient. Revenus à Paris, les séminaristes reprenaient leurs études et les directeurs leui's relations. Le Supérieur, M. de Meur, présidait les réunions mensuelles chez la duchesse d'Aiguillon, il réchauiTait le zèle et avivait la générosité en racontant les nouvelles des Missions ; il ne se contentait pas de s'adresser aux particuliers, il intéressait à la Société les corps constitués et particulièrement le clergé de France auquel il écrivit en 1663 la lettre suivante^ : « Messeigneurs, La conversion des idolâtres et l'établissement de notre sainte Foi chez les nations infidèles étant l'ouvrage le plus important de TEglise. il est aussi le plusdignedes soins et du zèle des saints évêques qui ne se contentent pas d'en faire ressentir les effets à leurs diocèses, mais, imitant la charité du Sauveur du monde, se proposent de les répandre en tous les lieux où le nom de Dieu peutêtre invoqué et trouver des adorateurs.

o La Pro>idence, Messeigneurs, pour honorer la France d'un témoignage particulier de sa bonté, a voulu que, depuis quelques années, on se soit adressé à elle, afin que, par son entremise et son concours, on obtint l'envoi de trois évêques aux royaumes de la Chine. Vos Grandeurs montrèrent alors quelle part elles voulaient prendre au succès de ce glorieux dessein, par les instances qu'elles

Page 1