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firent envers le Saint-Siège pour en obtenir Texécution. Et ainsi, Messeigneurs, Tenvoi de trois évêques français qui, depuis cinq ans, sont partis de France pour les églises naissantes du vaste empire de Chine, étant un fruit de votre zèle et comme une extension du clergé de France, il est juste d'informer vos Grandeurs de l'état où se trouve leur Mission et des succès qu'on en peut attendre. » Puis après avoir sobrement résumé les voyages et les premiers travaux des Vicaires apostoliques, que nous avons racontés en détail, il concluait : « Et cette Mission est d'autant plus importante, qu'elle a pour objet l'établissement solide de ces nouvelles Eglises par celui de la puissance épiscopale, qui seule peut leur donner la stabilité, qu'elle est sur le point de s'accroître, plusieurs ecclésiastiques s'offrant pour ce dessein, que même il a plu au Roi de permettre l'érection d"un séminaire pour la conversion des infidèles; c'est pourquoi elle espère, Messeigneurs, que vous lui ferez ressentir de nouveaux effets de votre protection, et voudrez bien continuer à soutenir les susdits évêques au milieu de leurs travaux. » La sympathie du clergé français était, on l'a vu plus d'une fois, acquise à la Société des Missions-Etrangères et à l'oeuvre qu'elle entreprenait ; elle s'affirma de nouveau par un subside de 4,000 francs qui se répéta souvent dans la suite.
En dehors de l'Extrême-Orient qui était son plus vaste et son véritable champ de bataille, la Société n'avait pas voulu refuser d'aller sur un autre terrain, où des moyens lui étaient fournis d'atteindre son but principal : la formation d'un clergé indigène; et elle donna son concours au Nouveau Monde.
Le Vicaire apostolique du Canada, Mgr de Laval, avait
contribué à la fondation du Séminaire de Paris, puisqu'il avait signé la supplique demandant l'autorisation de rétablir, il était uni de cœur et d'âme à Mgr Fallu, à Mgr de la Motte Lambert, à leurs missionnaires et à leurs procureurs.
Son immense Vicariat comprenait les colonies fran- <^aises d'Amérique, c'est-à-dire tout le territoire depuis le cap Breton jusqu'au lac Supérieur, et du lac Supérieur jusqu'au golfe du Mexique et à la baie de Mobile ; il avait commencé à l'organiser en créant une officialité, en confiant les missions sauvages aux Jésuites et la colonie canadienne aux prêtres séculiers ; il avait ensuite fait la visite pastorale de la côte de Beaupré et des communautés de Québec. Un conflit avec l'autorité civile au sujet de la vente de l'eau-de-vie l'avait forcé de revenir en France.
Dès le temps de Champlain, une passion extrême pour les liqueurs fortes s'était manifestée chez les sauvages. Les Anglais avaient favorisé ce vice, afin d'acheter à vil prix les fourrures apportées par les chasseurs algonquins. Les gouverneurs français firent des ordonnances pour défendre ce commerce immoral et dangereux; la cupidité des trafiquants brava la loi; le désordre, servi par une contrebande audacieuse, prit des proportions i^ffrayantes.
Un témoin oculaire nous transmet les détails suivants •sur ce qui se passait à Québec à cette époque ^.
« Il y a dans ce pays des Français si misérables, qu'ils perdent tous nos nouveaux chrétiens, leur donnant des boissons très violentes pour tirer d'eux des castors. Ces boissons perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les filles môme, car chacun est maître dans sa cabane quand il s'agit de manger et de boire; ils sont pris tout aussitôt et deviennent comme
i. Histoire du Canada^ par de Baudoncourt, p. 96.
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furieux. Ils courent nus avec des épéeset d'autres armes et font fuir tout le monde, soit de jour, soit de nuit; ils courent par Québec sans que personne puisse les empêcher; il s'ensuit de là des meurtres, des violements, des brutalités monstrueuses.
« C'est une chose déplorable de voir les funestes accidents qui naissent de ces trafics. »
Les sauvages eux-mêmes le comprenaient :
a Ononthio * nous tue, disaient*ils, en permettant de nous donner ces boissons de feu. »
Le gouverneur, baron d'Avaugour, d'abord fort sévère, puisqu'il avait fait fusiller trois soldats coupables d'avoir enivré des sauvages, donna tout à coup dans Texcès opposé.
Mgr de Laval, après avoir employé les moyens de persuasion pour combattre le fléau, eut recours aux moyens de rigueur, défendit de donner l'absolution aux trafiquants et finit par les excommunier.
Le gouverneur, se sentant atteint, se vengea en soutenant les traitants. On n'écouta ni évéque, ni prédicateurs^ et rien n'arrêtant plus le mal, le Vicaire apostolique résolut d'aller lui-même porter ses plaintes au pied du trône; il gagna sa cause.
Louis XIV ordonna de prendre des mesures pour mettre un terme rapide à la vente des alcools ; il témoigna Testime personnelle qu'il portait à Mgr de Laval en assurant Térection de Tévêché de Québec, et donna à cet évêché l'abbaye de Maubec en Berry. La fondation d'un séminaire étant une conséquence naturelle de l'érection de l'évêché, Mgr de Laval la décréta, par une ordonnance datée de Paris, du 26 mars 1663.
Dans sa pensée, le séminaire était tout à la fois une maison d'éducation classique, de formation ecclésiastique