CLÉMENT, PAPE
Notre très cher fils en Jésus-Christ, salut.
L'Évêque d'Héliopolis, notre vénérable frère, Vicaire apostolique dans le Tonkiu et dans les provinces adjacentes, après avoir donné des preuves des vertus chrétiennes et d'un zèle excellent, de retour à Rome où l'appelaient les exigences de son ministère, a reçu les marques de notre bienveillance et de notre charité. Or, pour que son retour dans ces régions lointaines ait lieu
dans les meilleures conditions, nous avons voulu lui donner des lettres pour Votre Majesté, dans lesquelles nous appuyons et recommandons son œuvre si remarquable et si pieuse. Mais nous désirons avant tout, et nous demandons à Votre Majesté, de soutenir et de protéger le Séminaire des Missions-Etrangères dont sont déjà sortis tant de bons et vaillants ouvriers de la vigne du Seigneur, afin qu'affermi et pourvu de toutes les ressources nécessaires, il puisse élever et façonner d'autres hommes, qui, comme les premiers, embrasés de l'amour divin, répandent, parmi les peuples assis à l'ombre de la mort, la lumière salutaire de la doctrine chrétienne. Ils feront ainsi briller, môme dans cette partie de l'univers, la gloire illustre de la piété et de la munificence de Votre Majesté.
« Puissent par la grâce de Dieu nos vœux être exaucés , Nous bénissons Votre Majesté avec les sentiments les plus affectueux et les plus habituels à notre cœur paternel.
« Donné à Rome, près Sainte-Marie-Majeure, sous Fanneau du Pécheur, le 3 décembre 1667, première année de notre Pontificat.»
Au mois de février 1668, Pallu remit ce bref au roi, avec un mémoire dans lequel il avait tracé le plan des missions catholiques françaises, conçu à Juthia et exposé à Rome, et dont les points fondamentaux consistaient à placer à Siam le séminaire général, la procure générale, la résidence principale des Vicaires apostoliques, et à établir une procure à Bantam, dans l'Ile de Java, afin de faciliter le passage des missionnaires et les relations avec l'Europe.
A ce premier mémoire, il en joignit un second, que nous n'avons pas retrouvé, mais dont nous connaissons l'idée dominante, et dont les notes et les lettres très nombreuses de l'évêque nous laissent saisir les grandes
lignes. Il traitait de la fondation des comptoirs français en Extrême-Orient.
Le royaume de Siam lui semblait très avantageusement situe pour y fixer le plus important de nos comptoirs. De Siam, la France toucherait au sud les lies de Sumatra, Bornéo, Java ; à l'ouest, elle rayonnerait jusqu'à ses stations des Indes et à Madagascar; elle serait à portée de fonder et de soutenir les établissements de l'est, en Cochinchine, au Tonkin, en Chine et au Japon. Tel était le projet de Mgr Fallu, et je ne sais si jamais colonisateur en conçut de plus grandiose et de plus juste.
Le moment était favorable pour faire écouter ces propositions par Louis XIV. Mondevergue avait été nommé gouverneur de Madagascar, Caron directeur général de nos comptoirs dans les Indes, La BouUaye le Gouz envoyé à la cour de l'empereur Aureng-Zeb, la Compagnie des Indes-Orientales possédait 26 vaisseaux, enfin, on préparait la flotte qui, sous le commandement de M. de la Haye, devait victorieusement promener notre pavillon sur l'océan Indien. Aussi le roi accepta avec satisfaction les mémoires de l'évêque, lui promit de les lire, et lui assura sa protection pour les Missions qui lui étaient confiées.
Fallu adressa ensuite sous le titre « Advis pour MM. les Directeurs de la Compagnie royale des Indes- Orientales ^ » un mémoire composé de quinze articles sur le choix et la conduite des officiers et des administrateurs des factoreries, sur les points stratégiques et les ports qu'il serait bon d'occuper, sur le mode d'administration religieuse des comptoirs; il insistait particulièrement sur les recommandations suivantes : Ne se porter à aucune exaction envers les indigènes, ne pas permettre l'escla-