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Saint Jean, ch. xx, v. 21. Saint Marc, chap. xvi, v. lo

MISSIOXS-éTRANG&RES. — I.

2 HISTOIRE GÉNÉBALE DE l SOCIÉTÉ

Les disciples obéirent, ils suivirent les voies que les légions de César avaient ouvertes, et créèrent, par leurs prédications et leur morale, des foyers de doctrine et de sainteté, dans les villes où les proconsuls avaient établi des centres de gouvernement ; ils franchirent les limites de Tempire, et ne craignirent pas de pénétrer dans les contrées inconnues aux aigles romaines. Us fondèrent des Églises par la conversion et l'union des fidèles, par Tordination des prêtres et la consécration des EvêqueS» Ces travaux terminés, ils s'ensevelirent dans la gloire du martyre. « La foi est annoncée dans le monde entier; l'Eglise de Dieu fructifie et se développe. »

Leurs successeurs marchent sur leurs pas, ils continuent, au milieu des persécutions, l'œuvre illustrée par de nombreux et éclatants miracles, et TertuUien redit en d'autres termes la parole de l'Apôtre : « Nous ne sommes que d'hier, et nous formons la majorité dans vos villes et vos villages, dans vos assemblées et vos camps, dans vos municipcs et vos palais, au Sénat et au Forum. »

Après cette période tourmentée des débuts, Dieu donne la paix à son Eglise; la croix brille sur le drapeau des empereurs, Constantin se soumet à la foi de Nicée que Théodose ordonnera à tout l'empire romain de reconnaître.

Depuis plus d'un siècle déjà, les missionnaires ont envahi la Gaule. Lesmartyi's et les évoques, saint Denis, saint Martial, saint Irénée, saint Trophimc, y ont solidement assis le christianisme; les barbares qui n'ont su que piller, brûler et tuer, s'inclinent devant saint Honorât, saint A vit et saint Rémi. Clovis se range sous la bannière du Christ; sa nation, la nôtre, devient la fille aillée de l'Eglise, et Charles Martel sauve la chrétienté dans les plaines de Poitiers.

Durant ces événements, les ordres religieux ont fait

leur apparition; les fils de saint Benoit se comptent par milliers , ils é vangélisent l'Angleterre avec saint Augustin , pendant le pontificat de saint Grégoire le Grand, et TAllcmagne avec saint Bonifacc, sacré évêque par Grégoire II. Au VIII* siècle, ils trouvent dans Charlemagne leur plus puissant auxiliaire et leur plus dévoué protecteur.

Avec les années, Tapostolat poursuit sa marche. Sous rimpulsion de Rome et protégés par les maîtres du Saint- Empire, les évoques et les moines étendent leurs prédications dans le nord de l'Europe, en Pologne, en Hongrie, en Danemark.

De l'Europe régénérée, la Bonne Nouvelle est portée vers les régions lointaines de l'Extrême-Asie, où le Néstorianisme avait laissé plus de traces que le catholicisme* Dana.cctte contrée, les phases principales de rÉvangéli*» sation sont du xii® au x\^ siècle : l'ambassade de Jean de Plan-Carpin députée aux Tartares Mongols par le Pape Innocent lY, celle de Guillaume de Rubruque envoyée par saint Louis, la mission de Jean de Monte-Cor\dn et la création de l'archevêché de Pékin avec sept sufPra gants, l'apostolat du bienheureux Odoric de Frioul, enfin la disparition du christianisme par suite de troubles politiques et de changements dynastiques.

Bientôt s'ouvre l'ère des grandes découvertes et des conquêtes immenses en Amérique et en Asie. A la voix des fils de saint Dominique, de saint François et de saint Ignace, le Nouveau-Monde donne à FEglise des millions d'enfants qui remplacent ceux que le protestantisme lui enlève. Barthélémy de Las Casas, saint Louis Bertrand, apôtre de la Nouvelle-Grenade, saint Thuribe, archevêque de Lima, saint François Solano sont les plus célèbres missionnaires de cette contrée.

Avec les Portugais qui conquièrent une partie des Indes et fondent des comptoirs à Siam, au Cambodge, en

Chine, au Japon, les Franciscains, les Dominicains et les Jésuites essaient d^implanter la foi dans ces pays. Saint François-Xavier est le héros de cette époque ; il parcourt, à pas de géant et les mains pleines de prodiges, une partie des Indes, de Tlndo-Chine et du Japon, et meurt en 1532 en face de la Chine qu'il rêve de convertir.

L*apôtre disparu, ses frères tentent de réaliser ses derniers vœux; ils ne font pas de miracles, mais ils ont la science à leur disposition, et ils en usent avec une remarquable habileté qui fait accepter les dogmes catholiques dans TEmpire du Milieu. D'autres prédicateurs évangélisent TAnnam : Ordonnez de Cevallos, Alphonse da Costa, Gonzalez de Sao, et quarante ans plus tard, le P. de Rhodes et ses compagnons ^ . La joie de ces succès «st attristée par les désastres de l'admirable et féconde Eglise du Japon noyée dans le sang de ses adeptes.

Tel est le spectacle animé d'un extraordinaire élan que nous présente l'apostolat pendant le xvi° siècle et la première moitié du xvii*.

Mais cet apostolat a un caractère particulier et une marche différente en Amérique et en Asie.

En Amérique, de même qu'en Orient et en Occident, aux premiei's siècles du christianisme, des Eglises se fondent, régulièrement érigées, hiérarchiquement établies, avec des évéques, un clergé séculier et un clergé régulier. En looO, le Mexique à lui seul possédait un archevêché et onze évôchés; la Nouvelle-Castille, le

i. D'après les travaux non encore publiés de M. Romanet du Caillaud, révangélisation de l'Anna m remonte à 1582 et les tentatives d'évangélisation à 1572. Une lettre du P. Philippe, franciscain, dit lu môme chose avec preuves «^ l'appui. (Arch. des M.-Ê., vol. 800, p. 050.)

Pérou, les Antilles étaient aussi riches de sièges épîs-

eopaux.

En Asie, au contraire, TÉvangélisation est presque eniièreraent Tœuwe des religieux européens. La hiérarchie n'y est pas implantée ou elle l'est fort peu. Les Indes comptent seulement un archevêché et trois évôchés ; ce sont les mieux pourvues, et elles ont 200 millions d'habitants. Llndo-Chine possède Tévôché de Malacca à son extrémité méridionale, et sur les côtes de la Chine est

établi celui de Macao.

Tous ces sièges épiscopaux sont placés dans des pays soumis à un prince catholique, le roi de PortugaL Leur action et leur influence ne s'étendent guère au delà des possessions portugaises. La Chine, avec ses trois cent cinquante millions d'hommes, TAnnam, le Cambodge, Siam n'ont point d'évêque. Le Japon a un évêché tjui n'a vu passer qu'un très petit nombre de pasteurs*. Cette différence de situation entre l'Amérique et l'Extrême-Orient était certainement due, pour une large part, à la conquête espagnole qui permettait le libre accès du pays, multipliait les convei-sions, et à l'immigration qui l'accompagnait.

Quel que fût le motif, le fait n'était pas moins très regrettable. Sans évêque, il était presque impossible à ces églises d'avoir des prêtres recrutés dans leur sein et attachés à elles ; nous ne parlons pas ici de l'impossibilité d'ordination qu'il était loisible de demander ailleurs,, mais de l'impossibilité d'élection.

« L'expérience le prouve, et la nature des choses rindi(pe, a écrit un homme qui avait beaucoup étudié cotte question, l'évêque seul est intéressé directement h la formation d'un clergé dépendant immédiatement de

• 1. Nous passons sous silence Manille, possession espagnole, dont la Société des Missions-Étnuigères n'eut jamais h s'occuper.

.ni. tttarli** in ^t»i •'fiinini» lui **t prii» iamf Ié^î*» »»L iiuliir**n«*5«. L*ii rmit parti iMiLi#*i^in*»ïil". par ^ioit»^ <ie la yi'rïi^*» sp#^r;«i«» .tp ^4a rM^îarina. p*nirm p^irter 1 1!^!!*» •Mrre i'%tf»*ftina paf»*mi»ilf». ^nit* «tripabip tie vaincra le* «jk*tiu*ii^H «pi on drt'it V.4it«»ïiiir^ :i y r^nctiarp^r. Ek «{oaimI ai*^m<». par imp«»*«iiLle. lVv»^iii»» œ tr'>avt*rîut pa:» «i&iis 'ia 6»! ♦»! ftaiiî* la ciniHulémrina «le *h»^ lievijir» le* H^tîlâ di*fe mil liante dt^ '♦e* etfi)rtî* p«iar Li 6»niiiiti*a de son ^lers'é: qiiaml même il îje Liii?***»nit hiihim^^Ilemeiit f^oariiiir*» par de* paii^^io* tmit hiunaine*. i!e* ra£â«)iis f^affiraient en«'t)rp p«iiir lVQ;njr»r «Iaa*»!e^re v^^ie «ie^salat p^mr le* i^iirliî^H. ?r»4aï* «rlerz**. ea etfet, et saiL> clergé dr>cile entr^ i^e* maîii*. r.i«!tii>a d'un, evètpie e**t à peu pn*s mille: sa marche e>t plïi* tjii m^jin* eatrav« par fje<* vues dl!ft^pente* »ie* tiienne*^. ■>

L';ih«^nfe d'évè<pie* ameoiût d**a*i le ai.àii4pie de prAtreM indîiff^nes: à peîiie ea avait-*>n e»>mpté •piel«jaesfiriî* an Jap<>n. encore éf#iieQt-iI> membre* de la G>iiipa* jrnie de Jp^n*, et devaîeat-îLs p^ir c»iQ>ét^eat la suivr? au #ta8 où elle ^^ frit retirée du p-'iy> pir >u:te d'événemeots fTTTiVf'M on d'orflre* s^jjjé rieur**.

Or, le elenré indi^rene est duae incontestable utilité* en eertaîn.s ea* même, il e*l alrn dament uéce*saire: et de ]An^, jK>ur rendre tous le* î>er\'ice* qu'on attend de lui, j| doit demeurer dans sa patrie. Le* tniditiMU* de Rome M iuH\î*aient aux be*#>ins de* Missions p)ur en exiger la formation, comme l'explique l'auteur de V Histoire de t^UiiAis^emenl du christianisme dans les Indes Orienia/en :

» \j'% AfK>tres et leurs successeurs ont ordonné des ]}r('\vf'% de toutes les nations converties, ainsi nous l'apprennent TEcriture et l'Histoire ecclésiastique; car

\. yivT I.iupirf. Arrh. dps M.-K.. toI. 223. p. 23". 2. \a'% \n^*'% n'itTaû^nt de prêtres indigènes que dans les éTècbés portuK''>i^, dont Taction ne s'étendait guère que sur les côtes.

StES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 7

les peuples ordinaires ajoutent plus de foi à ce que leur disent leurs compatriotes, qu'à ce que leur proposent des inconnus.

a Les prêtres du pays en savent mieux la langue, la parlent avec plus de grâce, trouvent des expressions plus propres et plus intelligibles pour expliquer les mystères de la religion. Ils connaissent plus parfaitement les mœui's et les inclinations de leurs concitoyens; ils ont des liaisons plus étroites avec eux ; ils peuvent plus facilement les fréquenter et s'insinuer dans leur conversation et dans leur amitié . Us sont mieux instruits des supei-stitions, des erreurs, des impiétés, des mystères abominables que contient la religion du pays, et ils se scn'entde tous ces avantagcspourdétromper les idolâtres et pour les convertir. Enfin, Tordre hiérarchique peut seul former un cluîstianisme parfait qui n'ait plus besoin du secours des étrangers pour se soutenir^. » A ces raisons théoriques, et pratiques, ajoutons que les prêtres indigènes rendent encore de plus indiscutables services, lorsque, ce qui arrive ordinairement, les missionnaii*es européens sont trop peu nombreux, ou lorsque, pendant la persécution, ils sont obligés de fuir, de se tenir cachés et ne peuvent, sans crainte d'être tiubis par leur langage ou leur physionomie, remplir les devoirs du ministère sacerdotal.

Cette nécessité d'un clergé indigène et d'un épiscopat pour rétablir avait depuis longtemps éveillé l'inquiétude des missionnaires et l'attention de Rome ; des demandes avaient été faites et des mesures avaient été prises dans ce sens.

A la fin du xvi* siècle, le P. Valignani avait adressé une lettre au Souverain Pontife pour obtenir la nomination

1. Histoire de l'Établissement du christianisme dans les Indes Orientales ^manuscrit), p. 3.

d'évêques; eh 1624, le P. Sotelo, parlant de TEglise du Japon, du petit nombre de ses missionnaires, du défaut d'évêqucs, avait écrit : « Ce corps mystique manque d*os et de nerfs sans lesquels le progrès de la prédication et de la doctrine n'est pas suffisamment entretenu, ni efficacement procuré, car les Religieux sans évoques sont des nerfs sans os ^ . »

Vingt-cinq ans plus tard, un autre missionnaire non moins célèbre, le P. de Rhodes, venait en Europe demander au Souverain Pontife des évoques pour le Tonkin et la Cochincliine qu'il avait évangélisés avec succès, et dans un mémoire adressé à Innocent X, il laissait entrevoir que faute de prêtres et d'évôques, les Missions annamites pouvaient être anéanties.

« Nous avons donc, disait-il, tout sujet de craindre qu'il n'arrive à TEglise d'Annam ce qui est arrivé à celle du Japon; car ces rois, tant du Tonkin que de laCochinchine, sont très puissants et accoutumés à la guerre; et cela d'autant plus que, dans Tlnde orientale, il n'y a aucune puissance européenne qui se puisse faire obéir de ces rois au cas où ils voudraient chasser les missionnaires de leurs Etats ^. »

Les Souverains Pontifes avaient essayé de répondre à ces appels ; plusieurs môme les avaient prévenus. En 1566, Pie V avait envoyé au Japon le patriarche d'Ethiopie, et à défaut de ce prélat, Tévêque de Nicée, Canero. En 1587, avait été créé l'Evôché de Funaï^ au Japon; plus tard Urbain VI II avait fait partir pour rExtrôme-Orient Tarchevôque de Myre et Tévêque de Chrysopolis ; mais ces deux prélats, arrêtés par les événements d'abord, par

1. Lettre du P. Sotelo au Pape, 20 janvier 1624. Papes. Histoire de la Religion calholique au Japon, -^ Annexe, p. 131-iéo.

2. Les archives des Missions-Étrangères possèdent le texte complet de ce mémoire.

3. Ville appelée aujourd'hui Oïta et située sur la côte orientale du Kiu-shiu.

les Portugais ensuite, n'avaient pu réussir dans leur dessein.

Innocent X voulut sacrer le P. de Rhodes. Fidèle à l'esprit de sa vocation, Thumble religieux refusa cet honneur, que les Jésuites, même ceux qui travaillaient dans les Missions, acceptaient alors très rarement. Le Pape n'insista pas, et lui donna Tordre de chercher des sujets qu'il pût nommer évoques et envoyer dans TExtrême- Asie.

La Congrégation de la Propagande ^ , fondée en 1622 par Grégoire XV, s'était montrée profondément convaincue de la nécessité de l'institution d'un clergé indigène et d'évêques en pays infidèle. En 1626, elle ordonna à révoque de Funal habitant Macao de promouvoir aux ordres sacrés et au sacerdoce les Japonais qu'il jugerait suffisamment préparés*. En 1630, elle porta sur cette question un décret resté célèbre. « 11 est urgent, disaitelle, de voir quels sont les plus intelligents parmi les chrétiens ou les païens nouvellement convertis, et après les avoir instruits avec soin, après avoir éprouvé leurs mœurs pendant plusieurs années et les avoir exercés dans la pratique de la ^ligion chrétienne, il sera bon de les élever aux saints ordres jusqu'au sacerdoce inclusivement^. »

En 1633, elle demanda l'érection d'archevêchés et d'évôchés au Japon, en Chine, au Tonkin, àSiam, même

1. Nos ](*cteurs savent qu'on nomme ainsi ]a Congrégation dps Cardinaux, charg/îs par le Pape de tout ce qui concerne la prédictation de TE^angile dans les pays h<^rétiques, schisinatiques ou inûdèles. C'est cette (>>ngrrgation qui envoie les ouvriers évangéliques, qui présente les évéques et vicaires apostoliques au choix du Souverain Pontife, qui résont les questions et juge les difficultés qui peuvent s'élever dans les missions. Elle est le centre qui relie toutes les missions particulières et 1rs rattache au Saint-Siège.

2. 11 Septembre. Collectaneà constUiUionutn, decretorum, indutiortan ac tnstructionum Sanclœ Sedis ad usum operariorum apos- (olirorum Societalis missionum ad cxCeros, p. 98, n» 16i.

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