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sans titre et sans revenus, la nomination à ces sièges de prêtres séculiers ou de religieux, leur envoi selon la coutume apostolique, c'est-à-dire indépendamment des gouvernements d'Europe.
Cette même année 1633, elle insista, par plusieurs décrets, sur la nomination en Extrême-Orient d'évêques in partibiis infideliumy et le maintien de ce genre de nomination jusqu'à ce qu'il fût possible de créer des diocèses.
En 1631, elle supplia le Souverain Pontife de prendre de nouvelles et plus efficaces mesures pour la création d'évêques et de prêtres indigènes dans les diverses églises de la Haute- Asie. En même temps, elle exposa le projet de donner à ces contrées un ou deux archevêques et douze évêques, pris parmi les prêtres séculiers ou réguliers, selon que le Pape le jugerait plus utile au bien des âmes.
On voit ici Tesprit d'organisation qui distingue Rome et préside à tous ses actes.
Le P. Sotelo avait demandé des évêques pour le Japon, le P. de Rhodes pour TAnnam; ces missionnaires n'avaient songé qu*à rétablissement d'une ou de deux églises particulières; la Propagande propose une institution générale embrassant TExtrême-Orient tout entier. Chacun d'ailleurs était dans son rôle et restait dans le cercle de ses attributions.
L'exécution de ces décrets et la réalisation de ces désirs avaient été empêchées par l'opposition du Portugal, par la pénurie d'hommes et d'argent, par les dangers du voyage, par les obstacles de tout genre que rencontre une œuvre qui se fonde; sauf l'envoi infructueux des évêques que nous avons nommés plus haut, décrets et demandes étaient demeurés lettre morte ; il convient d'ajouter que si, en théorie, l'utilité de la création du clergé indigène rencontrait une adhésion presque
DES VISSI0NS-ÉTRAM6ÈRES H
unanime parmi les missionnaires, il n*en était pas de même en pratique.
On faisait valoir, contre la possibilité de cette institution, plusieurs argnments dont les plus justes relevaient la difficulté de recruter des prêtres d'une science suffisante et de moeurs pures.
L'entretien des collèges et des séminaires, disait-on, est impossible dans des pays que ravage la persécution,; il est difficile, même sous des gouvernements paci-^ tiques, mais toujours soupçonneux, ne comprenant pas ou comprenant mal le but d'une réunion de jeunes gens sous Tautorité d'Européens. Or, sans séminaires, com* ment posséder des ecclésiastiques solidement instruits?
Quant à la chasteté sacerdotale, pouvait-on espérer <pie des hommes, hier encore li\Tés aux superstitions et aux habitudes païennes, la garderaient inviolable?
Ces obstacles n'étaient certes pas imaginaires, ils n'étaient pas non plus insurmontables, puisqu'il n'était pas impossible de fixer les séminaires dans des pays relativement tolérants et de choisir des jeunes gens vertueux nés de familles catholiques éprouvées.
Tel était, au milieu du xvii* siècle, l'état de la question qui intéressait vivement les chrétientés de l'Asie, et dont la solution pouvait avoir sur leur avenir de grandes conséquences.
Pour la résoudre, la Providence suscita une nouvelle société apostolique, qui se composa de prêtres exclusivement voués aux Missions et particulièrement attachés à la formation d'un clergé indigène.
Est-ce à dire que ceux qui travaillaient pour l'Eglise, ne remplissaient plus leur mandat? Evidemment non; parce que saint Ignace fonda la Compagnie de Jésus, faut-il conclure que les enfants de saint Dominique et de saint François avaient oublié leurs devoirs et failli à leur mission ? La conclusion serait fausse. Mais
pour répondre à des besoins nouveaux, il faut des institutions nouvelles, c'est à un de ces besoins que devait répondre la Société des Missions-Étrangères.
Elle devait encore avoir une autre action, qu*il ne nous est pas permis de passer sous silence. Elle allait naître en France, être la première société apostolique composée de Français, être soutenue par la France officielle et charitable, c'est dire qu'à ce moment, Dieu appelait notre pays à Fhonneur de Tapostolat, qui semblait avoir été jusqu'alors réservé au Portugal et à l'Espagne, et qu'il prenait à son service les qualités de cœur et d'esprit de notre race : le dévouement, la générosité, l'esprit de prosélytisme avec cet héroïsme joyeux du soldat qui court aux avant-postes du péril et meurt sans marchander son sang et sans compter ses sacrifices. S'il est vrai d'ailleurs que, par une sorte de force antécédente, les vertus des générations futures attirent les bénédictions du ciel sur celles qui les précèdent, lé pays qui devait enfanter les Œuvres merveilleuses de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, et marcher à la tête dtfs martyrs annamites, chinois et coréens, n'avait-il pas quelque droit à ce glorieux appel?
Le règne de Louis XIV commençait. Les troubles de la Fronde étaient finis, Mazarin reprenait le pouvoir, et la guerre contre l'Espagne apportait une série de triomphes, préludes de guerres plus longues et de victoires plus éclatantes, préparées par des hommes d'État tels que Colbert et Louvois ; la flotte devait bientôt rivaliser avec l'armée et promener notre pavillon sur toutes les mers : les arts et les sciences prodiguer les chefs-d'œuvre, la sainteté et le génie illustrer l'Église de France; à saint
Vincent de Paul, à M. Olier, au P. Eudes, au P. de Contlren allaient succéder Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier, et tant d'autres dont les noms sont immortels.
En 1653, le P. de Rhodes, dont nous avons parlé plus haut, après avoir inutilement parcouru Tltalie, le Piémont, la Suisse catholique, vint à Paris, cherchant toujours des évoques, selon Tordre qu'il en avait reçju du Souverain Pontife.
Pendant son séjour dans cette ville, un autre religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Bagot, le conduisit au siège d'une petite association dont il était le directeur, et tjui s'était formée à Tinstar de ces pieuses et charitables associations alors si multipliées. Elle s'était placée, d'une façon spéciale, sous la protection de la Sainte Vierge et était composée de jeunes gens, ecclésiastiques et laïques.
Les Associés avaient d'abord vécu séparément dans différentes maisons ou hôtelleries, puis, désireux de jouir d'une tranquillité plus grande, ils convinrent d'habîter ensemble et louèrent une maison, rue Copeaux *, dans le faubourg St-Marcel. Ils suivaient un règlement fort peu compliqué, dont l'un d'eux, François Pallu, avait été le rédacteur, et qui consistait surtout dans l'indication de riicure des prières, des exercices de piété et des repas.
Leur nombre augmentant, ils ne tardèrent pas à être obligés d'avoir plusieurs demeures, et pendant que les uns restaient rue Copeaux, d'autres se fixèrent rue Saint- Etienne-des-Grès * et rue Saint-Dominique ^ .
Si l'on eût interrogé ces jeunes gens sur le but et sur l'œuvre qu'ils poursuivaient, ils auraient assurément répondu qu'ils n'avaient d'autre but et ne rêvaient d'autre
i. A rrndroit où passe aujourd'hui la rue Lacépède.