‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 63 sur 218 · Arch. des M.-Ê., toI. 201, p · texte numérisé non relu

Arch. des M.-Ê., toI. 201, p

rempéche d'aller droit à Dieu, à qui elle ne peut être complètement unie, si elle ne se débarrasse, autant que notre condition mortelle le comporte, de toute attache terrestre. Et comme d'un côté, selon la parolede TApôtre « qui adhœret Deo ttnns spiritm est » ; et que d'un autre, Tunion ne se peut faire qu'entre choses semblables, il est aisé de voir combien grande doit être la pureté d'une âme qui tend à l'union mystique avec Dieu. Aussi, saint Denis [ThéoL mtjst, chap. I) avertit Timothée d'abandonner les aspirations de l'intelligence, les voies sensibles et intellectuelles, tout ce qui n'est pas et tout ce qui est.

« Personne, dit-il, ne peut être élevé à un rayon de cette lumière surnaturelle et divine, s'il n'a conquis une complète liberté et indépendance, en renonçante cet état sublime, si grande que soit sa sainteté et son esprit intérieur, s'il n'est attiré de Dieu. Toutefois, avec l'aide du Seigneur, nous pouvons et nous devons éloigner tout ce qui serait obstacle à une grâce aussi grande. »

Malgré ces éloges, Bona ne pensait pas qu'il fût sage de faire ces vœux. Tel fut l'avis de la Propagande dans une assemblée générale, tenue le ISaoût 1669. Le 6septembrc suivant, le Pape approuva cette décision; tous les vœux furent déclarés nuls, sans qu'on voulût cependant en noter aucun en particulier. On se contentade donner cette raison générale : « Les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance intérieures, tels qu'ils ont été expliqués, ne sont faits que dans de rares hypothèses, ne peuvent jamais servir de fondement à une Société religieuse. Quant aux autres sur les observances extérieures, il faut simplement les considérer comme de bonnes résolutions, et encore de telles résolutions conviennent peu à des missionnaires, surtout s'ils les prennent en commun. »

Mgr Pallu reçut ce jugement avec le calme d'une i>arfaite soumission : (( sachant, dit-il, que l'obéissance est préférable au sacrifice; le jour même que le Souverain

Pontife approuva ce que la Sacrée Congrégation avait décidé, je mangeai de la viande et bus du vin ». 11 écrivit ensuite à Mgr delà Motte Lambert : « J'aimerais mieux mourir que de m'écarter d'un iota des bornes qui nous ont été prescrites, quand ce ne serait que pour marquer le respect et l'obéissance que je dois et veux rendre 4oute ma vie au Saint-Siège. »

Pressé de tracer à ses missionnaires la ligne de conduite à suivre, il disait dans une lettre à Deydier : « Je ne crois pas qu'on puisse plus travailler et agir que j'ai fait pour la défense de tous les vœux. Cela m'a fait tort et en France et à Rome. J'ai avec moi tout ce que j'ai écrit sur toutes ces matières et tous les sentiments des plus doctes et spirituels qui soient à Rome, que j'ai consultés tous en particulier et que j'ai depuis nommés au Pape pour leur commettre l'examen des vœux.

«Bref, il faut nous tenir à ce qui a été réglé, sans donner liberté à nos esprits de faire la moindre réflexion sur le passé, demeurer dans l'état et dans les dispositions où nous étions avant de penser à faire ces vœux, tendre de toutes nos forces à la perfection et nous employer entièrement à la sanctification des peuples dont nous sommes chargés. Pour le surplus, tâchons de vivre dans une grande indifférence et dans une sainte liberté qui établissent nos âmes dans la paix, qui les tiennent soumises au Saint-Esprit et qui les rendent toujours susceptibles des plus purs mouvements de la grâce.

« Cependant, mon très cher frère, il ne faut point regretter ce que nous avons fait dans cette rencontre, puisque nous avons agi simplement et sincèrement, ne recherchant que Dieu seul et sa sainte volonté dans la perfection de notre état. Je vous confesse pour mon particulier, que je n'ai jamais éprouvé plus de grâce et de miséricorde et une protection de Dieu plus sensible, que depuis le moment où je me suis engagé dans ces

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vœux. A Dieu ne plaise que je veuille par là justifier notre conduite et maintenir ce qui a été très justement censuré. Je vois fort bien en quoi nous avons excédé et ce qu'il y a à retenir et rejeter ^. »

L'idée de la congrégation apostolique, dont les vœux étaient la base, tombait d'elle-même par ce refus.

C'est à cet arrêt du Pape et de la Propagande qui une fois de plus affirmait son autorité sur les Missions- Etrangères, que la Société doit d'être restée ce qu'elle fut à son origine : une association de prêtres séculiers, réunis entre eux, et consacrés aux Missions par l'acte unique et continuel d'une volonté libre. Sa constitution, quelque différente qu'elle soit de la constitution des autres Sociétés religieuses ou ecclésiastiques, a subi, sans faiblir, l'épreuve du temps, et fait dire à un des grands évêques de Tlnde :

« Plus je voyage, plus je réfléchis, plus j'estime notre Société dans sa forme présente et malgré ses défauts. Je me convaincs de plus en plus, que notre institution est la meilleure, la plus apte à faire le bien dans les missions, et celle qui a le moins d'inconvénients essentiels.

« Si je pouvais parler, je le démontrei*ais facilement; je le ferai peut-être un jour. Perfectionnons-nous donc, mais ne nous changeons point^. »

Ce fut le seul refus que Mgr PaUu éprouva à toutes ses demandes.

Les Institutions ou Monita furent également examinées par Boua qui les déclara « remplies de Tesprit apostolique, conformes à la foi orthodoxe et nécessaires aux prêtres occupés à la conversion des infidèles. »

D'après ce rapport, le Pape les approuva avec éloge, et la Propagande les fit imprimer à ses frais.

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