‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 66 sur 218 · janvier · texte numérisé non relu

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2. Ces décrets n'étaient que la conséquence de deux constitutions antérieures, l'une de Pie V, et l'autre de Paul IV.

De très nombreux décrets et plusieurs constitutions furent rendus en 1669, concernant les Missions et presque tous sur la demande de Mgr Pallu. Voir Collectaneaconstitulionum, etc. Ëxtensionsde la Juridiction des Vicaires apostoliques, p. 12, d Tadminlstration, p. 29. — Communications avec le Saint-Siège, p. 51, 58. — Destination des missionnaires, p. "0. — Des pouvoirs des missionnaires, p. 72. — Des vertus des missionnaires, p. 16, 11. — Conduite en dehors des affaires politiques, p. 82. — De l'exercice de la chirurgie, p. 96. — Des sacrements et de leur administration, p. 140, 141, 161, 164, no, m, 181,206,218, 226, 228, 244, 323, 381, 481. — Des processions, etc., etc.

saient son autorité et en facilitaient Texcrcice, Mgr Fallu voulut aussi, ce qui était tout naturel de la part du repré* sentant le plus élevé du Pape en Extrême-Orient, voir s'établir des relations directes entre Rome et les souverains de ces contrées lointaines; il pria donc Clément IX d'envoyer des présents et une lettre autographe au roi de Siam. Le fait avait plus d'un précédent dans l'histoire de l'Eglise, et le Pape n hésita pas à accéder à la demande.

Après cette dernière faveur , Pallu rentra en France, ^'isitant sur sa route la plupart des évêques de la Provence, du Languedoc, de la Guyenne et du Poitou. A Paris, il s'entendit avec les directeurs sur l'usage des pouvoirs nouvellement reçus de Rome, et sur la conduite envers les Portugais, « parce que, dit-il, si nous voulons réussir et continuer avec bénédiction et heureux succès ce grand œuvre de la conversion des gentils, il est nécessaire que nous entretenions, avec les directeurs du Séminaire, une entière confiance et une parfaite correspondance. »

Les conclusions de leurs mutuelles réflexions furent signées en présence de l'évêque de Rodez, Abely, du P. César Pallu, frère de l'évêque, et de M. Duplessis- Montbard.

Sur le point de partir, Mgr Pallu alla à Versailles prendre congé de Louis XIV, cpii lui fitdon de 2,000 écus, promesse d'une pension viagère de 3,000 francs, et lui remit une lettre pour le roi de Siam. Il devenait ainsi l'ambassadeur presque officiel du Pape et du Roi.

En vertu de cette double dignité, la Mission des Vicaires apostoliques revêtait aux yeux du roi de Siam et de ses peuples, comme aux yeux de toutes les nations d'Extrême-Orient, prêtes à admirer la force et la grandeur d'où qu'elles viennent, une consécration particulière, qui lui assurait un accueil plus favorable, un

respect plus vrai, et lui offrait une garantie plus certaine de succès.

L'évêque repai*tait heureux, quand une calomnie le frappa au cœur.

Se défendre contre des rois persécuteurs ou contre de& mandarins malveillants, lui semblait chose naturelle; combattre contre des Portugais ambitieux, à langueur il s'y résignait; mais être accusé en France, par desprêtre^ français, et accusé de Jansénisme, c'est-à-dire d'erreur dans la foi, de désobéissance au Saint-Siège,, lui qui sacrifiait sa vie pour porter aux infidèles la pure lumière de l'Évangile, et revenait à Rome, après, un voyage de plusieurs milliers de lieues, uniquement pour soumettre ses desseins au Pape, cette calomnie leremplit d'amertume.

Et pourquoi donc cette accusation était-elle jetée à la face de l'évêque? Parce qu'un jour, traversant Alet, il avait cru de son devoir d'aller saluer Mgr Pavillon. En français, cet acte s'appelle politesse ou convenance ; la haine parle une autre langue ; elle forge des armes avec des mots; elle accable ceux qu'elle n'aime pas, par des* dénonciations vagues et mal définies, qu'elle cache sous une formule retentissante ; elle raconte des faits, en leur donnant la couleur et l'explication qui lui plaisent. Mgr Pallu, disait-on, avait été chez Mgr Pavillon pour lui donner son approbation au refus des évêques de signer le formulaire de 1665; on ajoutait qu'il avait aussi, par ses paroles et ses écrits, autorisé plusieurs» choses contraires aux décrets d'Alexandre VU contre le Jansénisme.

Ces direjï ne contenaient pas un mot de vrai» néanmoins ils firent tant de bruit qu'avant de s'embarquer, Pallu se crut obligé, pour mettre sa foi hors de tout soupçon, d'écrire à un de ses amis et de le prier de rendre sa lettre publique. Après avoir mis dans leur véri-

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table jour les faits qui avaient donné lieu à l'accusation portée contre lui, il faisait les déclarations suivantes dont l'orthodoxie ne laissait aucune prise à ses accusateurs : « Premièrement, je tiens avec saint Fulgence, comme une vérité très assurée que celui qui se sépare de l'unité de l'Église, et de la dépendance légitime de son chef visible, qui est notre Saint-Père le Pape, ne peut avoir aucune part au salut éternel, quelques bonnes œuvres qu'il fasse, et quand bien même il répandrait son sang pour la confession du nom de Jésus-Christ, s'il ne se remet à son devoir en se réunissant à l'Eglise et en obéissant à son Chef.

a Deuxièmement, je tiens pour très certain que, lorsque l'Eglise juge de la doctrine enseignée par quelque auteur, et que trouvant cette doctrine contraire à rÉcriture ou à la Tradition, elle le condamne comme hérétique, tous les fidèles sont obligés en conscience de se soumettre à son jugement comme très certain, et de condamner sincèrement ce qu'elle condamne.

€ Troisièmement, je tiens pour très certain que l'Eglise oblige pareillement tous les fidèles de se soumettre à son jugement, lorsqu'elle condamne une telle doctrine, soit que cette doctrine ait été enseignée ou soutenue de \ive voix par celui qui en est l'auteur, soit qu'il l'ait rédigée par écrit dans quelque livre, l'Église ayant assez de lumière et d'autorité pour juger de Tune comme pour juger des autres.

« Quatrièmement, je tiens aussi pour très certain que comme l'Église peut avec certitude connaître quel est le vrai et propre sens de l'Écriture contenue dans un livre, elle peut aussi, avec la môme certitude, déclarer si le sens de cette doctrine est bien ou mal exprimé dans les propositions tirées du même livre.

«f Cinquièmement, l'Église ayant donc condamné la doctrine du livre de Jansénius dans les cinq propo-

sitions qui en ont été tirées, ou bien ayant condamné les cinq propositions comme contenant un véritable extrait de la doctrine de Jansénius, je tiens pour indubitable que tout fidèle est obligé en conscience de se soumettre à son jugement et de condamner ce qu'elle condamne, et comme le formulaire ne renferme autre chose qu'une déclaration sincère de cette soumission, je tiens pareillement que ceux, que le Pape oblige de souscrire ledit formulaire, sont obligés en conscience de le souscrire purement et simplement, et que s'ils refusaient de le faire, ils se rendraient coupables d'un très grand péché devant Dieu ; et ils sont dignes d'être traités par l'Eglise comme désobéissant à ses ordres.

« Voilà quels sont mes véritables sentiments sur ce sujet, dans lesquels j'ai toujours été, et dans lesquels je veux, avec la grâce de Dieu, persévérer toute ma vie, et non seulement je consens, mais aussi je vous prie de le faire connaître aux personnes et aux lieux, comme vous jugerez expédient pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise. »

La cause était entendue et jugée, les sentiments du Vicaire apostolique hors de toute critique, ses ennemis se turent; et le il avril 1670, accompagné de six missionnaires : Maguelonne de Courtaulin ^ , Sevin *, Lotteaux^, Chandeboisde Falandin*, Forget^,

1. Jean de Maguelonne, sieur de Courtaulin, de Limoux au diocèse de Narbonne, missionnaire en Cochinchine.

2. Charles Sevin, de Paris, fit deux fois le voyage de Siam, en 1670 et 1676, et fut renvoyé deux fois en Europe pour affaires de la Société ; Directeur du Séminaire de Paris, Procureur à Rome; mort le 20 janvier 1707.

3. Louis Lotteaux, de Ghàteaubriant au diocèse de Nantes, bachelier de Sorbonne, mort à Madagascar, au mois de février 1671 en se rendant en mission — 31 ans.

4. Claude Chandebois de Falandln, de Mortagne au diocèse de Sées, provicaire apostolique de Siam, mort en décembre 1687 — 47 ans.

5. René Forget, du diocèse du Mans, missionnaire à Siam et en Cochinchine, provicaire apostolique, mort à Nha-trang le 22 octobre 1700 — 60 ans.

Gayme ^ et de trois laïques ^ , Mgr Fallu quitta pour la seconde fois la France.

La Société des Missions-Etrangères avait été affermie en Europe et en Extrême-Orient par le voyage et les négociations du premier de ses évoques ; la décision de Rome sur les vœux, et, par contre-coup, sur la Congrégation apostolique avait éclairé les doutes sur la constitution qu'elle devait avoir, elle avait arrêté toute tentative sérieuse d'innovation ; les liens entre les Vicaires apostoliques, les missionnaires et le Séminaire avaient été resserrés et les rapports entre eux précisés; les Missions avaient été augmentées par la réunion de Siam, fortifiées par l'approbation des Monita et par la publication de nombreux décrets, honorées par les lettres de Clément IX et de Louis XIV à Phra-naraï. En Europe et en Orient, la Société se présentait dès lors, comme un corps plus ferme, plus stable, plus uni, dont chaque organe avait un jeu plus facile et plus normal, comme une association d'ouvriers apostoliques sur lesquels l'Eglise avait le droit de compter.

1. Claude Gayme, de Ghambéry au diocèse de Grenoble, missionnaire à Siam, procureur général des Missions, perdu en mer, en i682, a^ec le ifaisseau VOrient en conduisant en France les ambassadeurs du roi de Siam — 40 ans.

2. Michel Cochard, de Lille, chirurgien, travailla à Siam, mort à Siam en 1618 — 36 ans. Pierre Le Tellier, d'Angers, chimrgien, travailla à Siam, mort en 1678 — 35 ans. Michel Le Moine, de Gascogne, tailleur, traTailla à Siam, se fit pilote et mourut en mer à la côte de Coromandel en 1684.

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