‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 67 sur 218 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

I. Plans de Mgr Pallu. — Le P. Lopez. — Conduite «avers les religieux — Projet d'établissement au Tonkin. — Eloge de Blot et de Barsa. — Moyen de soustraire les Français k la puissance portugaise. — Demandes d'aumôniers K bord des navires de FÉtat. — II. Bref d'éloges de Clément IX à Mgr de la Motte Lambert. — Brefs qui exemptent les Vicaires apostoliques de la juridiction des Ordinaires portugais. —

III. Vachet, Mabot Bouchard et de Courtaulin en Cochinchine. —

IV. Deydier et de Bourges emprisonnés. Leurs succès. ^- Les prétren indigènes. — V. Élection de Mgr Laneau. -> Les Vicaires apostoliques demandent des collaborateurs à Saint-Sulplce, aux Dominicains et aux Franciscains, — VI. Répartition des missionnnaires et des ressources. «- Rôle des directeurs du Séminaire de Paris. — VII. Audience solennelle accordée par le roi de Siam aux Vicaires apostoliques. — Lettres de Clément IX et de Louis XIV au roi de Siam. — Conversion» à Siam. — Raisons de la conduite des Vicaires apostoliques.

La Société des Missions-Étraagères^, foudéc pour Torganisation des églises et la conversion des infidèles, fut, dès son origine, composée de prêtres français; aussi n'est-il point étonnant de la voir s'intéresser à toutes les questions, qui de près ou de loin touchent à l'avanceraent des Missions et aux progrès de Tinfluence française. Pallu fut, chez elle, pendant le xvii® siècle, le représentant et le propagateur le plus actif de ce double courant d'idées. Son nouveau voyage de France en Extrême-Orient dura trois années. Aucun moment de sa vie ne fut peut-être aussi complètement rempli par

la conception et l'étude de plans qu'il adresse au Pape, & la l^ropagande, à Louis XIV, à Colbert, à la Compagnie des Indes-Orientales pour l'expansion de la puissance nationale, par Texposé de sages conseils à ses missionnaires, de pieux enseignement, & ses chrétiens pour l'extension de la foi catholique.

Nous analyserons ses principaux mémoires, écrits du cap de Bonne-Espérance, de Madagascar et de Surate, moins pour montrer la haute intelligence de l'évêque ou élucider une page d'histoire, que pour mettre en lumière des projets dont l'exécution eût été féconde en résultats.

A Madagascar, Fallu rencontra le célèbre dominicain Navarette ; il eut avec lui de longs entretiens sur l'état des missions de Chine et sur les difficultés soulevées par la question des Rites. C'est par le P. Navarette qu'il connut le P. Lopez, dominicain chinois, dont le zèle, les talents et les vertus provoquaient l'admiration, il le tint en si haute estime, qu'il écrivit à la Propagande pour solliciter sa nomination épiscopale, à condition toutefois, qu'il fût soumis à l'autorité d'un évêque européen. Cette proposition, la première partie d'un vaste plan d'admmistration, que Mgr Fallu développera dans la suite, fut appuyée par le P. Navarette, pendant son séjour à Rome, et admise huit ans plus tard.

Ces entrevues avec le dominicain firent sur le vicaire apostolique une impression profonde, dont il rendait compte en ces termes :

« Cette rencontre nous a donné le moyen de nous entretenir de tous les besoins de nos Missions de la Chine ; je me trouve bien éclairé des entretiens de ce bon religieux et des mémoires que j'en ai dressés. »

L'évêque porta ensuite sa pensée vers le Tonkin, et redoutant que la diversité des Sociétés apostoliques qui y travaillaient ne nuisit à la bonne entente et à l'har-

rnoriie si néce>>aires aa bien, il adre>sa à Devdier et à de Sources de^ coii<»eiL» pratiques qui peuvent se résumer en ces quatre points : Montrer envers les religieux beaucoup de ïx>nté et de prudence; — leur prouver la légitimité des pouvoirs des Vicaires apostoliques: — laisser leurs Supérieurs leur notifier les ordres du Souverain Pontife ; — en référer à Rome dans les cas difficiles. La conclusion était de la plus douce charité.

<« Vous vous étudierez particulièrement à gagner les cœurs, à vous concilier raflection de ceux que vous verrez être les mieux disposés, et qui témoignent le plus de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, vous les traiterez comme vos frères et tâcherez par leur moyen de gagner les autres *. »

Des Missions, le regard de l'évèque se tourna vers la France et Tagrandissement de son commerce; mais il est à remarquer que dans ces mémoires, comme dans ceux que nous avons cités, et que nous citerons plus tard, Pallu n* engage jamais le gouvernement français à la conquête des royaumes infidèles, il ne parle que de négociations en vue d'obtenir des traités avantageux ou des autorisations pour établir des comptoirs et des factoreries ; il veut uniquement des relations pacifiques également utiles à la France et aux autres pays, au bien des âmes et à la gloire de l'Eglise ; il répond d'avance par ses actes à ceux qui accuseront les missionnaires d'être des agents politiques, appelant leurs compatriotes et les aidant à subjuguer les contrées qu'ils évangélisent.

Le 2 janvier 1672, il soumit à Colbert le projet d'établir un comptoir au Tonkin. « Mgr de la Motte Lambert y a si bien disposé les choses, disait-il, qu'il a obtenu du roi pour deux de ses ecclésiastiques, qui étaient déguisés en habit de marchands, le pouvoir d'y demeurer et de faire

i. Arch. M.-E., vol. 102, p. 2H. •

bâtir une maison, eu un beau lieu qui leur fut assigné, dans l'espérance qu'il donna que la Compagnie française y pourrait bieii venir prendre un établissement. Il en a écrit à MM. les Directeurs généraux et leur a envoyé des mémoires très instructifs du négoce qu'on y peut faire.

« Je vous supplie, Monsieur, pour l'intérêt de la foi, d'où dépend celui de la Compagnie, et pour l'honneur et la gloire du roi très chrétien, de porter MM. les Directeurs généraux à disposer incessamment tout ce qui est nécessaire pour l'établissement d'un comptoir en ce royaume ou au moins pour y faire un voyage. Cette affaire ne peut être que très avantageuse à la Compagnie^. »

En passant à Surate, il fit écrire par Blot et Baron , une lettre au roi de Siam pour lui demander sa protection, et une autre au roi d'Annam, pour lui témoigner le désir d'installer une factorerie auTonkin, et le prier d'agréer quelques présents'. Étudiant de près les hommes avec lesquels il avait affaire, il se défiait de Caron, qui avait quitté les Hollandais pour devenir directeur de la Compagnie des Indes-Orientales, et qui mourut accusé de trahison ; mais il devina la valeur de Blot et de Baron, « qui ont chacun leurs talents et leurs qualités particulières, et étant bien unis ensemble comme ils sont, paraissent tous d'eux si nécessaires au gouvernement présent, que si l'un deux venait à manquer à l'autre. Ton pourrait dire qu'il ne serait pas sans quelque défaut. Je laisse aux plus éelairés à vous en faire une juste peinture; il me suffit, Monsieur, de vous assurer que vous pourrez dorénavant dormir en repos sur les affaires de la Compagnie des Indes, si ce n'est pour leur faire toucher au plus tôt un fonds considérable pour essuyer

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