Mémoires du P. Lecomte, vol. 2, p
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au gouverneur. Un soldat, le sabre nu à la main, menaça de couper la tête à M. de Bourges. « Tu n'auras pas Thonneur de faire un martyr, >» dit doucement le missionnaire. Séminaristes et domestiques furent saisis en même temps et li\Tés au mandarin, qui les menaça desplus rudes châtiments, s'ils n'avouaientpas que leurs maîtres étaient des chefs de religion. Ces jeunes gens se contentèrent de répondre qu'eux-mêmes étaient chrétiens. Le mandarin en condamna quatre à la prison et en laissa trois près de M. de Bourges, enfermé au prétoire, en lui disant : « Je vous fais grâce, mais pour votre compagnon, je l'ai déjà traité comme il le mérite, et je le mettrai en un lieu d'où il ne m'échappera pas. » En eflfet, il condamna Deydier aux fers ; quelques jours après, il prononça contre lui et contre quatre séminaristes une sentence de mort, qu*il n'osa cependant exécuter sans l'autorisation royale. 11 se rendit à la capitale pour l'obtenir. Au premier mot qu'il prononça : « Je ne veux pas, répondit le roi, qu'on les punisse de mort; mais si quelqu'un est convaincu d'avoir commis de grands désordres dans la province, tu peux lui faire couper la main, ou plutôt je t'ordonne de me l'envoyer et j'en userai comme je jugerai à propos. » Le mandarin avait espéré un autre jugement ; il voulut sortir de cette affaire avec les honneurs de la guerre. 11 ordonna & de Bourges de transporter sa maison dans le quartier chinois. Le missionnaire répondit que le roi, lui ayant donné le terrain qu'il occupait actuellement, serait mécontent de le voir s'établir ailleurs, que du reste il n'avait pas de ressources suffisantes pour une seconde installation.
Croyant être plus heureux avec Deydier, il lui offrit la liberté, s'il consentait à lui demander pardon. Celui-ci s'excusa, il n'avait rien fait contre les ordres du prince, jamais manqué de respect au mandarin; il ne voyait
donc pas de quoi il devait demander pardon. Ces paroles lui valurent une aggravation de peine ; par bonheur, un mandarin, visiteur des vaisseaux étrangers, passa par Hean avec sa femme, fervente chrétienne :
« Pourquoi donc, dit celle-ci au mandarin, retenez-vous M. Dcydier en prison après que le roi vous a ordonné de l'élargir? J'avertirai Sa Majesté de la manière dont vous obéissez & ses ordres. » Intimidé, le préfet se déclara prêt à relâcher le captif, s'il lui fournissait une caution. De Bourges s'offrit; le mandarin, visiteur des vaisseaux,fit de môme, et, secouru par ce double dévouement, M. Deydier sortit définitivement de prison le 5 novembre 1671.
En terminant la relation de ses souffrances, le missionnaire écrivait ces belles paroles confirmées par le baptême de 5.300 chrétiens en cette seule année : « Ce sont des roses qui croissent parmi les épines. Malgré les édits du roi, la perte des biens, les bastonnades, les prisons, il se fait tous les jours de nouveaux chrétiens par un miracle continuel de la grâce. Le soleil de justice fait éclater sa lumière de ces nues menaçantes qui devraient l'obscurcir. Les païens découvrent, reçoivent et conservent cette divine lumière aux dépens de leur vie. La cruauté des tyrans et la vigueur des tourments, loin de ralentir leur ferveur, augmentent encore l'estime et l'amour de la religion * . »
Ces progrès de la foi étaient dus en grande partie aux prêtres indigènes, qui, par leur zèle et leur fermeté, se montraient chaque jour plus dignes de leur sainte vocation. Une lettre écrite du Tonkin, en 1672, fait en ces termes, l'éloge de celui d'entre eux, qui le premier alla au ciel recevoir la récompense de ses travaux : « Jean
1. Histoire abr, des Prog. de la Bel. dans les Indes-orientales t>. 268.
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Van-Hue, chargé du district de Kicn-lao, était un homme puissant en œuvres et en paroles, son âge peu avancé et son tempérament robuste le rendaient propre à soutenir longtemps les fatigues du ministère ; mais le mardi de la Semaine-Sainte, il fut subitement attaqué d'une violente douleur de tête, qui l'emporta en six jours. Après sa mort, on vit paraître sur son cou, sur sa poitrine et sur ses côtes, des taches que Ton prit pour des indices de poison. Dire quelle a été la cause de la mort si surprenante d'un ouvrier si cher à Dieu et si nécessaire à cette église, c'est ce qui n'est pas facile. Le jour du Seigneur développera ce mystère. »
Quelques mois plus tard, un autre prêtre, Léon Thu, fut accusé par un apostat de tramer une révolte contre le roi. Le gouverneur de la province de Thanh-hoa, auquel il fut dénoncé, le fit saisir et jeter en prison ; mais, ne découvrant aucune preuve de cette prétendue rébellion, il jugea que c'était une calomnie; il condamna néanmoins l'accusé à une amende pécuniaire pour avoir été convaincu d'enseigner la loi du Seigneur du ciel.
Réunis aux catéchistes, les prêtres indigènes du Tonkin écrivirent en 1672 à la Propagande pour remercier le Saint-Siège de leur avoir envoyé des missionnaires qui établissaient des séminaires, un évêque qui leur conférait les saints Ordres, et pour rendre un compte très détaillé de la situation de leur église, ajoutant « que les chrétiens témoignaient être infiniment redevables à la miséricorde divine de leur avoir donné des pi*êtres de leur nation. »
Ces chances diverses de fortune dues à la haine de mauvais chrétiens, aux visées ambitieuses d'officiers subalternes, èi l'attachement des fidèles, aux bons
sentiments des païens, si fréquentes en Cochinchine et au Tonkin, ne se présentaient pas pour les missionnaires de Siam. Leur ciel était uniformément calme, un peu bas et lourd; de quelque côté qu'on l'observât, on n'y voyait pas de nuage sombre précurseur de la tempête, pas davantage d'éclaircie lumineuse annonçant les beaux jours.
Le roi était bienveillant, les mandarins tolérants, le peuple à peu près indiffèrent. On crut un moment que les lettres de Clément IX et de Louis XIV amélioreraient ces dispositions générales et secoueraient de sa torpeur Tàme apathique des Siamois.
Mgr de la Motte Lambert avait annoncé îi Phra-naraï que Mgr Pallu, le prélat parti huit ans auparavant, venait d'arriver, chargé de lui offrir des lettres et des présents de la part du Père commun des catholiques et du roi de France. Le prince se montra enthousiasmé, il voulut recevoir!' ambassadeur avec une magnificence et des honneurs extraordinaires. Mais des difficultés d'importance majeure, à Siam, s'élevèrent au sujet du cérémonial de l'audience. Le premier ministre insistait, afin que selon l'usage ordinaire, les Européens se présentassent pieds nus et le visage prosterné contre terre. Ceuxci refusaient de se soumettre à une coutume qui leur semblait incompatible avec leur caractère d'évéque, leur qualité de Français et de quasi ambassadeur du Pape et du roi de France.
Les pourparlers durèrent plusieurs mois ; mais, on s'en doute bien, ils n'absorbèrent pas toute l'activité des Vicaires apostoliques qui, pendant cet intervalle, procédèrent à l'élection d'un évêque sous le titre de Métellopolis, selon les pouvoirs que le Souverain Pontife leur avait accordés. Mgr de la Motte Lambert proposa Laneau, et Mgr Pallu préféra Chevreuil ; après avoir beaucoup prié et réfléchi, convaincus tous les deux de la
206 aiSTOOLK €É5tlALC M !▲ SOaCTÉ
%'aleur de leor candidat, ils ne Toulnrettl point Taban* donner, et, suivant Texemple des Apôtres, consultèrent Dieu par la voie du sort.
«' Ils n'ignoraient pas que cet exemple n*est point passé en règle ; mais ils jugèrent avec raison qu'ils se trouvaient dans une de ces conjonctures, dans lesquelles saint Augustin et saint Grégoire approuvent la voie extraordinaire du sort. Ils se prosternèrent et élevant les yeux au ciel : « Seigneur, dirent-ils. vous qui connaissez les cœurs, montrez lequel de ces deux prêtres vous avez choisi pour le ministère épiscopal. »> Après cette courte prière, ils firent deux billets; dans l'un était écrit le nom de Chevreuil, et dans l'autre le nom de Laneau. Les ayant mis dans une boite. Mgr de la Motte i^mbert les présenta à Mgr PaUu. Celui-ci tira le premier qui tomba sous sa main, l'ouvrit et parut surpris d'y trouver le nom de Laneau. Mgr de la Motte Lambert, qui s'aperçut de sa surprise, lui dit de replier son billet et de le remettre dans le scrutin. Il le replia, le remit et retira le même nom; alors, il se jeta à genoux, remercia Dieu et consentit que Laneau fût choisi ^ . »
(iCtte élection était très heureuse, et Dieu avait pris soin de TœuvTC entreprise par la Société des Missions- Etrangères à Siam, et que M. Chevreuil, fatigué par une longue maladie, eût peut-être difficilement soutenue. Sans avoir les hautes qualités qui distinguaient les deux premiers Vicaires apostoliques, Laneau était un missionnaire remarcjuable, il parlait le portugais, l'espagnol, Tannamite, connaissait à fond la langue et la religion de Siam qu'il avait étudiées pendant près d'une année avec les bonzes les plus savants de Juthia; il avaitpubliéun catéchisme ensiamois et enbali, la langue sacrée du pays ; plus tard, il composa une grammaire^
i, Luquet. Lettres à Mgr de Langres, p. 69.
un dictionnaire siamois-latin ; il jouissait d^une haute estime à la cour, d'un grand crédit parmi les mandarins, et dans le peuple d'une réputation universelle de sainteté.
Nommer des évêques était nécessaire, trouver des missionnaires Tétait également, car T Extrême-Orient eu avait un extraordinaire besoin, et la Société des Missions- Etrangères était loin de pouvoir répondre à toutes les demandes des chrétiens, car elle comptait à peine une vingtaine de prêtres français répartis dans le Tonkin, la Cochinchine, Siam. A comparer leur petit nombre avec leurs travaux, leurs multiples entreprises, leur influence, on est bien obligé de reconnaître la grâce d'une Providence particulière, qui leur donne Tardeur, le courage, avec ce sang-froid dans le gouvernement que rien n'altère et ne déconcerte ; mais encore cette Providence veut-elle des instruments en assez grande quantité.
Le XVII* siècle nous apparaît très chrétien, peut-être Tétait-il moins qu'on ne Técrit parfois, oubliant que les années comme les prismes embellissent les choses; il était assurément loin d'avoir l'esprit apostolique qui distingue notre temps. Afin de trouver les prêtres nécessaires aux missions, les deux évêques s'adressèrent à plusieurs congrégations, pour les prier de diriger vers eux quelques-uns des ecclésiastiques qu'elles formaient ^ ou même plusieurs de leurs propres sujets, et tout d'abord ils en demandèrent à cette sainte maison de Saint- Sulpice dont Fénelon disait : « Je ne connais rien de plus vénérable et de plus apostolique. »
Le Séminaire des Missions-Etrangères était d'ailleurs dans les meilleures relations avec Saint-Sulpice, et à plusieurs reprises ^ Mgr Pallu remercie M. de Bretonvilliers et plus tard M. Tronson « de ce qu'ils ont toujours la bonté d'aider les directeurs de leurs conseils, dont
ceux-ci se trouveront si bien qu'ils consei*\^cront une parfaite correspondance entre les deux séminaires. » . Aussi, le 4 septembre 1673, les Vicaires apostoliques écrivaient à M. de Breton villiers, une lettre dans laquelle, après avoir succinctement raconté leurs travaux, ils disaient ^ : « Toutes ces entreprises nous étant d'obligation, nous mettent dans la nécessité d*y pourvoir; mais comme nous ne le pouvons pas par nous-mêmes, ni par le peu d'ouvriers qui travaillent avec nous, considérant d'ailleurs que le Séminaire des Missions-Etrangères ne peut nous en fournir qu'un petit nombre, en comparaison de celui qu'il nous faudrait, nous ne cmyons pas de remèdes plus efficaces en cette rencontre, que de publier les besoins où nous sommes et de pousser tous les ecclésiastiques qui voudraient bien se consacrer à ses divins emplois de nous venir secourir, comme firent autrefois les Apôtres qui, ne pouvant tirer à bord leurs iilets, à cause de la multitude des poissons qu'ils avaient pris, firent signe à leui*s compagnons.
« C'est pouixjuoi, jetant les yeux de notre sollicitude de tous côtés, nous les avons particulièrement arrêtés sur vos séminaires, qui, portant tous les caractères de leur fondateur de très sainte et très heureuse mémoii^e, et recevant tous les jours part des impressions de ce même zèle qui vous a fait entreprendre la mission du Canada, sont remplis d'un très grand norabi'e d'ecclésiastiques, que vous avez cultivés avec soin, non seulement dans les sciences, mais aussi dans l'exercice des plus hautes vertus, pour les rendre capables de toutes les fonctions apostoliques. Nous savons qu'ils sont tellement morts à eux-mêmes et soumis à vos volontés, dans lesquelles ils ne regardent que celle de Dieu, qu'il ne vous faut dire qu'une seule parole, et qu'on verra aussitôt sortir de
1, Arch. des M.-É., vol. 118, p. 552 et suivantes.
ces célèbres foyers autant d'ouvriers qu'il nous en faut pour nous aider à recueillir la moisson abondante, exposée à nos yeux et commise à nos soins.
« Ces réflexions, Monsieur, nous obligent de vous prier, avec toutes les instances possibles, de nous secourir en nous envoyant au plus tôt un bon nombre de missionnaires ; nous vous les demandons, par le précieux sang de Notre-Seigneur qu'il a versé pour tous les hommes, au nom de sa très sainte Mère, qui est la fondatrice de nos missions, et du glorieux saint Joseph, qui eu est le patron et le protecteur; nous vous en sollicitons, au nom de tant de milliers d'àmesquipérissenttouslesjours faute de missionnaires; nous vous en conjurons, pour les intérêts de l'Eglise universelle, au service de laquelle vous vous êtes dévoué, et qui peut, par votre moyen, accroître ses limites juscju'aux extrémités du monde; nous vous prions, pour l'honneur du clergé de France, auquel nos missions appartiennent par beaucoup de titres, ayant fourni de son corps tous les évoques et autres missionnaires, qui les ont remplis jusqu'à présent, ayant notablement contribué à leur subsistance temporelle dans toutes ses , assemblées, et leur faisant l'honneur de les considérer comme une extension de lui-même. Nous finissons nos instances, par le respect que vous avez pour les desseins et les désirs de feu M. l'abbé Olier, qui, épanchant son cœur dans celui de l'évêque d'Héliopolis, peu de temps avant sa mort, lui protesta qu'il se tiendrait heureux s'il pouvait aller passer le reste de ses jours dans le service de la mission du Tonkin.
f S'il nous était permis d'ajouter quelque chose à tous ces grands motifs, nous vous en supplions. Monsieur, pour la consolation et le soulagement des trois évêques * ,
1, Quoiqiril soit ici question de trois évèques, Fallu, de la Motte Lambert et Laneau, la lettre n'est signée que des deux premiers.
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qui gémissent et gémiront toujours, tant qu'ils se trouveront dépourvus du secours qu'ils vous demandent.
« Fait en la ville royale de Siam, en la paroisse de Saint-Joseph, le 4 septembre 1673. »
Les Sulpiciens accédèrent, autant qu'il leur fut possible, à ces pressantes sollicitations; ils décidèrent plusieurs prêtres, qui avaient fait leurs études chez eux, à se consacrer aux missions. Cette affection pour l'apostolat des Missions-Etrangères est devenue une tradition dans la pieuse Compagnie, qui, avec la plus haute science ecclésiastique, inculque à ses élèves un ardent amour pour les âmes et ne croit avoir assez fait qu'en préparant, avec des professeurs aux séminaires et des pasteurs aux paroisses et aux églises de France, des ouvriers évangéliques, aux pays infidèles.
Mgr Fallu et Mgr de la Motte Lambert s'adressèrent également aux religieux de Saint-Dominique et de Saint François de la province de Manille, et chargèrent M. Bouchard de cette négociation. Le missionnaire se rendit dans les Philippines; il fut mal reçu par les autorités espagnoles, qui le soupçonnèrent d'être un espion, mais bien accueilli par le clergé. Les Dominicains promirent des prêtres au plus tôt, les Franciscains permirent immédiatement de partir au P. Louis de la Mère de Dieu, « homme plein de zèle et de charité, qui fut employé pendant plusieurs années à diriger la seconde classe du séminaire de Siam. »
Un jacobin vint plus tard, et fut placé avec M. de Chandebois dans une paroisse proche de Juthia. Persuadés que l'abstinence si rigide des Minimes et le zèle des religieux de la Charité envers les malades édifieraient extrêmement les indigènes et les porteraient à embrasser le christianisme, les Vicaires apostoliques sollicitèrent plusieurs fois les supérieurs de ces deux Ordres de leur accorder des sujets.
Ces demandes de missionnaires faites à différentes Congrégations sont Tun des signes les plus clairs de l'idée que les Vicaires apostoliques se faisaient de leur vocation et du plan que la Société des Missions-Etrangères était appelée à exécuter.
Fortement pénétrés de la pensée que la Société devait fonder des églises nouvelles sur la base la plus large et semblables aux églises établies en Occident^ autant du moins que le comportait la situation, ils appelaient à leur aide toutes les générosités sans distinction d*habit; ils donnaient ainsi un libre essor à l'esprit apostolique, «spérant que la charité et l'amour du bien seraient un lien suffisant entre tous les ouvriers, qui offriraient aux peuples païens le spectacle d'une religion toujours une dans la variété de ses dévouements. Ils agissaient en mission comme un évêque, qui, dans son diocèse dépourvu de prêtres et de ressources, cherche des collaborateurs étrangers.
Tout en prenant des mesures pour augmenter le nombre de leurs prêtres, les évoques n'oubliaient pas leurs propres missionnaires, « ceux qui étaient de leur corps. »
En 1664 et en 1665, ils avaient posé les bases d'une première organisation en nommant un procureur général qui administrait les biens des missions. En 1673, ils constituèrent un modus vivendi plutôt qu'un règlement, qui établissait la communauté des biens. Les missionnaires, en effet, sans se dépouiller complètement et absolument de leurs biens, devaient mettre en commun leurs pensions et tous les revenus de leur patrimoine et de leurs bénéfices. C'est ce que l'on appela la désappro-
priatîon. On y ajoutait les fondations et les aumônes faites aux missions; le tout formait la caisse générale. On prélevait sur ces sommes ainsi réunies les frais généraux de la procure, et on divisait le reste en trois parts égales : la première pour Siam, la deuxième pour la Cochinchine, la troisième pour le Tonkin; on décida aussi que les missionnaires seraient envoyés en nombre égal dans chacune des ces trois missions. Plus tard, lorsque les Vicaires apostoliques seraient fixés en Chine ou dans d'autres contrées, les ressources devaient être divisées eu autant de parts qu'il y aurait de missions.
Le Procureur général, résidant à Juthia, était chargé, sous la direction du Vicaire apostolique de Siam, de la double répartition des missionnaires et des ressources. Cette convention n'était que provisoire et fut abandonnée après expérience faite, elle a cependant laissé des traces dans les missions du Tonkin ^ .
Ne négligeant aucun rouage de l'organisation de la Société, Mgr Pallu, de concert avec Mgr de la Motte Lambert, étudia le rôle du Séminaire des Missions- Etrangères et des évéques Vicaires apostoliques, il le traça en traits larges, mais assez précis, dans cette lettre aux directeurs ^ :
o II y a suffisamment de travail, Messieurs, leur 4^crivait-il, pour vous occuper, si vous voulez vous remuer autant qu'il faut pour chercher des ouvriers, vous appliquer avec toute la vigilance nécessaire à nous former des ministres de TÉvangilc, et procurer en môme temps toutes les affaires spirituelles des missions. La direction actuelle regarde les personnes des Vicaires apostoliques qui ont titre et grâce pour cet eifet. Ils y sont appliqués par Dieu môme qui les y a appelés, et
1 . Le» Missions du Tonkin occidental et].n)C'ridional sont encore organisées sur le modèle d'une communauté.