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Une lettre, adressée sur le mêmesujet par de Montmorin à d'Entrecasteaux, se terminait ainsi : «Je vous prie de ne pas parler à l'évêque d'Adran de la liberté que le roi laisse à M. de Conway de suspendre ou de retarder l'expédition. » Il n'est pas besoin d'être très habitué à lire entre les lignes, pour deviner que le gouvernement français ne voulait pas aller en Cochinchine. Mgr Pigneau qui ignorait cette duplicité diplomatique fit, dès le lendemain de son arrivée à Pondichéry (mai 1788), visite au gouverneur et fut tout surpris de sa froideur et de ses objections lorsqu'il fut question de la Cochinchine. L'évêque était pressant, car il' désirait au plus tôt quitter les Indes et atteindre les résultats qu'il se promettait de l'exécution du traité. De Conway tergiversait et ne cherchait qu'à gagner du temps. Pour y réussir, il considéra le traité de Versailles comme non avenu, remit tout en question, et ouvrit une nouvelle enquête qu'il dirigea de manière à la prolonger à son gré.
Tout d'abord, il s'érigea, lui et de Saint-Riveul, en conseil de guerre, et commanda à l'évèque d’Adran de comparaitre.
En une seule séance qui eut lieu le 12 juin, l'affaire de Cochinchine fut examinée, débattue, sommairement jugée, et condamnée sans appel. Procès-verbal en fut dressé et envoyé au ministre, Ensuite, dans une lettre particulière, de Conway n'hésita pas à déclarer, sachant qu'il serait compris en haut lieu, qu'il n'y avait rien à gagner en ce pays-là, non plus du reste que dans toute l'Inde, « contrées malsaines, inhabitables, où il n'y à que de la misère, et qu'il n’est pas trop tôt d’abandonner aux Anglais qui s'en tireront comme ils pourront. Trinquemalé même n'offre aucune utilité dans le pré-
sent, ni dans l'avenir. Les Hollandais le possèdent, il est vrai, mais qu'ils le gardent et grand bien leur fasse. »
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Cependant, l'évêque d'Adran, ayant en mains un traité en règle, persistait à en réclamer la prompte exécution; et comme le temps se consumait en des conlérences qui lui semblaient oiseuses, comme d'autre part, la saison favorable pour se rendre en Cochinchine pouvait se passer sans qu’on eût rien décidé, il prit le parti de mettre le général de Conway en demeure d'agir ou de s'expliquer catégoriquement. I1 lui adressa dans ce but une longue lettre dont voici la conclusion! :
« En deux mots, Monsieur le comte, et pour donner à cette lettre toute la clarté qu'elle demande, l'expédition est possible cette année, si on peut partir d'ici avant le 15 juillet, Quoi qu'il arrive, elle ne peut manquer que par des accidents communs à tous les temps. D'un autre côté, on ne peut nier que, s'il y a des inconvénients à la re.attre à l'année prochaine, il y aurait aussi l'avantage de pouvoir, avec de la bonne volonté, y mettre plus de sûreté dans les moyens, et surtout procurer plus de motifs de confiance à ceux qui doivent en être chargés.
« J'ai l'honneur de vous déclarer que, pour ce qui me regarde, je suis également disposé à l'un ou à l'autre parti. Mais si, de votre côté, vous croyiez avoir des raisons assez fortes pour rejeter également les deux partis, il ne me reste alors qu'à vous en proposer un troisième, qui serait de me donner deux bâtiments, dont l'un serait destiné à reconduire le prince et sa suite où ils doivent être, et l'autre de me reporter en France.
« Pour votre gloire, Monsieur le comte, reprenez l'énergie dont vous avez donné partout tant de preuves, et décidez-vous. Rappelez-vous surtout ce que vous disiez à Paris de ce projet, et faites attention que depuis, rien de solide n'a pu changer vos résolutions. Méprisez des