‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 110 sur 248 · Pig. de Beh., p · texte numérisé non relu

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Connurent-ils où devinèrent-ils les instructions du souvernement à de Conway? Spéculérent-ils sur la fatisue, le découragement, l'indignation que la conduite de Conway et ses tergiversations devaient produire sur Mgr Pigneau: en tous cas, ils lui firent porter des propositions dont l'évèque parlait en ces termes au Séminaire des Missions-Étrangères, dans ‘une lettre en date de Pondichéry, 8 juin 1789 :

«SI j'avais été assez peu patriote pour me laisser guider par l'humeur, il n'y a pas encore quinze jours que j'aurais pu profiter des offres que les Anglais me faisaient, Je suis bien éloigné de tenir une pareille conduite. »

Les propositions, dont il n'est ici question qu'en général, sont spécifiées dans une lettre de M. Tarin, missionnaire de Cochinthine :

« Les Anglais firent offrir secrètement leurs services à Mgr d'Adran, avec tous les avantages qu'il voudrait, Ils lui offrirent pour lui-même 100,000 pièces d'or, qui valent chacune 9 livres de notre monnaie... Il répondit qu'il ne pouvait, au préjudice de sa nation, accepter de tels services, »

Le patriotisme de l'évêque était de bonne marque, il est tout à son honneur et à celui de la Socicté, mais en dehors de ce très légitime sentiment qui était à lui seul une raison, Pigneau de Behaine ne pouvait en conscience introduire des protestants sur la terre de Cochinchine, qu'il voulait conquérir à Jésus- Christ et à l'Église catholique; les ouvertures des Anglais étaient donc condamnées à échouer devant un double et infranchissable obstacle.

Que se passait-il à Versailles, pendant que Mgr d'Adran

et le général de Conway étaient aux prises à Pondichéry?

Comme on avait recu leurs lettres respectives, fort pressantes, une résolution s'imposait, on la prit, mais sans vouioir la divulguer,

Le 4 octobre 1788, dans une séance du conseil d'État présidée par le roi, de la Luzerne donna lecture de la Correspondance du général et dans une note écrite en marge, Il indiqua les résolutions prises 1,

Voici textuellement cette note :

« Le roi a trouvé la conduite de Conway très conforme aux ordres qu'il a recus, et à ceux qui lui ont été en- VOYÉS, »

Ce laconisme suffit, il prouve bien que la responsabilité de l'insuccès de l'expédition de Cochinchine remonte au gouvernement dont le général de Conway fut le très obéissant serviteur.

Un mémoire du général de la Luzerne approuvé par le roi Le 16 novembre 1788. accentua et expliqua cette note,

L'évêque d'Adran n'avait plus rien à faire à Pondichéry, il était abandonné par la France. Il ne faiblit Pas Sous ce coup qui dut cependant lui être rude: s'il n'avait poursuivi qu'un but purement humain, peut-être aurait-il reculé, mais il avait en vue le salut des âmes, la grandeur et l'extension de l'Église de Cochinchine,

il marcha de l'avant et c'est Ja assurément un des plus beaux moments de sa carrière, illuminée de persévérance, de foi et de patriotisme.

Il avait eu pendant son voyage de longs entretiens avec les officiers de son navire, avec les négociants des iles de France et Bourbon: à Pondichéry, il s'abou-

1. Fign. de Beh., p. 183., Faure. Nous avons également lu cette note

dans les archives de la marine, sur ln pièce dont parle M, Faure.

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cha avec les principaux toimercants de cette ville, il lit partager à tous ses convictions généreuses et trouva ainsi des hommes et des ressources,

Il s'embarqua sur la frégate la Méduse, commandée par le capitaine de vaisseau de Rosilly.

I n'emmenait pas avec lui tous les officiers et tous les soldats qui se dévouvrent à dégager la parole de la France: beaucoup d'entre eux furent recrutés en route, à Manille, à Malacca, à Macao, mais tous étaient Franvais. Les principaux furent : Chaigneau, Vannier, de Forçcant, Ollivier, Lebrun. Barisy, Girard de l'Isle Sellé, Guillon, Guillous. Magon, de Medine. Tardivet, Despiaux, Malespine,

Au mois de mars 1789, ils arrivèrent en Cochinchine,

Quatre ans S'étaient écoulés depuis que Pigneau de Behaine avait quitté son protégé Nguyên-anh, Qu'avait fait ce dernier, et en quel état se trouvaient ses affaires”?

Des événements importants étaient survenus, nous les résumons pour donner une idée plus claire de la situation des prêtres des Missions- Étrangères et de leurs chrétiens dans l'Indo-Chine orientale.

Les Tay-son, maitres de la Cochinchine, avaient conquis le Tonkin, puis ils s'étaient mis en règle avec la Chine, qui, à l'appel du roi Lê-chièu-thông, avait argué d'un droit fort hypothétique de suzeraineté pour arrêter les conquêtes du chef Tay-son, Long-nhuong.

Mais ce dernier avait donné de grosses sommes au viceroi du Yun-nan, qui «sait protesté des bonnes intentions des rebelles, il avait envoyé de riches présents à la cour de Pékin, et ses droits avaient été reconnus, L'or avait

tout arrangé, c'est un agent bien supérieur aux diplomates de carrière.

L'empereur avait déclaré que, dans le fait même de l'échec de Lè-chièu-thông, dans la perte du sceau royal et des lettres d'investiture, il y avait une preuve certaine que le ciel s'était prononcé contre la famille Lé, qui désormais ne pourrait plus régner.

L'arrèt impérial à été confirmé par les événements ; la dynastie des Lè s'est éteinte sans reconquérir le trône, elle avait duré 361 ans et donné 27 rois à lAnnam.

C'est sous l’un de ses rois, Lè-thän, que le christianisme s'implanta définitivement dans l'Indo-Chine orientale, il y fut tantôt assez favorablement traité, tantôt proscrit, jamais franchement accueilli, moins encore ouvertement protégé, mais il serait injuste de faire porter la responsabilité directe de cet état de choses aux Lè dont la puissance était déjà, à cette époque, complètement absorbée par celle des Neuvên en Cochinchine et des Trinh au Tonkin.

Vigoureuse à ses origines, cette race s’atfaiblit peu à peu et se laissa dominer; enfin, après avoir perdu tout pouvoir et tout prestige, l'exil seul lui resta, C’est trop souvent le sort des dynasties qui tombent; la terre, qui a vu leur grandeur, ne semble pouvoir supporter leur infortune ; on dirait que pour s'endormir du grand sommeil de la mort, et disparaitre de la scène du monde, où elles ont joué le premier rôle. elles ont besoin d’être loin du théâtre de leur gloire, au milieu des solitudes d'une contrée étrangère. Pour seule consolation, la Providence, qui semble les rejeter, leur permet de mourir en s'enveloppant dans les plis de leur drapeau, tenu par quelques partisans toujours rares de l'infortune et au malheur.

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a eudes raisons graves ation de cette vicille dynastie ur par le peuple, Nous verrons en des années très proches de nous, de 1858 à 1862, un Annamite chrétien, se disant desc

endant des Lê, revendiquer le trône, grouper

autour de lui de nombreux partisans et mettre le roi Tu-due à deux doigts de sa perte. Mais n'anticipons Pas sur les événements.

Pendant que les Tay-son étaient victorieux dans le nord, ils étaient battus dans le sud. Neuyên-anh, avec l'obstination qui le distingua toute sa vie, était revenu à la charge après le départ de Mgr Pigneau, il avait fini par être Vainqueur, et lors du débarquement des F “a nçais, il possédait Saïgon et presque toute la Basse-Cochinchine,

Aussitôt arrivé, l'évêque profita de ces succès qui lui assuraient la liberté dans une grande partie de son Vicariat, pour distribuer à ses jeune leurs postes de combat : Boisserand, licencié en théologie et homme d'étude, fut placé au séminaire à la demande même du roi, Leblanc fut envoyé avec Grillet chez les sauvages dont la mission était puis la mort de M. Faulet en 1782 réussit pas mieux que le premier;

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abandonnée de- . Ce second essai ne les sauvages montrerent la plus grande indifférence pour la religion: de plus, au bout de deux mois, les deux missionnaires tombèrent malades: Leblanc fut emporté par la fièvre des

bois, Grillet faillit le suivre dans la tombe, et T

arin qui s'était dévoué pour les assister, fut

atteint par la même maladie et mourut quelques semaines plus tard, La mission des sauvages demeura ainsi intervompue jusqu'en 1842, époque où Mgr Cuenot fit une tent coûta bien cher, mais fut plus heur dentes.

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nes

Pocard et Pillon, restés en Cochinchine, tombèrent malades et moururent en 1791: les deux derniers, Lavoué et Lelabousse, tentérent inutilement d'aller re- Joindre Mgr Labartette en Haute-Cochinchine, ils trouvèrent le chemin barré par les rebelles et revinrent aux environs de Saïgon où le travail ne leur manqua pas. À ce moment, les missionnaires fondaient de grandes espérances sur le prince annamite qui, d'ailleurs, par plusieurs de ses actes et de ses paroles, semblait les encourager. Volontiers, en effet, Nguyên-anh parlait du catholicisme et en faisait l'apologie: un Jour qu'il s'entretenait familièrement avec les principaux de sa cour, il leur dit : « Voici un raisonnement qui me parait bien plausible : Les Européens sont infiniment audessus de nous, sous tous les rapports: ils nous surpassent dans l'art de la guerre, dans la navigation, l’astronomie, la physique, le gouvernement, la politique et tous les arts. Nous ne sommes en différend avec eux que sur l'article de la religion; serait-il done possible que ce point fût le seul sur lequel des gens éclairés se laissassent aveugler? C'est un sujet d'un si grand intérêt ! Il n'est pas possible qu'ils ne l'aient examiné mieux que nous, car après fout, ils connaissent notre religion à fond, et nous ne connaissons pas la leur. »

Jetées ainsi dans le public, intentionnellement ou non, ces paroles étaient commentées avec aigreur par les uns, avec espérance par les autres. Les mandarins accusaient le prince de « se faire étranger » ; quelques missionnaires rêvaient d'un nouveau Constantin, envisageaient l'avenir sous les plus brillantes couleurs, et voyaient déja Nguyên-anh, ainqueur des Tayson, roi de tout l’Annam prosterné avec ses sujets aux pieds de la Croix conquérante et suzeraine : leur rêve emporté par le zèle montant plus haut, croyait que, grâce à ce puissant exemple, l'influence du

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christianisme s'étendrait ‘apidement non seulement en Cochinchine, au Tonkin, mais encore dans tout l'Extrême-Orient.

Dans la Haute-Cochinchine, souvernée par le Tay-son Nhac, les missionnaires étaient loin de Jouir de la même tranquillité.

« Ici, disait M. Doussain 1, nos maux sont des plus grands, et, à ce que je vois, nous ne touchons pas encore à la fin. Depuis deux mois, les choses sont dans la plus grande fermentation. Le rebelle du Phu-xuan ? fait les plus grands préparatifs. Il fait venir du Tonkin un nombre considérable de troupes, et à Phu-xuan, tout le monde est en exercice. Dans le cou ‘ant de 1789, on a mis nos chrétiens à une contribution de dix mille livres de cuivre, pour fondre des canons qui sont énormes. »

De son côté, le coadjuteur de Mgr Pigneau. Mgr Labartette, donnait sur la situation religieuse, cette note attristante.

« Quoiqu'il n'y ait point encore eu d'édit contre la religion, l'état des chrétiens est pire que durant une persécution, »

Les choses n'étaient pas en meilleur état dans le Dinh- ‘at où travaillait M. Longer, qui écrivait, en date du 14 avril 1790 : « Depuis la destruction de tous nos Oratoires, et les guerres presque continuelles que les rebelles de Cochinchine ont portées de tous côtés, nos pauvres chrétiens ont beaucoup souffert, et sont réduits à un petit nombre, Il a péri plus de la moitié des hommes, et le reste a été vexé de la manière la plus horrible. Ajoutez que la peste a fait aussi de grands ravages, Il y à des chrétientés où ce fléau a fait périr plus de cent personnes, depuis l’année dernière. »

1. Du diocèse d'Angers, parti en 1781, mort le 14 décembre 1809. 2. Hué.

Quelques mois encore, et M. Longer, nommé Vicaire apostolique du Tonkin occidental, allait trouver une situation moins intolérable, Le Tay-son qui régnait à Ha-noi fut, en effet, mieux inspiré que ses compagnons d'armes ; comprenant bien que toute querelle religieuse lui créerait des embarras et diminuerait le nombre de ses partisans, il refusa de persécuter les chrétiens.

« Parmi tant de sujets d'affliction et d’amertume, nous n'avons pas été sans consolation, écrira alors l'évéque.

4° La divine Providence a préservé notre collège général de Ke-vinh, les résidences ordinaires des missionnaires européens, et la plupart des maisons des prêtres du pays.

«2° Beaucoup de chrétiens, engagés dans les superstitions de leurs villages, sont venus à bout de s'en débarrasser;"ils observent la religion avec joie, et édifient leurs frères.

«3 Quantité de gentils, voyant le mépris où sont

tombés les dieux et les génies tutélaires, paraissent

ébranlés, et moins éloignés du christianisme: de sorte que, ces deux dernières années, si le nombre des adultes baptisés n'a été que d'environ neuf cents dans ce Vicariat, on ne doit l'attribuer qu'à l'impossibilité morale où l'on était d'aller les exhorter et de les instruire, » Cependant, les idées de sagesse et de modération du Tay-son de Ha-noi ne suffisaient pas à arrêter les brisandages inséparables de toute révolution et dont les chrétiens étaient souvent victimes: les églises étaien Pillées, les missionnaires arrêtés et dépouillés pouvaient à peine se hasarder la nuit à aller administrer leurs vastes districts: les païens n étaient pas beaucoup plus épargnés ; afin de pouvoir préserver eux et leurs villages, ils firent avec les chrétiens une alliance défensive contre les pirates. Leur bonne volonté n'empêcha pas M. Lamothe de tomber entre les mains des ma-

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aute-Cochinchine, à paix. Lebreton! succomba aux fatigues de cette existence agitée, Roux 2 et Thicbaud 3 Le suivirent dans la tombe.

Malgré ces pertes multipliées, malgré les obstacles que lui opposaient les souvernements, représentés par des souverains légitimes ou par des usurpateurs, la Société des Missions-Étrangères non seulement soutenait son œuvre, mais encore elle la faisait prospérer,

La période de son histoire qui va de 1773 à 1790, est caractérisée par des progrès importants aCCroissements des missions par l'adjonction de Pondichéry Mmentation du nombre des ouvriers apostoliques, explication plus précise et plus nette du règlement que confirment de nouvelles Lettres patentes, redoublement d'activité et de succès dans l'organisation de la mission du Su-tchuen en particulier vres de charité et d'ensei de livres de doctrine €

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