‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 160 sur 248 · POLÉON · texte numérisé non relu

POLÉON

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néral et pour celle de France en ee Je n'ignore pas, non plus, les services que votre Compagnie a rendus et est en état de rendre à nos Missions étransères. Je compterai toujours au nombre de mes premiers devoirs, celui d'en être le protecteur et de mes plus grandes consolations, celle de pouvoir concourir au fruit de vos travaux, par les services que la Providence me procurera les moyens de vous offrir. »

On dit que l'histoire se répète, il est difficile de ne pas le croire lorsqu'après avoir étudié l'histoire de l'origine du Séminaire des Missions-Étrangères, on lit l’histoire de son rétablissement. Entre ces deux événements, en effet, il y a plus d'une analogie, Le dévouement de Mademoiselle d’Escars remplace celui de Madame d'Aiguillon, Mademoiselle Bochard de Saron prête son nom comme Messieurs de Garibal et d'Argenson avaient prêté le leur; le cardinal Antonelli qui visite le Séminaire ne appelle-t-1l pas le cardinal Chigi qui le bénit en 1663; l’Église et l'État s'unissent au dix-neuvième siècle de même qu'au dix-septième; Pie VIT approuve la résurrection comme Alexandre VIT avait approuvé la naissance ; et Napoléon, donnant l'existence légale, continue l’œuvre de Louis XIV.

Les directeurs ont donc accompli la tâche qu'ils s'étaient imposée, ils ont soutenu les Missions et rétabli le Séminaire. Pendant toute cette période, leur vie offre un spectacle d'une édifiante grandeur et d'un fortifiant enseignement. Habileté pratique, intelligence des situations difficiles, connaissance des hommes, ces qualités apparaissent dans tous leurs actes; et au-dessus d'elles, les développant ou les faisant naître, un sentiment de foi et de dévouement donne à leur existence son caractère particulier et distinctif, l'attachement à leur œuvre.

Aux premières mesures vexatoires, ils répondent par

des lettres, des rapports, des mémoires ou des faits précis racontés en un langage modéré, corroborent d'indiscutables raisonnements: vis-h-vis des officiers muni. cipaux, des soldats, de la populace, ils se montrent courageux Sans jactance et affables sans bassesse : lorsque la situation rend leur présence plus nuisible qu'utile au Séminaire, ils partent pour l'exil; et sur la terre étrangère, pendant plus de dix années, sans fortune, sans appui, presque sans nom, on les voit, tou- Jours unis de cœur et d'action, toujours persévérants, toujours fidèles, s'adresser aux papes, aux cardinaux, aux évêques, aux rois, aux ministres, aux ambassadeurs, aux catholiques, aux protestants, et, par des démarches, des instances, des sollicitations iombreuses, obtenir dessecours pourles Missions, envoyer des prêtres en Extrème-Orient, publier des relations qui conservent et ravivént l'idée de l'apostolat, racheter leur maison, revendiquer pour la Société son nom et sa “berté, enfin, après avoir dissipé les préjugés des hommes politiques, conquérir le rétablissement du Séminaire,

Le décret de Napoléon fut transmis dans les Missions avoc les nouvelles qui faisaient tressaillir tous les cœurs français et catholiques : concordat, réouverture des églises, paix à l’intérieur et gloire à l'extérieur : « Enfin, s'écriait M. Eyot du Tonkin occidental, nous pourrons ne pas mourir sans avoir vu le triomphe de Dieu et de son église, nous n'admirerons Jamais assez les voies dont la Providence s'est servie pour rendre la tranquillité à notre pays : pensez-vous avoir bientôt des missionnaires à nous envoyer pour soutenir nos vieux jours ? »

De Siam, Mgr Garnault écrivait à M. Alary : « Je ne

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DES MISSIONS-ÉTRANGÈNES 381

saurais vous dire ma joie de savoir que vous êtes rentré dans notre Séminaire, Avez-vous déjà des séminaristes disposés à nous venir rejoindre?

De Cochinchine, Mgr Labartette adressait cette lettre à M. Chaumont encore en Angleterre : « Puisque la paix est maintenant rétablie et que nous possédons de nouveau notre Séminaire, pourquoi ne retournez-vous pas en France pour chercher des missionnaires qui nous font défaut ici et partout ? Il me semble que maintenant, avec la maison que vous avez, vous trouverez plus facilement des sujets. »

L'allégresse était générale, le cri d'appel également : les évèques et les missionnaires réclamaient des coopérateurs, ils en avaient en effet le plus pressant besoin,

En 1789, la Société comptait en France eten Extrème- Orient 58 membres ; en 1805, elle en avait seulement 42,

Heureusement la tranquillité religieuse régnait alors dans toutes les missions. Dieu avait pitié de ces églises privées d'un nombre suffisant de pasteurs : il enchainait la persécution, de la même main qui enchaîne les flots de l'océan.

[ne semblait nulle part que cette paix fût bien solide, mais telle qu'elle était, les missionnaires en profitaient pour fortifier leurs anciens chrétiens ou pour en conquérir de nouveaux.

Les événements politiques d'Europe n'avaient eu aucun contre-coup en Chine et en Indo-Chine, excepté pour la diminution des ouvriers apostoliques et des ressources; les Indes seules en avaient ressenti le choc.

Nous avons dit les troubles que la Révolution y avait causés, les changements de gouvernement intervenus par suite de la défaite des Francais. La paix d'Amiens, signée en 1802, ramena la France dans l'Hindoustan. À Pondichéry, la nouvelle du traité fut reçue avec joie, célébrée par une fête solennelle et des réjouissances

publiques, des prières d'actions de grâces furent récitées dans les églises catholiques. Les commerçants anglais, dont les navires étaient souvent enlevés par nos corsaires, se montrèrent aussi heureux que les Français.

Les missionnaires concevaient néanmoins quelques inquiétudes sur la situation qui allait leur être faite, et sur les nouveaux éléments d'irréligion qu'ils redoutaient de voir arriver de France.

« Nous craignons bien, écrivait M. Hébert, 1 qu'on ne veuille pas nous souffrir ici, ou que nous ne puissions pas nous prêter à tout ce que l'on voudra exiger de nous. Il est bien certain que l'on voudra en exiger ici de nous beaucoup plus que l’on ne fait des ecclésiastiques qui sont en France, car vous ne sauriez croire jusqu'à quel point l’'irréligion est portée dans ce pays: il n’est plus question pour presque tout le monde ni de Jeûnes, ni d’abstinences, ni de confession, cela s'entend pour les hommes blancs. »

L'arrivée du préfet M. Léger dissipa les doutes. Le 25 juin 1803, il débarqua à Pondichéry avec 150 hommes d'infanterie. Il avait été, avant la Révolution, intendant aux Indes et s'était toujours montré l'ami du clergé, ses sentiments n'avaient pas changé : sa conduite et celle de ses compagnons firent l'admiration des missionnaires qui écrivaient ? : «Les Français nous ont montré toutes sortes de bontés et de politesses, nous recherchant, conversant amicalement avec ceux de nous qu’ils rencontraient, nous conduisant chez eux, parlant avec toutes les démonstrations d'amitié. Les soldats étaient si bien disciplinés que les Indiens les admettaient chez eux, pas un ivrogne, pas un débauché, tous venant à l'église très exactement. Je vous avoue que j'en étais tout ébahi. »

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