‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 185 sur 248 · HISTOIRR GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

HISTOIRR GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ

l'empire et bouleversait toutes les chrétientés.

Les missions de Chine n'étaient pas ignorantes de ]h persécution, persécution sanglante ou sourde. elles l'avaient éprouvée nombre de fois, elles avaient vu leurs néophytes emprisonnés et frappés; leurs évêques et leurs orôires exilés, torturés. emprisonnés, mourant dans les ‘achots : ainsi était-il arrivé à de Martiliât, Pottier, de Saint-Martin, Delpon, Devaut, mais il ne semble pas qu'elles eussent jamais subi de persécution aussi longue, aussi étendue et aussi cruelle que celle de Khiaking, et dont la plus illustre victime fut le Vicaire apostolique du Su-tchuen, Mgr Gabriel Taurin Dufresse.

L'empereur Khia-king, successeur de Khien-long, était, avons-nous dit, hostile au christianisme, il avait peu de goût pour les arts et les choses de l'Europe; loin de chercher à être agréable aux missionnaires, il les abandonna avec leurs néophytes aux attaques des mandarins. Une révolte, ayant éclaté vers le commencement de son règne, augmenta ses soupcons et sa malveillance contre les Européens, Les sectateurs du Nénuphar Blanc, croyant qu’un nouveau règne serait plus favorable à leurs projets révolutionnaires, excitérent une terrible insurrection dans plusieurs provinces de l'empire. Les mandarins affectèrent, comme toujours, de confondre les chrétiens avec les révoltés, et les ac ‘ablèrent de mauvais traitements, Malheureusement, ces dispositions de l'autorité s'accentuèrent par un incident, qui survint dans la mission de Pékin en 1805.

fut pour entendre les cris d'alarme des missionnaires de Chine, épouvantés de la persécution qui sévissait dans

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Le P, Adéodat, religieux de l'ordre de Saint-Augustin, avant été arrêté par un petit mandarin, on trouva dans sa chambre une carte de l'empire chinois qu'il avait

fuite lui-même pour son propre usage : il n'en fallait pas

davantage pour échafauder une accusation aussi grave que fausse, Cette carte était une preuve évidente que les

missionnaires et les chrétiens conspiraient, qu'ils avaient

des vues sur le trône; ils prenaient déjà leurs mesures et dressaient leur plan; on avait, affirmait-on, trouvé la liste des conjurés contre la dynastie tartare-mandchoue. Cette affaire fit grand bruit dans Pékin, et le P. Adéodat fat condamné à l'exil perpétuel au fond de la Mongolie, avec treize des principaux néophytes de

la capi-

tale,

L'empereur connaissait trop les prôtres européens,

pour croire au danger que la carte géographique du

P. Adéodat venait de faire courir à son trône et à sa

dynastie. Cependant l'occasion lui parut favorable pour

agir contre eux et contre les catholiques.

Profitant de l'émotion générale occasionnée par la révolte des sectateurs du Nénuphar Blanc, il fit publier à Pékin et dans tout l'empire un violent édit contre

le christianisme, avec peine de mort contre les maîtres de la religion, Cet édit fut rigoureusement exécuté dans

les provinces. Les rares missionnaires européens, qui

étaient encore en Chine, secachèrent dans de profondes

retraites, où quelques néophytes dévoués venaient les

visiter pendant la nuitet leur apporter des aliments. Au

milieu de cette persécution générale, la communauté

chrétienne du Su-tchuen fut fortement éprouvée. Les arrestations commencèrent à Tchen-tou. “apitale de la province, Une ordonnance du vice-roi parut le 16 septembre 1810, pour rappeler les anciennes défenses portées

contre le catholicisme, et les peines dont on frappait ses adeptes: mettant en œuvre la rhétorique, plus fausse

lettrés du Céleste-Empire, le vice-roi s'écriaitt :

« Quoi! vous ne comprenez pas, vous autres chré.

tiens, qu'il faut observer les lois de l'empereur? Est. il possible que l'on vous donne chaque jour des instruc. tions et que vous ne les entendiez pas? Vous avez le ciel sur vos têtes, et vous ne connaissez pas encore le Ciel,

« Sachez donc que le fils du Ciel (l'empereur) possède la raison du Ciel, Les productions de la terre, les pluies qui l'arrosent, le soleil et la lune furent faits pour le sage et vertueux peuple chinois, La foudre et les éclairs sont pour corriger ceux qui corrompent ce peuple et violent ses lois, Aussi voit-on parfois qu'il tue ces sortes de cri. minels.

« Les lecons du fils du Ciel sont celles du Ciel luimême, le Ciel est notre souverain maitre,

« Ce que les Européens appellent religion chrétienne. est une religion sans raison, vaine et obscure, C'est une loi de barbares inventée pour enchainer le cœur et le corps des nations barbares de ce pays-là.

« Ces barbares ne connaissent pas les livres de nos saints et de nos sages sur l'ordre de la société, S'étant transmis cette religion de génération en génération, ils la suivent avec enthousiasme ; c'est pour cela qu'ils sont barbares, Ce sont des peuples si méprisables que nous, Chinois, devrions les couvrir de nos crachats : ils méritent notre haine et notre mépris comme des barbares, qui ne sont pas dignes d'être comptés parmi les hom- Ines, »

Il continuait assez longtemps sur ce ton, puis, prenant la note de commisération. convenable à un homme supérieur envers des ignorants et des esprits faibles, qui.

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