‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 184 sur 248 · L. Arch, M.-Ë., vol. 996: p · texte numérisé non relu

L. Arch, M.-Ë., vol. 996: p

Les autres missionnaires parlageaient les sentiments de M. Dubois. En apprenant la aptivité de Pie VI, les traitements qu'il subissait et les désastres des armées impériales en Russie, X gr Hébert disait ! :

«L'extrémité des maux de l'Eglise doit nous faire espérer que Dieu viendra incessamment à son secours, Car, si tout ce qui arrive ici-bas, est ordonné pour le bien de l'Église et des élus, ainsi que la foi nous l'apprend, n'avons-nous pas lieu de penser que c'est pour cette fin que la Providence vient de frapper un de ces grands COUPS, qui n'ont point d'exemple dans les siècles précédents. Cet événement est si extraordinaire dans toutes ces circonstances, qu'il faut être soi-même pour ne Pas Y reconnaitre la main de Dieu. D'un autre sôté, la fermeté de notre Saint-Père le Pape et de la plupart des évêques de France est un grand sujet de consolation, pour tous ceux qui sont sincèrement attachés à l'Église, J'ai appris avec bien de la peine la mortdu respectable M. Emerv. C'estunegrande perte pour: toute l'Église et en particulier pour celle de la France. »

Nous pourrions multiplier ces citations et montrer que des bords du Cavery aux rives du fleuve Bleu, les ouvriers évangéliques suivaient avec anxiété le rain Pontife sur sa route du Calvaire,

Dans ces difficiles circonstances, M. Chaumont, en Angleterre, était le seul directeur qui eût la facilité de rendre service aux Missions. Son biographe, M. Langlois, le dépeint, unissant un jugement sain et un esprit droit à une piété solide et éclairée, doué d'une rare prudence et d'une aimable simplicité.

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«savait? donner de sages conseils sur un ton insinuant et plein de charité, qui le

rendait plus persuasif, Ennemi de toute affectation et de

1. Arch, M.E., vol, 996, p. 800, 31 Juillet 1813. 2. Arch, M... vol. 12, D, 9170,

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toute singularité, il marchait par les voies communes, et sa conduite, toujours édifiante et régulière, portait d'autant plus efficacement à 1n vertu ceux qui en étaient les témoins, qu'on n'y apercevait rien d'extraordinaire ni d'excessif, Il était aimé et estimé de beaucoup de nobles familles catholiques et protestantes, Ce fut d'elles principalement qu'il sollicitait les ressources, que la France ne fournissait plus, » Lorsque les jours devinrent plus mauvais, il chercha des secours plus abondants.

Dans ce but, il rédigea un appel à la charité intitulé : Adresse aur dmes charitables en faveur des Missions chez les peuples idolätres de la Chine, de la Cochinchine et du Tonkin. Après avoir exposé l’état des Missions, fait la statistique des chrétiens, des prêtres indigènes et des missionnaires, il termine par ces lignes éloquentest :

«Si les âmes picuses et charitables ne se hâtent point de venir au secours des missionnaires, il sera impossible de former des prêtres, des catéchistes; non seulement on n'aura plus la consolation de voir des idolâtres adorer Je vrai Dieu, mais on sers exposé à éprouver la douleur de voir ceux qui l’adorent maintenant, retomber dans les ténèbres et les abominations de l'idolâtrie, Des chrétiens qui ont encore un faible sentiment de religion et d'amour pour leur Dieu, pourraient-ils voir de sangfroid, exposées au danger évident de le blasphémer pendant l'éternité, des âmes créées pour l'adorer, et rachetées au prix du sang de Jésus-Christ? Pourraient-ils avoir le cœur assez dur pour refuser un léger sacrifice. qui leur procurerait le bonheur de bénir leur Créateur et leur Rédempteur. »

Les secours offerts furent plus que modestes, la guerre qui désolait l'Europe depuis vingt ans appauvrissait tout le monde, Comment trouver de l'or en Angleterre

l. Arch, M.-E., vol, 42, p. 173.

pendant le blocus continental: en Espagne pendant l'invasion française; en France, pendant l'expédition de Russie suivie de la campagne d'Allemagne.

Elle est belle et splendide l'épopée impériale, mais que d’angoisses, de misères, de détresses intimes sous son éclatant manteau brodé d'abeilles d'or! Si la foi en la Providence ne dominait toujours dans l'âme du chrétien, si l'expérience ne montrait à l'homme, que les plus hautes prospérités et les plus cruelles infortunes sont passagères, on se serait demandé avec effroi ce qu'allaient devenir les Missions par la prolongation d'un tel état.

Hélas ! lorsque cette situation cessa, une autre bien cruelle la suivit; l'empereur était vaincu sur toute la ligne, l'étranger envahissait la France par l'Est et par le Sud, les Prussiens, les Russes, les Autrichiens; toute l'Europe en armes, campaient devant Paris: c'était l'effondrement complet après la plus brillante apothéose. Vieillards et prêtres, les directeurs du Séminaire ne pouvaient que s’affliger, prier pour la patrie agonisante. et chercher avec angoisse quelle nouvelle voie s'ouvrait devant eux. Cette voie fut plus heureuse que personne n'eût osé l'espérer.

Après la première abdication de Napoléon et la rentrée des Bourbons en France, MM. Chaumont. Langlois, Desjardins, revinrent au Séminaire et, sans perdre de temps, de concert avec MM. Alary et Paris, ils sollicitèérent le rétablissement légal du Séminaire. Leurs démarches ne furent ni longues ni difficiles. Le 2 mars 1815, le lendemain du jour où Napoléon avait débarqué à Cannes, Louis XVIIT signa le décret suivant :

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Congrégation des Missions-Étrangères, rue du Bac, à Paris ;

« Vu le décret du 26 septembre 1809, qui révoque le premier décret, sur le rapport du ministre secrétaire d'État de l'intérieur :

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

ARTICLE [er

« Le décret du 26 septembre 1809 est rapporté, en ce qui concerne la Congrégation des Missions-Étrangères, rue du Bac, à Paris, laquelle est rétablie sur le pied du décret du 2 germinal an XIIL.

« Notre ministre secrétaire d'Etat au département de l'intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.

« Donné au château des Tuileries, le 2 mars de l'an de grâce 1815, et de notre règne le vingtième.

« Signé : Louis.

«a Par le roi, «Signé : L'abbé pe Monresquioc. »

Les Cent-Jours inspirèrent de nouvelles e aintes, et pour être prêt à tout événement, M. Chaumont retourna en Angleterre, tandis que les autres directeurs, attendant ce qu'iladviendrait, demeurèrent au Séminaire où d'ailleurs ils ne furent pas inquiétés. Napoléon avait autre chose à faire qu’à tracasser quelques prêtres ; la guerre l'appelait à la frontière, on sait comment elle finit dans le funèbre cimetière de Waterloo. La France revit l'invasion, les Bourbons revinrent de l'exil, la paix, chèrement achetée, fut de nouveau rétablie. Le Séminaire sortit enfin du temps d'épreuves et d’angoisses qu'il avait traversé pendant plus de vingt ans, mais ce

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