‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 187 sur 248 · LE · texte numérisé non relu

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1, Vous, Lett. édif., vol. 5, p. 20.

tions... Il avait coutume de s'appeler « pauvre maitre d'école ». Les fidèles des environs du collège le regardaient comme un savant et comme un saint dans leurs doutes et leurs difficultés, ils avaient principalement recours à lui, s'en retournaient toujours satisfaits de ses décisions, et y acquiesçaient sans peine, Quand ils se voyaient délivrés ou préservés de quelques calamités, accidents ou maladies, ils l’attribuaient à l'efficacité de ses prières. La vertu, qui le caractérisait et éclatait davantage en lui, était la douceur. Il fut tou- Jours en paix avec ses supérieurs, avec ses confrères, avec les prêtres indigènes, avec ses élèves et les autres chrétiens; il ne craignait rien tant que de faire de k peine à qui que ce füt; si son devoir l’obligeait à faire quelques réprimandes à ses élèves ou à des fidèles, elles étaient toujours accompagnées de quelques paroles de douceur; sises sentiments se trouvaient différents de ceux | des autres, il ne contestait point; mais il laissait à chacun sa façon de penser, et soumettait toujours son juge. ment à celui de ses supérieurs. »

On lui doit La traduction en chinois d'une théologie destinée aux élèves, auxquels on n'était pas à même d'enseigner la langue latine, important et précieux travail dont la nécessité se faisait alors bien vivement sentir. La mort de cet homme, aussi distingué par ses connaissances que par sa vertu, fut telle qu'avait été sa vie : calme, douce et résignée. Au milieu de ses douleurs qui furent grandes, il exprimait sa résignation par cette parole qu'il aimait à redire : Quotidie morior.

Ses funérailles se firent avee solennité, et sur sa tombe# on éleva un riche et élégant mausolée.

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Le Su-tchuen ne possédait plus que trois mission naires européens : Mgr Dufresse, le V icaire apostolique, son coadjuteur Mgr Florens, et un prêtre M. Escodeca de la Boissonnade, On espéra un moment que la persécution allaitse calmer et même cesser entièrement, une trahison la fit redoubler; vers la fin de l’année 1814, un païen dévoila au vice-roi du Su-tchuen, Chang-ming, l’état de la mission, qu'il avait connu, en feignant de vou. loir embrasser le catholicisme, I] divulgua l’établissement du séminaire, le nombre des élèves et des professeurs et dénonça nommément Ms: Dufresse, Cette accusation fit porter immédiatement un édit, ordonnant de poursuivre les chrétiens et leur grand maitre de religion. Les arrestations. commencées à Tchen-tou et dans les districts environnants, s'étendirent dans toute la province; on emprisonna un grand nombre de chrétiens de tout âge, dont on exigea l'apostasie. Plusieurs eurent la faiblesse de céder. d'autres réparèrent en quelque sorte, par leur cour: ge, le scandale causé à l'Église par la chute de leurs frères. Dès le 13 octobre 1814, un chrétien nommé Tehing mourut au milieu des tourments dans le district de Lou-tcheou. Les plus cruelles violences furent exercées sur les fidèles de la paroisse de Lolan-keou, spécialement signalée à cause du coliège qui s’yabritait, Les satellites arrivèrent le 14 octobre dans le village, brülèrent le collège, détruisirent le monument funèbre de M. Hamel, sans toutefois toucher au tombeau, et pillérent plusieurs maisons de chrétiens qu'ils visitèrent pour découvrir Mgr Florens. L'évèque avait déjà passé au Yun-nan, il prit ensuite avec deux écoliers la route du Tonkin, etmourut dans sa fuite le 14 décembre de la même année.

De son côté, Mgr Dufresse, en butte aux poursuites de deux apostats acharnés à faire tomber cette riche proie entre les mains des persécuteurs, courait les plus grands dangers. Tout son district était en feu, On poursuivait, on emprisonnait les chrétiens, afin d’arriver à le découvrir lui-même. Dans la nuit du 9 janvier 1815, les satellites étant venus faire de nouvelles perquisitions près de son asile, il résolut de se livrer. Ce sacrifice n'était pas pour l'effrayer, ne l'avait-il pas accompli déjà en 1785, pour épargner à son troupeau des souffrances, dont ilse regardait comme la principale cause. Plusieurs fidèles approuvèrent son dessein, d’autres, en plus grand nombre, s'y opposérent : il se résigna à attendre encore quelques mois le jour de l’immolation suprême.

Enfin le gouverneur de Sin-tsin-hien, averti que certaines personnes connaissaient la ret raite de l'évêque, fit appeler le néophyte chez lequel les missionnaires avaient l'habitude de passer plusieurs jours.

Il manda également le neveu de cet homme, un juge rural et un de ses petits-fils, Matthieu Hoang, ancien élève du séminaire de la mission, et plus tard du séminaire général, « d'où il avait été renvoyé, à cause d’une prédisposition bien prononcée à l'aliénation mentale ». Lorsqu'ils furent présents au prétoire, on les interrogea sur la retraite de Mgr Dufresse. Le vieillard et son neveu s'excusèrent, laissant la réponse à Matthieu qui, dirent-ils, connaissait un Jeune homme compagnon de fuite de l'évêque. Le mandarin, se tournant alors vers Matthieu, lui commanda de conduire les satellites chez ce jeune homme. L'interpellé répondit d'abord qu'il ignorait sa demeure: le magistrat ordonna de le suspendre et de le frapper de coups de bâton; mais, à

peine le malheureux en eut-il reçu trois ou quatre que, vaincu par la crainte plus que par la douleur, il

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On lui donna une escorte, et il partit.

Les satellites se saisirent du Jeune homme qui avait été dénoncé, de son père et de sa mère, et les frappèrent brutalement, mais sans pouvoir leur arracher un aveu. Enchainant alors le père et le fils, ils les entrainèrent au prétoire et redoublérent les Mauvais traitements. Brisé par la douleur, le fils avoua le lieu de la retraite de Mgr Dufresse, et consentit à conduire les bourreaux. En arrivant, il voulut s’excuser de son action près de l’évêque : « Mon fils, lui dit doucement celui-ci, puisque vous aviez l'intention de me livrer, il fallait au moins me prévenir, je serais sorti de cette maison, et mes hôtes n'eussent pas été COMpromis. » Puis il tendit ses mains aux satellites qui l’enchainèrent et le conduisirent au prétoire, C'était le 18 mai 18152.

Il fut emmené à Sin-tsin-hien : les mandarins le reçurent respectueusement, lui firent ôter ses chaines, l'invitérent à prendre quelque nourriture, et, lui ayant donné la place d'honneur, s'assirent à ses côtés. Le lendemain, ils le firent conduire en chaise, à Tchentou$. Au lieu de l'enfermer dans la prison des criminels, les magistrats lui assignèrcnt pour demeure une des chambres du palais du gouverneur; ils le firent manger à leur table et se montrèrent disposés à lui accorder tout ce qu'il souhaiterait, excepté la permission de communiquer seul avec des Personnes qu'eux-mêmes ne

1. Sommaire des procès pour la eausede Béatification, etc., p. 627, S5; p. 629, S19. Lettre de M.Marchini, P.642,$ 102. Lettre de M. Escodeca.

2. Sommaire des Procès-verbaux pour la Béatification. etc., p. 627, S 6; p. 629, $ 20; p. 630, $ 30; p., 632, & 38; p. 636, $ 68: p. 639, $ 88. Lettres de M, Escodeca et de M. Marchini,

3. Sommaire, etc., P. 627, K 8; p. 629, $ 21; P. 630, S 31; p. 632, $ 40 ; D. 633, $ 47; p. 635, $ 57; p. 636, $ 69: 639, $ 90, Capitale de la province,

connaitraient pas; ils lui offrirent même de faire venir, pour le servir et lui tenir compagnie, tous ceux qu'il désirerait. Encouragé par cette bienveillance, l'évèque indiqua deux prètres chinois emprisonnés pour la foi, On ne lui accorda cependant pas sa demande, parce que ces prêtres étaient en jugement. Mgr Dufresse se résigna à subir seul les ennuis de {a prison, et à essuyer les questions insidicuses de deux mandarins. qui ne le quittaient pas.

Les juges prirent pour l'interroger les formes employées enversles hauts dignitaires. Quelques-uns d'entre eux venaient causer avec lui, et pendant ce temps, deux ministres du tribunal, cachés dans une chambre voisine, prenaient note de ses paroles. Tout en répondant aux questions de ses interlocuteurs, le prisonnier ne manquait jamais l’occasion de leur parler du vrai Dieu et de la religion catholique. Les mandarins paraissaient approuver ses paroles, et rejetaient la faute de la persécution sur les ordres pressants du vice-roi et sur sa haine contre les chrétiens.

L'apôtre était en prison depuis quatre mois, lorsque le 14 septembre 1815, fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, il fut conduit en châise à porteurs au tribunal du juge criminel, Celui-ci, faisant allusion à la demande que l'évêque avait exprimée plusieurs fois, pendant sa détention, d'être transféré à Pékin, lui dit que sans doute il désirait obtenir quelque grande place dans l'empire :

— Pourquoi le désire ais-je, répondit le prélat, moi qui suis déjà vieux, prêt à mourir, et sans héritier?

Passant à un autre ordre d'idées, le juge lui demanda où il avait prèché, s'il avait enseigné le catholicisme à beaucoup de monde et s’il avait fait de nombreux pro-

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