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D2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ

Mais, ne recevant pas de Juthia la poudre et les balles dont il avait besoin, il abandonna ses alliés maladroïts que sa présence et son courage auraient peut-être sauvés, pilla six jonques chinoises et mit à la voile. Le royaume perdait sa dernière chance de succès.

Après le départ des Anglais, les Birmans inondèrent le pays, laissant toutefois à quelque distance de la capitale le gros de leur armée qui construisit de nombreux fortins, pour empêcher tout secours de parvenir aux assiégés. Lorsqu'ils furent solidement établis dans leurs lignes, ils s’'avançcèrent à une portée de canon des remparts.

Parmi les chrétiens, les uns gardaient les bastions, les autres avaient obtenu trente pièces de canon, des fusils, des sabres et cinq mille francs pour défendre les églises et les forts situés hors des murs.

Le 13 novembre, les Birmans s'emparèrent de plusieurs grandes pagodes défendues par les Chinois et lancèrent leurs boulets jusque sur l'église Saint-Joseph: les chrétiens répondirent bravement à leur feu, démolirent une des pagodes nouvellement emportées et prirent un éléphant de guerre. Mais quelques Jours après, ils se laissèrent surprendre et ne durent leur salut qu'à la valeur de la troupe qui veillait sur le séminaire et sur l'évêché.

De l’autre côté de la ville, les Chinois, qui défendaient la loge hollandaise et le village portugais, furent battus. Les deux prêtres de cette dernière paroisse, un Dominicain et un Jésuite, ne voyant plus aucune chance de victoire, se rendirent.

Les vainqueurs espérèrent que cet exemple serait suivi par l’évêque; ils lui firent écrire par le Dominicain pour l’engager à donner à ses chrétiens l’ordre de déposer les armes.

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contre un corps de cinq mille hommes? lui disaient-ils. D'ailleurs, il n'avait rien à craindre, les missionnaires, les catholiques, l'église, le séminaire seraient respectés. Seules, les maisons des particuliers seraient incendiées et les armes enlevées. » Tout d'abord, Mgr Brigot refusa d'entrer personnellement en pourparlers avec l’ennemi et dépêcha un chrétien prendre de plus amples informations. Le général birman retint le messager et déclara qu'il ne traiterait qu'avec l'évêque en personne. Gelui-ci consentit enfin à se présenter chez le général qui le reçut avec honneur, etlui réitéra ses promesses, ajoutant que les catholiques devaient immédiatement se retirer dans l'église ou dans l'enceinte du Séminaire et l'évêque dans une pagode qu'il lui indiqua; « la nuit suivante, disait-il, il irait brüler les restes du quartier Saint-Joseph. »

Il fallut accepter ses dures conditions. Le 23 mars, l'incendie fut allumé et se communiqua rapidement à l'église qui fut réduite en cendres. Le vainqueur envahit le séminaire qu'il pilla malgré sa parole, et emmena dans son camp les prêtres, les élèves et les fidèles. Dans la nuit du 7 au 8 avril 1767, la malheureuse cité de Juthia fut prise d'assaut, ruinée de fond en comble et les habitants massacrés ou réduits en servitude ainsi que les princes de la maison royale.

L'antique capitale de Siam ne s'est jamais relevée de ce désastre, elle n'est plus aujourd'hui qu'une agglomération de pagodes et de palais à moitié détruits par le feu, de statues colossales déchiquetées par le temps, de forts en partie écroulés, de pans de murailles branlantes, et ces ruines imposantes, plus tristes sous le ciel éclatant d'Extrème-Orient, gisent couvertes de broussailles impénétrables, ombragées de vieux peupliers d'Inde, asile des hiboux et des vautours,

Les belles églises, élevées par les premiers évêques

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et par les premiers prêtres de la Société des Missions- Étrangères, disparurent dans cette catastrophe, et c'est avec un serrement de cœur qu'on lit ces mélancoliques paroles écrites en 1830, par Mgr Pallegoix, futur vicaire apostolique de Siam.

« Mon cœur fut ému à la vue des ruines déplorables de quatre églises chrétiennes, au milieu des champs et des déserts. Je choisis pour mon séjour les ruines de Saint-Joseph, où sont les tombeaux de onze vicaires apostoliques et d’une multitude de saints missionnaires. J'allais chaque jour méditer sur les débris de colonnes et de murs antiques, qui sont devenus le repaire des hiboux, des scorpions et des serpents; et je priais le Seigneur de rendre à ces lieux saints leur gloire première. Sur les ruines du palais épiscopal, j'élevai une cabane de feuilles et de bambous, où je célébrai le saint sacrifice tous les dimanches et fêtes, »

Une nouvelle Juthia s'est bâtie à peu de distance, mais elle n’a ni la splendeur, ni la puissance, ni la richesse de l'ancienne. Née près des tombeaux, elle à gardé dans sa physionomie et dans son allure quelque chose de triste et de funèbre; le sceau du malheur qui marqua son origine à laissé son empreinte sur elle.

La capitale détruite, le pays dévasté, l’armée birmane repartit pour Ava, emmenant prisonniers le roi. les princes et une partie du peuple. Un certain nombre de chrétiens furent immédiatement dirigés sur la Birmanie, et incorporés dans les troupes. D'autres, guidés par M. Corre, trouvèrent le moyen de s'échapper et se retirèrent au Cambodge. Mgr Brigot fut remis entre les mains du pilote Joseph, le même qui, à Mergui, avait secouru MM. Alary et Andrieux. Joseph recut l'ordre de conduire l’évêque à Rangoon; il lui rendit ainsi qu'aux catholiques, des services signalés, en particulier pendant leur séjour à Ban-xang.

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Les troupes birmanes s'étaient arrètées dans cette petite ville située sur les bords du Mé-klong, elles traitaient les prisonniers avec la dernière brutalité, frappant Les hommes et outrageant les femmes. Plusieurs captifs chrétiens, indignés de ces infamies, défendirent leurs compagnes; les soldats les ayant aussitôt accusés de rébellion, le gouverneur voulut les faire décapiter, le pilote Joseph courut chez lui, expliqua leur conduite, et l'instruisit du caractère de paix et de douceur de la vraie foi. « Au lieu d’avoir quelque chose à craindre des chrétiens, lui dit-il, vous avez tout à espérer; leur évêque principalement pourra vous rendre de véritables services, en engageant les Francais à fonder un ccnptoir à Tavay ou à Mergui. » Les espérances de commerce que le pilote évoquait aux yeux du gouverneur étaient à coup sûr fort chimériques, mais l'argument suffit à ‘almer sa colère.

Le 6 juin, les captifs furent embarqués, et, après dix jours de navigation, prirent la route de terre qui traversait une partie de l’ancien royaume de Tenasserim, et allait du golfe de Siam à l'océan Indien, ils eurent à supporter de grandes souffrances, durent escalader de nautes montagnes boisées en suivant de véritables sentiers de chèvres, coucher à la belle étoile, et souvent ils manquèrent de nourriture : beaucoup moururent de fatigue, et en plusieurs endroits, le chemin fut bordé de adavres, Enfin ils arrivèrent à Tavay. Un Arménien, Babaïan, réclama l'honneur de loger l'évêque et de nourrir quelques chrétiens, mais sa for.üve ne lui permit pas de prolonger de telles générosités, d'autant plus que la famine avait élevé le prix des vivres à un taux extraordinaire : un boisseau de riz coûtait Jusqu'à 25 ou 30 piastres. Mgr Brigot vendit tout ce qu'il avait sauvé du pillage; l'argent ainsi recueilli ne dura pas longtemps, alors dans un dernier et suprême élan de

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charité, l'évèque vendit son anneau épiscopal, le gage béni de son alliance avec l'église de Siam. Ce trait de désintéressement qui révèle combien forte et douce était l'union du Père et des enfants, du pasteur et de ses ouailles, toucha le cœur d'un capitaine anglais nommé Rivière : il sollicita l'honneur de recevoir le Vicaire apostolique à son bord, et le pria de considérer le navire comme sa propre demeure.

À Rangoon, les missionnaires, barnabites italiens, firent à l'exilé, un accueil digne de ses vertus et de ses malheurs. Leur supérieur, le P. Percotto 1, avait reçu ses bulles d'évèque de Maxula et, depuis quelques mois, cherchait à qui il s'adresserait pour être consacré. [l ne pouvait songer à se rendre ni à Siam en guerre avec les Birmans, ni en Cochinchine ou au Tonkin dont l'entrée était interdite aux prètres européens sous peine de mort, ni à Macao, ni à Goa, dont les évêques étaient toujours assez mal disposés pour les missionnaires des autres uations.

Mgr Brigot arriva juste à temps pour lui donner la consécration épiscopale, 11 mit à sa disposition quelques catéchistes lettrés et sérieux, à l’aide desquels le nouvel évêque commença un séminaire.

Des désastres de la mission de Siam sertait ainsi un germe régénérateur pour la mission de Birmanie. Grand spectacle que nous donnent les choses humaines, qui, par quelque côté, sont toujours les choses de Dieu : la mort touche à la naissance et la décadence au progrès ; travailleur aveugle de l'œuvre qu’il fait et plus encore de celle qu’il prépare, l'homme s’attriste et pleure sur ce qu'il appelle les malheurs da présent; il croit que les institutions croulent quand elles’ ne font que changer, 1l voit les ruines s'amonceler, sans se douter que demain

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