Arch. M.-É., vol. 183, p
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À Lyon, le Séminaire pouvait compter sur le dévouement d’une jeune fille, dont le nom est à juste titre resté célèbre, Mlle Pauline Jaricot. Elle avait connu le Séminaire des Missions-Étrangères en lisant les relations des missionnaires, les statuts de l'association de prières dont nous venons de pailer et les appels pressants adressés aux catholiques par M. Chaumont et par M. Langlois. L'âme ardente de Mlle Jaricot s'émut à ces douloureux récits; mais elle comprit qu'une organisation manquait à la nouvelle association, et elle demanda instamment à Dieu de l’éclairer sur ce point. La pieuse jeune fille fut exaucée ; elle-même a raconté dans une lettre du 29 Juillet 1858 comment en 1819 ou en 1890 elle concut le plan si ardemment désiré :
« Un soir que mes parents jouaient au boston, et qu'assise au coin du feu, je cherchais en Dieu le secours. c'est-à-dire le plan désiré, la claire vue de ce plan me fut donnée, et je compris la facilité qu'aurait chaque personne de mon intimité, à trouver dix associés donnant un sou chaque semaine pour la propagation de la Foi. Je vis en même temps l'opportunité de choisir parmi les plus capables des associés, ceux qui inspireraient le plus de confiance pour recevoir des dix chefs de dizaine la collecte de leurs associés, et la convenance d'un chef, réunissant les collectes de dix chefs de centaine, pour verser le tout à un centre commun. » : Cependant les directeurs du Séminaire des Missions- Étrangères et leurs amis n'étaient pas les seuls à demander pour les missionnaires des ressources et des prières. Mgr Dubourg, évêque de la Nouvelle-Orléans,
1. Vie de Pauline Marie Jaricot, vol. 1, ». 187, J. Maurin. Mlle Jaricot envoya pour la première fois des secours au Séminaire des Missions-Étrangères en 1820, par son frère M. Philéas Jaricot, qui venait au séminaire de Saint-Sulpice. Ces secours s'élevaient à 11 somme de 1,439 fr, 35. ji
et Mgr Flaget, évêque de Bardstown, avaient également dans Mme Petit de Meurvillet, pieuse veuve qui habitait Lyon, une auxiliaire dévouée. Durant son séjour en + France en 1815, Mgr Dubourg exprima le désir que des souscriptions annuelles fussent établies, et proposa de fixer à un franc la rétribution de chaque souscripteur. Mre Petit suivit le conseil de l’évêque autant qu'elle le put, mais soas parvenir à organiser une œuvre de eu e importance.
À voir tous ces préludes, on comprend bien qu'une mème idée travaille les esprits, qu'une même aspiration agite les cœurs. On peut, Jusqu'à un certain point, pressentir que toutes les missions de l'univers ayant un égal besoin de secours, une œuvre va se fonder pour les aider toutes. Mais comment et par qui? C'est le secret de Dieu. Il le livre en 1822 en groupant ensemble tous les dévouements jusqu'alors séparés. Un vicaire général de Mgr Dubourg, l'abbé Inglesi?, vint en France: il y connut M®e Petit et son fils, et chercha avec eux les moyens de mettre à exécution l'idée des souscriptions annuelles. On fut d'avis de recevoir quelques personnes pour étudier la question. « Le jeudi 2 mai 18929. M. Petit* se mit à la recherche des hommes les plus considérés et les plus connus par la p ratique des bonnes œuvres. Îl s'était déjà assuré de l'adhésion de quelquesuns, lorsque, abordant dans la rue un de ses amis.
1. Née Benoite Marine Lemau de la Barre, mariée à M. Petit de Meurville, avait été forcée de quitter l’île Saint-Domingue en 1195 après l'assassinat de son mari et de son frère. Elle se retira d’abord à Baltimore et vint à Lyon en 1803.
2. M. Inglesi avait recu le titre de Vicaire général immédiatement avant de quitter l'Amérique, et n'en avait Jamais exercé les fonctions.
3 Annales de la Propagation le La Foi, vol. 52, p. 1450. ,.
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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES sit M. Benoit Coste, il lui expose brièvement l'œuvre projelée, et l'invite à une réunion pour le lendemain.
— Volontiers, répond M. Coste, si c’est pour faire une œuvre plus générale, monde entier.
— Oui! reprend vivement M. Petit, comme frappé d'un trait de lumière, oui, c’est encore bien mieux, J'adopte votre idée: elle est plus grande, elle devra plaire à tous. »
une œuvre qui s'étende au
« Cette idée d'une œuvre catholique, c’est-à-dire se proposant de secourir toutes les missions du monde, avait été émise par M. Coste dès 1816. La grandeur même d'un tel dessein l'avait fait paraitre inexécutable, et personne ne s'y était arrêté, quoique M. Coste l'eût mis en avant depuis, en diverses occasions.
« Le lendemain, vendredi 3 mai 1822, une douzaine de personnes se trouvèrent réunies chez l'abhé Inglesi. Cétaient MM. Victor de Verna, Benoit Coste, le comte d'Hereculais, de Villiers, Magneunin, Didier Petit, Aususte Bonnet, Antoine Périsse, Terret, Victor Girodon ct l'abbé Cholleton, directeur au grand séminaire de Lyon.
« La séance s'ouvre par la récitation du Vent Creator, et l'abbé Inglesi prend la parole. Après un rapide et émouvant tableau des besoins des missions, et en particulier des missions de la Louisiane, il propose d'établir à Lyon une association qui secourra d’une manière permanente toutes les missions catholiques du monde.
«On adopte la proposition à l'unanimité: et l'assemblée, se constituant en Conseil provisoire, choisit M. de Verna pour président et M. Petit pour secrétaire. Elle charge ensuite le président de préparer un règlement pour l'Association, et nomme une commission, com-
posée du secrétaire et de MM. de Villiers et Terret, pour déterminer le mode spécial de perception des aumônes destinées aux missions.
« Ce fut alors, remarque avec raison Ozan 4m, par l'adoption du principe d'universalité, qui distinguait l'entreprise nouvelle des tentatives antérieures, ce fut ce jour-là que l'OŒuvre de la Propagation de la Foi fut fondée. »
Le règlement, élaboré par la commission et discuté par le Conseil, fut adopté dans la séance du 25 mai, el reçut, peu après, l'approbation de l'autorité diocésaine.
Les associés doivent réciter une fois chaque jour le Pater et V'Ave, et l'invocation : Saint François Xavier, priez pour nous. Elle a deux fêtes principales : l'Invention de la vraie Croix et saint François Xavier; chaque associé donne pour les Missions une aumône de cinq centimes, par semaine,
L'organisation dans ses lignes principales fut celle des divisions par dizaines et centuries; enfin l'universalité fut très explicitement décrétée. Le 15 mars 1823, moins d’une année après la séance solennelle qui décida de l'avenir de l’œuvre, le Souverain Pontife Pie VII accorda de nombreuses indulgences aux associés, et à l'œuvre une bénédiction particulière qui était une approbation.
La Propagation de la Foi était définitivement fondée.
Comme on l'a vu dans ce récit, la Société des Missions- Étrangères avait la première cherché, trouvé, établi ou tout au moins recommandé quelques-unes de ses parties constitutives : prières, fêtes, aumône du sou par semaine, inscription des associés; une des âmes qui lui étaient le plus spécialement dévouées, Mlle Jaricot !, ima-
1. La question a été posée de savoir si dans cette organisation le conseil s'inspira du plan de Mlle Jaricot ou d'autres personnes. Nous n'ivons pas à la trancher; mais nos lecteurs seront peut-être curieux de connaître cette note que M. Petit rédigea en 1865.
« Cette pensée du sou par semaine et de l'organisation par dizaines, centuries et divisions fut suggérée à l'abbé Inglesi et à moi par un de
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“ina l’organisation : M. Coste pré le premier conseil tenu à Lyon, réunit ces divers éléments, les coordonna et les mit en action,
Ainsi la plupart du temps se fon l'apport successif de plusieurs volontés et de plusieurs ntelligences, Leur naissance est difficile et lente, jusqu'au jour où un rayon de la grâce Providentielle passe sur elles et les fait aussitôt fleurir et fructifier.
La Propagation de la Foi se répandit, en France surtout, avec une extrême rapidité : les évêques publièrent de chaleureux mandements en sa faveur des prêtres pour recevoir les collectes :
vicaires, les aumôniers s'en firent les leurs. La grandeur du but plut à tous les esprits ; l’universalité toucha les cœurs; la modicité de ’ mit AUX pauvres de Joindre leur riches. La nouvelle de I
conisa l'universalité,
dent les œuvres, par
et désignèrent les curés, les ardents propaga-
aumône percotisation à celles des à fondation de l'œuvre parvint dans les missions avec celle de ses progrès, et fut accueillie par un long cri de reconnaissance
‘Qui pourra louer, comme il conv pieux fidèles? écrivait du Tonkin Mgr Ollivier!, Qui leur lra entendre les paroles de remerciments que leur idresseront les peuples lointains sur qui tombent leurs bienfaits? Qui n'admirera les effets de la charité chrétienne? Elle unit les Peuples que les mers, le lanbise et les usages avaient séparés ; elle fait que ceux-là entr'aiment, qui ne se sont jamais Vus ef ne se verront
lunais en ce bas monde, mais qui se reconnaitront eu autre, »
ient, le zèle de ces
quis d'Azeglio, alors aide de cam
p de Charles-Albert, luc de Carignan et exilé pour avoir
Pris part à une Conspiration à la tête le laquelle était ce prince, Cet ami très religieux au fond était carboro. L'organisation du Carbonarisme Contribua fortement à cette orgaation. La devise 4 bique per orbem fut donnée par le même marquis Azeglio. »
l Annales de ta Prop. de
la Foi, vol. 3, p. 68.
Mt
A Siam, le vieil évèque Florens, qui soutenait depuis tant d'années la mission catholique, écrivait! :
« C'est avec les plus vifs sentiments de joie que nos chers collaborateurs et moi nous avons appris qu'il s’est formé une association, pour obtenir de Dieu la conversion des infidèles : recevez, âmes chrétiennes, les témoignages de notre sincère reconnaissance. » « Oh! que de bénédictions nous avons recues des paiens mêmes dans ces jours de malheur! s'écriaient les missionnaires du fond de la Chine. Nous ne les avons pas prises pour nous : elles ne pouvaient nous revenir. Par l'entremise de nos anges gardiens, nous les avons envoyées au trône de Dieu, afinqu'elles retombenten pluie de grâces et de mérites sur ces âmes généreuses et pleines de foi, qui ne se contentent point de soulager leurs frères d'Europe, mais vieïinent encore au secours des plus anciennes misères.»
M. Gagelin, le futur martyr, disait : «€ J’admire les progrès merveilleux avec lesquels s'est établie cette association et le zèle des évêques pour l’étendre. Nous comptons beaucoup sur les prières des bonnes âmes qui sont entrées dans cette association. Elles auront part à toutes les bonnes œuvres qui s'opéreront par leurs aumônes. »
Les missionnaires ne s'en tiennent pas à ces témoignages isolés de reconnaissance, et ceux de Cochinchine, réunis en 1830 autour de leur évèque Mgr Taberd, adressèrent la lettre suivante aux Conseils centraux, et par leur entremise à tous les associés de la Propagation de la Foi ? :
« Le concours des circonstances ayant permis à cinq