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CHAPITRE XII

1. L'Ëre des martyrs s'ouvre en Cochinchine, — Minh-mang. — Haine qu'il porte aux Européens, — Égit pour défendre l'introduction des missionnaires dans le royaume, — Convocation des missionnaires à Hué. — Leurs travaux. — Leur libération grâce au vice-roi de la Basse- Cochinchine. — Il, Procès de Co-lao et de Duong-son. — Plaidoiries de M. Jaccard. — Son courage, ses interrogatoires, — Courage d'un prêtre indigène. — Edit de persécution. — M. Gagelin se livre, — Il est condamné et exécuté. — Lettre des conseils centraux de la Propagation de la Foi. — III. Mgr Taberd se réfugie à Siam, — Révolte en Basse-Cochinchine, — Vaines tentatives des rebelles pour faire entrer M. Marchand dans leurs rangs. — Défai.e des révoltés, — IV. Arrestation de M, Marchand. — Son interrogatoire, — Son supplice. — V. Projets d'évangélisation, — Commencements d'apostolat au Laos, chez les Nias, dans l'ile Nicobar. — La Corée offerte à la Société des Missions-Étrangères, — Mgr Bruguière s'offre Pour aller en Corée. — IL est accepté. — VI. La Corée, le pays et les habitants. — Origines du catholicisme en Corée, — VII. Mgr Bruguière et M. Maubant. — Leur voyage. — Mort de Mgr Bruguière. — Entrée en Corée de MM. Maubant et Chastan.

Une des caractéristiques de l'apostolat des Missions- Etrangères, au xx siècle, est le grand nombre des martyrs donnés à l'Église de Dieu par la Société, On compte vingt-quatre de ses prêtres juridiquement condamnés à mort et exécutés. quatre morts en prison et trente-trois massacrés par les païens.

L'ère des martyrs s'ouvre dans le royaume d’Annam ; Minh-mang règne et gouverne dans cette partie de l’Indo-Chine. Des qualités de son père Gia-long, il a surtout la persévérance qui, chez lui. est de l'entêtement., On a dit qu'il fut intelligent, nous ne le nierons pas; mais intelligent à la facon des lettrés chinois ou annamites,

qui ne savent que regarder le passé, S'y attacher avec äpreté sans chercher dans le présent des signes qui font prévoir et préparer l'avenir, Ce fut surtout un esprit étroit, auquel son entêtement a donné quelque relief et sa perfidie un reflet d’habileté. Il détestait et craignait les Européens, et dès le début de son règne, il manifesta ses sentiments. :

Il recut assez mal une ambassade anglaise envoyée par le gouverneur général du Bengale et conduite par John Crawford. Les officiers francais eux-mêmes, au dévouement et à l’habileté desquels son père avait dù le trône, ne furent pas mieux accueillis. M. Chaigneau, l'un des plus distingués parmi eux, était revenu en France en 1819. En 1821, il repartit pour Hué avec les titres d'agent de France auprès du roi de Cochinchine ; de consul et de commissaire du roi pour la conclusion du traité de commerce.

Il emportait aussi des présents et une lettre de Louis XVIII pour le roi d'Annam; il ne put réussir dans aueune de ses négociations, et le mandarin des étrangers écrivit à notre ministre de la marine une lettre, où la volonté de ne pas avoir de relations avec la France perce dans chaque mot. « Les frontières du royaume d'Anna, disait-ili, sont situées aux extrémités du Midi, et celles de la France aux extrémités de l'Occident, les limites des deux États sont séparées par plusieurs mers ou par une distance de plusieurs milliers de lieues. Les habitants de notre pays peuvent rarement arriver jusqu'au vôtre... Si vos concitoyens désirent venir commercer À dans notre royaume, ils se conformeront aux règlements comme cela est raisonnable; d’ailleurs, ils ne feront aucun gain, car notre pays est très pauvre. » En 1821, M. Courson de la Ville-Hélio, commandant la frégate

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