‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 25 sur 248 · LE · texte numérisé non relu

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répéterai ce que j'ai déjà dit : j'ai refusé de le loger et de lui parler. » Cette réponse présageait un long et difficile interrogatoire, les mandarins préférèrent le repos, et se retirèrent en ordonnant de conduire les accusés en prison. Le lendemain, le fils d'un généal vint les voir de la part de la femme du second juge et d'une des dames les plus riches de la ville pour les saluer et prier M. Artaud de parler avec moins d'assurance.

Reconnaissant de cette sollicitude, mais inébranlable dans la vérité, le prêtre chargea le messager de ces paroles : « Je vous prie de remercier ces dames et de leur dire que je répondrai comme il convient à un missionnaire. » Cependant après quelques jours, le gouverneur se ravisa, et soit pour découvrir la vérité, soit

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pour s'emparer de l'étranger, il proposa à M. Artaud d'aller au Cambodge conférer avec le prince et de pris la d le faire consentir à venir à Ha-tièn. Le prêtre ac- Le fai quiesca à la demande, mais aux conditions suivantes : Orient, i {avant son départ, on libérerait les deux autres mission- tude y sc

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naires ; 2 le gouverneur promettrait de respecter la vie et la liberté du prince; 3° le négociateur s'engageait uniquement à rapporter la réponse et n'aurait dans cette affaire aucune qualité d’ambassadeur ou d'envoyé officiel. Ces conditions furent acceptées.

Pigneau et Jacques Tehang furent mis en liberté surle-champ, leurs vertus et leur charité déclarées par sen-

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tence publique très recommandables. Artaud partit, mais il ne réussit pas à persuader le prince siamois qui se défiait, à bon droit peut-être, de ces offres inexpli-

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ables. Irrité de cet échec qui déroutait ses plans,

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On les traita cette fois avec plus de r'gueur que la première, « on leur mit des cangues si pesantes qu'ils en

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étaient accablés. » Artaud reçut la sienne en prononçant ces paroles du prêtre qui se revêt de la chasuble pour monter à l'autel :

«Domine, qui diristi : Jugon meum suave est et onus «CMeuin leve: fac, ut istud Portare sic valeam, quod con- «Csequar luam gratiam. Seigneur, qui avez dit : mon Joug est doux et mon fardeau léger, faites que je porte celui-ci de manière à mériter votre grâce. »

Leur détention dura trois mois; un jour, mieux disposé qu'à l'ordinaire, le gouverneur daigna reconnaitre leur innocence et les renvoya; Justice de potentat qui traite ses administrés avec toute la désinvolture d'un tyran! A leur retour au collège, les missionnaires trouvérent les écoliers fervents et en bon ordre: pendant l'absence de leurs maitres. les plus anciens élèves, avec le sens administratif qui caractérise les Orientaux, avaient pris la direction de la maison et veillé à la discipline.

Le fait paraitrait singulier en Europe; en Extrème- Orient, il n’a rien d'extraordinaire, Les surveillants d'é-

tude y sont presque inutiles. et le respect de l’âge y est tel qu'il suffit souvent à établir une autorité capable de commander le silence et la tranquillité, mieux cependant que le travail,

Les missionnaires ne demeurèrent pas longtemps en paix dans leur studieuse retraite. Un gros parti de Pirates chinois et ‘ambodgiens, profitant des troubles du moment, vinrent pour piller le collège et massacrer les élèves cochinchinois, auxquels les Cambodgiens avaient voué une haine particulière, Les écoliers et les maitres réussirent à S échapper excepté Artaud, qui, *ravément malade, eut un de ses élèves massacré entre ses bras, et fut lui-même si cruellement battu. qu'il en mourut quinze jours plus tard, le 28 novembre 1769.

La position n'était plus tenable, Pigneau de Behaine,

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après s'être concerté avec Morvan, son collaborateur, passa à Malacca, puis à Pondichéry où. après bien des traverses, il installa le séminaire générel en 1770, sous la protection du drapeau français, à Virampatnam, petit village situé à une lieue de Pondichéry.

Cettemesure, commandée parles circonstances, provoqua quelques regrets. Les Indes étaient trop éloignées des missions de l’Indo-Chine et plus encore de celles de Chine, le climat était assez différent et causait un affaiblissement général dans la santé des écoliers ; on disait également que le séminaire devait toujours être établi dans le territoire des missions de la Société.

Les objections sont faciles à soulever, les principes bien beaux à émettre, mais à quoi aboutissent les objections que les circonstances ne permettent pas de résoudre, sinon à arrêter une initiative qui ne donnerait peutêtre pas un résultat parfait, mais tout au moins un résultat supérieur à l'inaction.

On a dit avec autant d'esprit que de raison : « Ceux qui veulent le tout tombent dans le rien'. » Cest une conséquence qu'il ne faut point oublier lorsqu'on juge les entreprises humaines ordinairement faibles par quelque eôté et excellentes par d’autres. Les missionnaires, en établissant le collège général à Pondichtry, empêchaient sa destruction totale, ils continuaient dans des conditions inférieures, mais relativement bonnes et imposées par les circonstances, l'œuvre de leurs devanciers.

Du reste, Pigneau de Behaine et ses collaborateurs ne prétendaient pas fixer à tout jamais le séminaire général dans les Indes, ils étaient prêts à le transférer à Sian ou sur un autre point de l'Indo-Chine, dès que la situation politique et religieuse le permettrait,

4, Mgr d'Hulst,

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