‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 35 sur 248 · S'écrit aussi Yüuin-tchang et Yuin tcheang · texte numérisé non relu

S'écrit aussi Yüuin-tchang et Yuin tcheang

répandirent ce bruit dans toute la province. Les ornements sacerdotaux du missionnaire les confirmèrent dans leur opinion, car ils les prirent pour des emblèmes de la souveraineté: la chasuble fut un manteau royal, le devant d’autel un ornement du trône, le fer à l'hostie un instrument pour battre monnaie, le bréviaire un livre de sorcellerie.

Le mandarin de première classe de Tchong-kin se rendit à Yun-tchang avec plusieurs de ses collègues, afin de juger le prisonnier; il arriva solennellement escorté de quatre ou sinq cents satellites et soldats. [L fit aussitôt comparase Île missionvaire; plus habile et plus instruit que son subordonné, il vit tout de suite qu'il avait réellement affaire à un Européen prédicateur de la Religion, et le débat changea de face. I] voulut absolument arracher à M. Gleyo l'aveu qu'il était venu en Chine pour amasser des richesses. « Allons, disait-il, situ t'obstines à nier que tu sois venu pour ten rtehir, je vais te faire trancher la tête, et si ta religion peut quelque chose, qu'elle arrache d'entre mes mains. __ Notre religion, répondit M. Gleyo, n'est pas établie pour nous procurer Un bonheur temporel, mais pour nous conduire à la félicité du ciel. — Ob l’insensé ! le lieu de la félicité céleste, n'est-ce pas la Chine? » Le mot est enfantin et orgueilleux, deux qualités très Afin d'en démontrer la vérité, le mandarin ne

chinoises.

mieux que de faire donner seize soufflets

trouva rien de au missionnaire qui avait l'inconvenance de ne pas se croire en paradis.

En infligeant ces tortures, le juge avait souvent sur les lèvres la parole ironique qui rapoelle celle des Juifs insultant le Sauveur : «SI ta religion peut quelque chose, qu'elle tarrache d'entre mes mains.» Comme

Le divin Maitre, le doux M. Gleyo ne répondit que par le

silence.

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Après plusieurs autres interrogatoires du même genre, il fut conduit à Tchen-tou, résidence du vice-roi, Comme il sortait de prison, il vit devant lui Notre-Seisneur, tel qu'on le représente montant au ciel, qui lui dit : «Je vous serai propice à Tchen-tou, comme Je vous l’ai été à Yun-tchang, » Ce fut la première vision dont il fut honoré, beaucoup d'autres la suivirent, Dur il fut placé dans une chaise à porteurs et e un criminel, Il supporta ses souff:

toujours son àme dans l'intime ferveuret son esprit de pénitence

ant le voyage, nchainé comme ‘ancesavec joie, gardant communion de Dieu: sa étaient tels que, dans la relation qu'il nous a laissée de ce voyage, il se reproche comme une jouissance indigne d’un prisonnier de Jésus- Christ, le plaisir qu'il prit à regerder les paysage, gracieux, les sites pittoresques e

grandioses qui se déroulèrent devant ses veux, « Rien, pensait-il, n'aurait dû détourner son cœur de la pensée de l'honneur que Dieu lui faisait, en le prenant pour son témoin, »

Afin d'éviterles embarras que pouvait lui susciter l'arrestation d'un Européen dans sa province, le vice-roi du Su-tchuen voulait que M. Gleyo déclarât qu'il était de Canton, vainement il le fit : ft cter, soumettre à la bastonnade, il se heurta à une résistance obstinée.

Ne pouvant arracher cette déclaration au aptif, le mandarin recommenca les questions déjà posées à Yuntchang : « Dis que tu es venu pour chercher

des richesses, », donna-t-il.

— Non. — Pourquoi donc es-tu venu? — Pour prècher la religion. — Quelle religion ? — La religion chrétienne. — Ecrasez-lui les os. » Et

le patient subissait les entraves, pendant que les bourveaux criaient à tue-tôte :

«€ Dis donc que tu es venu ici pour avr ou riz et de l'argent, »

La vicience de la douleur fitévanouir le confesseur, et sur l'ordre de leur chef, les satellites le recondnisirent eu prison où régnait une maladie contagieuse qui fit

de nombreuses victimes. Les mandarins espéraient que M. Gleyo en serait aiteint et qu'il y suecomberait, mais ils n’osaient le tuer et se contentaient de désirer sa mort. « Pourquoi ne meurs-tu pas? » lui disait l'un d'eux dans un des multiples interrogatoires qu'il eut à subir. Et le prêtre, les lèvres tuméfiées et durcies, balbutiait : La naissance et la mort ne dépendent pas de l'homme. — N'as-tu pas une corde pour te pendre? — Je n'ai jamais eu semblable pensée, — Eh bien, je vais t'aider à mourir. — Sur un signe du juge, les satellites frappèrent le malheureux à coups de bambou sur les cuisses, Au vingtième coup, M. Glevo s'affaissa : le juge, craignant qu'il n’expiràt, le fit emmener, il ne voulait pas le tuer, mais seulement l'aider à mourir. Dieu réservait à son serviteur une autre destinée; il le purifiait par une longue épreuve, afin d'en faire un vase d'élecüon utile au salut d'un grand nombre d'âmes.

Après quelques semaines de séjour à Tehen-tou, le confesseur fut renvoyé à Yun-tchang, où 11 demeura jusqu'à la fin de son emprisonnement en 1777. Il fut mis plusieurs fois à la question, affligé de graves maladies; mais dans les moments les plus pénibles de cette dure existence, il jouit des plus douces consolations. Dieu le Père, Notre-Seigneur, le Saint-Esprit, la très sainte Vierge et les saints lui apparaissaient, l'instruisaient, le reprenaient, le fortifiaient, l'aidaient à mettre ses souffrances à profit, et à avancer dans les voies de la perfection. Nous citerons quelques récits de ces visions, écrits par M. Gleyo lui-

mème, et conservés dans les archives du Séminaire des

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