‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 40 sur 248 · Du diocèse de Metz, parti en · texte numérisé non relu

Du diocèse de Metz, parti en

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M. Gleyo avait perdu la raison. La sublime sagesse du captif qui ne faisait entendre ni plaintes, ni récriminations, qui souriait à ses juges et remerciait ses bourreaux, lui avait paru une folie : saint Paul avait parlé pour tous les infidèles, et dans l'empire de Chine aussi bien que dans l'empire romain, on insultait aux témoins du Christ en les traitant d'insensés. Le vice-roi du Su-tchuen se contenta de la réponse de son subordonné, et cette première démarche n'eut pas de résultat. Mais au mois de mars 1777, l'empereur ayant délégué le P. Da Rocha pour lever la caïte d'une partie du petit Thibet nouvellement conquis, le missionntire passa par Tchen-tou.

Mgr Pottier le pria d'intercéder de nouveau en faveur du prisonnier. Espérant avoir plus de chances pour réussir de vive voix que par écrit, le religieux s'empressa de faire droit à la demande du Vicaire apostolique. Aux premières ouvertures, les autorités chinoises répondirent comme à l'ordinaire que le prisonnier était atteint de folie. Sur les sollicitations pressantes du P. Da Rocha qui pria de s'assurer de la vérité du fait, on fit venir M. Gleyo, on l'interrogea, et on constata qu'il avait la plénitude de sa raison. Le mandarin lui fit part des intentions bienveillantes du vice-voi: mais il aurait voulu en profiter pour le faire consentir à quitter la Chine; le captif refusa. 11 avait passé huit années en prison, il y resterait encore aussi longtemps qu'on voudrait, mais il ne quitterait pas l'empire et ne cesserait pas de prècher les vérités divines. On se contenta enfin de sa promesse de se tenir caché aux yeux des païens, et il fut mis en liberté (2 juillet 1777).

I demeura d’abord quatre ou cinq jours dans la maison du P. Da Rocha; puis, par une sombre nuit d'orage, sous les torrents d’une pluie battante, une chaise à porteurs bien fermée s'arrêta devant la demeure du jésuite ; un homme enveloppé d'un grand manteau de toile cirée

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sortit précipitamment, entra dans la chaise, et les porteurs s’éloignèrent en toute hâte. C'était M. Gleyo qui se rendait chez son évèque. Les souffrances avaient prématurement vieilli le saint confesseur dont l'aspect frappa douloureusement Mgr Pottier : « J'eus, dit-il, la véritable consolation de revoir ce cher confrère, qui était séparé de moi depuis huit ans. Mais ce qui me fit de la peine, ce fut d'apercevoir en lui le visage d’un homme mort, des mains tremblantes, une maigreur et une faiblesse extrêmes, et la voix d’un homme expirant. En vérité, à ce spectacle si touchant, M. de Saint-Martin! et moi eûmes peine à retenir nos larmes. Au moment de son entrée, ce ne fut qu'avec des soupirs partant bien du cœur, que toute la maison récita le Te Deum, en actions de grâces pour cette délivrance en quelque sorte miraculeuse, »

Nous avons anticipé de quelques années sur la marche générale de notre histoire en racontant la libération de M. Gleyo qui d'ailleurs n'eut pas une influence directe sur la vie des Missions-Étrangères ; mais si, laissant de côté cet heureux événement particulier, nous contemplons la Société pendant cette période qui va de 1760 à 1773, nous voyons ses Vicariats apostoliques et ses établissements vrincipaux accablés par plus d'un malheur; Siam es, ruiné, le séminaire général se soutient médiocrement à Pondichéry, la Cochinchine, le Tonkin, le Su-tchuen font des progrès peu sensibles. C'est la dernière fois que nous constatons cet état d'atonie à peu près générale : un souffle va bientôt passer, redonnant la vigueur à ce qui parait faible, l'extension à ce qui semble diminuer,

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