Nouvelles lettres édifiantes, vol. 1, p. T
d'un tel état, au milieu des compagnons auxquels j'allais être livré, m'était si amère, qu'il me semblait que je n'avais d'autre ressource, ni d'autre consolation, que de désirer la mort, tant j'avais de répugnance pour une telle effliction. Enfin, un soir, étant renfermé dans l'intérieur dela prison, je me mis à répandre mon cœur avec larmes, en présence de mon Dieu, je m'abandonnai à sa miséricorde, et lui fis le sacrifice de ma vie : aussitôt que J'eus fait cela, je me sentis tranquille ; il me sembla même que Dieu me promettait intérieurement que je ne perdrais pas la vue, je crus à cette parole intérieure, je ne m'occupai plus de mon infirmité, et ma vue se rétablit peu à peu et assez promptement. »
M. Gleyo comprit l'enseignement que lui offrait cette grâce, et il ne songea plus qu'aux secours divins, et répondit à la proposition de l'évêque : « Monseigneur et vénérable père, je demande instamment que vous ne fassiez aucune poursuite à l'effet de me délivrer d'ici ; selon tout ce que je connais, tout cela serait inutile. Abandonnez-moi à Notre-Scigneur Jésus-Christ et à sa très digne Mère. Ils m'ont sauvé de la mort dont l'arrêt était venu ici, ne peuvent-ils pas me délivrer à leur volonté ? »
Cependant, en 1776, le procureur de Missions-Étrangères à Macao, Steiner, eut la pensée d'écrire àun Jésuite portugais, le père Da Rocha qui, après la dissolution de la Compagnie de Jésus par Clément XIV, était resté à Pékin, en qualité de membre du tribunal des mathématiques et revêtu de la dignité de grand mandarin. Le religieux n’hésita pas à user de son crédit en faveur du prisonnier, il écrivit au vice-roi du Su-tchuen dont il était l'ami, mais le mandarin de Yun-tchang qui ne voulait pas lâcher sa proie répondit à son supérieur que