CHAPITRE II
Les Missions-Étrangères pendant la seconde partie du xvmesivele. HI. Le règlement de la Société, — Lettres patentes de Louis XV confirmées par Louis XVI, — If, Missions offertes ou confiées à la Société, — La Perse, — Pékin. — Districts du Tonkin et de la Cochinchine, — III. Pondichéry, — Négociations, — Acceptation de Pondichéry, — Nomination d'un supérieur, Mgr Brigot. — Installation. — IV. État politique et religieux des Indes, — Statistique. — Mission de Pondichéry, — Population, —V, Premiers travaux abandonnés: guerre anglo-francaise. — Capitulation de Pondichéry, — Prudence nécessaire aux missionnaires. — Obstacles qu'ils rencontrent. — Pondichéry reconquis par la France, — Traité de Versailles, — VI. Caractère des persteutions au XvHr° siècle. — Rentrée des missionnaires à Siam. — Le roi Phajatack. — Son mécontentement contre les chrétiens. — Mgr Le Bon. MM. Garnault et Coudé accusés et chassés. — VIL La guerre civile en Cochinchine et au Tonkin, — Mgr Pigneau de Bebaine, — Ses premières relations avec Nguyên-anh (Gia-long). — Travaux des missionnaires — Nguyên-anh et Pigneau de Behaine, accusations contre l'évêque. — VIIL La guerre au Tonkin, — Ses ravages. — La persécution. — Mgr Davoust, — Expédition au Laos.
Le xvint siècle s'avance, pliant sous le poids de ses innombrables fautes religieuses ct politiques. On entend dans le grand corps social de terribles craquements précurseurs d'effondrements ou de révolutions profondes. La France trouve dans un nouveau roi la bonté et la picté propres au bonheur d'un peuple dans des Jours tranquilies, non l'intelligence et l'énergie nécessaires aux temps troublés.
Par un contraste, dont il faut remercier la Providence, la Société des Missions-Étrangères reprend à cette époque une vie nouvelle. Elle remanie quelques points de son règlement et le fait reconnaitre de nou- Veau par Îles pouvoirs civils, elle agrandit le territoire
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qu'elle évangélise, par l'adjonetion de nouvelles provinces et de nouveaux royaumes; elle recoit du Souverain Pontife des témoignages d'estime que méritent son activité et sa fidélité. Elle se fait rouvrir les portes de ses missions de Siam et de Cochinchine dont elle était chassée, elle se recrute d'ouvriers à l'initiative ardente, qui créent des œuvres et les font prospérer, elle possède des évêques dont Îss vues larges et la sage administration posent les bases définitives de l’organisation de leurs Vicariais apostoliques; enfin elle continue de suivre ses traditions en unissant la France à l’Église et en essayant de l'implanter en Indo-Chine,
Ces travaux ne s’accomplissent, ni sans périls, ni sans combats, la victoire ne suppose-t-elle pas la bataille, et avant de dresser l'étendard de la croix sur les murs ennemis, ne faut-il pas emporter d'assaut la citadelle ? Ces juttes et leurs résultats sont évidemment la grande page de l’histoire des Missions-Étrangères, niais ils ne sent pas la seule.
On doit, pour être complet, pénétrer au plus intime de l'existence de la Société, scruter les éléments qui la composent, et en étudier les mutuels rapports. Nous avons expliqué précédemment son organisation, donné les principes sur lesquels elle s'appuie, et exposé les points importants du règlement élaboré en 1700 par les directeurs du Séminaire et par les procureurs des Missions.
Ce règlement, avons-nous dit, fut envoyé aux Vicaires apostoliques et aux missionnaires pour être étudié et approuvé par eux, Comme on devait s'y attendre, il y eut, sur quelques points, une diversité de vues qui nécessita des échanges de ‘orrespondance. Par suite
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de la difficulté des communications, de la durée des traversées, de l'agitation de la vie des missionnaires, ces observations et ces explications se prolongèrent pendant longtemps; à distance d'ailleurs, il n’est pas tou- Jours aisé de bien saisir l’idée précise du correspon : dant et de lui répondre avec justesse, On fait plus en un quart d'heure de conversation que par des lettres nombreuses; mais la situation était telle, il fallait l’accepter; elle était encore aggravée par la composition du conseil du Séminaire u iquement formé de direc-
teurs que l’on recrutait dans le clergé de France, qui n'avaient jamais exercé le ministère évangélique dans les Missions et avaient fait leurs études à la Sorbonne ou dans les maisons ecclésiastiques ordinaires.
De cette différence d'éducation et de vie entre-les missionnaires et les directeurs raquirent des divergences d'idées sur la constitution de la Société etsur le régime qu'il convenait de lui appliquer.
D'autre part, les premiers Vicaires apostoliques et leurs procureurs, soit inattention, soit inexpérience, avaient négligé de faire déclarer assez expressément dans les Lettres patentes de 1663 le mode d'administration des biens de la Société.
Dans ces Lettres, il était dit à la vérité que le Roi < permettait l'établissement du Séminaire en faveur des sieurs Poitevin et Gazil. deux des prètres de l'Association laissés à Paris, et de leurs associés pour les Missions-Étrangères, » «Ce Qui paraissait marquer suffisamment que c'était pour le corps de l'Association: » mais quelques expressions, employées dans des actes postéricurs, firent naître une sorte d'obscurité sur les droits respectifs des évêques, des missionnaires et des directeurs, relativement au Séminaire et aux biens donnés à la Société. Cette obscurité ne fut presque pas aperçue, tant que vécurent les premiers associés, instruits du vé-
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vitable état des choses, mais elle augmenta à mesure
qu'on s'éloigna de l'origine. jets € L'article qui excitait surtout l'attention concernait le sincé principe et le siège de l'autorité sur tout le Corps. apost
En 1745, Mgr de Martiliatt se plaint de l'indépendance tous ;
des directeurs, de l'espèce de supériorité qu'ils veulent «P s’arroger et des droits qu'ils prétendent avoir de se re- bord cruter sans nombre et sans conteste, Le Dans leur réponse datée de 1747, les directeurs aflir- prem ment qu'ils n'outrepassent nullement leurs droits. L'an- dans née suivante, Mgr de Martiliat, revenu en France avec distin la procuration des trois autres Vicaires apostoliques, conde essaya de faire prévaloir les idées de ses commettants et d'une les siennes. Les pourparlers et les tentatives d'arbitrage Vicai ayant échoué, l'affaire fut portée, en 1750, devant le des S grand conseil, et, l’année suivante, le tribunal du roi Jours rendit un arrêt qui donnait gain de cause aux direc- comn teurs. PE Cet arrêt qui semblait séparer le Séminaire du Corps bonne des missions, affligea profondément celles-ci. Cette af- Socié! fiction se montra plus vive dans les lettres des Vicaires primi apostoliques Bennetat et Lefèvre et dans celles du procu- autre: reur général de Pondichéry. En 1754, les directeurs, En par une lettre commune, protestèrent que le décret leurs, royal ne changerait rien, dans la pratique, aux rapports ‘appo du Séminaire avec les Missions. Joigni Deux ans plus tard, M. Burguerieu?, supérieur du devan Séminaire, desireux de satisfaire tout le monde, écrivit celui « à Mgr Lefèvre des propositions d’arrangement sur des mettre cureu
bases nouvelles.
Sa lettre renferme les vues du Séminaire relativement à l'administration, elle touche en passant aux pro-
leurs :
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