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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 213 ment non. Le roi de mon pays gouverne ses États sans prétendre commander aux autres souverains. —Ne saitil pas du moins que tu es ici? —I1ne me connait point. — Tu es done sorti sans sa permission, tu es coupable ? — Ce n'est pas une conséquence; j'ai obtenu du mandarin chargé de ces sortes d’affaires la permissiôn de sortir du royaume, — Mais pourquoi venir en Chine plutôt qu'ailleurs? — Par toute la terre, il y a des missionnaires qui prêchent la Religion ; ayant vu ‘la langue chinoise, je sentis plus de goût et de facilité pour l'apprendre que d'autres; en conséquence, je me déterminai à entrer en Chine. — Eh! pourquoi plutôt au Su-tchuen que dans les autres provinces? — Pour deux raisons, les vivres Y sont moins chers, et les histoires m'ayant appris que cette province, il y à plus de cent ans, fut dévastée par les Patay-Ouang et le peuple renouvelé depuis, je jugeai qu'il y avait moins d'abus et de malice et par conséquent moins d'obstacles à la vérité,
De nombreux fidèles partagèrent le sort des missionnures; plusieurs d’entre eux montrèrent un admirable courage, Mer Pottier parle d'un chef de famille se livrant au mandarin; ce sont des faits qui sans doute n’appartiennent pas directement à l'histoire de la Société des Missions-Etrangères, mais ils contribuent à jeter un vif éclat sur la formation qu'elle imprime à ses néophytes, et comme d'autre part nous en avons très peu cité jusqu'à présent, on nous pardonnera d'en raconter deux.
Lorsque Le chef de la famille Lieou Benoit, apprit la nouvelle de la persécution, il résolut de donner à Dieu la preuve suprême de f'amour, le sacrifice de soi, et se livra aux mandarins. — Femme, dit-il à son épouse en la quittant, tu n'enverras quelques habits, je vais visiter les chrétiens et je resterai en prison avec eux.
Puis, prenant avec lui son frère Linus, il partit pour le prétoire. « Que venez-vous faire ici? demandèrent les
ane eu 2 et on et SARA
211 HISTOIRE GÉ! ÉRALE DE LA SOCIÉTÉ soldats. — Consoler et encourager nos frères. — Nous allons vous enchainer comme eux. — C'est ce que
nous voulons, » On les chargea de chaînes, on les conduisit au mandarin, — Vous êtes chrétiens? leur demanda-t-il, — Nos ancêtres étaient chrétiens, nous le sommes aussi, — C'est un mal, il faut vous amender. — Nous n'avons pas lieu de nous amender, répondit Benoit. — Donne-lui quinze soufflets, fit le mandarin au satel-
lite. — Et toi, dit-il à Linus. — Moi, je suis comme mon ainé, répondit simplement celui-ci. — Quinze
soufflets et en prison tous les deux. « Les deux vaillants fidèles entendirent l'ordre avec joie, leur vœu se réalisait.
Un autre jour, un catéchiste venait de subir le supplice des entraves : — Renonce à ta religion ou je te fais encore donner trente coups sur les chevilles, commanda le mandarin. — Non, répondit le catéchiste. — Frappe, fit le chef au satellite. Après chaque coup. le soldat s'arrêtait, et la voix du mandarin s'élevait vibrante de colère : — Renonce à ta religion, — Non. — Frappe. — Dix-neuf fois, le bâton du soldat s’abattit sur le malheureux que ses pieds meurtris et saignants refusèrent de porter. À la vingtième sommation, le chré-
tien dit: — Si je renonce à la religion chrétienne, je me ferai assassin, — Et qui tueras-tu? demanda le
mandarin. — Mon accusateur et mon juge, répondit-il, car c'est un principe de Confucius de rendre le bien pour le bien et le mal pour le mal. » Le lendemain, le magistrat faisait appeler le captif et lui disait : — Donne-moi un papier par lequel tu me promets de ne tuer personne, reste chrétien et va-t'en.
. Quelquefois, les juges étaient plus humains, et s'ils montraient une profonde ignorance de la religion, ils faisaient au moins preuve de quelque bienveillance. Assimilant la religion catholique au culte de leurs dieux
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es. — Nous et les convictions des chrétiens aux opinions des sectateurs d'une religion quelconque, ils les engageaient à
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on les con- l'apostasie extérieure : « Que cette apostasie ne vous
leur deman- effraye pas, leur disait l'un d'eux, votre Dieu connait les ous le som- circonstances où vous vous trouvez. De retour chez vous, mender, —
vous allumerez des cierges, vous brülerez des parfums, vous lui offrirez une supplique écrite, et sans doute il vous accordera son pardon, » Les fidèles sourirent et
ndit Benoit.
in au satel-
suis Comme le remercièrent de sa bonne volonté: lui expliquer com-
ment et pourquoi cette supercherie était un crime eût j été inutile, il serait parti en hochant la tête et en mur- dj murant comme un de ses collègues : « Gens singuliers et
— Quinze ux vaillants eu se réaliincompréhensibles que ces chrétiens. »
Après plusieurs semaines de détention, les missionnaires furent emmenés à Pékin.
Avant de partir, Mgr de Saint-Martin adressa un billet à Mgr Pottier, le priant de songer à l'ordination des prêtres indigènes plus nécessaires que jamais : il terminait par ces paroles de vaillant espoir : « Si je puis rentrer au Su-tchuen, il est certain que j'y rentrerai, fût y mourir, MM. Dufresse et Delpon pensent et saignants comme moi, » M. Devaut eut une pensée de grande afon, le chré- fection pour son évêque. « Le bon Dieu, lui disait-il, rétienne, je LE vous conservera sans doute, j'ai fait pour votre Grandemanda le répondit-il, le bien pour demain, le disait : — mets de ne
de subir le ligion ou je s chevilles, * catéchiste, laque coup, in s'élevait on, — Non. ÆE dat s’abattit
deur un vœu spécial et formel. » Nous ne savons que fut ce vœu, mais il est bien à présumer que ce fut le sacrifice de sa vie: il devait être agréé.
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Les confesseurs de la foi furent convenablement traités pendant le voyage de Tchen-tou à Pékin : « On nous conduisit trop honorablement, a dit Mgr de Saint-Martin. toujours amoureux de souffrances, nous avions chacun une chaise à quatre porteurs et deux mandarins qui nous faisaient manger à leur table aux frais du publie ou de l'empereur, »
umains, et la religion, nveillance.
leurs dieux
Assurément, pareil traitement pouvait surprendre des
pre casa
prisonniers, mais il était la preuve que les magistrats chinois estimaient les prêtres étrangers, même en Îles condamnant aux tortures où à la prison, Cependant, à peine arrivés à Pékin, ils se départirent de cette toléance capable de les compromettre: tous les missionnaires furent remis à la cangue et à la chaine, de Saint- Martin et Dufresse furent placés dans les prisons réservées aux mandarins, Delpon et Devaut dans les cachots des criminels ordinaires.
Vingt-neuf prêtres des diverses Sociétés religieuses ou apostoliques qui évangélisaient l'empire, dix-neuf Européens et dix Chinois, étaient alors réunis dans les prisons de la capitale. Le régime qu'ils eurent à y subir fut si pénible. que sept d’entre eux moururent. Devaut expira le 3 juillet 1785 à 4 heures du matin, en prononcçant ce doux et saint adieu : « Qu'il fait bon mourir ici. » Delpon le suivit dans la tombe cinq jours après : « Leur trépas, ont écrit leurs compagnons de captivité, nous à inspiré de l'envie, non de la tristesse. » On ne crut pas devoir séparer ceux que Dicu avait unis dans les travaux, dans les souffrances et dans la mort, et le même tombeau recut la dépouille des deux confesseurs de la foi.
Le supérieur des missionnaires lazaristes à Pékin, M. Raux, qui, avec ses prêtres, avait été excepté des décrets impériaux, à cause des services scientifiques que l'empereur espérait d'eux, leur fit élever un modeste monument funéraire, sur lequel on grava en caractères latins et chinois quelques mots rappelant leur dévouement et la date de leur mort.
En ces douloureuses circonstances, les fils de saint
Vincent de Paul, récemment arrivés en Chine pour
remplacer les Jésuites, se montrèrent, par leur charité, dignes de leur fondateur. Ils sollicitèrent, et, à force d'instances, finirent par obtenir l'autorisation de visiter les prisonniers et de leur apporter des vêtements et
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de la nourriture : « Nous ne vous laisserons manquer de rien, leur écrivait M. Raux, fallüt-il vendre les vases sacrés ; » sainte fraternité qui toucha profondément le cœur des captifs et dont la Société des Missions-Étrangères ne saurait perdre le reconnaissant souvenir, Ïl continua en même temps d'intercéder pour la liberté des prisonniers, sans se laisser décour: ger par les mauvaises dispositions de l'empereur. Celui-ci répondait à toutes ses sollicitations qu'en condamnant les prètres à une prison perpétuelle, il leur faisait une grande grâce, attendu qu'ils méritaient la mort. Une praelamation fut même répandue dans le Su-tchuen pour annoncer la condamnation à mort de tous les missionnaires ; c'était un moyen d'effrayer les survivants ainsi que les chrétiens, du moins on le croyait. MES La constance des sclliciteurs toucha-t-elle ou lassa-telle Khien-long, comprit-il, lui qui visait parfois à la philanthropie, qu'il ne pouvait laisser les Européens perpétuellement en prison? toujours est-il que le 10 novembre 1785, les captifs recurent communication d'un édit impérial annonçant leur libération. Il leur était permis de rester attachés aux églises de Pékin, mais S'ils refasaient, ils étaient obligés de partir pour Macao avec ordre de gasner l'Europe. Mgr de Saint-Martin et M. Dufresse qu'une fois ar
ræêvent à ce dernier parti, espérant «ns la petite colonie portugaise, IIS pourraient sec, + retourner au Su-tchüen.
En sortant de le. cachots, les confesseurs se diri-
sérent vers la cathédrale, Debout sur le seuil de l'église, Mgr de Govea, l'évêque de Pékin, les attendait, il remit à Mgr de Saint-Martin une croix pastorale et un anneau, lui offrit l'eau bénite, puis tous, libérateurs et libérés, Savancèrent processionnellement vers l'autel en chantant le Te Deum.
Mgr de Saint-Martin et M. Dufresse prolongérent à dessein leur séjour à Pékin, car en arrivant à Macao, après le départ des vaisseaux pour l'Europe, ils devaient plus facilement justifier leur longue station dans cette ville et trouver une occasion pour rentrer dans l'empire du Milieu. Hs ne quittèrent la capitale que le 11 décembre 1785, escortés de deux mandarins et de dix soldats, traversèrent la Chine du nord au sud et arrivérent à Canton le 2 février suivant.
Dans cette ville, un navire espagnol était en partance pour Manille, ils y montèrent, espérant, en s'éloignant davantage, eniever aux Chinois tout soupçon, La catholique colonie espagnole reeut comme des héros ou des saints les confesseurs de la foi : le canon tonna, les cloches sonnèrent à toutes volées, un salut d'actions de gràces réunit dans la cathédrale toutes les autorités religieuses, civiles et militaires, Ce fut un touchant et beau spectacle, et cependant n'y a-t-il pas quelque chose de plus touchant et de plus beau dans ces lignes admirables d'ardeur apostolique que Mgr de Saint-Martin écrivait aux directeurs du Séminaire :
«Je pense, Messieurs et très chers Confrères, qu'il est inutile de vous faire part de nos résolutions au sujet de la mission à laquelle vous nous avez attachés.« Non facio animan mean preliosiorem quam me, dunonodo consame Curston men et ministertum verbi. Ma vie n'est pas plus précieuse que moi-même, il me suffit que J'achève ma course dans le ministère de la parole qui m'a été confié. » [nous faut mouriren braves, l'Europe n'est pas un champ d'honneur pour un missionnaire dans les circonstances où nous nous trouvons, aussi somimesnous décidés, M.Dufresse et moi, à tenter toutes les voies
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pour rentrer et nous le ferons s'il plait à Dieu, quoiqu'il en coûte, » Les actes répondirent à ces fivres paroles.
Après avoir été ramenés de Manille à Macao par une frégate francaise « /e Marquis de Castries », commandée par Richery, les deux apôtres rentrérent en Chine, et le 14 janvier 1789, ils se glissaient furtivement dans la ville de Tehen-tou.
Leur exil était fini, mais leur captivité n'avait pas Passé Inaperçue aux veux du chef Le la catholicité, Le Souverain Pontife, Pie VI, ne voulut pus laisser sans une parole d'estime, d'affection et d'enco ragement les anciens prisonniers de Pékin. il leur adressa le bref suivant qui est l'honneur de la Société des Missions-Étrangères,
Réunissant dans un mème souvenir les épreuves subies jadis par l’évèque d'Agathopolis, Mgr Pottier, et celles que son coadjuteur venait de supporter, le Saint- Père écrivait 1 : :
«A nos vénérables frères, François, évêque d'Agathopolis, Vicairea postolique du Su-tchuen, et Didier, évèque de Caradre, son coadjuteur,