Le 24 mars
« Si nous avons gémi de voir renaitre les anciennes persécutions, en vous voyant redonner à l'Église des éxeinples si éclatants de la force et de la constance des premiers confesseurs, nous avons été remplis de la consolation et de la joie la plas douce, et nous avons rendu de vives actions de grâces au Dieu dont la puissance vous à soutenus dans une si rude tempête, en inspirant aux autres le courage de vous imiter,
« C'est ce qui nous à engagés à vous adresser ces lettres, pour vous faire connaitre par nous-mêmes le jugement honorable que le Siège apostolique et nous en particulier, nous avons porté de votre conduite et l'estime singulière que nous croyons due à vos mérites,
« La confession du nom de Jésus-Christ vous a exposés aux outrages et aux mauvais traitements: vous avez été chergés de chaines, jetés dans les prisons, et quoique votre martyre n'ait pas été consommé, nous vous dirons avec la même confiance, en nous servant des paroles de saint Cyprien, dans sa lettre à saint Luce, pape et martyr:
« Vous n'en avez pas moins acquis toute la gloire du martyre, semblables aux trois enfants qui échappèrent à la mort et sortirent pleins de vie de la fournaise ardente. Nous trouvons en vous la même constance à confesser votre foi, et des marques non moins sensibles de la protection du ciel. Vous étiez prètsà subir tous les supplices, mais le Seigneur vous a soustraits aux tourments, dans le dessein dé vous réserver pour les besoins de son Église.
« Vous avez préparé les soldats au combat, non seulement par la force de vos exhortations, mais encore par l'exemple de votre foi et de votre courage, »
« Les éloges que nous vous adressons, nos Vénérables Frères, nous désirons que vous les rendiez aux autres missionnaires européens où chinois, qui, réduits aux mêmes extrémités, ont fait éclater les mêmes vertus
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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 221 et acquis les mêmes mérites. Nous vous félicitons donc tous, avec toute la bienveillance dont nous sonmes capables, de la victoire que vous venez de remporter. Nous vous embrassons dans le Seigneur, nous vous portons dans notre sein, nous donnons à vos actions les justes louanges qu'elles méritent aux yeux de Dieu, Nous demandons instamment à ce Dieu toutpuissant et à Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour qui vous avez souffert, que les outrages, les emprisonnements, les exils auxquels vous avez été condamnés pour lui, semblables à une bonne semence qui produit d'excellents fruits, deviennent la cause de l'accroisse-
ment de son Église et de sa gloire, »
La sollicitude du Souverain Pontife s'était étendue sur un autre coin de terre où la Société des Missions-Étranséres avait toujours des vexations à subir. Macao, le siège de la procure générale des missions, Jouissait rarement de la tranquillité désirée, Les événements relivieux qui se passaient en Chine ne manquaient pas de s'y faire sentir. Les Chinois savaient pertinemment que les missionnaires qui pénétraient dans l'empire débarquaient à Macao, qu'ils possédaient dans cette ville des correspondants et des amis, c'était la un grand sujet de plainte du gouvernement impérial et principalement du vice-roi de Canton.
Les Portugais faisaient généralement bonne contenance et opposaient une fin de non-recevoir aux réclamations chinoises, mais ils se vengeaient de leurs services et de leurs craintes par des tracasseries mesquines, envers les missionnaires et envers le procureur de la Société,
Le Séminaire était plus d'une fois intervenu dans le débat, essayant d'y intéresser le gouvernement francais et s'adressant même au cabinet de Lisbonne.
En 1755, il remit plusieurs mémoires à l'ambassadeur portugais en France et les fit appuyer par le ministre
des affaires étrangères. La cour de Portugal, à cette épo-
que grandement occupée à réparer les désastres causés par le tremblement de terre de Lisbonne, ne répondit pas.
En 1760, le Séminaire renouvela ses démarches et neut guère plus de succès. Enfin, au mois de janvier 1779, il reprit les négociations, espérant que sa persévérance obtiendrait quelque résultat. Il ne se trompa pas : la reine de Portugal, à la demande de notre ministre des affaires étrangères, accorda aux missionnaires l'autorisation de résider à Macao et les plaça sous la protection spéciale du gouverneur.
Ce gouverneur était alors Don Mendoza, très hostile aux Français, il eut l'outrecuidance de tenir secrète la lettre de la reine et continua d’être malveillant envers les deux procureurs Steiner et Descourvicres.
Cependant aucun gouverneur de la colonie, Don Mendoza lui-même, n'eût osé chasser les procureurs, encore moins les livrer aux Chinois, ce que ceux-ci ne se faisaient pas faute d'exiger dans leurs jours de colère.
Lorsque la persécution s'éleva en Chine en 1785, le vice-roi de Canton sut que M. Delpon était parti de Macao pour le Su-tchuen; il envoya à son subordonné le mandarin de Casa-Branca, village situé près de la ville de Macao, l'ordre de s'assurer si le procureur des missions recevait des courriers du Su-tchuen. Le subordonné s'empressa d'obéir à son chef, il aposta des espions, pour s'informer combien on dépensait par jour de pain, de viande et d'autres provisions dans la maison du prêtre français.
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Les espions furent-ils maladroits ou leurs ruses éventées? Probablement, car leurs recherches ne fournirent aucun éclaircissement, Furieux de sa déconvenue, le mandarin fit arrêter le maitre d'hôtel chinois du gouverneur et celui du consul de F ‘ance, il retint même ce dernier en prison et menaca la ville de Macao tout enüière, mais la bonne contenance des Portugais mit un terme à ses démonstrations belliqueuses.
Informé de l'inutilité de ces démarches, le vice-roi de Canton lui ordonna d'aller à Macao et de faire comparaitre devant lui Pierre Tching, interprète du sénat, et Descourvières, Européen, procureur, demeurant à l'Hotel brûlé, nom par lequel les Chinois désignaient la procure des Missions-Étrangères, I devait s'assurer si Paul Tching, ancien domestique de cette Maison, était véritablement mortdemaladie :SiM. Jean Steiner, prédécesseur de M. Descourvières, était retourné en Europe et enfin si Etienne Tang et Louis Licou, les courriers de la mission du Su-tchuen, n'étaient pas cachés dans la ville, Le mandarin de Casa-Branca donna avis de ces ordres au commissaire de la ville de Ma ‘40, ajoutant qu'il se rendrait près de lui, le lendemain 27 Juin.
Aussitôt prévenu, M. Descourvières prit connaissance de la lettre du mandarin. En la lisant, il fit une remarque qui dut amener un sourire sur ses lèvres, Dans ce factum , il n'était pas question de Descourvières, mais d'un certain Les-cou-vi., Quel était ce Les-cou-vi ? pour ceux qui connaissaient la langue chinoise et les amputations qu'elle fait subir aux noms européens, il n'était guère possible de douter que Les-cou-vi et Descourvières ne fussent un seul et même personnage. Le missionnaire le devina sans peine, mais il trouva bon de battre les Chinois avec leurs propres armes. Il répondit au gouverneur qu'il s'appelait Descourvières et non Les-cou-vi et que cette lettre ne le concernait pas. Le gouverneur transmit
la réponse au mandarin qui, ne trouvant rien à répliquer, éclata en fureur et se répandit en menaces contre la colonie portugaise.
Le gouverneur crut-il au danger ou trouva-t-il l'occasion favorable pour répéter les déclamations de ses prédécesseurs contre les procureurs français et molester M. Descourvières, il serait assez difficile de le dire, toujours est-il qu'il lui enjoignit de ne plus sortir de sa maison, de ne recevoir aucun nouveau missionnaire et de n'avoir avec les Chinois chrétiens aucune relation, Cet ordre rendit la position extrêmement difficile, un ineident pouvait l'aggraver encore; afin d'éviter toute conséquence fâcheuse, M. Descourvières, sur le conseil de Mgr de Saint-Martin, quitta Macao à la fin de janvier 1786, et ayant été choisi pour député par la mission de, Siam, il se rendit au Séminaire des Missions- Étrangères où il arriva en 1788, après avoir laissé la gérance de l'Hôtel brûlé à M. Letondalt qui devait y rester jusqu'en 1813.
Le jeune prêtre qui prenait cette difficile succession était à la hauteur de la situation : actif, industrieux, prévoyant, habile à se faire des amis et à se servir d'eux, sachant parler-avec fermeté sans blesser personne malgré le ton quelquefois brusque de sa franchise, ne redoutant ni les responsabilités, ni les entreprises nouvelles, enthousiaste dans ses idées et froid dans ses caleuls, M. Letondal jouera un rôle important pendant les périls que la Révolution francaise fera courir à la Société des Missions-Étrangères. Les circonstances lui viendront en aide, comme il arrive souvent aux hommes heureux qui ne doivent jamais toute leur fortune à eux-mêmes.
Grâce aux instances réitérées du Séminaire, M. de Vergennes et le maréchal de Castries avaient fait de
4. Du diocèse de Besancon, parti en 1785, mort le 17 novembre 18135.
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nouvelles représentations au cabinet de Lisbonne, Pie VI avait adressé à la reine du Portu
gal une longue lettre pour recommander à sa haute protection le procureur de
la Propagande et celui de la Société des Missions-Étrangeres ct la prier de donner des ordres formels à ses officiers!
«Nous vous demandons, notre très chère fille en Jésus- Christ, de bien vouloir protéger de
votre royale bonté les missionnaires que la Propagande envoie en Chine. Nous désirons viveme
nt que vous donniez au gouverneur de Macao l'ordre pressant auquel il devra se soumettre, de permettre aux missionnaires de rester d
ans cette ville Jusqu'à ce qu'ils aient trouvé le moyen de passer à Canton ou sur un autre point du Jittor
al chinois. C’est pourquoi Nous vous prions de donner £ouverneur et au sénat de Mac:
ao des ordres pour que le procureur de la Propagande et le procureur du Séminaire des Missions- Étrangères puissent avoir dans cette ville un établissement stable, qu'ils puissent acheter ou bâtir une maison. Nous désirons qu'un exemplaire de vos ordrt à l'un et à l'autre procureur : ils le € leurs archives et le présenteront
:s soit remis onserveront dans aux gouverneurs de Macao, si par hasard ceux-ci manifestaient quelque hostilité, »
Ces démarches ne furent pas complètement inutiles, sans empêcher néanmoins les gouverneurs de faire senir le poids de leur autorité.
En 1789, ils voulurent obliger M. Letondal à jurer qu'il n’aiderait pas à l'embarquement des missionnaires destinés à la Chine, Fort de son droit, le procureur fit cette réponse toute apostolique? :
CE Y à une excommunication portée contre ceux qui
l. Arch, M.-É., vol, 270, p. 430, — Juillet 1186. Arch. M.-E., vol. 298, p. 547.
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empêchent les missionnaires de parvenir à leurs missions, je suis chargé de leur procurer les moyens d'y entrer, J'eus agi contre les ordres tant de mes supérieurs ecclésiastiques que civils en promettant une pareille chose ans restriction. Je ne pourrais les empêcher ainsi qu'autant qu'il s'agirait d’une plus grande utilité pour notre œuvre, où qu'il y aurait des dangers réels et non imaginaires de compromettre les intérêts des Missions elles-mêmes, du commerce national, d'attirer des affaires à la ville de Macao ou autres inconvénients. Mais il faudrait que ces dangers fussent examinés et Jugés tels par des personnes prudentes et qui ecnnussent parfaitement l'affaire. »
Les Portugais n'insistèrent pas, comprenant sans doute l'énormité de leurs prétentions, mais quelques mois plus tard, M, Grillet étant arrivé à Macao, l'aide de camp du gouverneur se présenta à la procure et signifia à M. Letondal cette décision 1 :
— Le missionnaire peut rester chez vous, vous pouvez le recevoir; mais à condition que vous en répondrez et que vous serez dans le cas de le présenter lorsqu'on vous le demandera. S'il s'évade, souvenez-vous que vous serez envoyé où il devrait l'être lui-même.
Et comme M. Letondal écoutait sans répondre, l’aide de camp crut qu'il ne le comprenait pas et lui répéta la même chose jusqu'à sept fois. Impatienté, le procureur finit par lui dire : « C'est bon, c'est bon, Je comprends bien ce que vous dites. »
Voyant ces menaces sans effet, le gouverneur accusa les procureurs et les missionnaires f ‘ançais d'être un obstacle au commerce européen avec la Chine.
La calomnie trouva une telle créance, qu'à l'ile de France, les employés de la Compagnie voulurent empè-