‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 1 sur 59 · Histoire générale de la tapisserie · texte numérisé non relu

Histoire générale de la tapisserie

‘Italie est, après la France et les Flandres, le pays oh l’art de la tapisserie a brillé du plus vif éclat, et, par un heureux hasard, le principal essor de ses fabriques de haute lisse a coïncidé avec la plus belle période de la Renaissance. C’est, en effet, de 1435 à i55o que l'on y voit naître, au nord comme au centre, les ateliers les plus importants, les plus féconds; c’est au moment même ou l’architecture, la sculpture, la peinture enfantent leurs chefs-d’œuvre que princes, prélats, municipalités, déploient la plus grande ardeur pour acclimater che\ eux l’industrie à laquelle les villes francoflamandes, et surtout Arras, ont dû une célébrité si légitime.

On s'explique difficilement, en face d'une prospérité pareille, comment l'existence de fabriques italiennes remontant au quinzième, au seizième siècle, ait pu être ignorée ou niée pendant si longtemps. Il y a trois ou quatre années à peine, il était généralement admis que les compatriotes et contemporains de fra Angelico, de Mantègne, de Léonard, de Jean d' Udine, de Paul Véronèse, n'avaient pas connu la peinture en matières textiles. Maîtres, ou du moins émules de l’étranger dans tous les autres arts, ils étaient censés en être restés tributaires pour ces tentures dont ils avaient fait le principal élément de leur décoration, de leurs fêtes. En vain les superbes séries exposées au Palais des Offices, dans le dôme de Ferrare, à Saint-Marc de Venise, etc., etc., protestaientelles contre un pareil préjugé. Il y avait comme un parti pris de ne rien voir, de ne rien entendre. On peut dire que l’histoire de la tapisserie italienne, cet art dont la variété et la magnificence nous remplissent aujourd'hui d’admiration, est sortie tout entière des poudreux dossiers conservés dam les Archives de Rome, de Florence, de Ferrare, de Venise et de quelques autres villes. Ce sont ces grands dépôts scientifiques qui viennent de livrer la preuve de l'existence de nombreux ateliers indigènes et de fournir les documents à l’aide desquels il sera possible de retracer les annales de « l'ara\\eria » italienne.

Sans doute, dans des études de date si récente, bien des points encore ont besoin d’être éclaircis, complétés : en commençant la publication de ce travail, le premier travail d'ensemble qui aura paru sur la matière, nous éprouvons le besoin de faire avant tout appel à l’indulgence de nos lecteurs. Mais si, dans une entreprise de ce genre, on ne saurait éviter du premier coup les lacunes, les imperfections, nous croyom du moins n’avoir rien négligé pour mettre au jour le plus grand nombre possible de faits nouveaux, ou pour résumer fidèlement les recherches de nos prédécesseurs, surtout de MM. Conti, Campori et Urbani de Gheltof.

Page 1