‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 14 sur 59 · VIGEVANO · texte numérisé non relu

VIGEVANO

Il eût été surprenant que le duché de Milan, avec ses nombreux ateliers de tissage et de teinture, avec le luxe déployé par les Visconti, les Sforza, les Trivulce, n’eût point suivi l’exemple des autres provinces ou villes italiennes, et n’eût point offert l’hospitalité aux représentants de l’art de la haute-lisse. Grâce aux communications d’un amateur, d’un érudit, dont le nom est également cher à la science française et à la science italienne, M. le marquis d’Adda, nous sommes en mesure d’affirmer que cette anomalie n’existe pas, et que ce beau pays n’a eu rien à envier au reste de la Péninsule.

C’est aux Trivulce que revient l’honneur d’avoir doté leur patrie d’ateliers de haute-lisse : ils leur donnèrent pour asile un de leurs fiefs, la petite ville de Vigevano, près de Milan. Ici nous ne saurions mieux faire que de laisser la parole au marquis d’Adda. a D’après ce que nous apprennent les anciennes chroniques de Vigevano, » nous écrit notre savant correspondant, « les manufactures de laine de cette ville datent de très-loin. (Voir l 'Historia di Vigevano, de Simone del Pozzo, « la chronique de Nubilonio, ainsi qu’un petit poëme dédié à François Sforza II, par Simone Colli et intitulé : Su l'orrendo sacco di « Vigevano , i5a6. Parme, 1527). Lazzaro Agostino Cotta, dans son Supplimento al Museo novarese'% , dit en propres termes que

* « 4 octobris 1498... magister R. de Flandria de Duns émit petiam terrœ a Ghcrardo Moreno. » (Contrat du même notaire. Communication deM. Bigi).

* Pungileoni, op. laud., t. II, p. 6.

a Pungileoni, loc. cit.

‘ Pungileoni, Elogio di Rajfdello Sailli, p. 101.

6 « 17 junil i55 1... Dom. Franciscus de Melata, uti procurator Margarita: filiæ q (uondam) magistri Rainaldi de Duris, aliàs de Rasis, vendit Hieronimo qm Gabrielis de Zanotis domum positam in Castro veteri Corrigia: conf. : ab Susanna, ab Joann. de Duris, ab Petro de... > (Rogito di P. Frigeri. Communication de M. Bigi).

6 Publié à Bologne en 1844, in-8, p. 27. (Un bel quadro in seta de un ritrato de Ms. Rinaldo da li pani de racia, dipinto per man del Parmesanino).

7 Arajjeria estense, p. 36.

8 Pungileoni, Memorie istoriche di A. Allegri, t. II, p. 6.

* « '4 octobris 1460. — Actum in Castro veteri terra: Corrigiœ in caméra paladinorum palatii magnifici et potentis domini Antonii de Corrigia... presenti magistro Conto de la Zinela familiari prefati magnifici domini Antonii. > (Rogito di Jacob Balbi. Communication de M. Bigi).

11 26 aprilis 1488. « Jacobus Piemontesius fjlius) q(uonda)m Ant. de

Antonii, vendunt, etc. > (Rogito di Franc. Bellesia. Communication deM. Bigi.)

17 Cittadella, Document!" , pp. 166-167.

IS • Ne"*» Prima stanza (del Palazzo municipale) trovansi sei quadri di arazzi magnificamente tessuli, che sembrano di cpoca ancora più remota degli altri.

Quattro di essi, lateraliallc finestre, sono larghi M1 1,48, il quinto Mi 1,10, e

cheggiati da due candeliiere larghe M* 0,44. Rappresentano un vago e delizioso

peschicre. Vi si veggono poi cavalieri, dame, uccelli, animali domestici e diversi fiorami di molta bcllezza che inducono l’animo degli ammiratori a grande

Nella stanza annessa, residenzade! sindaco, veggonsi collocati sullepareti altri sei quadri di arazzi. Quattro di essi sono dell'altezza di M‘ s, 37, e délia larghezza di M‘ i,85; gli altri due sono dell’ istessa altezza e larghi M* 2,10. Rappresentano la caccia del cinghiale e del falco, ove veggonsi cani e diverse bestie ed uccelli d’ogni qualité. Veggonsi pure cacciatori, cavalieri e conti acavallo e dame ornate di ricchi abiti alla foggia del secolo XV. Pare poi che la caccia finisen in un’ amena festa, poichè veggonsi donne e giullari a suonare mandolini e liuti davanti ad una dama avenle in mano un falco, circondata da cavalieri. Sonovi pure due candeliiere dell’ istessa altezza e délia larghezza di M' 0,44, rappresentanti diversi fatti mitologici e cariatidi che sostengono modiglioni e cornici. 11 fondo di tutti i quadri è dominato da piante diverse e frondial naturale e ben colorate. lldisegnoé algustodi quel tempo edi lince

10 Cittadella, Notifie relative a Ferrant, p. 649.

11 c Gesulis (Giovanni de) fiammingo, arazziere (viv. 1528) si trova memorato in un istrumento modenese di quell’anno, e in esso é qualificato per fabricator pannorum rassorum, ed abitante in Modena. » (Campori, Gli artisti italiani e stranieri negli slati eslensi. Modène, i855, p. 5oo).

18 Manuscrit autographe de la bibliothèque Trivulce, cité par Rosmini, dans sa Vita del magno Trivulcio. Voir aussi l'intéressant opuscule de M- d’Adda, intitulé : Lodovico Maria Sforza e il Conveitto di Santa Maria delle Gracie, pp. 6-7, note.

TAPISSERIES ITALIENNES

i la fabrication des arazzi et tapisseries de Flandre : Ivi (in Vigevano) r

« Jean-Jacques Trivulce introduisit dans c

« smembramento délia diocesi di Novara, e dominandovi il feudatario Gio. Giacomo Trivulzio milanese fü da questo introdotta « la fabbrica di arazzi e tapezzerie di Fiandra. »

Des tapisseries de l’atelier de Vigevano existent encore ; elles sont la propriété de la famille même à laquelle l’atelier a dù son origine. Ces tentures ne sont pas inconnues de nos lecteurs : grâce à la libéralité éclairée du marquis Trivulce, grâce aussi à l’habileté de l’excellent photographe milanais M. Rossi, nous en avons pu reproduire quelques spécimens.

Les arazzi de la Casa Trivulzio sont au nombre de douze ; ils mesurent chacun 4 met. 5o cent. La bordure est formée d’armoiries. Quant aux compositions mêmes, chacune d’elles contient au centre une figure de grande dimension, inspirée de l’antique, ou empruntée à la vie de tous les jours, et personnifiant un des mois de l'année. Tout à l’entour sont représentés les travaux ou les plaisirs correspondants. Des édifices d’une architecture élégante, ou des paysages, occupent le fond. Dans les angles supérieurs on aperçoit la face du soleil et un signe du zodiaque. Entre ces deux symboles est suspendu l’écu des Trivulce, avec la devise NETES MAI et l’inscription : 10 . IA. TRIVS. MAR. VIGLI. FRANCIE . MARES (Jean-Jacques Trivulce, marquis de Vigevano, maréchal de France).

Jean-Jacques Trivulce a été nommé maréchal de France en 1499; il est mort en 1 5 1 8. L’exécution des tapisseries se place donc entre ces deux dates. M. Mongeri, dans une intéressante étude1, a réussi à serrer encore de plus près le problème; il a montré que la tenture était postérieure â i5o3; c’est pendant cette année en effet qu’a eu lieu le mariage du fils de Trivulce avec Paola Gonzague, dont les armoiries se voient dans la bordure.

Nul doute que cette série splendide ne figurât parmi les tapisseries dont le maréchal fit orner une grande partie du quartier, à l’occasion de la fête donnée à Louis XII, lors de sa seconde entrée à Milan (mai iSoy).

Tout est milanais dans cette belle suite, d’une fraîcheur, d’une distinction si grandes : le dessin, le tissage. M. Mongeri considère comme auteur des cartons un des maîtres les plus éminents de l’époque, Bartolomeo Suardi, surnommé le Bramantino. Quant au tapissier, il a eu soin de se nommer dans une inscription tracée sur la pièce qui représente le mois de février : Ego Beneditus de Mediolani hoc opus fecit (sic) co (cum) sociis suvis in Viglevani. Nous ne possédons malheureusement pas d’autres détails sur ce Benedetto da Milano. Il nous suffira de constater qu’il a été l’un des rares Italiens qui aient osé, au quinzième siècle, rivaliser avec les Flamands dans l’art de la tapisserie, et que, chose plus rare encore, il a remporté un triomphe complet.

Sur la foi d’extraits de l’inventaire d’Anne de Bretagne, publiés par Leroux de Lincy [Détails sur la vie privée d’Anne de Bretagne, Paris, i85o, pp. 23, 26, 60, etc.), on a beaucoup parlé de tapisseries de Milan, et on en a conclu qu’un atelier de haute-lisse fonctionnait dans cette ville, vers la fin du quinzième siècle. Ce fait nous a paru digne d’être vérifié. Nous avons commencé naturellement par examiner le manuscrit auquel sont empruntées les citations de Leroux de Lincy (Bibl. nat., fonds français, n° 22,335, fonds des Blancs-Manteaux, n° 49). Les extraits trouvés exacts, est-il besoin de le dire; mais l’ordre dans lequel il les a disposés a pu faire naître des jugera par les exemples suivants :

duchesse de Bretaigne) apportée de Milan, appartenant à la d. d. estant en la garde à Gabriel; fait aud.

de ce savant éminent erreurs qu’il importe de rectifier. On

a Inventoire de la tappicerie (de la Roy tapp. du chasteau de Bloys et autres choses cy après déclarées, lesquelles Bénard le Court a laissées

lieu le vi' jour de sept. mil. v° et sept.

Et premièrement :

La tappicerie venue de Milan, c’est assavoir ung ciel, dossier et couverte d’un lict de satin cramoisy brodé a chacun desd. pièces cinq lyons faiz de perles et sont lesd. lyons heaulmez et chacun lyon environné d’un chappeau seint de tous fruitz et tient chacun lyon sur sa pâte ung escusson auquel pend a chacun deux seaulx. — Item les portières de ciel de mesme, led. ouvraige à franges d’or et de soye. — . Item trois p'“ de tappicerie pour ung lict assises sur satin cramoisy et satin blanc escartelles a ouvraige de broderie a ondes et volleries. Laquelle a este apportée dud. Millan », etc., etc. (fol. 249. Cf. ff. 67 et 129).

Il résulte de la lecture de ce document que les tapisseries en question avaient été apportées de Milan , ce qui ne veut nullement dire qu’elles avaient été fabriquées à Milan. Ce qui confirme notre hypothèse c’est que l’on remarque dans le nombre « cinq pièces de tappicerie vieille, fort usée et dessirée, aux armes de Bretagne, dont en y a esté fait d’une piece deux ». Admettra-t-on qu’une princesse française ait fait tisser en Italie des tapisseries à ses armes, alors que les ateliers flamands étaient si proches ! Il est à peine nécessaire de faire justice d’une pareille supposition. — On remarquera en outre que, dans le lot de tentures venues de Milan, les broderies sont en majorité : ce fait achève de prouver que le terme tapisseries de Milan ne doit pas être

assimilé à celui de tapisseries d’Arras, ou de tapisseries de Bruxelles, par exemple, et qu’il n’implique nullement l’existence à Milan

d’un centre de production de quelque importance.

Il est cependant certain que quelques tapissiers isolés ont travaillé à Milan ou dans les environs, dans la seconde moitié du quinzième ou au commencement du seizième siècle. Outre Benedetto, le chef de l’atelier de Vigevano, il faut citer le maître milanais qui s’était fixé à Urbin. Il est bien possible aussi que la Présentation de la tête de Pompée à César ait été tissée

dans la Lombardie : en effet, elle est revêtue des armes des comtes Rusca de Côme.

S’il faut en croire un auteur du seizième siècle, on doit aussi à un Lombard un traité sur l’art de tisser les arazzi par le procédé employé pour les brocarts, mais cette assertion paraît sujette à caution. Ici encore nous ne saurions mieux faire que de laisser la parole au marquis d’Adda : « Dans la Seconda Libraria publiée à Venise en i55i, Antoine-François Doni mentionne « un Zaccaria (famille crémonaise encore existante) qui aurait écrit le livre suivant : Dell' infinito modo del lavorare i panni aratfi, a tessendoli in quella maniera che si fanno i broccati a riccio, etc. Mais peut-être me direz-vous que Doni était un mauvais « plaisant et qu’il a été un des premiers à composer des bibliothèques imaginaires, à la façon de celle de Saint-Victor de Rabelais, « et vous pourriez avoir raison, car Doni, auquel nous devons les plus anciens catalogues bibliographiques, avoue lui-même s’être « amusé à inventer des ouvrages et des auteurs qui n’ont jamais existé. »

Il ne sera pas hors de propos de rapporter ici qu’une tapisserie, revêtue des armoiries du cardinal Trivulce (probablement Augustin, mort dans les premiers mois de l’année 1548), et représentant l 'Histoire du Centurion, fut incorporée au mois de décembre 1 548 aux collections du Vatican3. Peut-être cette tenture était-elle, comme les Douqe Mois, un produit de l’atelier de Vigevano.

, avril .87.-

i décembre 1548 havemo receputo in fureria panno uno l 'Istoriadel C-enturione et iinpresa del q (uondam) r“‘°

1 Paulo III, alli

» (Inventaire de i55o i

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